‹ Leçons sur la physiologie et la pathologie du système nerveux (volume 3)Chapitre 59 sur 99 · OLFACTION · texte numérisé non relu

OLFACTION

sensibilité récurrente au moteur oculaire commun, art encore la branche opbthalmique de la cinquième pairs; de sorte que c'est la branche opbthalmique de la cii^ quième paire qui fournit la sensibilité récurrente à tous les nerfs moteurs de Tœil et joue par conséquent, par rapport à eux, le rôle de racine sensitive.

Nous avons déjà dit, relativement à Tolfaction, qu# les expériences faites sur les animaux avaient conduit Magendie à cette conclusion, que \È cinquième paire présidait à la fois aux deux sensibilitéi, à la sensibilité générale et à la sensibilité spéciale, olfactive. C'est d*ail» leurs bien évidemment ce qui a lieu pour la langue à propos de la sensibilité gustative.

Magendie a détruit les nerfs olfactifs, et il a dit qu'après cette opération, les animaux n'avaient! pas perdu l'odorat. H avait eu recours pour agir sur la muqueuse nasale à l'ammoniaque et à des substances odorantes.

Quand on se sert d'ammoniaque, il est évident que la sensibilité générale doit être affectée; ces expériences ne prouvent donc rien quant à la sensation olfactive; mais il en est d'autres , celles faites avec des corps purement odorants , qui ne permettent guère d'admettre qu'un animal chez lequel on a détruit les nerfs olfactife ait perdu complètement l'odorat.

Une couronne de trépan étant appliquée sur le frontal, peraiettait à Magendie d'arriver sur les trous de la lame criblée. Là les nerfs olfactifs étaient détruits avec le manche d'un scalpel; la plaie fermée, l'animal guérissait, et quelques jours après on essayait de reconnaître s'il avait perdu la perception des odeurs. Pour cela, on

oLFAcnoif. 287

myeloppait dans du papier, d'une part du fromage de jroyère , de l'autre, un morceau de bois ou de liège. Les deux paquets étaient ensuite jetés au chien, qui prenait le plus souvent celui qui renfermait le fromage, défaisait l'enveloppe et mangeait le contenu. Il semble (HflBcile d'admettre qu'il pût, en cette circonstance, être QODduit à choisir par autre chose que par l'odorat. Cette expérience a été faite plusieurs fois, toujours avec des résultats analogues.

Lorsque repoussant les conclusions de Magendie» on i voulu montrer que ses expériences étaient entachées d'erreur, on a invoqué ses expériences avec l'ammo- DÎaque; quant aux autres, je ne sache pas qu'on ait âierché à les répéter.

Peut-être eût-on pu obtenir d'utiles indications d'expérienoes fieutes sur des chiens de chasse qu'on aurait rendus ensuite à leurs habitudes ; ces expériences nous paraissent mériter d'être faites.

Les expériences de Magendie sembleraient donc montrer que, si le nerf olfactif préside à la sensibilité olfactive, ce n'est pas d'une façon exclusive. Nous aurons à nous prononcer là*<lessus plus tard .

Les cas pathologiques observés chez l'homme ontoffcrt des particularités qui sont très importantes dans l'appi-édation du rôle des nerfs olfactifs.

On a fréquemment observé l'absencecongénitale de ces nerfs chez l'homme. Or, il est remarquable que dans au- OOD cas cette lésion n'a été diagnostiquée pendant la vie.

Les BuUeiins de la Société anaUmique renferment un certain nombre de cas d'absence de ner& olfactifs

228 CAS d'absence

reiicoutrés eu faisant de ranatomie dans les amphithéâtres. 11 parait probable que si Ton avait pendant la vie reconqu l'abseuce de Todorat, on aurait dû faire Tautopsie des sujets à ce point de vue.

Lorsque, constatant à Tautopsie l'absence des nerb olfactifs, ou a été conduit à soupçonner une lésion de Todorat en rapport avec les fonctions qu'on prêtait à ces nerfs, on a reconstruit après la mort l'histoire des malades sur des renseignements recueillis avec une idée préconçue évidente. Le cas d'absence des nerfs olfactife chez l'homme que Ton invoque toujours, et qui aurait coïncidé avec une absence complète de l'olfaction, est précisément de cette nature. M. Pressât a soigné uu malade sans soupçonner labsence de l'olfaction ; c'est après la mort que les parents, pressés de questions, ont fourni des renseignements qui l'ont porté à admettre cette lésion pendant la vie.

