NEUVIEME LEÇON
21 lAimil 1857.
SOMMAIRE : Effets produits par le passage d*an coarant à travers im nerf. — Désorganisation et excitation. — Fatigue du nerf électriié.
— l\e8titiition de ses propriétés par le reoTersement descooranfa.*- De la contraction musculaire à l'entrée ou à la sortie du cooraiiU
— Expériences des auteurs. — Leurs conclusions. — Expériences nouvelles.
Messieurs,
Nous avons dit dans la dernière séance que, pour exciter un nerf moteur par réleclricité, il faut le faire traverser obliquement par un courant. Toutes les fois que le courant passe ainsi, quel que soit le sens dans le* quel on lui fasse traverser le nerf moteur, on a une contraction des parties musculaires auxquelles il se distribue : cette contraction est caractéristique du nerf moteur.
Ainsi sur ce nerf d'une patte de grenouille nous appliquons les rhéophores de notre appareil ordinaire (fig. 19, p. 156), et la patte se contracte. Nous renversons les pôles, elle se contracte encore. L'excitation électrique est donc produite ici dans quelque sens que le courant traverse le nerf; que ce soit du centre à la périphérie ou de la périphérie au centre.
Vous voyez encore que les convulsions n'apparaissent qu'à l'entrée du courant, quelles que soient sa direction et son intensité. Lorsque le courant est interrompu et rétabli à des intervalles suffisamment rapprochés, on
EXCITATION ÉLECTRIQUE DU XERF MOTEUR. <6i
a des convulsions répét<^es; c'est pour celte raison (jue, dans les usages thérapeutiques, on se sert de courants intennittents afin de provoquer des contractions muiti-
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Voyons maintenant quelles particularités offre à l'observation Taction du courant électri([i]e sur les nerfs moteurs. Nous examinerons d'abord les eflTets du courant continu.
Lorsqu'on fait passer un courant électrique à travers un nerf, les phénomènes produits sont diflTérents suivant rintensité du courant et le sens dans lequel il traverse le nerf.
Nous vous avons dit que le passage d'un courant électrique faible dans un nerf ne le détruisait pas comme le font certains excitants chimiques et les excitants mécaniques. Aussi les épreuves dans lesquelles on emploie Félectricité appliquée à un nerf pour faire cx)ntracter les muscles d'une région , peuvent--elles être répétées plusieurs fois sur la môme partie. Cela n'a pourtant lieu qu'à la condition de se servir de courants faibles; un courant continu énergique dt^rganiserait le tissu du nerf.
Sur ce nerf crural d'une grenouille nous appliquons les rhéophores d'une pile à auges trop forte. Le nerf se trouve en peu de temps comme brûlé au pôle négatif. Si maintenant nous soumettons ce même nerf aux excitations d'une pile moins énergique, pour interroger sa sensibilité aux excitations, nous voyons qu'en appliquant l'excitation au-iiessus du point cautérisé par le pôle négatif de la pile à auges, nous n'obtenons plus aucune
WBt ACTION DE l'électricité
contraction, tandis que nous en produisons de très énw* giques quand l'excitation porte sur un point du nerf plus rapproché de la périphérie. Il y a eu là une véritable désorganisation chimique ; et pendant que le nerf éttH traversé par le courant continu, on voyait au pôle négatif se dégager de petites bulles de gaz. Un courant électrique continu détruit donc la propriété d'un nerf qu'il traverse, lorsqu'il est trop fort et capable d'agir chimiquement.
Ce que nous venons de dire de l'intensité des cou* rants ne se rapporte qu'aux courants continus. Si nous avions placé un interrupteur sur le trajet du courant dont nous venons de faire usage, nous eussions empoché la désorganisation de se produire.
Mais dans les considérations qui vont suivre sur l'influence du sens dans lequel un nerf est traversé par un courant, il ne sera question que de courants faibles, et pour cela nous employons un élément de Bunsen, chargé non pas avec de Tacide sulfurique et de l'acide azotique, mais seulement avec de l'eau vinaigrée de manière à avoir un courant faible. Ces courants peuvent, relativement au sens, traverser un nerf de deux manières : le courant peut traverser le nerf en se dirigeant de haut en bas, du centre à la périphérie, ou de bas en haut, de la périphérie au centre; en un mot, la direction peut être centrifuge ou centripète. Nous allons, prenant pour source de courant faible notre couple de Bunsen, comparer les eflets dus à l'action d'un même courant suivant qu'il se présente dans 1 une ou dans l'autre de ces directions.