SVST, HKKY. — U. ii
il faut comparer ce qui se passe alors dans l'œil aux phénomènes réflexes en général. Nous avons vu que les impressions perçues par la cinquième paire peuvent réagir sur les organes internes: qu'une influence mécanique, qu'un gravier dans l'œil déterminait sur la cinquième paire une impression qui se traduit par une contraction de la pupille, de môme que la sensation lumineuse qui aff'ecte normalement la rétine. La contraction pupillaire se présente donc comme réaction réflexe déterminée par une influence mécanique ou lumineuse, agissant sur la cinquième paire ou sur le nerf optique. Par quelle voie se transmet l'influence réflexe ?
L'impression portée au centre parla cinquième paire, reviendrait, d'après l'explication indiquée plus haut, par le nerf moteur oculaire commun, nerf moteur de retour. Or, ce nerf oifre une particularité bien digne d'être notée : sur son trajet se trouve un ganglion, placé tout près de l'organe sur lequel agit la troisième paire; c'est le ganglion ophthalmique.
Lorsque d'autres branches de la cinquième paire sont affectées, nous avons vu que les actions motrices de retour sont transmises aux organes par un nerf moteur spécial, le nerf de Wrisberg. Ici, nous ignorons si une portion du grand sympathique vient dans le ganglion ophthalmique , ou si ce ganglion est exclusivement une dépendance du nerf moteur oculaire commun. -
Pour savoir si ce ganglion doit être considéré comme appartenant au nerf moteur oculaire commun, on a galvanisé ce nerf avant le ganglion, pensant que s'il en était
ainsi, la galvanisation du nerf produirait une contraction de la pupille. Or, cette contraction n'a pas été obtenue. Si, au contraire, on excite les filets ciliaires, qui du ganglion ophthalmique se rendent à l'iris, on fait contracter la pupille.
Dans la dernière leçon, je vous parlais d'une loi qu'on avait autrefois formulée, et d'après laquelle les nerfs qui traversent les ganglions périphériques du grand sympathique prendraient dans ces ganglions la faculté d'agir sur les organes auxquels ils se rendent. On avait formulé cette loi d'après la seule expérience que je viens de vous citer. On disait, pour le cas qui nous occupe, que la troisième paire fait contracter la pupille ; mais il faut pour cela qu'elle ait traversé le ganglion ophthalmique.
Nous aurions donc ici une double exception apparente dont il faudrait chercher la raison : 1*^ la galvanisation du nerf moteur oculaire commun avant le ganglion ophthalmique ne fait pas contracter la pupille; 2° la section de la troisième paire donne cependant lieu à l'élargissement de la pupille.
Quoi qu'il en soit de ces faits, auxquels la série de nos recherches sur le sympathique nous ramènera très probablement, nous savons que l'iris reçoit non-seulement des filets moteurs de la troisième paire (si tant est que ce soit le ganglion qui reçoive ces filets et non lui qui les donne), mais qu'il en reçoit encore du grand sympathique du cou. Nous devons noter, en outre, que pour que la contraction de la pupille ait lieu, il faut que les muscles moteurs du globe oculaire le maintiennent dans
une position telle que la pupille soit dirigée en dedans. Il est donc nécessaire de tenir compte de cette condition, surtout quand on sait que, après la paralysie de la troisième paire, l'axe de l'œil se trouve dirigé en dehors dans une position qui favorise elle-même la dilatation de la pupille.
Si, quand on a coupé le nerf moteur oculaire commun, la pupille n'agit plus par les excitations qui portent sur le nerf optique on peut en solliciter cependant les mouvements par des excitations qui portent sur le grand symphatique, telles sont l'atropine, la galvanisation du grand sympathique du cou. Nous retrouverions là une influence rapprochée, qui est le nerf sensoriel, et une influence éloignée qui serait dans le sympathique viscéral, comme pour la sécrétion salivaire; la pupille pourrait donc reconnaître la cause de ses mouvements dans des sensations locales, ou dans des sensations éloignées, profondes, comme on le voit dans certaines affections intestinales.
Admettant pour le moment que les mouvements de la pupille sont sous la double influence du nerf moteur oculaire commun et du grand sympathique, la question serait maintenant desavoir si, comme on l'a cru, les actions de ces deux nerfs sur la pupille sont différentes, ou s'ils agissent dans le même sens.
Ruete et MM. Budge et Waller, etc. , ont admis que ces deux influences nerveuses étaient antagonistes ; que la troisième paire et le grand sympathique ne se distribuaient pas aux mêmes organes contractiles dans l'iris.