Loi'sque j'étais interne et préparateur du cours de Magendie au Collège de France, j'apportai ici j pour la disséquer, la tôte d'une femme phthisique morte à l'Hôtel-Dieu. En ouvrant le cràne, je fus surpris de l'absence complète des nerfs olfactifs. L'abseuce des nerfs olfactifs reconnue, je pris l'adresse de la femme et me mis en quête de renseignements, évitant toutefois de poser les questions de manière à intluencer les réponses. Ces renseignements, comme od va le voir, ne furent nullement en rapport avec la théorie qui voudrait que les nerfs de la première paire présidassent exclusivement à l'olfaction.

DES NBHFS OLFACTIFS. 229

Voici da reste cette observation :

Leroeos, née en Belgique, commune de Uppeloo. arrcmdîssementde Matines, provinee d'Anvers; âgée de vingt-neuf ans, lialiilanl Paris depuis six ans (rue de la Friperie, n« 22). est entrée h THÔtel-Dleu le 17 juillet \Sk\ , à 5 heures du matin.

Apportée dans Thôpital à la dernière extrémité, la malade mourut mie demi-heure après son entrée sansqo'on ait pu Tobserver autrement que pour constater sa maigreur extrême, et les signes de la dernière période de la phthisie pulmonaire à laquelle elle succombait.

Le 19 juillet, sa télé, apportée au Collège de Franco pour senir an cours, fqt injectée avec du suif coloré, et à Texamen qui en fui bh a?ec te plus grand soin, on constata les particularités suivantes :

A l'ouverture du crâne, rien de particulier, soit dans l'épaisseur des os, soit dans Taspect des autres enveloppes cérébrales. Le cerveau offrait une conformation et une consistance normales dans toute sa partie supérieure. Mais lorsqu'on vint à soulever la lace inférieure des lobes antérieurs du cerveau, afin de détacher d*avant en arrière, snifaot le procédé ordinaire, les origines de tous les nerfs de la base da crâne « on fut surpris de ne trouver aucune trace des nerfs olbetife.

L'attention éveillée par cette particularité singulière, on apporta les plus grandes précautions pour eulever le ceneau, le ccnelet et la moelle allongée. La préparation terminée, il fut très facile d'examiner la base du crâne, la face inférieure de reucéphate, la disposition des membranes, des vaisseaux et des origines de tonlos les paires nerveuses et on trouva :

1"* Conformation normale de la face inférieure du cerveau ;

2* Absence complète des nerfs olfactifs ;

S* Disposition normale des vaisseaux et des membranes ;

&*. Origine des autres nerfs offrant une distribution |)arfaitement règnliére;

En résumé, c'était un cerveau conformé comme tous les autres, avec la seule différence qu'il ne présentait que huit paires de nerfs au lieu d'en avoir neuf.

2S0 CAS n' ABSENCE

En présence d*un fait si remarquable/si positif, et, pir coméquent, de nature à éclairer vivement un point de physiologie encore controversé aujourd'hui, on dut regretter de ne pas avoir pu suivre la malade pendant sa vie, afin d'observer les nuances ou les particularités de sa sensation olfactive. Cependant, comme on n*atait pas affaire ici & ces nuances de symptomatologie qui ne peuvent être saisies que par le médecin lui-même, mais quMI s^agissait au contraire de Texistence ou de Tabscnce d*un sens : ce sont de ces choses qui frappent tout le monde, qui influent sur les habitudes de rindividn dans les rapports ordinaities de la vie. CetlB dMence d*Qn sens vient à chaque instant se révéler aux amis dèsillaitàdes, à leurs parents, dont les renseignements sont d'autant plus précieux qu'ils sont le fruit d'une longue observation, et sont l'expression pure et simple des faits sans aucune idée scientifique préconçue de' leur part Je me transportai donc rue de la Petite-Friperie, chez M. M..., où Marie Lemens avait habité les six derniers mois de sa vie. Parmi les renseignements que je pus obtenir sur la manière de vivre et de sentir de Marie Lemens, je ne rapporterai que ceux qui sont relatifs à l'état de l'odoration et sur lesquels je dus revenir i plusieurs reprises et par des questions directement posées afin d'éviter l'erreur.

Il résulta de ces renseignements que Marie Lemens ne pouvait supporter l'odeur de la pipe, et que, particulièrement le matin, en entrant dans un appartement où l'on avait fumé la veille, elle se hâtait d'ouvrir la fenêtre pour dissiper la mauvaise odeur de pipe .renfermée,

Marie Lemens se plaignait fréquemment de la fétidité d'un plomb qui avoisiiiait sa chambre. Enfin, elle fit pendant six semaines environ la cuisine chez M. ^]..., et, comme toutes les cuisinières, elle goûtait les sauces et les aliments : elle était même, à ce qu'il me fut dit, une fort bonne cuisinière.

