‹ Leçons sur la physiologie et la pathologie du système nerveux (volume 4)Chapitre 48 sur 86 · DES NERFS OLFACTIFS · texte numérisé non relu

DES NERFS OLFACTIFS

Voici du reste cette observation :

Lemeiis, née en Belgique, commune de fjppeloo, arrondtssementde MalineSt province d*Ànvers; âgée de vingt-neuf ans, habitant Paris depuis six ans (rue de la Friperie, w* 22), est enlrée h t'Hôtcl-Dieu le 1 7 juillet 1861 , à 5 heures du matin. •

Apportée dans l'hJl^pita] à la dernière extrémité, la malade mourut nne demi-heure après son entrée sânsqn*on ait pu Tobsorver autrement que pour constater sa maigreur extr^nie, et les signes de la der« Bière période de la phthisie pulmonaire à laquelle elle succombait.

Le 19 juillet, sa tète, apportée au GoHége de France pour servir au cours; fut iojéctée a'vecidu^soif coloré, et à Texamen qui en fut fait avec lé plus grand soiir, on constata les particularités suivantes:

A l'ouverture du crâne, rien de particulier, soit dans Tépaisseiir des 08« -soit dâ6s l'aspect 'des* autres envdoppes cérébi^ales. - Le cerf eau offrait une oonférmaitiôn et une cônsistattce normales dans toute sa partie suj^érieurè. Mais lorsqu'on vint à soulever la face inCérieiire des inbes antérieurs du cerveau, afin dé détacher d'avant en arrière, suivant le procédé oi^diiiaire, les origines de tous les nerfs dé la base du crâne «' on. fut surpris de ne trouver auciiue trace des nerfs oHMïtifii.

L^altttKion évdilée par cette particularité singulière, on apporta les plus grandes précautions pour enlever le cerveau, le cervelet et b moelle allongée. La préparation terminée, il fut très facile d'examiner la base du crâne; la face inférieure de Tencéphale, la disposition des membranes, des vaisseaux et des origines de toulos les pair& nerveuses et on; trouva :

1° Conformation normalcide la (ace inférieure du cerveau ;

2" AiMènce complète, des nerfs olfuctifs ;

3* Disposition normale des vaisseaur et des membranes ;

h'* Origine des autres nerfs offrant une distribution parfaitement régulière;

Eu résumé, c'était un cerveau conformé comme tous les autres, avec la «eule différence qu'il ne préaentait que huit paiies de nerfs «1 lieu jd'en avoir neuf.

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En présence d*un fait si remarquable, â positif* et, par coniéquent, de nature à éclairer vivement un point de physiologie encore controversé aujourd'lmi, on dut regretter de ne pas avoir pu siuivre la malade pendant sa vie, aGn d'observer les nuances ou les particularités de sa sensation olfactive* Cependant, comme on a'avaîi pas affaire ici à ces nuances de symptomatologie qui ne peuvent ôtre saisies que par le médecin lui-même, mais qu'il s'agissait au contraire do l'existence ou de l'absence d'un sens : ce sont de ces choses qui frappent tout le monde, qui influent sur les babiludMde l'individu dans les rapports ordinaires de la vie. Cette absence d'un sens vient à chaque instant se révéler aux amis des malades, k leurs parents, dont les renseignements sont d'autant plus précieux qu'ib sont le fruit d'une longue observation, et sont l'expression pore et simple des faits sans aucune idée scientifique préconçue de leur part

Je me transporUii donc rue de la Petite-Friperie, chez M. M..., où Marie Lemeos avait habité les six derniers mois de sa vie. Parmi les renseignements que je pus obtenir sur la nuinitede vivre et de sentir de Marie Lemens, je ne rapporterai que ceux qui sont relatifs à l'état de l'odoration et sur lesquels je dos revenir I plusieurs reprises et par.des questions directement posées afin d'éviter l'erreur.

Il résulta de ces renseignements que Marie Lemens ne pouvait supporter l'odeur de la pipe, et que, particulièrement le matin, en entrant dans un appartement où l'on avait fumé la veille, elle se hâtait d'ouvrir la fenêtre pour dissiper la mauvaise odeur de pipe renfermée.

Marie Lemens se plaignait fréquemment de la fétidité d'un plomb qui avoislnait sa chambre. Enfin, elle fit pendant six semaines environ la cuisine chez M. M..., et, comme toutes les cuisinières, elle goûtait les sauces et les aliments : elle était même, à oe qu'il me fut dit, une fort bonne cuisinière.

Je fus ensuite adressé à quelqu'un qui avait été l'amant de Marie Lemens et avait vécu maritalement avec elle pendant près de qoatre ans. Cette personne, qui comprit parfaitement le motif de ma démarche et que je trouvai très disposée à me donner toute espèee de

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rfOMîfBMMDts, m'iiirait que Marie Lemeot n'arait jamais para faire rien qui dénotât qu'elle fût dépour?ue d*odorat ; elle goûtait et odorait comme tout le monde. Elle aimait les fleurs, elle les portait k son nez pour les odorer. La seule particularité que présentait le caractère de Marie Lemens» était une tendance naturelle à la mé* iancolie.

La troisième personne que je vis était une amie de Marie Lemens qui l'avait soignée pendant deux mois environ qu'elle était restée alitée, rue de la Petite-Friperie, avant d'entrer à rhftpital. £lle m'affirma encore que Marie Lemens sentait parfaitement les odeurs et tonte espèce de saveur. Fendant sa maladie, Marie Lemens avait des sueurs nocturnes très atxHidantes, et elle se plaignait de l'odeur forte et désagréable qu'exhalait sa transpiration. Elle était d*un goût très difficile et ne prenait pas la tisane pour peu qu'elle eût un mauvais goût.

Maintenant que faire de cette observation et des détails qui la suivent? Si j'en conclus que Todorat et la dégustation existent malgré l'absence des nerfs olfactifs, on me dira que mon observation n'est pas bonne et qu'il aurait fallu avoir observé moi-même les phénomènes dont je parle et ne pas les tenir de personnes étrangères à la science. Je comprends, en efTet, que cela eût mieux valu, et j'aurais voulu en effet connaître Marie Lemens pendant sa vie. Cependant je ne vois pas comment j'aurais pu m'apercevoir que les nerfs olfactifs manquaient en observant ce que m'ont rapporté les trois personnes qui ont vécu longtemps avec Marie Lemens. Si on m'opposait des cas d'absence des nerf olfactifs qui eussent été diagnostiqués et étudiés par des médecins pendant la vie puis vérifiés par l'autopsie , je tiendrais volontiers cette observation pour insuffisante. Mais il est assez singulier qu'aucune des observations connues dans

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la science ne soit dans ce cas, ainsi que nous l'avonsdit,' en parlant des antopsies consignées dans les Bulletins de la Société analontiipic. cl dans la tlièsc de M. Pressai.

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La base du crâne de Marie lumens a ét^ longtemps conservée ici. En voici nn dessin sur lequel on peut voir

l\)F%g.l. partie antérieure de la base du crânt revêtue dt la durtmère. — a, partie corre^ndanlc k ta lame cribla de l'elhmolde ; on y voll de chaque ctilé des séries de peilts perluls par où pdntireni des niamenis celluleux et vasciilaires irès dalles ; — b, faux du cfTiean ; — c, slntit longitudinal infërieur ; — dd', artère caroiidc ioleme ; — e, Ufpophyse ; — f, nerrde la cinquième paire.

Fig.U. — Même base du cranc que précédemment ; tomes lesparlln molles et la dure-mùre ont été enlevées ; -^a, trou boi^ne ; — 1>, apo-

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