DES PROPRIÉTÉS NERVEUSES ET MUSCULAIRES
ment et plus convenablement sur cet animal ; mais il ne faudrait pas croire que le système nerveux de la grenouille a des propriétés que ne possède pas celui des animaux plus élevés. Si on n'a pas étudiées ou constatées ces propriétés chez ces derniers , c'est qu'elles disparaissent trop vite après la mort. Mais elles doivent être considérées comme existant chez ces animaux.
Pour vous donner la preuve de ce que nous venons d'avancer, nous avons préparé un lapin en lui coupant la moelle épinière, entre la cinquième et la sixième vertèbre cervicale; à la partie supérieure du plexus brachial, de telle sorte que l'animal respire encore par le diaphragme, peut-être un peu par la partie supérieure du thorax , car il a conservé quelques mouvements dans les membres antérieurs. L'animal a respiré d'abord d'une manière plus accélérée , ses oreilles se sont échauffées, la section ayant porté sur la région cilio-spinale. Bientôt les respirations se sont ralenties, l'animal a eu une défécation continuelle et les autres symptômes que nous vous avons déjà décrits. Mais il ne paraît pas autrement malade, car il mange des carottes qu'on lui a données.
Il y a sept heures que la section de la tnoelle a été faite. L'animal est refroidi dans tout son train postérieur, les mouvements réflexes y sont violents , la circulation est très ralentie dans toute cette partie du corps ; et si nous observions la pression du sang dans les artères, nous la trouverions certainement très affaiblie. Nous pouvons maintenant étudier les propriétés nerveuses sur le train postérieur de cet animal dont les fonctions ont été ainsi abaissées, et nous verrons qu'elles ne diffèrent
ili IDENTITÉ DES PROPRIÉTÉS NERVEUSES ET MUSCULAIRES
pas sensiblement de celles qu'on observe chez la grenouille et qu'elles sont même plus énergiques sous certains rapports.
Nous sacrifions d'abord l'animal par la section du bulbe rachidien, afin de vous montrer qu'après sa mort ces propriétés persisteront longtemps ; mais nous aurions pu conserver ce lapin vivant et voir les mêmes phénomènes pendant plus longtemps encore.
Maintenant je fais une incision à la cuisse et je découvre le nerf sciatique. On peut voir déjà, en faisant l'incision des muscles, qu'ils jouissent d'une contractilité très grande.
Actuellement je coupe le nerf sciatique, j'isole ce nerf dans une certaine longueur, et le soulevant avec un petit tube de verre, je fais toucher son extrémité de section sur la surface longitudinale d'un muscle voisin, et vous voyez aussitôt une contraction brusque avoir lieu dans toute la partie inférieure du membre où se rend le nerf sciatique. On peut voir ici très bien que la contraction n'a lieu que lorsque le nerf touche la surface externe du muscle par la surface coupée de son extrémité ; tandis que si on relève l'extrémité du nerf et si Ton fait toucher la surface externe du muscle par la surface externe du nerf, il n'y a pas de contraction. Cela s'explique très facilement : la surface du niuscle étant électrisée positivement, sa coupe est électrisée négativement; il en est de même pour le nerf, sa coupe est éJectrisée négativement et sa surface extérieure positivement. Or, pour obtenir une contraction , il faut toujours mettre en contact deux surfaces électrisées en sens inverse : soit la coupe
CHEZ LES ANIMAUX A SANG GliAUD ET A SANG FROID. 15
du nerf avec la surface longitudinale du muscle, soit la surface longitudinale du nerf avec la coupe du muscle.
En ce moment je désarticule la jambe du lapin, en conservant le nerf sciatique qui s'y rend, et je peux, avec le long bout du nerf qui tient à la jambe, répéter toutes les expériences que nous avons faites durant le semestre dernier avec la patte galvanoscopique de la grenouille.