Je fus ensuite adressé à quelqu'un qui avait été l'amant de Marie Lemens et avait vécu maritalement avec elle pendant près de quatre ans. Cette personne, qui comprit parfaitement le motif de ma démarclie et que je trouvai très disposée à me donner toute espèce de

DES TIEBFS OLFACTIFS. 281

lift m*iffirfiM que Marie Lemens n'aîait jamais paru faire rien qui dénoUt qu'elle fût dépourvue d'odorat ; elle goûtait et odonit comme loutle monde. Elle aimait les fleurs, clic les |)ortait à son nez pour les odorer. La seule particularité que présentait le caractère de Marie Mnens^ était une tendance naturelle à la mélancolie.

La troisième panoontque Je tis était une amie de Marie Lemens qui l'avait soignée pendant deux mois en?iron qaVlle était restée alitée , rue de h Petite-Friperie, a?ant d'entrer I l'hOpital. Elle m'affirma ettoure que Marie Lemens sentait parfaitement les odeurs et toute eipèce de saveur. Fendant sa maladie* Marie Lemens avait dee aaeon noetames très abondaniei, et elle ae plaignait de l'odeor ibrte et désagréable qu'exhalait sa tranapiration. Elle était d'on goût très dl£Bdle H ne prenait pas la tisane pour pou qu'elle eût un mauvais goût.

Maintenant que faire de cette observation et das détails qui la suivait? Si j*en conclus que Todorat et la dégustation existent malgré TabBencedes nerfs olfaclirs, on me dira que mon observation n'est pas bonne et qu'il aurait fallu avoir observé moi-môme les phénomènes dont je parle et ne pas les tenir de personnes étrangères à la science. Je comprends, en eflet, que cela eût mieux valu, el j'aurais voulu en eflTet connaître Marie Lemens pendant sa vie. Cependant je ne vois pas comment j'aurais pu m'apercevoir «{ue les nerfs olfactifs manquaient en observant ce que nfont rapport<» les trois personnes qui ont vécu longtemps avec Marie Lemens. Si on m'opposait des cas d'absence des nerf olfactifs qui eussent été diagnostitiués et étudiés par des mc'^decins pendant la vie puis vérifiés par l'autopsie, je tiendrais volontiers cette observation pour insuffisante. Mais il est singulier qu'aucune des observations connues dans

CAS D ABSESCK

^H la sc^ieiire ne soit dans ce cas, ainsi que nous l'avousdit,

^H en parlant rtes aniopsios cû)isign('es dans les Hulhlins dt

^H In Soàélti tmalnmii/vr. l'I dans Ifi llirso de M, Pressât.

La liase du crAne de MarieLonicnsa éli^ longtemps conscn'tT iei. Fa\ voici un dessin sur lequel un peut voir

(1 ) Fiy. I. l'artit inférieure de la liiue du rrdnn reix'lu' dr la durrmère. — u. parLie Rorrcspoiidanie 'a Id lame cribli^ de rrtlimolile : on y »oil de chaque cAté des s(ii(?s di' ptliis pfrUils p.ir où pi'nMreni des lilamenls celluli^iix ei taiuriilaires irta t)i>II^Si — 'i, fiiiii du cerveau; — (.-. «Idiis long lliidi nid Inférieur; — dd', arièrecaroiiite Interne; — e, b}popliyse ; — f, iierrdo la cinquième paire,

Fig,[t. — Méin)? bftsrdiicrane que pr£ci!dpinmen1 ;lniilesleipiiifei mull« ei la diire-nit-ri! viil iti enlevées ; — o, irou borgne ; — h, apo-

DE NEKFS OLFACTIFS. S&3

lue la lame criblée n'existe pas ou plutôt qu'elle ne prémte pas de trous (flg. 10).

Voici maintenant la figure de la farc inférieure du

tm. 11 (1).

