PROPRIÉTÉS COMMUNES
Ici chaque paire crânienne est due à l'ensemble de deux nerfs symétriques par rapport au plan médian ; on ne tient compte, dans sa composition , que de la configuration, et il ne fondrait pas voir, dans ces douze paires anatomiques, des paires physiologiques telles que nous les avons comprises.
A notre point de vue, purement physiologique, l'individualité nerveuse est constituée par un élément sensilif pur (racine postérieure), un élément moteur pur (racine antérieure) , et enfin un élément sympathique agissant sur les organes de la vie nutritive, qu'on a encore appelé nerf trophique et que nous avons considéré comme un élément moteur spécial, tenant surtout sous sa dépendance les phénomènes physico-chimiques /la Torganisme. Nous aurons, par conséquent, à poursuivre d'après le même point de vue l'étude des nerfs de la tête ; seulement, la détermination de notre unité nerveuse deviendra plus difiicile.
Dans la moelle épinière , les racines antérieure et pofAérieure d'une même paire nerveuse se correspondent anatomiquement et entrent visiblement dans la constitution du môme nerf mixte. Dans la tète, les corrélations anatomiques des nerfs sont beaucoup plus complexes; mais, heureusement, nous avons donné, à propos des nerfs rachidiens, un caractère physiologique d'association des éléments d'une paire nerveuse qui deviendra ici très précieux pour nous diriger ; nous voulons parler de la sensibilité récurrente qui associe toujours Télément nerveux moteur à un élément sensitif déterminé. Nous rappellerons donc ici le principe que
AUX PAIRES RACUIDIRNNKS ET CRANIENNES. 7
nous avons posé à propos des paires racbidienncs, a savoir : qu'un nerf moteur joue le rôle de racine antérieure par rapport à un nerfsensilif, toutes les fois qnil reçoit de ce dernier sa sensibilité récurrente; et que, réciproque^ ment^ un nerf sensitifjoue^ par rapport à un nerf moteur y le rôle de racine postérieure toutes les fois qu'il lui fournit la sensibilité récurrente. Quant à rélément sympathique qui^ émanant de la moelle épinière, entre encore dans la constitution de T unité nerveuse, il nous serait difficile de dire, pour le moment, s'il est plus spécialemeut associé à Télément moteur d'une paire ner* veuse qu'à son élément sensitif. Notons seulement que les mouvements réflexes auxquels les nerfs sympathiques donnent lieu peuvent avoir pour point de départ, soit des sensations internes, soit des sensations externes, soit enfin des sensations spéciales.
Parmi les propriétés nouvelles que nous présentent les nerfs crâniens, nous devons surtout signaler celles qui appartiennent à un ordre nouveau de nerfs qui pe se rencontrent que dans Tencéphale; ce sont celles des nerfs spéciaux des sens, ou nerfs sensoriaux.
Relativement à la sensibilité des nerfs racbidiens^* nous avons déjà longuement insisté, dans le semestre dernier, sur ce fait, que les nerfs sensitifs et les nerfs moteurs intacts sont les uns et les autres sensibles quoiqu'à des degrés divers; seulement, que Tun de ces éléments, le nerf sensitif, possède une sensibilité directe qu'il tient du centre nerveux et qui, après sa section, persiste dans son bout central, tandis que l'autre, le nerf moteur, possède une sensibilité récurrente^ qp'il tire du nerf sensitif et
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qui après sa section persiste dans son bout périphérique.
A la tète, les nerfs possèdent les mêmes propriétés et les mêmes caractères physiologiques qu'au rachis ; cela nous permettra donc toujours de distinguer un nerf moteur d'avec un nerf sensitif. Toutefois les nerfs des sens spéciaux, ou nerfs sensoriels, présentent des propriétés tout à fait différentes. Pendant très longtemps on avait cru que les nerfs, chargés de percevoir les impressions les plus délicates, devaient être doués d'une sensibilité exquise. Magendie, le premier, a montré qu'il n'en était pas ainsi, et que le nerf optique, le nerf acoustique, le nerf olfactif, pouvaient être déchirés , contus, sans provoquer les moindres signes de douleur. Mais l'excitation de ces nerfs développe cependant des mouvements réflexes qui ne sont plus, dans ce cas, seulement le résultat d'une sensibilité inconsciente, mais celui d'une sensibilité subjective, analogue aux propriétés du nerfsensitif sur lequel on expérimente. En effet, la contusion, l'irritation du nerf optique déterminent, même dans l'obscurité, des sensations lumineuses et la contraction de la pupille comme sous l'influence de la lumière extérieure elle-même.
Ici le nerf sensoriel se comporte, pour la direction de son action, comme un nerf sensitif, car le pincementdu bout central du nerf optique détermine la contraction de la pupille chez l'animal rendu aveugle par cett« section, tandis que le pincement du bout nerveux périphérique ne produit rien. De même aussi, l'irritation du nerf acoustique détermine des sensations auditives subjectives.
Il est des nerfs spéciaux qui sont, en quelque sorte, in-
DES IfERFS SENSORIELS. 9
termédiaires par leurs propriétés aux nerfs sensorielsdont nous venons de parler et aux nerfs sensitifs rachidiens. Tels sont le glosso-pharyngien et le lingual. Ils sont très évidemment seusibles aux irritations mécaniques; cependant ils paraissent Tètre moins que les racines rachidiennes proprement diles. Nous examinerons plus loin si ces nerfs, qui semblent partager les propriétés des nerfs de sensibilité spéciale et celles des nerfs de sensibilité générale, doivent être considérés comme étant constitués par des fibres nerveuses d'une nature spéciale ou bien par un mélange de fibres nerveuses sensitives tactiles, et de fibres sensitives sensorielles.
Outre les nerfs que nous avons examinés jusqu'à présent, nous trouvons encore parmi les nerfs crâniens l'élément du grand sympathique, qui, là, se divise en une multitude de ganglions qui tous ont des connexions plus ou moins intimes avec les rameaux des nerfs encéphaliques. Nous avons vu qu'il était prouvé que le grand sympathique prend dans certains points son origine de la moelle épinière. L'origine de ce nerf dans la région dlio-spinale est une des mieux établies. Nous verrons qu'à l'origine des nerfs crâniens, on trouve des branches qui doivent être considérées comme branches d'origine du grand sympathique.
En résumé, nous aurons à tenir compte, dans l'étude des nerfs de la tète, de quatre éléments au lieu de trois que nous avons seulement eu à considérer dans les nerfs rachidiens. Ce seront : IMes nerfs de sensations spéciales ; 2"" les nerfs de sensations générales ; 3* les nerfs de mouvement ; U" le grand sympathique.