SÉCRÉTIONS GASTRIQUES
eus étant enlevé avec une éponge douce, la membrane muqueuse devint immédiatement rouge, turgide; elle se recouvrit des gouttelettes du suc gastrique qui bientôt ruisselèrent le long des parois de l'organe. C'est à ce moment et dans ces conditions, que j'ai coupé les deux pneumo-gastriques. Aussitôt la membrane muqueuse était devenue pâle, de rouge qu'elle était; la sécrétion gastrique, acide, limpide, avait immédiatement changé de caractère et avait été remplacée quelquefois par une sécrétion muqueuse alcaline, visqueuse et filante. Telles sont les conditions dans lesquelles j'ai deux fois observé ce phénomène.
Si maintenant on faisait l'expérience autrement : que l'on donnât à manger à l'animal et qu'on lui coupât ensuite les pneumo-gastriques, on ne serait plus dans des circonstances aussi satisfaisantes pour observer, dégagé d'influences étrangères, l'effet de la section des nerfs vagues. ïl y aurait eu sécrétion de suc gastrique, au moment de l'arrivée des aliments dans l'estomac, et ce suc gastrique, préalablement sécrété et emprisonné avec les aliments, pourrait, étant retrouvé, faire croire que la sécrétion a continué après l'opération.
Il est encore, dans l'appréciation de ce fait, une autre cause d'erreur, que j'ai pu constater dans des expériences directes. Sur un chien, dont nous rapporterons plus loin l'observation, j'ai mis, après l'opération, de la soupe dans l'estomac. La fistule tut bouchée avec une éponge maintenue par un bandage de corps. Le lendemain, la soupe était encore dans l'estomac où elle se trouvait à l'état d'une bouillie très-acide. Devrait-on
en conclure qu'il y avait eu sécrétion de suc gastrique? — Ce serait, Messieurs, tirer de cette observation, des conclusions erronées qui dépendraient d'une simple apparence. On se tromperait en admettant que la réaction acide fut due au suc gastrique : elle provenait de la fermentation lactique de l'aliment.
En effet je vidai alors l'estomac, dans lequel j'introduisis de la viande hachée. Le lendemain cette viande était infecte ; elle exhalait une odeur ammoniacale trèsprononcée, et donnait une réaction alcaline, résultat de la décomposition spontanée de la viande.
Il est donc important de ne pas se placer, pour juger de l'influence de la section des pneumo-gastriques sur les sécrétious de l'estomac, dans des conditions qui exposent à prendre la réaction des aliments pour celle du suc gastrique.
En résumé, si, au moment de l'opération, il se trouve des aliments dans l'estomac, le suc gastrique sécrété peut continuer à les digérer; mais, si le suc gastrique est enlevé, la section des pneumo-gastriques empêche la sécrétion de se produire après qu'elle a été pratiquée.
Nous verrons bientôt si la sécrétion gastrique peut plus tard se montrer de nouveau ; car il est des cas exceptionnels dans lesquels les animaux ont survécu à la section des nerfs vagues. Dans tous les cas, la conclusion immédiate est qu'après la section des pneumogastriques, la sécrétion du suc gastrique est au moins momentanément troublée et suspendue.
Voici maintenant les détails des faits dont nous venons d'indiquer les principaux résultats :
Exp. — Deux lapins, l'un à jeun, l'autre en digestion, eurent les pneumo-gastriques coupés dans la région du cou. Tous deux étaient morts le lendemain et leur estomac présentait toujours la réaction acide, et les intestins une réaction alcaline.
Après l'opération, on avait présenté des carottes aux deux animaux; seul, celui qui était à jeun, en avait mangé.
Mais bientôt il ne put plus avaler, éternua, eut des étouffements et fit des efforts de vomissement, sans rien rendre toutefois. Il avait la respiration anxieuse comme s'il eût eu quelque chose dans la trachée.
