MARS
SOMMAIRE : Du système nerveux chez les invertébrés.— Recherches anatomiques et physiologiques de M. E. Faivre. — Anatomie des éléments nerveux. — l^urs formes les plus simples. —Constitution du système nerveux des rotatoires. — Son perfectionnement en remontant la série. — Système nerveux de la sangsue, du lombric, des dytisques. — Expériences sur les mouvements de relation chez les dytisques. — Les types anatomiques du système nerveux des invertébrés ont leurs analogues dans la période embryonnaire des animaux supérieurs.
Messieurs,
Après avoir établi les distinctions qu'il convient de faire entre les propriétés et les fonctions du système nerveux; après avoir poussé plus loin la séparation, et vous avoir montré que des caractères bien tranchés devaient faire admettre des divisions dans les fonctions, il est utile de voir si les faits constatés chez les vertébrés peuvent être étendus aux animaux des classes inférieures, et considérés ainsi comme tout à fait généraux.
L'induction ne saurait ici suffire : en effet, quelque démontrée que soit une proposition, l'induction et l'analogie ne doivent jamais être considérées comme de9 raisons suffisantes pour la généraliser; la conclusion ne saurait venir qu'après une vérification expérimentale.
Récemment des études directes ont été entreprises sur les animaux invertébrés. On a répété sur eux quelques-unes des expériences qui avaient été faites sur les
animaux vertébrés. En détruisant certaines portions du système nerveux , et voyant les troubles que ces destructions amènent dans le jeu des fonetioosi M. le docteur Ernest Faivre (1) est arrivé à des résultats pleins d'intérêt, résultats dont je veux aujourd'hui vous entretenir, et que j'aurai à comparer à ceux qui s'obtiennent lorsqu'on opère sur des animaux sjipérfeurs. Vous verrez par là que quelle que soit Tanalogie, que quelque légitimes que puissent paraître, au premier abord, les vues de l'induction, on trouve toi^ours de l'imprévu dans les résultats de l'expérience.
Et d'abord, comparons la constitution du système nerveux chez les animaux inférieui's à celle qu'il nous a présentée chez les animaux supérieurs. •
Examinant les éléments nerveux pour chercher l'expression morphologique la plus simple de ce sptème, on trouve déjà les éléments plus simples 'chez les invertébrés que chez les vertébrés.
La première expression que l'on observe est une réunion de quelques cellules bipolaires avec leurs prolongements, constituant à elle seule tout le système nerveux. Chez certains rotateurs, F. Leydig a vu tout le système nerveux être constitué par trois ou quatre de ces cellules indépendantes les unes des aiitres. A un degré de perfectionnement un peu plus avancé, ces cellules sont réunies dans une enveloppe commune ; on a alors un ganglion. En remontant la série, on trouve ensuite que ces ganglions, qui ont d'abord augmenté en nombre,
(1) Études sur Vhyslologie comparée du système nerveux chez les invertébrés, Paris, 1857, iû-/i.
ont uue tendance à se disposer sous la forme d'une double chatne, de laquelle émanent de»fiieLs latéraux. Chez ces animaux, deux chaînes longitudinales et parai* lèles do gaugUoM.fiout réunies pu dfii ooiaiaissures lat('*ralei». A nemre que l'organisation ft^élèw» lei deux ganglîODi liléraux correspondants se rapprodiaiit et se confondent. En s'élevànt encore davantage, On trouve un cehrcau rudimentaire dans un ganglion supérieur, placé Aunlessus de Toesophage. 06 ganglion supérieur est relié a un ganglion sous-eesophagien , cerxeau inférieur, dont nous aurons bientôt occasion d'examiner le rôle. Ce système de ganglions, que nous voyons se former, iNHendre, se perfectionner à mesure que nous remorïtons dans la scorie animale , sont les analajpes du système OÇntral cérébroHipinal des animaux ëlerés. Le perfectionneniçnt de ce système semble résulter d'une double tendanee de riapprochement Ifilénl entre les parties corresiiondantes des deux chaînes anb'»i*o-post<'»rieun»s, (»t de rapprochement antéru-posl('*rieur entre les parties constituantes de ces chaînes latérales. Voyons comment en sont constituées les différentes parties.
Che? le lombric et chez la sangsue , toute la face inférieure de la chaîne ganglionnaire i)sX eelluleuse; toute la face suix'rieure est fibreuse. Le (^eneau offre une texture analogue. Dans les ganglions de ce système, ces cellules de la face inférieure sont toutes apolaires ou unipolaires. De ces ganglions partent des filets longitudinaux destinés à les relier entre eux et à en former une chaîne, et des fdets transversaux qui Vont s<» ivpandn? dans les organes et founiisscnt la commissure
SYSTÏME KER^'BU\
qui réunit deux ganglions correspondants. Chez la sangsue, on trouve une cellule /^entreles deux filets de chacun <lo ces troncs latéraux (fîg. 65).
FiG. 65 (1).
Messieurs, les fibres nerveuses des animaux invertébrés ne sont pas composées comme les fibres des vertébrés. Nous avons vu que , chez ces derniers , trois éléments concouraient à la structure du tube nen-eux élémentaire, le cylindre d'axe, la moelle et l'enveloppe.
