‹ Leçons sur la physiologie et la pathologie du système nerveux (volume 5)Chapitre 12 sur 116 · DISTRIBUTION AN ATOMIQUE · texte numérisé non relu

DISTRIBUTION AN ATOMIQUE

actuellement la face, nous les yerrons persister dans les séances j3rochaines; l'opération n'entraînera pas la mort du lapin. Cet animal a conservé la sensibilité dans les parties qui ont perdu le mouvement et quand on le pince, on y provoque évidemment de la douleur.

Le nerf facial, en raison de son action sur les mouvements de la tête, est le nerf de l'expression de la face. C'est à ce titre que Ch. Bell l'appelait un nerf respirateur, appliquant cette dénomination aux nerfs qui concourent à l'expression de la physionomie. Il regardait les mouvements auxquels président ces nerfs comme tout à fait involontaires; mais à ce nom de respirateurs^ il ne rattachait l'idée d'aucun rapport avec l'acte respiratoire puisque le grand obhque de l'œil était pour lui un muscle respirateur.

Le développement du nerf facial est chez les animaux en raison directe de la variété des mouvements de la face. Ainsi, rudimentaire chez les poissons, les reptiles et les oiseaux, chez lesquels il ne constitue même pas toujours un nerf distinct, il est au contraire très volumineux chez les mammifères, et surtout chez ceux dont certaines parties de la face sont pourvues de mouvements très développés. Chez l'éléphant, chez le cochon, le facial est extrêmement développé surtout dans les branches qui se rendent au nez ou à la trompe.

Chez l'homme, le nerf facial est, ainsi que je viens de vous le dire, le nerf de la physionomie. On connaît l'immobilité et l'absence d'expression qui caractérisent sa paralysie etle contraste qui existe entre les deux moitiés de la face lorsque cette paralysie n'existe que d'un seul

côté. Lorscjue la paralysie existe des deux côtés, la face semble être couverte d'un masque. Bans un cas de paralysie double du facial que j'ai pu observer avec Magendie. cette impression d'un masque sous lequel les globes oculaires avaient conservé leur immobilité était frappante.

Étudions donc actuellement la distribution et l'usage des différentes parties du uerf facial.

Le trajet de ce nerf est très compliqué. Il émerge des côtés de la moelle allongée et vient se répandre sur la face après avoir parcouru dans l'os temporal une route très sinueuse. Mais si le nerf facial naît en arrière du pont de varole, ses racines remontent dans l'épaisseur du bulbe, puisse réfléchissent et tapissent le plancher du quatrième ventricule. Au sortir de la moelle, il se dirige vers le conduit auditif interne, accompagné par le nerf auditif situé en arrière de lui et un peu au-dessous, et aussi par le nerf intermédiaire de Wrisberg qui naît entre les deux et s'unit plus tard avec le facial.

Au fond du conduit auditif interne, le facial, réuni au nerf intermédiaire de Wrisberg, se sépare du nerf acoustique et pénètre dans le canal de Fatlope, coudé en forme d'S. Là, au niveau du premier coudCj existe un ganglion, le ganglion géniculé. Or, à ce ganglion aboutissent deux filets (nous verrons plus tard si ces filets arrivent au ganglion ou s'ils en partent; nous n'examinerons actuellement que les rapports). Ces deux filets sont le grand nerf pétreuoo superficiel et le petit pétreux superficiel; ce dernier va au ganglion clique, le premier au ganglion sphéno-palatin.

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Ensuite, le facial passe au-dessus de ia caisse du tympan, se réfléchit et donoe deux filets, l'un au muscle de l'étrier et un autre , la corde du tf/mpan qui , après un trajet assez singulier, va se rendre au ganglion sousmaxillaire.

Les filets, nés dans le canal spiroïde, mettent déjà le facial en rapport avec plusieurs nerfs crâniens.

Ainsi les deux nerfs pétreux le mettent en communication avec la cinquième paire, ainsi que la corde du tympan.

Le nerf facial ofire en outre une anastomose avec le pneumogastrique dans le canal osseux du temporal , et au sortir du crâne, par le trou stylo-mastoïdien, il communique encore avec le glosso-pharyngien.