A l'autopsie, on trouva l'œsophage distendu par des carottes mâchées qui le remplissaient jusqu'au niveau du larynx, et on reconnut des fragments de carottes qui avaient pénétré dans la trachée. Vers la partie inférieure, les carottes s'arrêtaient immédiatement au-dessus des piliers du diaphragme.
Exp. — Sur un cheval, à jeun depuis vingt-quatre heures, morveux et farcineux, amaigri par la maladie, on fit la résection d'une certaine longueur des deux nerf vagues, dans la région moyenne du cou. A droite, le nerf ne parut pas sensible; à gauche, il parut doué d'une légère sensibilité quand on le pinçait et qu'on le tiraillait en même temps.
Les deux vagues étant coupés de chaque côté, à peu près au niveau de l'articulation du larynx avec la trachée, l'animal ne sembla nullement gêné et la respiration resta libre.
On donna alors 3 litres d'avoine à manger à l'animal;
il les mangea d'abord assez bien, mais, après 15 ou 18 minutes, lorsqu'il arriva à la fin de son avoine, il parut gêné dans la déglutition et éternua comme si quelque parcelle d'aliments avait pénétré dans le larynx.
On lui donna alors du foin qu'il mangea, mais assez lentement, et en n'en prenant que de petites bouchées à la fois. Au bout de cinq à six minutes, il fut repris plus fort par la gêne de déglutition, éternuait violemment, baissait la tête et s'arrêtait de manger pour recommencer, lorsque la quinte de toux était passée. Alors, on donna à boire au cheval. Il prit une gorgée d'eau, et aussitôt elle lui ressortit par les naseaux entraînant avec elle de l'avoine broyée, mélangée à du foin très-finement mâché. De violents éternuments s'ensuivirent et se calmèrent au bout de quelques minutes. L'animal reprit alors une nouvelle gorgée d'eau; les mêmes phénomènes survinrent, et prouvèrent évidemment qu'il ne pouvait pas avaler l'eau qu'il buvait. Alors on le sacrifia par l'ouverture de l'artère carotide.
En examinant l'œsophage on le trouva rempli d'un boudin alimentaire s'étendant depuis les piliers du diaphragme jusqu'au pharynx. Aucune parcelle alimentaire n'avait pénétré dans l'estomac, qui contenait seulement un peu d'un liquide verdâtre. La partie supérieure de la matière alimentaire contenue dans l'œsophage, formait une pâte plus fluide que celle de la partie inférieure. Cela était dû à l'eau avalée ; ce qui le prouve, c'est que cette bouillie se retrouvait jusque dans le pharynx et les fosses nasales.
Cette expérience montre clairement que les sensations
de la faim et de la soif ne sont pas abolies par la section des nerfs vagues et que si les animaux se remplissaient alors l'œsophage jusqu'au pharynx, ce n'est pas, comme on l'avait cru anciennement, parce qu'ils ont perdu la satiété, mais parce que les aliments ne peuvent plus pénétrer dans l'estomac et s'arrêtent dans l'œsophage paralysé.
Exp. — Deux lapins à jeun, qui eurent les pneumogastriques coupés, présentèrent des phénomènes analogues. Le pain que l'un mangea lui resta dans l'œsophage ; l'autre mangea des carottes qui s'y arrêtèrent aussi. Chez ces deux animaux, la présence de ces aliments dans l'œsophage amena des phénomènes de suffocation.
Exp. (10 décembre 1843). — Sur un chien, muni d'une large fistule gastrique qui datait de deux mois, on fit la section des deux nerfs vagues de la manière suivante :
La fistule examinée avant la section, l'animal étant à jeun, offrait une réaction très-acide ; et, en promenant le doigt dans l'estomac, on le retirait humecté par un liquide très-acide. La membrane muqueuse de l'estomac formait autour de la fistule un bourrelet d'un rouge vif et turgide. On fit alors la section des deux nerfs pneumogastriques dans la région du cou.
