PROPRIÉTÉ DE L'ANASTOMOSE AURICULAIRE
l'opinion beaucoup plus probable que cette sensibilité du facial à la sortie du trou stylo-mastoïdien dépendrait de l'anastomose que ce nerf contracte, dans sa portion descendante, avec le pneumo-gastrique, anastomose qu'il ne faudrait pas dès lors considérer comme fournie par le nerf facial au nerf pneumo-gastrique, mais bien par le pneumo-gastrique au facial. Jusqu'à présent, à ma connaissance, aucune expérience directe n'a été faite sur ce sujet. Pour juger cependant de la valeur de cette opinion, il est indispensable de faire une expérience directe et c'est ce que nous avons tenté avec succès.
Cette anastomose entre le pneumo-gastrique et le facial, qui émane de la branche auriculaire du pneumogastrique, se montre très-volumineuse chez le cheval et le bœuf.
L'expérience que nous avons faite relativement à cette anastomose sur un chien n'est pas de nature à être pratiquée à l'amphithéâtre. Elle est fort longue, très-pénible, et c'est avec peine que l'opérateur lui-même peut en suivre les détails. Nous l'avons exécutée hier matin; au bout de deux heures nous avions à peine terminé.
Le procédé a consisté, prenant un gros chien bien portant, à lui abattre l'oreille gauche, de manière à pouvoir facilement arriver sur le facial à sa sortie du crâne. Alors, suivant le nerf, en nous aidant de la gouge et du maillet, il nous a fallu sculpter le rocher, détruire l'apophyse mastoïde dont les cellules donnaient une hémorrhagie souvent très-considérable qu'on arrêtait en bouchant les sinus avec de la cire ramollie; nous re-
montâmes ainsi le parcours du nerf facial dans le canal spiroïde avec de grandes précautions pour ne pas le blesser. L'animal était, bien entendu, préalablement soumis aux inhalations du chloroforme.
Après deux heures environ, nous avions réussi à mettre à nu la branche anastomotique qui unit le facial au pneumo-gastrique. La plaie fut recouverte et nous laissâmes Tanimal se reposer, et ce n'est que quelque temps après l'opération qu'il sortit du sommeil dans lequel l'avaient plongé les inhalations de chloroforme.
La plaie fut décousue et nous pinçâmes le tronc du nerf facial au-dessous de son anastomose avec le rameau auriculaire; il se montra évidemment sensible. L'ayant alors coupé à ce niveau, les deux bouts furent trouvés sensibles. Nous avions donc, en ce point, affaire à un nerf mixte, sensible par ses deux bouts.
Aussitôt après cette observation, nous coupâmes la branche anastomotique du vague, et cette section causa une douleur vive. Pinçant alors de nouveau le nerf facial, nous reconnûmes que la sensibilité du bout central avait disparu. Elle lui venait donc de cette anastomose avec le pneumo-gastrique. La sensibilité du bout périphérique qui était récurrente venait de la cinquième paire et persistait tout entière. Ces observations ont été faites dans de bonnes conditions, quatre heures après l'opération; l'animal était suffisamment reposé puisqu'on a pu constater la sensibilité récurrente du nerf facial coupé.
Voici la tête de ce chien qui a été sacrifié après l'expérience et sur laquelle vous pourrez reconnaître
B., Syst. nerv. — II. 3