Nous constatons ici que, en mettant une portion du nerf en contact avec la surface longitudinale d'un muscle de la cuisse qui reste attachée au tronc, et une autre portion du nerf en contact avec la coupe du même muscle, en ayant soin de soulever le nerf en anse entre ces deux points de contact, on voit survenir une contraction brusque par le courant muscidaire, absolument comme cela a lieu pour les patles galvanoscopiques.
Nous pouvons également constater ici qu'il y a une contraction dans la patte quand on pose le nerf sur la pointe et la surface des ventricules du cœur de l'animal.
Nous observons encore la contraction par l'excitation que nous avons appelée excitation métallique, qui consiste à faire toucher deux points d'un nerf sur une surface métallique homogène. Nous obtenons dans ce cas encore, avec le nerf sciatique de notre lapin, des contractions absolument semblables à celles que nous a données la patte galvanoscopique de la grenouille. Il y a plus de vingt minutes que l'aninial est mort, et les propriétés que nous examinons ne sont encore en rien affaiblies, et si l'animal n'eût pas été amené à cet état d'abaissement des fonctions dans lequel vous l'avez vu, au bout de quelques
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instants les propriétés nerveuses et musculaires auraient complètement disparu. Nous n'avons, du reste, qu'à comparer, pour nous en rendre compte, les muscles du cou du même animal, au-dessus de la section de la moelle, avec ceux du train postérieur. Ces derniers se contractent au moindre attouchement de la pointe du bistouri, tandis que les autres ont perdu déjà depuis longtemps leur contractilité.
N'ous pourrions encore continuer longtemps les mêmes études avec ces nerfs et ces muscles de lapin ; mais ce que nous avons vu suffît pour vous prouver de la manière la plus évidente qu'il n'y a pas de différence radicale entre les propriétés du système nerveux des animaux supérieurs et celles des animaux inférieurs , et qu'en les ramènent dans des conditions de circulation et de calorification identiques, on obtient les mêmes phénomènes. Cette démonstration n'est pas sans importance , car souvent on entend dire qu'il n'y a pas de comparaison à faire entre les propriétés des nerfs d'une grenouille et celles des nerfs de l'homme, par exemple. Il faut savoir au contraire que, quant à leur essence , ces propriétés sont exactement les mêmes, et que tout ce qu'on peut constater sur une grenouille peut être constaté sur les animaux plus élevés. De sorte, donc, que nous pouvons parfaitement invoquer les expériences faites sur les animaux pour éclairer l'histoire de la physiologie du système nerveux chez l'homme.
Dans la prochaine leçon , nous commencerons l'histoire des nerfs de la face.
DEUXIEME LEÇOjN
SOMMAIRE : Le nerf facial et le nerf trijumeau appartiennent à une même paire physiologique. — Xerf facial. — Anatomie. — Procédé pour couper le nerf facial dans la caisse du tympan. — Expériences. — Le nerf facial est moteur. — Son développement en rapport avec la variété de ses fonctions. — Effets de sa paralysie. — Le nerf facial est sensible : il tient sa sensibilité récurrente de !a cinquième paire, et , à la face, il a de la sensibilité directe qu'il doit k Taccolementde rameaux venant de la cinquième paire. — Le nerf facial est déjà sensible au sortir du crâne, celte sensibilité lui vientd'une branche qu'il reçoit du pneumogastrique. — Expériences.
Messieurs ,
Deux nerfs crâniens, î'un de mouvement, le facial, l'autre de sentiment, le nerf trijumeau, doivent d'abord appeler notre attention. La tête, en effet, se distingue surtout des auties parties du corps en ce qu'elle forme un épanouissement de Taxe central destiné à porter les organes des sens. Or, les deux nerfs que je vous signale sont précisément chargés de donner la sensibilité générale et le mouvement à presque tous ces organes sensoriels ainsi qu'aux parties qui y sont annexées.
En commençant nos études par le facial et la cinquième paire, nous rapprochons eu outre les deux éléments physiologiques d'une même paire nerveuse dans laquelle le facial joue le rôle de la racine antérieure, tandis que la cinquième paire représente l'élément sensitif ou la racine postérieure.
Le nerf facial a été décrit avec grand soin par les
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