Aussitôt après cette section, la membrane muqueuse se décolora instantanément, devint livide et blafarde comme celle d'un animal mort; la sécrétion acide cessa et la membrane offrit une réaction neutre sur les bords de la fistule; ce n'est qu'en l'enfonçant profondément dans l'estomac que le papier bleu rougissait encore. Au bout de vingt minutes, il n'y avait plus nulle part de
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réaction acide, et le liquide qui s'écoulait de la fistule était neutre. Lorsqu'on introduisait le doigt par la fistule les parois de l'estomac ne se contractaient plus; et l'animal n'éprouvait plus de sensation. Aussitôt après la section des nerfs vagues, on donna à manger à l'animal de la soupe au lait sucrée ; il la mangea avec peine et en faisant beaucoup d'efforts pour l'avaler; mais on ne la vit pas descendre dans l'estomac et sortir par la fistule, ainsi que cela avait lieu pour les aliments ingérés avant la section des pneumo-gastriques. Un instant après, l'animal vomit sa soupe mêlée d'une grande quantité de mucus filant.
L'animal essaya à quatre reprises différentes de manger sa soupe sans pouvoir la faire entrer dans l'estomac. Trois heures après la section des vagues, l'estomac était toujours neutre. On introduisit alors dans son estomac, à l'aide de la fistule, des morceaux de sucre, de l'albumine et un peu de lactate de fer.
Treize heures après la section des vagues, l'estomac était toujours neutre ; l'animal paraissait malade ; on retira de l'estomac une certaine quantité d'un liquide filant à réaction neutre.
Vingt-quatre heures après l'opération, l'animal était très-malade, et à ce moment, l'animal étant couché, on vit s'écouler par l'estomac un liquide blanchâtre trèsacide que l'on reconnut visiblement pour être du lait qui était descendu de l'œsophage dans l'estomac et qui, pendant son séjour dans l'œsophage, avait subi la fermentation lactique. L'animal mourut quelque temps après.
A l'autopsie, on trouva des matières alimentaires empilées dans l'œsophage distendu, jusque dans le pharynx. Les parties solides des aliments étaient arrêtées par les piliers du diaphragme ; il n'y avait eu que les parties liquides qui avaient coulé dans la cavité stomacale. Dans l'œsophage, il y avait du pain et des morceaux de viande qui n'avaient subi aucune altération.
Les poumons étaient sains et exempts d'ecchymoses.
Exf. (13 décembre 1845). — Une jeune chienne portait depuis un mois une fistule gastrique parfaitement cicatrisée, mais qui avait été dilatée depuis quelques jours avec de l'éponge préparée, afin de voir plus facilement la surface interne de l'estomac. Sur cette chienne on fit la résection des deux nerfs vagues dans la région moyenne du cou. L'animal, à jeun depuis trente-six heures et affamé, venait d'avaler quelques débris de lapin qu'il avait trouvés dans le laboratoire.
Avant de faire la section des deux nerfs vagues, je débouchai la fistule en enlevant l'éponge préparée qui l'obstruait. L'estomac contenait une grande quantité de suc gastrique que j'enlevai, ainsi que les débris d'aliments qui s'y trouvaient. Avec une éponge fine, j'essuyai partout la surface interne de l'estomac.
Une portion de la membrane muqueuse faisait saillie vers la partie inférieure de la fistule; elle était rouge et turgicle. Alors je coupai le nerf vague droit, préalablement mis à découvert ; il se montra nettement sensible. Aussitôt la membrane muqueuse devint pâle. Je coupai ensuite le nerf vague gauche, qui parut moins sensible
424 NERF PNEUMOGASTRIQUE.
que le droit. La pâleur de la muqueuse n'augmenta pas d'une façon appréciable.
Apres cette opération, l'animal, quoique jeune, n'éprouva pas de phénomènes de suffocation, il fit seulement quelques efforts de toux.
Alors on essaya de nouveau la muqueuse avec une éponge ; il n'y avait plus aucune sécrétion à sa surface, et elle était tout à fait insensible quand on la pinçait, tandis qu'avant la section des vagues, elle était très-sensible.
