ORGANE DE LA VISION
Nous allons l'ouvrir et voir en quel état sont les milieux de l'œil qui sont les derniers à s'altérer. Ici rhumeur vitrée et le cristallin n'ont pas perdu leur transparence; l'altération, qui de l'iris s'étend d'ordinaire au cristallin, n'a pas encore envahi celui-ci. Si donc cet œil était perdu pour la vision, cela tenait uniquement à l'altération de la cornée qui formait un écran opaque au-devant des milieux restés suffisamment sains pour permettre aux impressions lumineuses d'être perçues par la rétine. Vous pouvez en outre constater sur cette pièce l'obliquité des dents qui ne sont plus en rapport, ainsi que le développement exagéré des deux incisives qui ont cessé d'être usées contre les dents correspondantes. Celte dernière modification anatomique est surtout frappante lorsqu'on la compare à la disposition normale que présente cette autre tête de lapin, venant du lapiu auquel nous avions coupé la septième paire et que nous avons sacrifié hier.
Après vous avoir exposé le rôle et la distribution physiologique des deux grands nerfs qui donnent à la face, l'un le mouvement, l'autre la sensibilité, nous passerons aujourd'hui à l'examen d'un certain nombre d'autre nerfs qui se trouvent groupés, en quelque sorte, autour des nerfs spéciaux des organes des sens.
Dans la cavité orbitaire, nous avons déjà vu que la sensibihté générale était sous la dépendance de la cinquième paire ; que cette paire présidait aussi à des phénomènes de nutrition. Nous savons encore que le facial exerce une influence sur les mouvements extérieurs de l'œil ; qu'il donne le mouvement au muscle orbiculaire
NERFS MOTKtmS. 904
des paupières et détermine ainsi Pocclusion de l'organe visuel. Mais là ne se bornent pas les mouvements de rappareil de la vision, et trois autres nerfs moteurs s'y distribuent encore ; ce sont : le nerf moteur oculaire commun, le nerf pathétique et le nerf moteur oculaire externe. L'histoire physiologique de ces nerfs est extrêmement simple ; elle se résume tout entière dans leur distribution anatomique.
Le nerf moteur oculaire externe se rend au muscle droit externe du globe de l'œil. Lorsque le nerf est détruit, ce muscle est paralysé 6t il y a strabisme interne.
Le nerï pcUhétique va au muscle grand oblique, qui préside à des mouvements de rotation de l'œil sur son axe. Les phénomènes consécutifs à ^a paralysie n'ont rien de bien apparent, en raison même de la nature de ces mouvements.
Nou^ vous montrerons des animaux chez lesquels ces deux nerfs auront été coupés séparément, et vous pourrez ainsi juger de la nature des modifications qui surviennent lorsqu'ils sont paralysés. Le nerf pathétique est remarquable par l'anastomose qu'il offre avec la cinquième paire (fig. 9).
Le rôle du nerf moteur oculaire commun est beaucoup plus important; il préside à tous les autres mouvements de l'œil:
J'ai souvent détruit ce nerf dans le crâne, en l'arrachant par un procédé analogue à celui que vous nous avez vu mettre en usage pour détruire la septième ou la huitième paire. L'expérience n'a pas été faite aujour-
202 NKRr DE LA TKOISIKHK PAIRE :
(l'bui faut*.' d'un iiislruinent convenable. Eu attendant nue cette expériencfi soit exécutée ici. je vous rappellerai deux expiTiences qui vous montreront les modifications
f(mM''Ciiliv(.'s il IVxtirpalinii ili- lu Im isiéiiie paire (iii-r
ru;. 9 (1).
moteur oculaire commun). Il y a siuiplemt'iU paralysie du mouvement des muscJes auxquels ce nerf se distribue, sans aucune alléi'atioii de nulrition.
