‹ Leçons sur la physiologie de la digestion (volume 2)Chapitre 9 sur 39 · TOME PREMIER · texte numérisé non relu

TOME PREMIER

constamment le mouvement. Déjà Matteucci et Valentin avaient démontré que la contraction musculaire est toujours liée à la formation d'une certaine quantité d'acide carbonique, provenant directement du muscle, preuve que le carbone de la substance musculaire est oxydé, brûlé pendant l'activité.

Mais nous savons de plus que la proportion d'acide carbonique contenue dans l'air expiré augmente considérablement pendant et après un mouvement général , et comme nous venons de voir que l'acide carbonique est un produit immédiat du muscle qui se contracte, l'exhalation plus vive de ce gaz pendant le travail musculaire ne saurait être attribuée dans sa totalité à des circonstances accessoires, comme l'accélération de la circulation, etc. , qui accompagnent ordinairement le mouvement. En voici du reste la preuve directe : Une grenouille dont on a détruit la moelle allongée et qui, par conséquent, ne respire plus par les poumons, est mise sous une cloche et on analyse l'air de la cloche au bout d'un certain temps. On trouve de petites quantités d'acide carbonique et d'ammoniaque, formées par la perspiration cutanée de l'animal, et en même temps une diminution de l'oxygène primitivement contenu dans l'air de la cloche. On répète l'expérience sur une autre grenouille, de même taille, que l'on tétanise par un courant électrique. L'air analysé au bout d'un temps égal à celui de la première expérience, se montre considérablement plus chargé d'acide carbonique et d'ammoniaque que dans le premier cas et beaucoup plus d'oxygène a été absorbé. Cependant il n'y a pas eu augmentation de la respiration ni, comme il paraît, accélération de la circulation. Disons toutefois que la possibilité d'une accélération de la circulation ne peut être entièrement exclue dans les conditions que nous venons de considérer.

Dans les recherches déjà mentionnées de Ranke sur le chimisme du tétanos, un paragraphe spécial est consacré à

la diminution des éléments solides du tissu musaolaire par la contraction. Cette diminution se manifeste par une augmentation de la proportion d'eau contenue dans le muscle.

Ranke ampute une cuisse de grenouille en écrasant

les parties molles au moyen d'un fil, pour éviter toute hémorrhagie. Après avoir exprimé, par un massage de quelques instants, tout le sang contenu dans l'extrémité, et bien essuyé la surface de section, de manière à n'y pas laisser trace de sang, il retire la peau, dessèche soigneusement avec du papier à filtrer les muscles mis à nu, et en coupe une partie qui est aussitôt enfermée entre deux verres de montre et pesée. Cette préparation est faite très-rapidement pour empêcher l'évaporation de l'eau du muscle. — Le même procédé est répété après 30 minutes sur l'autre extrémité de l'animal, préalablement tétanisé par une dose de strychnine introduite sous la peau. L'auteur détermine le poids primitif et le résidu sec des deux préparations et trouve constamment une diminution des substances solides pour le muscle tétanisé, correspondant à une augmentation de son pour cent d'eau.

Six expériences faites d'après cette méthode, donnent en moyenne:

pour le muscle en repos: eau 80,4 résidu sec 19,6 % pour le muscle tétanisé: » 82,1 %; » 17,9 "/^

L'eau du muscle augmente donc par le tétanos strychnique dans la proportion de 1000 à 1021.

Comparant ensuite, pour chaque cas particulier, l'énergie des contractions à l'augmentation d'eau observée dans le muscle, l'auteur trouve cette dernière directement proportionnelle à la première. Le muscle le plus riche en eau est en effet le cœur.

Déjà Bischofi" avait constaté une proportion d'éléments solides plus considérable dans les mn^oXQB en repos dio, l'adulte que dans ceux de l'enfant nouveau-né. Ces derniers sont à ceux de l'adulte, par rapport à l'eau qu'ils contiennent,

PHYSIOLOGIE DE hA DIGESTION.

comme 81,8 "/„ : 75,7 '/o. Ranke confirme pleinement ce fait et le formule dans la loi suivante: moins le muscle en repos contient d'eau, ou en d'autres termes, plus il est riche en éléments solides, plus aussi il est capable d'exécuter des contractions énergiques, ce qui n'infirme pas la première loi qui établit pour chaque organisme en particulier, une plus forte proportion d'eau dans les muscles exécutant de fait les contractions les plus nombreuses et les plus énergiques. Les chiffres suivants empruntés à Bischoff, rendront tout-à-fait clair ce double rapport:

La proportion d'éléments solides et avec elle la force du muscle augmente progressivement à partir de l'enfance jusqu'à l'âge viril et décroît de nouveau dans la vieillesse, comme il résulte des pesées de Ranke.

Quelle est la conséquence de ces faits ? C'est que les produits de décomposition formés aux dépens des éléments solides du muscle par son activité, - n'y séjournent pas indéfiniment, mais qu'une partie de ces produits, subissant le contact du sang au travers des tissus, est nécessairement éliminée par diffusion des liquides et remplacée par son équivalent d'eau. De là un appauvrissement de la substance musculaire, de là les phénomènes de la fatigue et finalement l'inaction, l'arrêt de la fonction, si une compensation suffisante n'est fournie par d'autres voies.

Nous pourrions augmenter les exemples des altérations chimiques inséparables de la contraction musculaire, en exposant d'autres faits trouvés par Helmholtz, Ranke, etc. mais nous croyons en avoir dit assez pour démontrer la décomposition, l'usure des appareils contractiles de notre organisme par leur activité. Jetons encore un coup d'œil

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