On a, vous le savez, décrit dans l'iris des fibres con-
MOUVEMENTS DE LA PUPILLE. f2io
tractiles circulaires, produisant la contraction de la pupille, et des fibres radiées en produisant au contraire la dilatation. Ruete et MM. Budge et Waller, voyant la section du nerf moteur oculaire commun produire un élargissement de l'ouverture pupillaire, pensaient que, dans ce cas, les fibres circulaires étaient paralysées; que le contraire avait lieu pour le grand sympathique. Ils expliquaient ainsi, par la paralysie des fibres radiées, le rétrécissement de la pupille consécutif à la section du sympathique du cou, rétrécissement déjà observé en 1722 par Pourfour Du Petit.
Cette théorie me semble difficile à soutenir, car, lorsque, après la section d'un de ces nerfs, il y a élargissement ou rétrécissement persistant de l'ouverture pupillaire, il peut encore y avoir des mouvements de l'iris. Ceux-ci sont seulement plus limités.
Si l'analogie devait être invoquée ici, eUe nous porterait à penser que les choses peuvent se passer comme dans les glandes, où nous avons vu deux nerfs agir à la fois sur un même organe, et agir tous deux dans le sens différent, sans qu'on puisse dire toujours que ce soit dans un sens opposé. Il est probable qu'il en est de même pour la pupille, et qu'il faut se contenter de dire que ses mouvements reconnaissent simplement deux ou plusieurs sources.
Il nous resterait à examiner pourquoi, en agissant sur le nerf moteur oculaire commun, on ne détermine pas de contraction de la pupille, et à quoi peut tenir cette exception apparente à une loi qui semblerait s'appliquer aux phénomènes observés dans d'autres organes. Ce
n'est que par de nouvelles expériences sur le nerf moteur oculaire commun qu'on pourrait résoudre cette question. Il faudrait aussi répéter la même expérience sur Torigine du nerf facial pour la corde du tympan. Nous renvoyons encore ces études à celle du grand sympathique auquel elles appartiennent. Nous allons maintenant vous rapporter quelques faits qui montrent que cet élargissement de la pupille n'est pas toujours un symptôme constant dans la paralysie de la troisième paire.
Observation I. — Paralysie de la paupière supérieure droite et rotation forcée de l'œil en dehors, vue intacte à droite, pas de dilatation de la pupille de ce côté.
Le 2 1 janvier 1 8/j 1 , entre à l'hôpital de la Charité, salle Saint-Lonis, n°1 9, un homme de cinquante-six ans. Cet homme, qui avait naturellement la vue faible, fit, il y a trois ans, une chute à la suite de laquelle la vision s'affaiblit encore davantage.
Il y a un an, l'œil gauche cessa de voir. Le droit avait conservé la faculté visuelle, mais il était faible le soir. Le 20 janvier, la paupière supérieure droite tombe tout à coup et reste paralysée; de suite l'œil gauche recouvre en partie sa facultévisuelle.
Le 28, la paupière droite est forcément abaissée. Quand on la retourne, on voit que l'œil est fixé immobile en dehors. La pupille droite n'est pas plus dilatée que l'autre. La perception des objets est nette.
Plusieurs vésicatoires sont appliqués au front. Au bout de deux mois, la paralysie de la paupière est guérie ; mais la rotation forcée de l'œil en dehors persiste comme à l'entrée. Le malade sort.
Observation IL — Paralysie de la paupière supérieure droite, et rotation forcée de l'œil en dehors ; pas de dilatation de la pupille droite.
Femme, quaranle-sixans, hôpital de la Charité, salle Sainte-Aune, n" 9. Ayant habité unan un logement humide : tout à coup, au com-
mencemeiit d'avril 1846, chute de la paupière supérieure droite. A l'entrée, on constate cette paralysie et la rotation forcée de l'œil en dehors. La pupille droite est un peu moins contractile que la gauche ; mais elle a le môme diamètre, diamètre qui est normal.
La vue est conservée à droite comme à gauche.
Vésicatoires au front, saignée du pied , sans résultat appréciable.
On pratique plusieurs inoculations avec une solution aqueuse de chlorhydrate de strychnine; on obtient ainsi un écartement des paupières de 0n„009, l'écartement normal étant Om,OIl.
Le chef du service ayant suspendu le traitement, la paupière retomba ensuite au contact de l'inférieure.
Il est curieux de voir que chez les oiseaux les mouvements de la pupille ne présentent que peu de phénomènes différents relativement aux influences nerveuses.
Exp. — Sur un pigeon, je coupai la cinquième paire dans le crâne à l'aide d'un très petit crochet tranchant, enfoncé au-devant de l'infundibulum auditif. On dirigea l'instrument légèrement en haut et en arrière ; on le poussa doucement, en suivant le plancher de la fosse temporale ; et, lorsqu'on fut arrivé sur la cinquième paire, on la détruisit par un mouvement de la pointe du crochet.
Après cette opération, faite du côté droit, le pigeon montra une insensibilité complète de la cornée , de la conjonctive et de la moitié correspondante du pourtour du bec.
Au moment de la section, on observa une constriction momentanée et très fugitive de la pupille. Il y eut, aussitôt après l'opération , une occlusion de l'œil par élévation de la paupière inférieure.