Vous pouvez, d'après celte simpleiiuliculiuii. prévoir ijuels symptômes nous présentera l'animal auquel nous
il) Fi'n. 1. Sfrf paihélique die: l'humme. — M, iniiscle urand oblique rlaos lequel ao dlslrlbuc |r> nerf paUi<<iiqiie P, P'; *- N. nerr UK>ieiir occiilaire externe ; — O, nerf optique ; — C, norl' moleur occulïii'e commun présenianl Ij. dans le hIiius cnvcrueiix. un a«pecl grlsâlrv comme gangllonnaiio ; — T, lionr <Ie la ciuqiilème paire; — I, nerf maxillaire inf^iriPur ; — S, nerf maiill>lr« Mipi<rieiii' ; — X, wvî fronia
SON ARRAGOENfirrr. 20ft
aurons enlevé la troisième paire. Tons les muscles étant paralysés, excepté le grand oblique et le droit externe, ce dernier agira pour produire le strabisme externe. E» mémo temps, le reliichement des autres muscles flmits et du petit ol)lique de l'œil amènera une saillie ilii f^lobe oculaire ; la paralysie du releveur de la paupière supérieure produira la chute de celle-ci (»l une (loclusion partielle du globe oculaire.
Tout ne se borne pas à ces symptômes bien apparents : OD a aussi à noter des modifications relatives à la pupille. En effet, un des caractères admis de la paralysie (le la troisième paire est une dilatation permanente de la pupille. Voici deux expériences que nous avons faites autrefois, vousy trouverez les symptômes que nous vous avons indiqués :
Exp. — Sur un gros lapin, ayant été choisi avec une coloration bleu clair de l'iris, afin que l'observation des phénomènes du côté de la pupille fût plus facile, j'arra* chai la troisième paire, nerf moteur oculaire commun, à gauche, à l'aide d'un petit crochet introduit par la pait)i externe de l'orbite. On pénétra dans lafossi* temporale moyenne; puis on saisit avec le crochet le nerf qui est libre sur l'extrémité antérieure du repli de la liure-mère qui vient s'insérer sur la selle turciqne.
ioterae; — PP, nerf pathétique; — A , anastomose en arcade de ce pathétiqoe avec le frontal interne ; -- K, nerfs frontaax de la branche ophthalniique.
Fig, 2. Nerf pathétique chez le lapin. — M, muscle dans lequel se distribue ie nerf P, P'; - A, A', anastomose du pathéthique avec la branche frontale 0; — 0, branche frontale de la cinquième paire; -- F, F' extn^mit^ antérieure du nerf facial.
20ft NEHF DE LA TROISIÈME PAIRE;
AU moment où l'on pratiqua Topération^ on toucha la branche ophthalmique de la cinquième paire, car l'animal cria et sa pupille se contracta violemment, en même temps que Tœil devint saillant. Aucune modification n'était sur>'enue dans Tœil opposé. Bientôt ce trouble cessa; et voici ce qu'on observa sur l'œil gauche chez lequel la troisième paire avait été arrachée :
1* Strabisme externe de l'œil ;
2® Immobilité complète du globe oculaire, excepté en dehors;
S"" Chute de la paupière inférieure qui pouvait se fermer davantage mais non se relever;
b!" Enfin, la sensibilité était pairfaitement conservée dans la face et dans toutes les parties de l'œil ;
h"" Enfin, il y avait une saillie du globe de l'œil plus considérable que du côté opposé.
On observa qu'au moment de l'opération, il y avait eu une injection subite et passagère des vaisseaux iriens et des vaisseaux de la conjonctive.
Pour démontrer que les mouvements de Tœil n'existaient plus que pour porter l'œil en dehors, voici comment on s'y prit :
En exposant l'œil de l'animal à la lumière, et en tournant la tête en dedans, on voyait que le globe oculaire tendait à se porter en dehors par de petits mouvements ; mais quand on tournait la tête en dehors* le globe oculaire restait complètement immobile.
Du côté sain, au contraire, le globe oculaire se portait en dedans quand ou tournait la tête en dehors, et en dehors quand on tournait la tête en dedans.
SON ARRACBËMENT. 905
Après Tablation de la troisième paire , la pupille n'avait pas été déformée ; seulement elle s'était montrée uu peu plus contractée que celle du côté opposé : probablement parce qu'on avait touché la cinquième paire.
Le lendemain, le lapin était toujours bien portant. I^s deux yeux étaient sensibles également et n'étaient le siège d'aucune altération de nutrition. L'injection qui avait paru dans l'iris et dans la conjonctive, au moment de l'opération, avait complètement disparu. Les phénomènes qui avaient persisté étaient : le strabisme externe, la saillie du globe de l'œil, la chute de la paupière supérieure, l'immobilité du globe oculaire, excepté dans les mouvements en dehors.
