QUATORZIEME LEÇON
24 juin 1857.
.SOMMAIRE : Effets de la section du pneumo-gastrique sur les organes abdominaux. — La sensation de la faim persiste. — Les aliments s'accumulent dans l'œsophage paralysé. — La sécrétion gastrique est troublée. — Expériences sur des mammifères et sur des oiseaux. — ■ Modifications apportées par la section des nerfs vagues dans l'absorption sur la membrane muqueuse stomacale. — Effets de la section des nerfs pneumo-gastriques sur les fonctions du foie.
— La fonction glycogénique est troublée. — Expériences. — Modification du côté des urines. — La galvanisation du nerf pneumogastrique détermine l'apparition du sucre dans le sang et dans les urines. — Expériences. — Observation du retour des propriétés nerveuses dans un pneumo-gastrique fatigué par la galvanisation.
— Observation du retour des actes physiologiques auxquels préside le pneumo-gastrique, après la section de ce nerf.
Messieurs,
Nous continuons aujourd'hui l'histoire du pneumogastrique, et nous allons chercher à voir comment succombent les animaux chez lesquels on en a pratiqué la section.
Nous avons vu qu'ils pouvaient mourir asphyxiés; mais il ne faudrait pourtant pas généraliser cette conclusion, parce que, dans certaines conditions, dans certaines espèces animales, l'hépatisation du poumon n'a pas lieu. Cette lésion est donc une cause de mort accidentelle.
Examinons maintenant ce qui arrive chez les animaux qui, après avoir eu les pneumo-gastriques coupés, ne
présentent pas la lésion pulmonaire et meureut cependant.
On ne peut pas admettre que les animaux meurent par suite de troubles de la digestion, car ils succombent beaucoup plus vite que les animaux soumis à l'abstinence. Cependant il y a aussi dans les actes digestifs des troubles qui ont sur la mort une influence évidente.
Le larynx, l'œsophage, l'estomac sont paralysés : mais les animanx ne perdent pas l'appétit pour cela.
On avait présenté l'estomac comme le siège de la sensation de la faim, et on avait prétendu que la section des pneumo-gastriques faisait disparaître le besoin de prendre des aliments. 11 n'en est rien : après l'opération, les animaux continuent à manger; nous avons vu beaucoup de lapins manger surtout lorsqu'ils ont été opérés étant à jeun. Dans ces conditions les animaux continuent donc à manger; mais ils rendent ordinairement après un certain temps ce qu'ils ont pris. On a cherché à expliquer ces vomissements qui suivent l'ingestion des aliments en prétendant que ces animaux avaient bien gardé la sensation de la faim, mais qu'ils avaient perdu celle de la satiété.
Désireux de vérifier, aussi directement que possible, ce qui se passe dans cette circonstance, j'avais autrefois coupé les pneumo-gastriques sur un chien porteur d'une fistule stomacale, assez large pour permettre l'observation. Au moment de l'opération, ce chien était à jeun. Après la section, il mangea avidement; rien ne parvenait cependant dans l'estomac. Bientôt l'animal se mit à vomir; tout s'était accumulé dans l'œsophage.
Je vous ai dit que la section des pneumo-gastriques paralysait l'œsophage; il se trouve dès lors constituer une poche inerte qui cède à l'action mécanique des aliments ingérés et se dilate. Toutefois le cardia reste fermé et ce n'est qu'au bout d'un certain temps qu'il se relâche à son tour.
Ces observations sont d'accord avec celles de Magendie et de Muller qui avaient vu que lorsque l'œsophage est en repos, le cardia est le siège de contractions vermiculaires qui comprennent le cinquième inférieur de l'œsophage environ.
Le lendemain de l'opération, il n'en est plus ainsi ; les aliments s'accumulent encore dans l'œsophage; mais ils finissent par pénétrer dans l'estomac peu après, sollicités par les contractions des piliers du diaphragme.
Il y a en même temps paralysie de l'estomac. En y introduisant le doigt, on ne le sent plus pressé par les contractions que sa présence détermine lorsque les pneumo-gastriques sont intacts.
On a signalé encore, comme conséquence de la section des pneumo-gastriques, la suppression de la sécrétion gastrique. Cette influence, toutefois, a été trèscontroversée. Tandis que certains auteurs l'admettent, d'autres la nient. Je vous dirai ce que m'ont appris, à cet égard, mes expériences, qui ont porté sur deux ou trois observations directes.
Lorsqu'on prend un chien qui a à l'estomac une fistule large et pouvant permettre d'observer l'état de l'organe, on voit que l'animal étant à jeun, son estomac vide est enduit d'un mucus à réaction alcaline. Ce mu-