Après la section des nerfs vagues, l'animal avait conservé l'appétit vorace qu'il manifestait avant l'opération. On lui donna à manger du fromage d'Italie, qu'il mangea et déglutit en faisant des efforts. On regarda dans l'estomac, au moment où l'animal avait déjà dégluti une certaine quantité d'aliments : rien n'y était descendu.
Après quelques instants, j'examinai la réaction de la muqueuse stomacale; elle était sensiblement neutre au papier de tournesol, sèche, visqueuse et collante.
Voulant savoir si l'absorption n'avait pas été modifiée par la section des vagues, on coucha l'animal sur le dos, et, à l'aide d'une pipette, j'introduisis dans l'estomac, par la fistule, quelques gouttes d'acide prussique au quart. Après quelques instants, l'animal mourut avec tous les phénomènes de l'empoisonnement par l'acide cyanhyclrique.
Après la mort, on ouvrit le thorax : les poumons s'affaissaient ; le sang était rutilant dans les artères et moins noir qu'à l'ordinaire dans les veines. Le cœur battit pendant quelque temps et les vaisseaux ouverts donnèrent du sang qui devint de plus en plus rutilant, et, lors des
dernières contractions du cœur, le sang veineux était aussi rutilant que le sang artériel : ce qui était dû, d'une part, à l'influence de l'acide prussique, et, de l'autre, à ce que dans les dernières portions des hémorrhagies veineuses le sang finit par offrir une couleur plus claire.
En ouvrant l'œsophage, on le trouva dilaté par les portions d'aliments qu'avait avalées l'animal et qui se trouvaient entourées d'un mucus fdant.
Toutes les parties des aliments étaient restées au-dessus du diaphragme ; aucune parcelle n'était tombée dans l'estomac.
Exp. — Sur un jeune chien de taille moyenne, on fit la section des deux pneumo-gastriques et on appliqua une canule à la trachée. L'animal était très-sensible et très-indocile. Les pneumo-gastriques étaient sensibles lorsqu'on en fit la section.
Après la section des pneumo-gastriques, l'animal ne voulut pas manger. Environ un quart d'heure après, il fut pris d'attaques d epilepsie qui se renouvelèrent trèsfréquemment.
On injecta dans l'estomac de l'albumine d'œuf frais mêlée avec de l'eau, que l'animal vomit en partie, parce que toute la substance n'avait pas pénétré dans l'estomac.
Deux heures après, on introduisit jusque dans l'estomac de la gélatine. Six heures après l'opération, on vit l'animal qui était toujours dans un état épileptiforme.
Vingt-quatre heures après le chien était mort.
A l'autopsie, on trouva dans l'estomac quelques parcelles alimentaires.
L'estomac offrait une réaction neutre.
Les poumons étaient fortement congestionnés sans présenter précisément des épanchements.
Les expériences sur les oiseaux montrent que les phénomènes digestifs sont complètement arrêtés par suite de la paralysie du jabot et des organes situés audessous. Mais comme la mort survient chez eux sans altérations des poumons, le terme s'en trouve retardé.
Exp. (Mai 1850). — Sur un jeune pigeon de six semaines à deux mois, mangeant très-bien seul, et à jeun depuis vingt-quatre heures, j'ai coupé les deux nerfs vagues dans la région supérieure du cou, en dénudant un peu le bout inférieur pour éviter qu'il ne se trouvât en contact avec le bout supérieur. Les deux vagues paraissaient peu sensibles. On laissa le pigeon jusqu'au lendemain avec des vesces qui étaient son aliment ordinaire r et avec de l'eau.
Le lendemain, le pigeon n'avait pas mangé et son jabot contenait à peine quelques graines; mais il était rempli d'air et d'un liquide clair qui regorgeait par le bec du pigeon, quand celui-ci faisait un mouvement un peu violent ou quand on lui pressait le jabot.
