‹ Leçons sur la physiologie et la pathologie du système nerveuxChapitre 107 sur 136 · SECTION DE LA MOELLE CERVICALE · texte numérisé non relu

SECTION DE LA MOELLE CERVICALE

produisons des mouvements réflexes , indices d'une sensibilité réflexe intacte.

En examinant cet animal, qui a été opéré il y a environ une heure, et qui peut vivre ainsi encore un jour ou deux, on voit très bien sur son flanc, où l'on a coupé les poils pour rendre le fait plus apparent, que les intestins sont devenus le siège de mouvements péristaltiques très prononcés, mouvements qui dureront encore longtemps. Sous Tinfluence de ce mouvement, ranimai rend des excréments dont l'expulsion est con* tinue.

Pour obtenir ce phénomène du côté de l'intestin, il m'a paru qu'il était nécessaire de couper la moelle audessus des filets qui émanent du premier ganglion thoraoique du grand sympathique.

Vous voyez donc là un fait remarquable, qui pourrait être considéré comme la conséquence de Taccumulation de l'agent nerveux dans la partie de la moelle séparée de l'encéphale. La section de la moelle entre le plexus cervical et le plexus brachial ne produit pas simplement cette apparition des mouvements organiques. On se demande alors si cette section de la moelle épinière, qui produit une exaltation des propriétés nerveuses et motrices dans les organes de la vie animale, ne produirait pas l'inverse sur les organes de la vie de nutrition. En effet, on trouve, après cette opération, une diminution dans la circulation abdominale et dans Ténergie des fonctions des organes abdominaux , dont l'activité devient moindre ; il y a une diminution de la pression du sang, diminution de l'urine et de l'activité des sécrétions.

380 MOELLE ÉPLMÉRE,

Cette opération peut modifier profondémept certains phénomènes chimiques et cliniques , à tel point que, lorsque cet animal aura ainsi vécu quelques heures /on trouvera son foie complètement vide de sucre, mais renfermant cependant encore une matière glycogène.

Lorsque, comme nous Tavons fait chez cet autre lapin, on blesse la moelle un peu plus haut, on observe des phénomènes tout à fait différents.

Et il est bon de noter qu'il n'est pas nécessaire d'opérer la section de toute la moelle : on peut se contenter d'eu couper la moitié, de la piquer un peu largement : les effets sont de même nature. La lésion suffit à produire cet isolement de Tencéphale, auquel sont dus les phénomènes observés. Ici, au lieu de couper U moelle entre le plexus brachial et le plexus cervical, nous l'avons blessée au niveau du quatrième ventriculCi au-dassus des origines du pneumogastrique. Alors les conséquences de celte opération sont toutes différentes: nous n'avons plus de mouvements péristaltiques , mais exaltation des actes circulatoires et activité plus grande des sécrétions abdominales.

Pour opérer la section chez ce lapin, nous nous sommes servi de l'instrument que nous employons d*or* dinaire pour rendre ces animaux diabétiques. Up mouvement qu*a fait l'animal au moment de l'opération a augmenté l'étendue du délabrement que nous nous proposiQns de produire, et vous le voyez couché sur le flanc, dans un état de prostration qui n'existe pas toujours à la suite de cette opération.

SON ACTION COMME CENTRE. JV8t

tJn îiuire accident a été la const^quencc de ce moti- Tement: nous avons , du même coup, paralysé ranimai des deux nerfs faciaux. Il a conservé la sensibilité de la face 9 et quand on touche la cornée, il fait un mouTement pour se retirer ; mais il ne peut pas fermer les paupières. Les narines sont immobiles ; aussi éprouvet-il une grande difficulté à respirer. Ces phénomènes Détiennent pas à l'opération principale, mais à un accident ; ils ne sont qu'accessoires.

La moelle peut donc agir comme centre; mais die agit bien différemment, suivant le lieu sur lequel porte la section. En la coupant ou la piquant vers la sixième vertèbre cervicale, on produit une apparition des mou^ vements des intestins avec diminution de Tactivitë circulatoire, diminution des sécrétions, diminution et même cessation de Texcrétion rénale. Coupant plus haut, on excite, au contraire , les phénomènes circulatoires et les sécrétions. Nous n'insisterons, pour le moment, que sur cette action qui survient dans les oipmes abdominaux lorsqu'on a agi sûr la moelle, au-dessous du plexus cervical. Il y a diminution dans la pression du sang, qui a pour effet d'entraîner à sa suite une diminution dans la formation de l'urine, une apparition des mouvements péristaltiques , et, de plus, une diminution de la circulation de la veine porte dans le foie : d'où résulte une diminution dans la transformation en SMcre de la matière qui lui préexiste, comme nous en expliquerons plus lard le mécanisme. Nous signalerons en même temps que la température de la cavité abdominale s'abaisse considérablement , et en même temps

ZSI2 MOELLE ËPINIÉRE,

le sang des vQines rénales, celui de la veine porte reste rouge et ne peut plus être distingué, par sa couleur, du sang des artères. Tous ces phénomènes ont déjà été signalés en partie dans le premier volume de nos Leçons. Nous allons aujourd'hui insister plusspécialement sur les troubles que la circulation éprouve, soit dans les modi* fications chimiques que subit le sang, soit dans les modi* fications mécaniques des mouvements de ce liquide.

