DES NERFS OLFACTIFS
renseignements, m'affirma que Marie Lemens n'avait jamais paru faire rien qui dénotât qu'elle fût dépourvue d'odorat ; elle goûtait et odorait comme tout le monde. Elle aimait les fleurs, elle les portait à son nez pour les odorer. La seule particularité que présentait le caractère de Marie Lemens, était une tendance naturelle à la mélancolie.
La troisième personne que je vis était une amie de Marie Lemens qui l'avait soignée pendant deux mois environ qu'elle était restée alitée, rue de la Petite-Friperie, avant d'entrer à l'hôpital. Elle m'affirma encore que Marie Lemens sentait parfaitement les odeurs et toute espèce de saveur. Pendant sa maladie , Marie Lemens avait des sueurs nocturnes très abondantes , et elle se plaignait de l'odeur forte et désagréable qu'exhalait sa transpiration. Elle était d'un goût très difficile et ne prenait pas la tisane pour peu qu'elle eût un mauvais goût.
Maintenant que faire de cette observation et des détails qui la suivent? Si j'en conclus que l'odorat et la dégustation existent malgré l'absence des nerfs olfactifs, on me dira que mon observation n'est pas bonne et qu'il aurait fallu avoir observé moi-même les phénomènes dont je parle et ne pas les tenir de personnes étrangères à la science. Je comprends, en effet,'que cela eût mieux valu, et j'aurais voulu en effet connaître Marie Lemens pendant sa vie. Cependant je ne vois pas comment j'aurais pu m'apercevoir que les nerfs olfactifs manquaient en observant ce que m'ont rapporté les trois personnes qui ont vécu longtemps avec Marie Lemens. Si on m'opposait des cas d'absence des nerf olfactifs qui eussent été diagnostiqués et étudiés par des médecins pendant la vie puis vérifiés par l'autopsie, je tiendrais volontiers cette observation pour insuffisante. Mais il est assez singulier qu'aucune des observations connues dans
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la science ne soit dans ce cas, ainsi que nous l'avons dit, en parlant des autopsies consignées dans les Bulletins de
la Société analniinrpjc. et dans la thèse de M. Pressât.
FiG. 10 (1).
La base du crâne de Marie Lemens a été longtemps conservée ici. En voici \m dessin sur lequel on peut voir
(1) Fig. I. Partie antérieure de la hase du crâne revêtue de la duremère. — a, partie correspondante à la lame criblée de rethmoïde ; on y voit de chaque côté des séries de petits portiiis par où pénètrent des filaments celluleiix et vasculaires très déliés ; — h, faux du cervea'u ; — c, sinus longitudinal inférieur; — dd', artère carolide interne ; — e, hypophyse ; — /", nerf de la cinquième paire.
Fig. II. — Même base du crâne que précédemment ; toutes les parties molles et la dure-mère ont été enlevées ; — a, trou borgne ; — !>, apo-