»rveau(fig. M). D'un côté on a conservé les méninjtes îl de l'autre oMé elles ont été enlevf'cs. Tontes les ori-

iijtK crbta-galli Irts pen <téfclopp>.<c ; — r, foMellp cormpoDdani à 1 bme crihl<« de IVlhmoIde ; on ne vnll pas de perliils pnur les nerfs rifaciirs ; — d. pelliR m «ormicns ; — r, rameau oltimoidal du filei nalal de la brandir upbilialmiqiK de la cinquième paire

(1) A.iiillODduncrrullacIirje Hiilon eu<i[cliei]ui:ou|) moins prODODCJ, nataon neiroincaiiciincvesiiKedoiierroiraclir.pus m^nie verasonori- (ioe; — 8, nerf oplilhatmiqur;— C. neir inoleiir oculaire commua; - — 1>, nr-rf palliértqiic ; — F., moteur oculaire citerne ; -- F. nerf Itrl-

33& OLTAcmoif.

gines des nerfs enoépbaliques sont à Tétat normal. Il n'y a rien autre chose d'anormal que l'absence de U première paire (nerfs olfactifs). *

Nous vous citerons une autre observation invoquée à Tappui de la spécialité du aerf olfactif; l'examen de cette observatioù vous montrera qu'elle ne saurait rien prouver.

ObsertatioMi — * Ciciti H diminution de Vol faction pt^oduiu par une tummtt ftmm à la èate du cràne^ pir M. Vidal, interne à la lil^rière. «- L'odorat est exc6ttiv«pent obtos, tellement qiMOitte malade, qui avait contracté l'habîtiideda tabac, en a dlscontiiioi l'usage ootnme ne loi produisant plus de sensation.

A la pardi aDtérieure do la base da cerveau, tumeur de la grosseur d^ CBUf de poule, située au-4oiiUS de la selle turcique. Elle semble fermée par réptnouisseniMit de Tutrémité de la tige pituitaire à liqtdle elle adhère. Le corps pitoitaire ne présente rien de partîculiertllii os de la base do crâne ne préMitent auciuie empreinte. Cette tumeur est logte dans l'épaisseur du cerveau, a refoulé en haut le pkacbor du triUèlQe^venu*icttle et, placée dans Tespacc qu'occupe ordiMiriaeBiililrffdi elle a écarté Textrémité antérieure de la scissure longttniHAaIe, de telle sorte qu'elle a fortement déjeté en dehors les nerfs olfactifs, qui sont comprimés et aplatis. De plus elle a poussé directement au-dessous d*elle les nerfe optiques dont la commissure à disparu ou plutôt fait partie ialé* grante de ses parois.

Dans toute Tobservation, M. Vidal ne fait pas mention de la cinquième paire. Cependant la tumeur, du volume d'un œuf» devait comprimer le sinus caverneux et la branche ophthalmique.On ne fût

jumeau ; — G, nerf de la septième paire ; — H, nerf vague ; -^ I, nerf gloaso-pbaryngien ; — J, nerf spinal ; — K, nerf grand hypoglosse ; ^ L, artère carotide interne ; — M, lobe antérieur du cerveau ; — N, lobe cérébral moyen ; — O, pont de Varole ; — P, artère basilaîre ; — Q, pyramide antérieure ; — R, cervelet.

OBSnTATIOlf. SS5

pif naotîon non plot de la teotibilité géoérale da no et des yeux. Soat ce point de ¥0f , l'obtenritioo est iDGoinpIète et on ne peut en tirer accune conclusion rigoureuse pour ou contre la spécialité* du nerf olfactif.

Si donc on admet aujourd'hui que le nerf olfactif est le nerf spécial de Todorat, et que la cinquième paire donne seulement à la membrane muqueuse nasale la sensibilité générale , on émet une opinion basée seulement sur l'analogie avec la vision. Après les faits que je viens de vous exposer, il est difficile d'admettre que le r6le du nerf olfactif dans Tolfaction puisse être aujourd'hui regardé comme bien connu. Qu'il ait un rûle dans l'eKercice de cette fonction ^ je suis loin de le nier. Mais quel est exactement ce rôle? — Je l'ignore, personne n'ayant pu diagnostiquer pendant la vie l'absence des nerb olfactife, et observer quelles en étaient les eonséquences.

On n'fty «d'ailleurs 9 aucune raison môme analogique de refuser à la cinquième paire un rôle dans l'olfaction. Cest un nerf de sensibilité générale, sans doute; mais déjà, dans la bouche, ne le voit-on pas réunir les aptitudes des nerfs de sensibilité générale et de sensi*bîlité spéciale?

L'olfaction est une fonction qui n'a pas besoin, comme la vue et l'ouïe, d'un organe particulier et spécial. Des surfaces muqueuses constituent les appareils olfactif et gustatif : la cinquième paire perçoit les sensations gustattves; pourquoi ne percevrait-elle pas certaines sensations des odeurs ?

On a parlé de sujets qui sentent la saveur d'un aliment,

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