La pupille qui, au moment de l'ablation de la troisième paire, s'était montrée plus contractée que du côté opposé, était aujourd'hui dans un état inverse ; c'est-àdire qu'elle était plus dilatée que celle du côté opposé ; mais la pupille n'offrait aucune déformation, et elle paraissait peu mobile sous l'influence de la lumière artificielle qui déterminait un clignement dans les deux yeux.
On appliqua de la belladone dans les deux yeux ; les deux pupilles se dilatèrent, et pendant toute la journée restèrent également dilatées dans les deux yeux.
Le soir, vingt-six heures après l'ablation de la troisième paire, on coupa du même côté, à gauche, la cinquième paire. Aussitôt l'animal cria : la pupille resta d'abord immobile, mais bientôt elle se resserra fortement, comme elle le fait habituellement dans la section de la cinquième paire. La pupille opposée resta dilatée
906 XERF DE LA TROISIÈMB PAIRE;
comme elle l'était sous l'iniSueiice de la belladone. L'œil gauche déjà saillant, par suite de l'ablation de la troisième paire, ne le devint pas beaucoup plus lors de la section du trijumeau.
La section de la cinquième pairo amena un épaiichement de sang, par suite de la blessure du sinus cavei*neux ; Panimal succomba à cet accident.
De cette expérience on peut conclure : l*que l'ahlalion de la troisième paire, dont les symptômes s'expliquent très bien par sa distribution, n'a pas amené la parai ysio de l'iris, puisque, sous Tinfluence de la belladone et de la section de la cinquième paire, il s'y est produit des mouvements de dilatation et de resserrement.
Exp. — Sur un lapin adulte on arracha le nerf moteur oculaire commun , parle procédé ordinaire. Aussitôtaprés l'opération on constata : saillie du globe de Tceil, chute de la paupière supérieure, strabisme externe, immobi* lité du globe de l'œil, excepté pour les mouvements en dehora ; la conjonctive avait conservé toute sa sensibilité; la pupille était contractée parce que, lors de l'opération, on avait touché à la branche ophthalmique de la cinquième paire.
' Trois heures après l'opération, la pupille s'était dilatée, mais elle était encore un peu plus rétrécie que celle du côté opposé. Elle ne paraissait pas se mouvoir bien nettement sous l'influence de la lumière artificielle.
Le lendemain, vingt-quatre heures après l'opération, l'œil gauche avait les paupières collées ; mais, en les entr'ouvrant, on trouva que l'œil n'était le signe d'au- C4]ne altération, et l'on voyait que la pupille était beau-
SON AHItAGHEMBNT. 907
coup plus dilatée que celle du côté droit, qui était le côté resté uormal.
Mais, rœil gauche étant demeuré à la lumière, ou trouva qu'une heure après sa pupille gauche s'était considérablement resserrée, ce qui prouvait que, quoique les mouvements de l'iris fussent lents, ils ne s'en effectuaient pas moins quand Toeil passait de l'obscurité à la lumière. L'animal présentait, du reste, les mêmes phénomènes que la veille relativement aux mouvements de Tœil, qui n'étaient appaients qu'en dehors; il y avait toujours chute de la paupière supérieure.
f introduis alors de la belladone dans les deux yeux, et les deux pupilles se dilatèrent également.
Ensuite, je coupai la cinquième paire à gauche : aussitôt la conjonctive devint insensible, les traits furent poussés en avant, et la pupille se resserra considérablement.
Le lendemain, quarante-huit heures après l'ablation de la troisième paire, et vingt-quatre heures après la ï^ion de la cinquième, la pupille gauche s'était dilatée ; elle avait pris une forme oblongue, et l'iris offrait quelques plis rayonnes.
D'après ces expériences, on voit que l'extirpation de la troisième paire n'empêche pas la pupille de se con- Imcter sous l'influence des excitations portées sur la cinquième paire; ce qui prouverait que ce n'est pas par le nerf moteur oculaire commun qu'est rapportée l'action réflexe, mais que c'est par le grand sympathique que cette action se trouve transmise.
Elle n*est pas non plus transmise par les autres