PROPRIÉTÉS DU SYSTÈME NERVEUX
et du sentiment dans les parties où se distribuent les nerfs coupés. Chez les dytiques, M. Faivre s'est assuré, en coupant les nerfs crâniens dès leur origine, que chacun des organes auxquels se distribuent ces nerfs, est paralysé à la fois du mouvement et du sentiment.
Ces expériences porteraient donc à admettre que chez les animaux supérieurs et chez les animaux inférieurs, les propriétés centrales du système nerveux sont les mêmes, tandis que la partie périphérique de ce système présenterait dans les manifestations fonctionnelles des différences tenant à la fusion, chez les invertébrés, des éléments sensitif et moteur.
Toutefois, la distinction qui peut être faite chez les animaux supérieurs entre les propriétés motrices et sensitives, ne résulte que d'un perfectionnement anatomique de la fibre nerveuse; et la fusion entre les fibres que l'expérience conduirait à admettre chez les invertébrés, n'est pas une raison qui doive faire admettre une confusion dans les propriétés. Des anastomoses multipliées ont lieu entre les fibres primitives de la sangsue. On trouve dans le connectif un réseau duquel il est impossible d'isoler l'élément anatomique. Une apparente confusion physiologique est nécessairement la conséquence de cette fusion anatomique.
Nous avons fait autrefois sur des sangsues des expériences qui montrent bien clairement qu'une distinction doit être faite chez les animaux entre les propriétés motrices et sensitives. L'empoisonnement par le curare montre, en effet, deux propriétés bien distinctes là où l'analyse anatomique tendrait à n'en faire admettre
qu'une. Mais il n'y a pas dans cet faits incompatibilité ; rien n'empêche de concevoir que chez les sangsues, il existe dans un même tube les substances conductrices de deux propriétés distinctes : il faut bien admettre qu*il en est ainsi dans les cas où le système nerveux se trouve réduit à quelques cellules bipolaires.
Je dois insister ici sur un autre fait, q^ui se rattache aux mouvements réflexes qu'on a voulu expliquer chez les animaux élevés par les rapports que les fibres nerveuses contractent avec les cellules nerveuses. Sans doute on doit chercher à saisir les rapports anatomiques, et voir s'ils peuvent servir à rendre compte des phénomènes observés ; mais il ne faut pas s'attacher à l'exphcation qui pourrait en résulter, dès qu'elle est insufhsaute à rendre compte des faits. Si chez le dytique ou chez la sangsue, on veut expliquer les mouvements réflexes par des rapports de continuité, on ne le peut plus : legauglion est constitué par des cellules d'où partent des fibres qui s'entrecroisent ; mais ces cellules sont unipolaires et ne permettent pas d'admettre la continuité avec des fibres de plusieurs ordres. Le phénomène physiologique est ici le même, bien que la disposition anatomique diffère; nous ne saurions donc logiquement expliquer, par la disposition anatomique qui s'observe chez les animaux supérieurs, des actes qui s'accomplissent chez d'autres sans cette disposition.
Nous terminerons ces faits par des considérations qui motiveront l'examen auquel nous venons de nous livrer des propriétés nerveuses chez les êtres inférieurs. 11 ne faudrait pas croire que ces particularités de structure ne
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puissent être d'aucune utilité dans Tétude des animaux supérieure.
En effet, les différentes formes que nous venons de passer en revue, formes permanentes chez les invertébrés, s'observent aussi chez les vertébrés, où elles sont temporaires, et s'observent dans la période embryonnaire. Je crois néanmoins qu'il ne faut pas pen$er que si, à une période plus avancée du développement, les fibres se sont spécialisées chez les vertébrés, leurs propriétés soient devenues différentes quand la forme a changé. Les tissus ont chez l'embryon les propriétés qu'ils auront plus tard. Chez lui, en effet, on trouve partout des cellules; mais, à ce moment déjà, chacune de ces cellules a des propriétés particulières, bien que la forme ne permette pas de les distinguer.
Les cellules qui plus tard seront le cœur se contractant déjà chez l'embryon du poulet , la forme qu'elles prendront plus tard ne changera que le mode physique de la contraction ; le fait organique fondamental restera le même. C'est ainsi que s'il doit plus tard j^avoir des fibres motrices et sensitives distinctes, elles existent primitivement; peut-être confondues anatomiquement, mais destinées à ne se séparer que plus tard.
Notons enfin que l'état embryonnaire n'est pas la seule condition dans laquelle il nous soit donné de rencontrer chez les vertébrés une fusion apparente de la sensibilité et dn mouvement. Certaines parties du système nerveux offrent des exemples de la persistance de l'état qui s'observe chez les animaux inférieurs. C'est ainsi que, dans le grand sympathique, on trouve les
formes nerveuses tout à fait analogues à celles qui, transitoires chez les vertébrés, sont le type normal définitif des nerfs dos invertébrés. C'est en étudiant en détail le grand sympathique que nous aurons à insister davantage sur ces considérations.
Ici, messieurs, se terminent les considérations générales que nous voulions vous présenter sur le système nerveux. C'est dans la seconde partie de ce cours que trouveront place, à propos de l'histoire de chaque nerf, les observations qui rattachent l'histoire pathologique du système nerveux à son histoire physiologique.