Les jours suivants, le pigeon restait dans le même état; il paraissait malade, mangeait à peine quelques graines et son jabot était toujours plein de liquide et de gaz. Ce liquide ne me paraissait pas provenir directement de ce que buvait le pigeon, car l'eau n'avait pas sensiblement diminué dans le vase. Au bout de quelques jours de cet état, le pigeon allait un peu mieux; la plaie du cou était cicatrisée; il prenait un peu de vesces, le liquide de son jabot diminuait ; ce pigeon
avait beaucoup maigri ; cependant il paraissait en voie de rétablissement, lorsque le douzième jour de l'opération, ayant mis dans une cage cet animal, resté jusqu'alors en liberté, je le trouvai le lendemain étranglé pour avoir passé la tête entre les barreaux de sa cage où elle était restée prise.
A l'autopsie, on trouva que les deux nerfs vagues étaient bien réséqués; leurs bouts étaient bien cicatrisés ; mais on ne rechercha pas s'il y avait entre eux des filets de communication. Le foie, examiné le lendemain, ne contenait pas sensiblement de sucre.
Exp. (14 juillet 1850). — Sur un pigeon de trois mois environ, bien nourri, vigoureux, mais n'ayant rien dans son jabot, on réséqua les deux pneumo-gastriques à la partie supérieure du cou, et on trouva pendant l'opération que les nerfs étaient assez sensibles. Après la section des nerfs, la respiration baissa considérablement; les pulsations ne furent pas comptées. Aussitôt après l'opération, l'animal parut essoufflé, mais bientôt il se remit. On ferma la plaie du cou et on laissa ensuite l'animal dans une cage sans lui donner ni à boire ni à manger.
Le 15 juillet, le pigeon avait l'air assez bien portant, il becquetait quelques graines égarées dans sa cage et essayait de les manger. On constata qu'il n'avait aucun liquide dans le jabot et on le laissa encore ce jour-là à l'abstinence.
Le 16 juillet, le pigeon paraissait toujours dans le même état; point de liquide dans le jabot. Alors on lui donna à boire et à manger : aussitôt le pigeon se jeta
sur l'eau qu'on lui présentait et en but avec avidité et à plusieurs reprises une grande quantité. Aussitôt que le pigeon eut bu, il parut gêné dans sa respiration ; et se cambrait en arrière et ouvrait largement le bec pour respirer comme s'il était essoufflé.
Deux heures après, on revit le pigeon qui paraissait assez tranquille; mais aussitôt qu'on le prit dans la main il s'échappa de son bec du liquide, dont le jabot était plein et distendu; puis, aussitôt après, l'animal parut essoufflé et ouvrit largement le bec pour respirer. On replaça l'animal dans sa cage et il se mit encore à boire à diverses reprises, quoique cela parut lui gêner de plus en plus la respiration. La soif paraissait inextinguible; mais il n'en était pas de même de l'appétit, car on ne lui vit prendre aucun aliment solide.
Alors on enleva l'eau de la cage du pigeon pour savoir si son jabot se désemplirait.
Le lendemain, 47 juillet, le pigeon était à peu près dans le même état. Aussitôt qu'il se remuait violemment, l'eau de son jabot était rejetée et l'animal était essoufflé. Toutefois l'eau avait disparu en partie et le jabot était moins plein que la veille.
Les jours suivants, le pigeon parut aller un peu mieux, quoique de la bile se trouvât parfois mêlée au liquide des régurgitations. L'animal avait considérablement maigri; il s'affaiblissait continuellement et mourut le 26 juillet, c'est-à-dire douze jours après l'opération.
D'après les expériences qui précèdent, on peut voir que chez les oiseaux la section des nerfs vagues arrête la digestion. On voit aussi que ces animaux résistent,
en général, plus longtemps que les mammifères aux suites de cette opération.
Nous devons vous parler actuellement d'un autre effet de la section des nerfs vagues sur les phénomènes d'absorption dans la membrane muqueuse de l'estomac.