Chez les invertébrés, le tube nerveux primitif affecte
(1) Ganglion de la sangsue midicini^ vu par sa fac» lupiriewr» (d'après M. Falvre.) — aaaa, ganglion constitué par des cellules nervenses qu'on dlsUngue par transparence ;— c, c, c'c', connecUFs antérieurs et postérieurs ; — d, #, nerf intermédiaire; — eete, troncs nerveux ; — f, f, cellules bipolaires placées en deiiors de l'enveloppe, entre les troncs nerveux latéraux auxquelles elles envolent des prolonge menls.
plusieurs formes. Dans la sangsue, la fibre prinaitive ressemble à un tube. Elle renferme une substance uniformément granuleuse; il est impossible d'y distinguer deux éléments, d'y voir un cylindre d'axe et une moelle. Toutefois, cette matière granuleuse peut représenter le mélange de deux substances de nature différente, et le nerf de la sangsue s'offrir ainsi dans les mêmes conditions que la fibre primitive des vertébrés. On trouve, en effet, que le contenu des tubes primitifs de la sangsue est formé d'une matière azotée analogue à celle qui constitue le cylindre d'axe, et d'une matière grasse qui représente ici l'élément médullaire.
Chez d'autres espèces, le lombric, par exemple, les tubes primitifs sont formés par une série de renflements fusiformes reliés entre eux par des parties plus effilées. Chez les insectes et les crustacés, on ne dislingue plus de tubes primitifs isolés, mais une seule gaine renfermant une matière granuleuse et des noyaux.
Avant de passer à l'examen des propriétés de ces tubes nerveux , je désire vous montrer quelques expériences sur les masses cérébrales et ganglionnaires de ces animaux, afin de vous faire mieux sentir que s'il y a des analogies avec ce que nous avons vu chez les animaux supérieurs y il existe aussi des différences assez remarquables.
Chez les dytiques, le cerveau est représenté par deux renflements ganglionnaires : un supérieur, sus-oesophagien, formé de deux lobes, constitue le cerveau supérieur; un autre, médian et sous-oesophagien, est le cerveau inférieur.
510 SYSTÈME NEEVKUX
Loi'squ'ou eulève un lobe du ceneau supérieur, la direction des mouvements se trouve troublée : ainsi l'ablation de rhémisphère droit amène la rotation à gauche, et réciproquement. Et ici Ton ne peut pas voir, dans cette tendance à la rotation , te;^ résultat de Taffai- Wissement d'un côté du corps : la rotation est le résultat de mouvements d'ensemble, parfaitement coordonnés, et n'accuse pas du tout la prédominance d'une moitié du corps, ayant conservé son énei^e. sur l'autre nioitié qui serait pamlysée.
Lorsqu'on a enlevé un des ganglions cérébraux supérieurs, et qu'ensuite on en coupe un des connectifs entre le mésothorax et le métathorax, ôh obsei^ve toujours la rotation du c^té op|)Osé a celui où on a enlevé le ganglion ; mais cette rotiation se produit par un- mécanisme différent- selon que le connéctif coupé ensuite Ta été d^un côté ou de l'autre. '
Voici deux dytiques. Sur le |M'emier, on a coupt» !♦• connectif droit; le lobe droit du cerveau était enlevé. L'animal tourne à gauche en se ser\ant des pattes gauches, qui l'attirent dans le sens de la rotation à effectuer.
Chez cet autre dytique, dont le lobe droit a été enlevi». et qui par censée [uent doit tourner à gauche, on coui)e le connectif gauche. Eh l)ien! ranimai tourne toujours à gauche ; seulement , TOmme les pattes droites soûl les seules dont l'usage lui reste, il s'e» sert pour se pousser.
Dans un cas, le dytique tourne en s' attirant avec les membres du côté où se fait la rotation; dans l'autre^
bEâ ANUIAUX INVEATEBRKS. 511
ii tourne eu se poussant avec les membres du côto opposé.
Le ceiteau supérieur des insectes agit donc sur la direction des mouvements. Des phénomènes analogues, déterminés chez les animaux supérieurs par Tablation des lobes cérébraux, nous ont montré qu'il en était ainsi chez les vertébrés.
M. Faivre a enlevé chez cet autre dytiijue le ganglion cérébral inférieur. L'animal reste complètement immobile; il a perdu toute spontanéité et n'offre plus que des mouvements réflexes, qui apparaissent lorsqu'on vient à l'exciter. Nous trouvons encore là quelque analogie avec ce qui se passe chez les animaux élevés, loi-squ'on a détruit chez eux le bulbe rachidien.
Si des organes centraux nous passons aux organes périphériques^ nous voyons des différences apparatti*e : l'expérimentation nous oblige actuellement à ne pas pousser plus loin les analogies entre les propriétés du système nerveux chez les verlébi-és et chez les invei*tébrés.
De chacun des ganglions latéraux, partent sur les organes périphériques deux filets dans le^iuels* l'analogie porterait à voir des nerfs purement moteurs et purement sensitifs. Or, des exi)ériences multipliées ont conduit M. Faivi^e à penser que a^tte distinction ne saurait être admise, que les mêmes . nerfs servent à la fois de conducteurs aux impressions sensitives et aux excitations motrices* En effet, si on coupe isolément le» filets latéraux qui partent des ganglions, on se trouve avoir produit une destruction complète du mouvement