Ensuite le nerf facial se distribue sur la face. On peut donc distinguer au facial deux portions : l'une intra-crânienne, l'autre faciale proprement dite. La première affectant une direction spiroïde, recevant des anastomoses nombreuses et très complexes.

Au sortir du trou stylo-mastoïdien du temporal, le nerf facial vient s'épanouir sur la face après s'être divisé en plusieurs faisceaux. Chez l'homme on trouve deux divisions principales q-.ii se subdivisent et s'anastomosent en réseau. Ce réseau, très serré chez l'homme, est, d'une façon générale, d'autant plus riche que 'es mouvements des parties sont plus multipliés et plus variés.

Nous avons vu, dans son trajet intra-crânien, le facial communiquer déjà trois fois avec la cinquième paire. Sur la face, ces comnmnications vont se répéter. Une

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anastomose existe au niveau de l'oreille, au-dessous de la parotide, anastomose auriculo- temporale avec la branche maxillaire inférieure. On trouve encore, au niveau des nerfs sus-orbitaire, frontal, sous-orbitaire, mentonnier, des anastomoses nouvelles avec la cinquième paire , anastomoses multipliées auxquelles on a donné le nom de plexus.

Voilà pour la distribution générale du nerf facial.

La première question physiologique que nous ayons à examiner est celle des propriétés de ce nerf. Je n'ai pas à y insister longuement ici. Lorsque, dans le cours du semestre dernier, il a été question de la distinction à établir entre les propriétés des nerfs et leurs fonctions, j'ai longuement insisté sur les phénomènes de la sensibilité récurrente que l'on trouve dans les racines antérieures ou motrices , sensibilité qui , vous le savez, leur vient par la périphérie des racines postérieures. Le nerf facial est de même sensible quoique ce soit un nerf moteur. Comme les nerfs moteurs , il tient sa sensibilité d'une racine sensitive et cette racine sensitive c'est la cinquième paire. On rencontre en effet, entre la cinquième paire et le nerf facial, la relation qui unit les racines postérieures aux racines antérieures, relation telle que la section de la cinquième paire fait perdre, ainsi que nous le verrons, la sensibihté récurrente au facial.

Mais avant de vérifier expérimentalement cette relation physiologique, il est nécessaire de nous rendre compte de quelques détails anatomiqoes sans la connaissance desquels nous arriverions infailliblement à faire des expériences incomplètes ne répondant pas à la

question que nous avions en vue de résoudre en les instituant.

Chez les animaux sur lesquels nous opérerons, le tronc du facial qui aborde la face en arrière et au-dessous de l'oreille fournit trois branches principales :

Une branche inférieure, destinée à la lèvre inférieure et au menton.

Une branche moyenne, qui se distribue à la lèvre supérieure, au nez et à la joue.

Une branche supérieure, qui se rend aux muscles de Tœil, de l'oreille et du front.

Peu après leur séparation, chacune de ces branches reçoit une anastomose avec la cinquième paire. C'est donc avant ces anastomoses qu'il faut interroger la sensibilité du facial ; sans quoi on aurait des manifestations sensibles appartenant, non au nerf interrogé mais au filet seusitif qu'il a reçu du nerf de la cinquième paire. Chez le cheval où , par exemple , l'anastomose est plus volumineuse que la branche du facial elle-même, il est évident que la douleur provoquée par le pincement du rameau mixte tient à cette anastomose.

Pour vérifier le fait en question , il est nécessaire de couper les branches du facial dont on interroge la sensibilité. Après cette section, on trouve que chez le chien les deux bouts sont doués de sensibibilité dans les branches du facial. La sensibilité du bout central ne saurait surprendre personne puisque, grâce à l'anastomose reçue de la cinquième paire, ce bout central représente partiellement le bout central d'une racine postérieure, c'est-à-dire d'un nerf seusitif proprement dit.

La sensibilité qu'on y observe est donc une sensibilité directe, tout à fait semblable à celle que nous avons notée sur le bout central d'une racine rachidienne postérieure coupée.