Après la section des pneumo-gastriques, la membrane muqueuse de l'estomac, par suite des modifications circulatoires qui sont survenues dans son tissu, absorbe plus lentement : on a même dit qu'elle n'absorbait pas du tout et on a cité des expériences dans lesquelles, après la ligature du pylore, on pouvait injecter dans l'estomac une solution de noix vomique sans que l'animal fût empoisonné. Ces expériences ont été faites par M. le professeur H. Bouley (d'Alfort) sur des chevaux et sur des chiens. Nous avons répété ces expériences avec le prussiate de potasse, que nous avons vu cependant passer dans les urines. Dans les expériences citées plus haut, la déligature du pylore amenait de suite l'empoisonnement, d'où on avait conclu que c'était dans l'intestin que l'absorption avait lieu. Mùller avait déjà dit qu'après la section du pneumo-gastrique, l'absorption était ralentie dans l'estomac. Dupuy, expérimentant sur des chevaux avec la poudre de noix vomique après la section des pneumo-gastriques, était arrivé à conclure que cette poudre n'avait pas d'action. Nous avons fait quelques expériences qui, d'accord avec les faits observés par Mùller et M. Bouley, montrent un ralentissement dans l'absorption par la surface stomacale.
Exp. — Sur une chienne jeune et à jeun, on coupa les deux pneumo-gastriques et on plaça une canule à la
B., Syst. nery. — II. 28
430 NEUF PNEUMO-GASTRIQUË.
trachée. Les pneumogastriques ne se montrèrent pas sensibles à la section.
Les phénomènes ordinaires de la section des pneumogastriques se manifestèrent.
Trois heures après, on injecta dans Pestomac de l'acide tar trique, afin de le rechercher dans l'urine. Mais, chose singulière, quelques instants après, le ventre de l'animal s'élargit en se dilatant considérablement.
Quatre heures après la section des pneumo-gastriques, on injecta une solution saturée à froid de cyanure de mercure. L'empoisonnement survint bientôt, mais un peu plus lentement, en apparence, que chez les chiens qui n'ont pas eu les pneumo-gastriques coupés et avec des troubles de la circulation moins prononcés et moins de convulsions.
A l'autopsie de l'animal, on sentit dans les poumons l'odeur caractéristique de l'acide prussique. L'estomac était énormément distendu par des gaz qui ne passaient ni dans l'œsophage ni dans l'intestin grêle. L'estomac était parfaitement vide d'aliments. Le gaz contenu dans l'estomac, recueilli sous l'eau dans une cloche, ne brûla pas : ce n'était donc ni de l'hydrogène, ni de l'oxygène.
Après la section des pneumo-gastriques, les effets de Péthérisation paraissent plus durables.
Exp. (6 novembre 1851). — Sur un gros chien caniche on fit une injection d'éther dans le péritoine et dans la plèvre. Au moment où Péthérisation s'était manifestée, on fit la section des deux nerfs vagues dans la région moyenne du cou. La section des vagues eut pour résultat que les effets de Péthérisation se dissipèrent très-len-
tement. Toutefois, il semble qu'après la section des vagues, la diminution des mouvements respiratoires n'avait pas été aussi considérable chez ce chien que chez les animaux non éthérisés.
L'animal servit ensuite à des expériences sur la sécrétion salivaire qui durèrent une heure environ, après quoi il fut sacrifié, et on ne trouva pas d'urine dans la vessie.
Remarquez bien ici, Messieurs, que jusqu'à présent nous ne trouvons rien encore qui puisse expliquer la mort qui survient chez nos opérés.
Mais il y a dans l'abdomen un autre organe sur lequel le pneumo-gastrique a une influence réelle, quoiqu'elle semble indirecte : cet organe, c'est le foie.
Voyons si nous pouvons regarder les troubles qu'y amène la section des pneumo-gastriques comme cause de la mort.
Lorsqu'on coupe les pneumo-gastriques sur un animal en santé, le foie contient, au moment de l'opération, tout ce qu'il doit normalement contenir; ce n'est que plus tard que des changements peuvent y survenir.