Je vous ai déjà signalé Taction de la douleur sur les mouvements du cœur; nous reprendrons ce phénomène pour tâcher d'en fixer les conditions et pour établir de quelle façon doivent être comprises les influences du système nerveux sur les contractions du cœur.

Legallois admettait que le cœur tirait de la moelle la cause de ses mouvements.

D'après ses expériences, l'arrêt du cœur aurait été la conséquence de la destruction de certaines parties de la moelle. Lorsque , avec un stylet introduit dans le canal vertébral, il détruisait la portion lombaire, la portion dorsale, ou la portion cer\icale, toujours il observait un arrêt plus ou moins complet des mouvements du cœur. Cet arrêt était d'autant plus rapide et d'autant plus complet qu'il agissait sur une partie plus élevée. Il avait toutefois observé que , chez les jeunes lapins , la des* truction de la moelle était suivie d'effets moins rapide* ment funestes que chez des lapins plus âgés.

Les expériences de Legallois sont loin d'être à Tabri d'objections. Ainsi nous acquerrons la preuve que le cœur peut se mouvoir indépendamment du système nerveux , lorsque , l'arrachant de la poitrine chez un

SON INFLUENCE StB LE CŒUR. 383

animal vivant, nous voyons que. placé sur une table, il continue à battre. Nous savons, d'autre part, que, chez un animal empoisonné par le curare, animal dont le système nerveux moteur est par conséquent détruit, les mouvements du cœur ne sont pas du tout arrêtés. Ces pulsations du cœur, qu'arrête la galvanisation du pneumogastrique, sont, au contraire, activées par la section de ce nerf. Ces conclusions, auxquelles Legallois a été conduit , et celles que nous tirons des expériences que je vous rappelle, sont donc contradictoires. Voyons d'où naît cette contradiction.

Et d'abord, je crois que les conclusions de Legallois M sont pas exactes. Il est certain que, lorsqu'on détruit k moelle, on arrête les mouvements du cœur, ainsi qu'il Ta observé. Mais, dans ces expériences, la cessatk>Q de la vie peut être la conséquence d'une perturbation de la circulation causée par la douleur.

Si Legallois avait expérimenté sur des grenouilles, il aurait vu que les mouvements du cœur ne sont pas arrêtés par la destruction de la moelle. 11 serait inté* levsant de savoir s il en est de même chez tous les animaux à sang froid, et si chez eux c'est la chaleur qui Influe surtout sur les mouvements du cœur. Or, il Cuit se défier des phénomènes spéciaux à un animal , Wen qu'on doive admettre que les propriétés d'un système sont les mêmes dans les organismes moins élevés , et que les différences appréciables dans les ipanifestations ne tiennent qu'à une question d'intensité des phénomènes. Pour moi, les résultats obtenus |Mur Legallois sur des lapins sont la conséquence

38i MOELLE ÉPINIÈRE,

de la douleur extrême que produisait l*opération.

Déjà Wilsoîi Philip avait attaqué les expériences de Legallois; il avait vu que, si au lieu de prendre un lapin vivace on prend un même animal étourdi, ânesthésié, par uu coup de marteau appliqué sur la tète, on peut, chez lui, détruire la moelle sans que le cœur ressente les troubles observés auparavant.

Cette expérience est complètement d'accord avec ce que nous a^oris vu.

Il est intéressant, au point de vue des applications thérapeutiques, de voir qu'un animal jouissant du libre exercice de toutes ses facultés ne peut pas supporter cette opération si grave de la destruction de la moelle, tandis qu'il y résiste lorsqu'il a été étourdi et que la sensibilité a été émoussée.

Nous avons fait aussi, chez leslapins, des expériences sur la moelle. Hs y résistent infiniment moins que les chiens ; car, tandis que les derniers survivent à l'opération, les lapins nieurent infailliblement pendant qu'on la pratique. Il se pourrait qu'ils meurent de douleur, car si on a la précaution de les éthériser, ils supportent l'opération sans périr.

Il y aurait d'après cela une indication formelle des aneslhésiques, dans les opérations longues et douloureuses.

De cet exposé des résultats contradictoires obtenus, et des causes qui ont amené le désaccord, il me semble légitime de conclure que la moelle ne détruit pas les mouvements du cœur d'une manière nécessaire.

La pathologie était d'ailleurs en désaccord avec les

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