DOUZIEME LEÇON
17 juin 1857.
SOMMAIRE : Nerf pneumo- gastrique. — Ses propriétés : sensibilité non-constante. — Rameaux laryngés supérieur et inférieur. — Résultats variés de leur section. — Explication. — Expériences. — Effets de la section des pneumo-gastriques sur les poumons. — Expériences. — Lorsqu'on a coupé les pneumo-gastriques à un animal, la mort qui survient n'est pas nécessairement la conséquence de l'asphyxie. — Après la section des pneumo-gastriques, les respirations sont plus rares et plus larges.
Messieurs,
Nous allons passer aujourd'hui à l'étude du pneumogastrique.
Le nerf pneumo-gastrique est connu depuis fort longtemps; c'est un de ceux sur lesquels on a expérimenté le plus anciennement, sans doute à cause de te facilité avec laquelle on peut le mettre à découvert dans la région du cou. Galien a expérimenté sur le pneumogastrique, il paraît môme qu'avant lui on l'avait disséqué ou comprimé sur l'animal vivant. Depuis, ces épreuves se sont considérablement multipliées : il n'est peut-être pas un physiologiste qui n'ait appelé l'expérimentation à prononcer sur ces fonctions. Malgré cela le nerf pneumo-gastrique est un de ceux dont l'histoire est encore le moins connue.
Bichat le présente comme un nerf d'une nature difficile à définir anatomiquement, paraissant participer à
la fois des nerfs de la vie de relation et du système du grand sympathique avec lequel nous verrons qu'il se confond dans les espèces inférieures.
Nous avons examiné à propos du spinal la question de savoir si le nerf pneumo-gastrique devait ou ne devait pas être considéré comme une racine postérieure dont le spinal serait la racine antérieure. Pour résoudre cette question, nous avons eu recours au critérium de la sensibilité récurrente, qui nous a montré que ces deux nerfs ne sont point réunis par cette propriété et que l'accessoire de Willis reçoit sa sensibilité des paires cervicales.
Un autre fait, extrêmement curieux et propre à montrer que le pneumo-gastrique diffère par ses propriétés des racines postérieures rachidiennes, est son mode de sensibilité directe. Nous savons que les racines rachidiennes postérieures sont toujours douées d'une vive sensibilité; il n'en est pas de même du nerf pneumogastrique qui, dans diverses circonstances, chez l'animal sain, se montre complètement insensible.
Voici un lapin sur lequel nous pinçons le pneumogastrique dans la région du cou sans produire aucune douleur; nous le coupons ensuite sans que l'animal paraisse le sentir. Cependant on peut se convaincre, en lui pinçant l'oreille ou une patte, que l'animal a sa sensibilité générale parfaitement intacte.
Sur un chien, nous pinçons également le pneumogastrique sans faire crier l'animal.
Tout à l'heure nous faisions l'expérience sur un chat et nous obtenions les mêmes résultats. Lorsque le pneumo-gastrique est sensible, sa sensibilité est le plus
souvent obtuse. Mais le point le plus intéressant à élucider, c'est la détermination des circonstances dans lesquelles ce nerf est sensible ou insensible.
J'ai beaucoup expérimenté sur des chiens pour chercher à établir ces conditions de lasensibilité oudel'insensibilité du pneumo-gastrique. Quelques faits parmi ceux que j'ai pu observer échappent jusqu'ici à toute interprétation ; cependant, j'avais cru voir, d'après le plus grand nombre des cas, que le pneumo-gastrique est insensible chez les chiens à jeun, tandis qu'il serait sensible chez ces animaux en digestion ; toutefois je suis loin de donner cette proposition comme suffisamment établie. Il y a donc là une modification relative à la sensibilité qui tient sans doute à la nature spéciale du nerf et démontre clairement que, sous ce rapport, le rapprochement qu'on a voulu faire entre lui et une racine postérieure n'est pas exact. Les faits dont je vous parle seront signalés dans des expériences que nous exposerons plus loin et qui se rapportent en môme temps à d'autres questions relatives à la physiologie du nerf pneumogastrique.
Ceci m'amène encore à vous parler d'une question sur laquelle nous aurons plus tard à revenir, celle de savoir si les nerfs sont sensibles seulement quand ils se rendent à des parties sensibles, N'y aurait-il pas lieu de généraliser cette proposition dans certaines limites et de retrouver, outre les nerfs des sens proprement dits, des divisions de nerfs sensitifs qui auraient les propriétés des nerfs de sensibilité générale, ou celles des nerfs de sensibilité spéciale? Il est constant que, quand