Lorsqu'on a coupé les nerfs pneumo-gastriques à un lapin, qu'il est mort au bout de trente-six heures, par exemple, on trouve que toujours le foie a cessé de contenir du sucre. Chez ce chien, chez ce pigeon, qui mourront sans lésions du poumon, nous ne trouverons plus tard, dans le foie, ni sucre, ni matière glycogène.
Peut-on rattacher la mort à la cessation des fonctions du foie, fonctions que d'ailleurs nous ne connaissons pas toutes? — Les expériences tendraient à le faire admettre.
En suivant l'animal dans son développement, on voit la fonction glycogénique s'exécuter dès la vie intrautérine ; plus tard, elle persiste pendant tout le cours de la vie et dure jusqu'à la mort. Chez les animaux soumis à l'abstinence, on voit cette fonction persister; toujours leur foie renferme du sucre et de la matière glycogène; ce n'est que quelques jours avant la mort que la matière disparaît. A ce moment, l'animal est perdu irrévocablement, même quand on lui donne à manger. Or, quand les animaux sont arrivés à ce point d'épuisement, qui correspond à la disparition de la matière glycogène dans le foie, ils succombent généralement au bout de trois ou quatre jours, comme après la section des pneumogastriques. Je crois que chez les animaux qui ont subi cette opération, lorsqu'on ne trouve rien dans le cœur, rien dans le poumon, rien dans l'estomac qui puisse expliquer la mort, il faut se rattacher à ces fonctions du foie qui ne peuvent être suspendues sans causer la perte de l'animal. Après la section des pneumo-gastriques, les animaux se refroidissent et périssent dans l'épuisement qu'on observe dans l'inanition; seulement, dans l'inanition, cette période dernière n'arrive qu'au bout d'un temps assez long, tandis qu'ici elle commence de suite après la section des vagues.
Pour toutes ces raisons, je crois que la cause de la mort est extrêmement compliquée, et que la cessation des fonctions du foie doit y avoir une large part.
Du reste, les expériences qui suivent montrent combien est profonde l'influence de la section des pneumogastriques sur les phénomènes de la nutrition, et quelles
modifications cette opération amène, soit du côté du foie, soit du côté des urines, qui, par leur composition, représentent jusqu'à un certain point l'état de la nutrition.
Exp. (22 novembre 1848). — Sur un chien loulou, ayant, deux ou trois heures auparavant, fait un repas de viande, on coupa les deux vagues dans la région moyenne du cou. Le chien était mort le troisième jour; il n'y avait pas trace de sucre dans son foie.
Exp. — Sur un gros lapin, on coupa les deux nerfs vagues dans la région moyenne du cou et on divisa, en même temps, le filet sympathique. Le vague droit parut très-sensible et le gauche l'était beaucoup moins.
Aussitôt après la section des nerfs, la respiration fut ralentie et devint abdominale. L'animal n'avait pas de suffocation. On prit de l'urine avant l'opération : elle était très-trouble et très-alcaline, colorée en jaune rougeâtre.
Trois quarts d'heure après, on retira de l'urine de la vessie du lapin ; elle était limpide et beaucoup plus faiblement alcaline.
Exp. (11 mars 1846). — A un lapin à jeun, ayant les urines acides et claires, on donna à midi des carottes à manger. Trois heures après, il avait les urines troubles, blanchâtres, nettement alcalines. Alors on coupa les deux vagues en ayant soin de ne pas toucher au filet du sympathique. Les signes ordinaires de la section du vague apparurent, moins le rhonchus que l'animal ne présenta pas, ce qui pourrait peut-être dépendre de la nonsection du filet du sympathique.
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A quatre heures et demie, les urines du lapin examinées étaient neutres; à cinq heures et demie, les urines étaient claires et bien nettement acides. A six heures les urines étaient toujours claires et très-acides ; le lapin se tenait dans un coin, respirait lentement et avec peine, mais il ne faisait pas entendre de rhonchus.
Le lendemain, le lapin était mort et on trouva à l'autopsie que les récurrents et les filets sympathiques avaient été ménagés.