Mais le bout périphérique est sensible aussi. Cette sensibilité ne saurait lui venir du centre puisque la continuité a été détruite. Elle ne peut donc lui venir que, de la périphérie, et elle vient encore du trijumeau. C'est en effet ce qui a lieu, comme on peut s'en assurer en détruisant la cinquième paire : toute sensibilité disparaît alors dans le bout périphérique doué de la sensibilité récurrente.

Par ces propriétés le facial se comporte donc comme un nerf moteur et représente une racine antérieure ; il tient sa sensibilité récurrente de la cinquième paire qui joue ainsi par rapport à lui le rôle d'une racine postérieure. Ces deux nerfs appartiennent donc à une paire physiologique.

11 semblerait au premier abord, et d'après ce qui précède, que pour placer le facial dans les conditions exactes d'une racine antérieure, il suffirait de prendre ce nerf avant qu'il ail reçu les anastomoses qui lui viennent du trijumeau, à sa sortie du canal de Fallope. Ce serait une erreur. A ce moment le facial n'est déjà plus un nerf moteur pur, et l'expérience montre qu'il est sensible en ce point, indépendamment de la sensibilité récurrente qu'il tient de la cinquième paire. En effet si on le coupe en ce point, on trouve déjà son bout central sensible. Nous verrons que cela tient à ce que, pendant son trajet intra-crànien, dans le canal spiroïde du tem-

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poral, il reçoit lui filet anastomotique du pneumogastrique, filet qui lui donne une sensibilité directe.

Exp. — Voici un petit chien sur lequel nous avons préparé l'origine du facial : on voit très bien l'anastomose auricuio-temporale qu'il reçoit de la cinquième paire. NouspinçoHs la branche moyenne du facial ; l'animal crie. Lorsque maintenant nous coupons cette branche du facial, l'animal crie encore et nous constatons en outre que les bouts périphérique et central résultant de cette section sont d'une sensibilité très évidente. Maintenant, nous coupons le rameau de la cinquième paire qui s'anastomose avec la branche moyenne du facial, le chien pousse des cris très forts. Après cette section, nous pinçons le bout périphérique de la branche anastomo^ tique coupée, l'animal ne crie pas, tandis que. le pincement du bout central produit au contraire une douleur vive. Ce rameau est donc sensitif et c'est à lui que le bout central du facial devait sa sensibilité. Quant à la sensibilité du bout périphérique, elle lui vient aussi de la cinquième paire, mais par les anastomoses qui ont lieu dans les réseaux terminaux.

, J'ai toujours rencontré la sensibilité récurrente chez le chien en agissant dans des circonstances favorables indiquées dansle semestre dernier. Mais chez certains animaux, tels que le cheval et le lapin, la sensibilité récurrente est quelquefois très obscure et paraît même manquer, comme cela a eu heu dans l'expérience suivante : Exp. —- Sur un vieux lapin, on découvrit la branche moyenne du facial au niveau de son anastomose auricuio-temporale.

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En pinçant la branche, en masse, au-devant de son anastomose avec la cinquième paire, on la trouva sensible. Lorsqu'on l'eût coupée, le bout central seul était sensible. En pinçant la portion du tronc facial qui précède l'union avec l'anastomose, on la trouva insensible. De sorte que la sensibilité parut résider ici uniquement dans la branche anastoraotique de la cinquième paire, et le facial se montra insensible. Cela tiendrait-il à la vieillesse de l'animal ou à son peu de sensibilité propre ?

Nous avons dit tout à l'heure que chez le chien, la sensibilité que possède le nerf facial à sa sortie du trou stylo-mastoïdien dépend d'un filei anastomotique qu'il reçoit dans le canal spiroïde , filet provenant du pneumogastrique. Cette sensibilité ne peut dépendre en effet que de l'adjonction d'un filet sensitif dans le canal spiroïde, car à son entrée dans ce conduit le facial n'est pas sensible d'une manière évidente. Il est vrai que pour l'examiner il faut toujours ouvrir le crâne, ce cjui peut lui enlever sa sensibilité récurrente. Toutefois les nerfs sensitifs ont conservé leur sensibilité directe et le facial ^ s'il la possédait, l'aurait également conservée.

