‹ Leçons sur la physiologie et la pathologie du système nerveuxChapitre 32 sur 136 · ACTION DES COURANTS · texte numérisé non relu

ACTION DES COURANTS

vrir et de le fermer à des iatervalles de temps rapprochés, de façon à avoir un courant intermittent. ATinter* rupteur sont annexés un petit voltamètre H conteoaat de Teau destinée à être décomposée par le courant, et une cuisse de grenouille M, en contact avec les conducteurs FF", par son nerf n. Le voltamètre fournit la manifesta': en des effets chimiques, et les contractions de la patte de grenouille accusent les effets physiologiques. Dans ce moment, le courant est suspendu, et vous pouvez voir que la patte de grenouille M est en repos, que Teau du voltamètre n'est pas décomposée. Nous rendons maintenant le courant intermittent : la patte de grenouille est violemment convulsée. Vous la voyez se roidir en M' et être agitée de secousses tétaniques. Nous rendons maintenant le courant continu : alors seulement la décomposition de Teau commence ; quant à la patte de grenouille^ vous la voyez entrer en repos ; nous l'avons vue seulement agitée de quelques secousses, au moment où le changement du courant a eu lieu. En faisant usage de cette chaîne de Pulvermacher, nous aurons un développement d'électricité considérable, et le phénomène est très observable. Vous voyez, en effet, que dans cet appareil qui fonctionne, le courant restant continu, la décomposition de Peau s'effectue très bien, le membre de la grenouille reste toujours en repos. En rétablissant rintermittence du courant, nous faisons maintenant cesser la décomposition de Teau; tandis que les coth vulsions recommencent à nous manifester Taction physiologique de Tappareil.

Sur ce lapin, je vais maintenant vous rendre témoin

CONTINUS ET INTERMITTENTS. iSft

des effets de l'électrisation coDtiDue que je vous signalais tout à rheure. On a rasé les poils dans deux places; nous y enfonçons des aiguilles; puis nous mettons chacune de ces aiguilles en communication avec Tun des pôles de notre pile à auges d'une vingtaine d'éléments. Aussitôt ranimai pousse des cris et accuse une vive douleur. Presqu'en même temps la rubéfaction que je vous ai annoncée parait autour de Tune des aiguilles : c'est autour de celle qui correspond au pôle négatif.

Passons maintenant à l'étude des nerfs moteurs au moyen des excitants dont je viens de vous entretenir.

On croyait autrefois que les nerfs seuls étaient conducteurs de Télectiicité. Cette cause d'erreur a longtemps empêché de tirer, des expériences auxquelles on se livrait, des conclusions légitimes. Voici comment on opérait dans les premiers essais : prenant un membre de grenouille, ou appliquait l'un des rhéopliores sur le nerf, et Tautre à lextrémité du membre; on déterminait ainsi des contractions. On partait alors de là pour admettre que le courant parcourt le nerf dans toutes ses ramiBcations; ce qui est complètement faux. C'est ainsi que Seubert a obtenu des contractions par l'excitation des racines postérieures, comme par Texcitation des racines antérieures ; mais ce n'est pas le nerf qui dans ces casestmisen jeu, car il est très peu conducteur. Mueller s'est assuré que Télectricité passe plus facilement à travers les muscles qu'à travers les nerfs. On obtiendrait aussi des contractions en galvanisant sur une racine postérieure avec un courant trop énergique.

Jamais il ne âuit» pour faire agir un nerf, faire passer

i5& ACTION DE L^ÉLBCfRIGiTÉ

rélectricité ailleurs que par le nerf lui-même. On re« connattra la nécessité de cette précaution en opérant sur un animal dont les nerfs sont détruits par empoisonnement. Si Ton prend, en effet, une grenouille empoisonnée par le curare, ses nerfs moteurs ont perdu leon propriétés ; et cependant l'application de rélectricîlé, telle que nous la mentionnions, exciterait plusieurs des contractions énergiques dans les parties traversées par elle. L'électricité ne se substitue pas à l'agent nerveux ; c'est un simple excitant. Mueller a le premier bien fait sentir cette distinction et montré comment on devait employer cet agent dans les expériences physiologiques.

Sur cette patte de grenouille dont le nerf est mis à nu, nous faisons passer l'électricité, non pas à travers les membres , mais à travers le nerf seulement : la patte entre en convulsion ; nous avons réveillé dans le nerf un mode d'activité qui se propage ensuite dans toute

son étendue. L'excitation électrique, bien qu'elle ait déterminé les contractions, n'en est pas la cause la plus prochaine.

Lorsqu'on fait passer un courant dans un nerf moteur, il faut appliquer les deux rhéophores dans deux points du nerf voisins l'un de l'autre et situés à des hauteurs dif* érentes, comme dans la figure A, de façon que le cou-

8im LES VtBiVS MOTEUIS. fSS

rant qui traverse ce nerf le parcourt obliquement. Si oelte précaution rtait négligée et qu'on fit passer le coumot transversalement au nerf, comme dans la figure B, aucun effet ne serait produit.

Comment agit le nerf ainsi traversé par un courant? D n'est pas, je vous le répète, possible d'admettre que œ soit par conductibilité électrique c{uand on voit que Teicitation galvanique |)ortée sur un nius(;le fait contracter ce muscle seulement, et qu'on sait d'ailleurs que le tissu musculain? conduit mieux réiectricité que le tissu nerveux.