Exp. (17 mars 1846). «• Lapin adulte, à jeun depuis trente-six heures, ayant les urines très-acides, citrines et claires. On lui donna des carottes qu'il mangea avec avidité. Après une demi-heure, les urines étaient troubles, mais encore acides, quoiqu'elles le fussent moins. Après une heure quarante minutes, elles étaient trèstroubles, blanchâtres et alcalines.
Alors on fit la section des deux pneumo-gastriques en ménageant le laryngé et les filets sympathiques. Il n'y eut pas de rhonchus. Après une heure, les urines étaient devenues acides et moins troubles, quoiqu'elles le fussent encore. Après une heure et demie, les urines n'étaient plus acides, mais toujours un peu troubles.
Alors, pensant que cette acidité des urines provenait d'un arrêt de la digestion, on fit une injection de 100 grammes de suc gastrique naturel de chien dans l'estomac du lapin.
Après cette injection, les urines restèrent toujours acides et très-limpides.
D'après les faits précédents, on voit donc que la section des pneumo-gastriques a eu pour effet d'ame-
ner la disparition du sucre dans le foie au bout d'un certain temps. Nous savons que son excitation, au contraire, produit l'apparition du sucre dans le sang et dans les urines. Quoique nous ayons déjà rapporté des faits de cette nature dans le premier volume de ces leçons, à propos de la théorie du diabète, nous allons vous signaler ici une nouvelle série de ces résultats se rapportant plus spécialement à la physiologie du nerf pneumogastrique.
Exp. (23 avril 4849). — Sur un chien nourri de viande depuis trois jours, et ayant fait son dernier repas deux heures auparavant, l'on retira vers dix heures du matin de l'urine de la vessie, puis on saigna l'animal à la jugulaire gauche, ensuite on mit à découvert les deux nerfs vagues dans la région du cou, et, en soulevant ces deux nerfs sur un fil sans les couper, on les excita en faisant passer sur leur tronc un courant électrique, assez faible pour ne déterminer sur la langue qu'un léger picotement. Les nerfs vagues étaient excessivement sensibles à cette galvanisation, et on provoquait de la part de l'animal des cris et des mouvements de déglutition. Toutefois, pendant cette galvanisation le timbre de la voix ne parut pas sensiblement modifié, et, ce qu'il y a de particulier, c'est qu'au même moment, pendant la galvanisation, la pupille gauche était contractée, la membrane clignotante devint saillante, tandis que, du côté droit, la pupille semblait élargie. Il y avait, en même temps aussi, des mouvementsconvulsifsdans les muscles sourciliers.
On galvanisa les nerfs à trois reprises différentes pen-
436 NERF PNEUMOGASTRIQUE.
dant une heure ; on reprit alors de l'urine dans la vessie et du sang dans la jugulaire. L'animal fut pris d'un tremblement considérable comme s'il avait froid.
Après une heure le chien ne tremblait plus. La pupille gauche était toujours contractée et non la droite. On retira alors de l'urine de la vessie et du sang de la jugulaire, puis on galvanisa de nouveau les vagues. Ils paraissaient encore sensibles à cette galvanisation; l'animal cria, mais la voix était devenue rauque et voilée.
L'animal étant remis en liberté, fut encore repris de cette espèce de tremblement déjà observé une fois. Alors on enleva le fil passé au-dessous des deux vagues, et on mit l'animal au repos. Il présentait de 20 à 22 respirations et de 140 à 150 pulsations par minute.
Vers quatre heures du soir, le chien paraissait être dans les conditions d'un animal qui a eu les pneumogastriques coupés, ses respirations étaient très-lentes; mais il y avait un signe contraire, c'est que les pupilles étaient dilatées, la droite toujours plus que la gauche. On retira alors de l'urine de la vessie et du sang de la veine jugulaire, puis le chien fut laissé en repos.
On fit l'examen comparatif du sang et des urines pendant le cours de l'opération :