La sensibilité que le nerf facial présente à sa sortie du trou stylomastoïdien a été l'objet d'opinions fort diverses. Autrefois, lorsqu'on admettait que le nerf vidien était une branche de la cinquième paire qui , du maxillaire supérieur, venait se rendre au facial pour l'accompagner dans le canal spiroïde, on admettait que le facial étant déjà devenu mixte à la sortie du trou stylo-mastoïdien par cette anastomose, donnait à cause de cela des signes de sensibilité dans son bout central. Mueller a émis

28 PROPRIÉTÉ DE l'anastomose AURÏCULAIRE

l'opinion beaucoup plus probable que cette sensibilité clu facial à la sortie du trou stylo-mastoïdien dépendrait de l'anastomose que ce nerf contracte , dans sa portion descendante, avec le pneumogastrique, anastomose qu'il ne faudrait pas dès lors considérer comme fournie par le nerf facial au nerf pneumogastrique, mais bien par le pneumogastrique au facial. Jusqu'à présent, à ma connaissance, aucune expérience directe n'a été faite sur ce sujet. Pour juger cependant delà valeur de cette opinion, il est indispensable de faire une expérience directe et c'est ce que nous avons tenté avec succès.

Cette anastomose entre le pneumogastrique et le facial, qui émane de la branche auriculaire du pneumogastrique, se montre très volumineuse chez le cheval et le bœuf.

L'expérience que nous avons faite relativement à cette anastomose sur un chien n'est pas de nature à être pratiquée à l'amphithéâtre. Elle est fort longue, très pénible, et c'est avec peine que l'opérateur lui-même peut en suivre les détails. Nous l'avons exécutée hier matin ; au bout de deux heures nous avions à peine terminé.

Le procédé a consisté , prenant un gros chien bien portant, à lui abattre l'oreille gauche, de manière à pouvoir facilement arriver sur le facial à sa sortie du crâne. Alors, suivant le nerf, en nous aidant de !a gouge et du maillet, il nous a fallu sculpter le rocher, détruire l'apophyse mastoïde dont les cellules donnaient une hémorhagie souvent très considérable qu'on arrêtait -en bouchant les sinus avec de la cire ramollie, nous remon-

tàmes ainsi le parcours du nerf facial dans le canal spiroïde avec de grandes précautions pour ne pas le blesser. L'animal était, bien entendu, préalablement soumis aux inhalations du chloroforme.

Après deux heures environ, nous avions réussi à mettre à nu la branche anastomotic}iie qui unit le facial au pneumogastrique. La plaie fut recouverte et nous laissâmes l'animal se reposer, et ce n'est que quelque temps après l'opération qu'il sortit du sommeil dans lequel l'avaient plongé les inhalations de chloroforme.

La plaie fut décousue et nous pinçâmes le tronc du nerf facial au-dessous de son anastomose avec le rameau auriculaire ; il se montra évidemment sensible. L'ayant alors coupé à ce niveau, les deux bouts furent trouvés sensibles. Nous avions donc, en ce point, affaire à un nerf mixte, sensible par ses deux bouts.

Aussitôt après cette observation, nous coupâmes la branche anastomotique du vague et cette section causa une douleur vive. Pinçant alors de nouveau le nerf facial, nous reconnûmes que la sensibilité du bout central avait disparu. Elle lui venait donc de cette anastomose avec le pneumogastrique. La sensibilité du bout périphérique qui était récurrente venait de la cinquième paire et persistait tout entière. Ces observations ont été faites dans de bonnes conditions, quatre heures après l'opération; l'animal était suffisamment reposé puisqu'on a pu constater la sensibilité récurrente du nerf facial coupé.

Voici la tète de ce chien qui a été sacrifié après l'expérience et sur laquelle vous pourrez reconnaître

âO ANASTOMOSE DU FACIAL ET DU VAGUE.

l'étendue et la nature des délabrements produits. Au fond de la plaie se trouvent à découvert le nerf facial et le filet anastomotique qui le réunit au pneumogastrique. Vous pouvez voir les points où ont été pratiquées les sections de ces nerfs.

A propos de la cinquième paire, nous reviendrons encore sur cette sensibilité du nerf facial. Concluons seulement pour le moment que l'anastomose du facial avec le pneumogastrique est un rameau de sentiment qui vient du pneumogastrique au facial.

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