Voici maintenant notre appareil excitateur dont nous nous servirons dans nos expériences sur les nerfs. Nous emploierons uncourant faible et constant, afin d'avoirdes effets toujours comparables. Pour cela , noui avons un couple de Bunsen (fig. 10, A), dont on peut graduer la quantité ou Tacidité du litjuide actif afin d'obtenir des effets plus ou moins énergiques. Du chanbon C ou p6le positif part un fil conducteur + qui va se fixer sur un petit appareil destiné à changer la direction des courants, puis il continue, et le fil + arrive dans un verre m où se trouve du mercure pour établir la connnunication des pAles ou la fermeture du circuit, puis le pAle positif arrive en communication avec l'aiguille + ; ce courant peut donc être interrompu à volonté. Du zinc Z ou pôle né-* gatif part un fil conducteur — qui vient également traverser le petit appareil destiné à changer la direction du OQuraut et se continue ensuite pour venir directement

mettre en communication avec Taiguille terminale.

Le petit appareil destiné à changer les courants se corn-

156 APPABEIL EXCITA1ÏUR

pose d'une p]aque de bois sur laquelle tourne une palette de bois munie de deux traverses en cuivre auxquelles sont attachés les Qts des rbéophores. H y aensuite deux fils de cuivre tendus longitudinalement qui, fixésà des doua, changent le contact de la traverse eu cuivre , avec le fil par où passe le courant. Ce changement de p61e, do mémo que l'interruption du courant, peuvent se faire sans déranger aucunement le nerf sur lequel on expérimente. Enfin à l'extrémité de l'appareil les deux aiguilles +

qui sont en continuité avec les fib peuvent être rapprochées ou éloignées àvolonté (fig. 19, A) à l'aide d'une vis de rappel et d'une traverse en cuivre qui glisse sur les aiguilles préalablement isolées sur des petits tubes de vene.

(1) FIg. 19 — A, pHe de Bansen; — C, élément charbon pâlepodtU;

— Z, élément zinc p61e négatif ; — m. tfrre coolenant du mman pour éubllr la fermelure dn circuit en plongeant dans le méttl le 01 -(•;

— I), partie terminale de l'appareil «ne en deswas, aQn de mMtrer par qod médnlame lu aigi^et peaiest k rapprocfaer ei ' ' '

SUR LES MRRFS. 157

Une grande lame de Terre porte tout Tappareil ainsi que la patte de grenouille, dont le nerf sera placé sur

tes extrémités des aiguilles h , de façon que le circuit

se trouve fermé par le nerf que le courant traversera. L'une des aiguilles est en communication permanente avec le rbéophore du couple de Bunsen. L'autre aiguille est également en communication avec la pile par un bain demercurem.Toutesles foisqueTon plongera l'extrémité libre du rbéophore dans le bain de mercure m, le courant sera fermé et traversera le nerf de la patte placée sur la plaque isolante , et dès lors il y aura excitation du nerf et contraction musculaire, etc.

Quand les expériences sont faites comme il vient d'être dit, on ne peut pas admettre que les convulsions soient dues à la conductibilité du nerf? Le tissu de ce nerf possède, pendant quelque temps après la mort, un mode d*activité propre que les vaiiations des actions électriques mettent en jeu simplement.

Yoici d'ailleurs un autre fait qui prouve que l'influence qu'a sur la contraction musculaire un nerf galvanisé, n'est pas une influence [ibysique due à la conductibilité électrique.

Ce nerf de grenouille est parfaitement sensible à l'excitation galvanique ; dès que nous le touchons avec les pointes de la pince électrique, le membre entre en convulsion. Je broie le nerf avec les mors d'une pince; il est évident que cette opération n'a pas détruit la nature chimique de son tissu, qu'elle n'y a pas produit de solution de continuité et que, s'il était conducteur avant d'avoir été contus, il l'est encore maintenant. Or, si nous

158 ACTION DB l'ÉLEGTEIGITÉ

portoD» de nouveau la pince sur ce nerf , au-dessus de la partie contuse, la cuisse ne se contracte plus. L'exci* talion du nerf cesse donc de se transmettre, bien que les conditions propres à assurer la conductibilité électrique soient les mêmes. Et cela ne tient pas à ce que la patte a penlu le pouvoir de se contracter^ car, si nous le gai* vanisons au-^dessous du point mâché, nous y produisons des convulsions. Si Ton eût lié le nerf , la ligature eût produit le même résultat.

Les nerfs moteurs de la grenouille sont des parties excessivement sensibles aux influences électrique.s.11 n'y a peut-être pas de galvanomètre qui accuse mieux les moindres variations brusques de la tension de ce fluide. Nous verrons plus tard qu'il suffit de tenir un nerf avec une pince de métal , le nerf crural par exemple , et de toucher avec la main ou un bistouri un autre point du corps de Tanimal pour déterminer un mouvement par la seule électricité développée au contact de la pince et du nerf.

n n'en est plus de même des nerfs sensitifs qui sont , dit-on , plus impressionnés par les variations de température. Mais chose remarquable, c'est que, comme vous avez pu le voir dans une expérience précédente, les réactions qui accusent cette exquise sensibilité ne traduisent que les changements qui surviennent brusquement dans l'influence de l'agent excitateur. C'est ainsi que les muscles ne se contractent sous l'influence des nerfs moteurs galvanisés que quand on commence à foire passer le courant ou qu'on l'augmente ou le diminue

;. La même chose a Heu pour les nerfs sensitifs qui, soumis à des actions calorifiques diverses, n'accusent que les variations de la temi)érature, et cela par un mécanisme sur lequel j'insisterai longuement quand nous nous occuperons des mouvements réflexes.

n n'est pas toujours nécessaire d'interrompre le cou» tant qui traverse un nerf: en en faisaut seulement varier l'inteosité soit en plus, soit en moins, des contractions musculaires accuseront encore ces variations.

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