L'œil, du côté opéré, ne paraissait pas larmoyant ; et lorsqu'on écartait les paupières et qu'on exposait l'œil à la
lumière, il y avait des mouvemenis rapides de la membrane nictitante. Les mouvements du globe oculaire semblaient parfaitement conservés et aussi forts que du côté sain. Une demi-heure après l'opération , le pigeon était toujours dans le même état : il y avait occlusion complète de la paupière droite, insensibilité de la conjonctive , de la cornée ; la pupille était du même diamètre des deux côtés, également mobile ; les mouvements de la membrane nictitante et ceux du globe oculaire étaient parfaitement conservés.
Le lendemain, vingt-quatre heures après l'opération, le pigeon était toujours vif et dans un très bon état. Il offrait les mêmes symptômes que la veille, relativement à l'occlusion de la paupière , à l'insensibilité des parlies, aux mouvements du globe oculaire, de la pupille et de la membrane nictitante.
La cornée ne paraissait pas plus sèche du côté opéré ; mais il faut noter que l'occlusion des paupières la tenait constamment recouverte. Il n'y avait pas sur elle d'opacité apparente ; mais il y avait vers son centre une espèce d'ulcération qui provenait peut-être d'une blessure par les instruments.
Il était difficile de bien constater la mobilité de la pupille; pour pouvoir agir plus facilement, j'enlevai avec des ciseaux les deux paupières et la membrane nictitante ; ce qui se fit sans douleur, puisque la cinquième paire était coupée.
Alors , étant dans l'obscurité , et dirigeant de la lumière artificielle sur l'œil , on vit manifestement des mouvements alternatifs de resserrement et de dilatation
de la pupille. On put voir manifestement aussi que chaque contraction de l'iris coïncidait avec un mouvement de totalité du globe de l'œil, ce qui n'avait pas lieu pour la dilatation. On vit encore que les mouvements de totalité du globe oculaire étaient conservés du côté opéré. Le pigeon était très bien portant et continuait à manger.
Le lendemain de la précédente opération, l'œil droit était opaque et enflammé ; il y avait du pus et on ne pouvait plus rien observer.
Du côté gauche , en essayant de couper la troisième paire, je comprimai la cinquième ; aussitôt, il y eut insensibilité de l'œil gauche dont les paupières se fermèrent; le bec de l'animal restait en tr' ou ver t. Mais bientôt la sensibilité du globe de l'œil revint, les paupières s'ouvrirent, les symptômes produits cessèrent.
Je coupai alors les trois paupières, après quoi je divisai complètement la cinquième paire de ce côté. L'insensibilité se manifesta de nouveau, ainsi que l'écartement du bec avec lequel l'animal ne pouvait plus serrer. On constata que la pupille, qui avait semblé dans ce cas éprouver un élargissement au moment de la section, avait conservé sa mobilité ainsi que le globe de l'œil.
Pour faire contracter la pupille chez les pigeons à l'aide d'une lumière artificielle, lorsqu'on est dans l'obscurité, il faut agir d'une certaine manière. Quand on promène la lumière au-devant de l'œil, transversalement, on observe que lorsque la lumière est arrivée de façon à tomber sur l'angle interne de l'œil, il y a un resserrement de la pupille. Quand, au contraire elle est en de-
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hors et tombe sur l'angle externe, il y a dilatation de la pupille. Ce phénomène est très manifeste et très bien caractérisé.
Parlons maintenant des particularités qui sont relatives aux mouvements du globe de l'œil.
A propos des mouvements du globe de l'œil, il y a, au point de vue pathologique, des considérations relatives au strabisme, pouvant dépendre soit de la lésion du nerf, soit de lésion du muscle. Il arrive aussi parfois que, dans certains états morbides, il se manifeste des troubles dans les mouvements du globe de l'œil , et qu'il survient un strabisme divergent ou convergent.
On a signalé dans certaines méningites un strabisme interne, et l'on a considéré ce strabisme comme symptomatique d'une méningite de la base du cerveau, amenant une paralysie que l'on expliquerait par l'inflammation du nerf de la sixième paire (moteur oculaire externe) .
On trouve encore , dans certains cas , des lésions du cerveau qui produisent des déviations dans le globe de l'œil, qu'on ne peut rattacher à la paralysie bien déterminée d'aucun muscle de cet organe. C'est ainsi que la blessure du pédoncule cérébelleux détermine une déviation des yeux, qui est exactement en rapport avec le sens de la rotation, qui est la conséquence de cette lésion. Si l'animal tourne à gauche, par exemple, son œil gauche regarde en bas, tandis que son œil droit regarde en haut eivice versa. Cette déviation des yeux est caractéristique, et persiste lorsqu'on maintient le corps et la tête de l'animal, et qu'on empêche les mouvements de se produire dans ces parties.