DES NEEFS SENSITIFS
Leurs fonctions ont été mieux connues dès que Tex* périmentation a été appelée à en Qxer la nature. 11 n'est perscHioe qui n'admette aujourd'hui, après les preuves qui en ont été données, qu'elles président k la sensibilité d'une façon absolue et exclusive. L'expérimentation a montré en outre que la sensibilité était indépendante de la motricité ; qu'une même partie pouvait avoir perdu la sensibilité et conservé le mouvement , et réciproquement.
Yoici une grenouille qui nous a servi à vous démontrer ce fait dans la dernière leçon. Nous voyons encore aujourd'hui , en pinçant alternativement ses membres postérieurs, que le phénomène est resté tel que vous l'avez TU.
Le mouvement parait donc indépendant de la sensibilité , et un membre insensible peut encore se mouvoir.
Mais jusqu'où va cette indéi)endance ? Le mouvement d'une partie privée de sensibilité peut-il s'efTectuer aussi bien qu'auparavant? Cette question, qui semble être résolue par Taffirmative , en ne considérant que le cas que nous vous présentons ici , a besoin d'être examinée de nouveau.
Mous allons voir que la {lerte de la sensibilité amène, dans les manifestations motrices, des troubles sur lesquels les physiologistes n'ont pas fixé leur attention , et qui cependant offrent une grande importance.
Jusqu'ici nous n'avons envisagé le mouvement que oomme le résultat de deux actions distinctes : la contractilité musculaire , ou la faculté de contraction inhérente au tissu musculaire, et Tincitation nerveuse motrice
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qui met en jeu cette propriété. Or, ces actions ne sont pas les seules qui prennent part aux phénomènes du mouvement. Nous avons vu que les muscles recevaient, outre les filets moteurs, des filets sensitifs. Par là existe dans ces organes une sensibilité particulière à laquelle on a donné le nom de sens musculaire, sensibilité qui, permettant d'apprécier jusqu'à un certain point Ténergiô des actions musculaires, la portée d'un effort donné, serait nécessaire pour assurer aux mouvements d'eiH semble la coordination qui leur est indispensable.
Si , chez une grenouille dont une des pattes posté* rieures est insensible, nous tirons en arrière les deux pattes postérieures, Tune des deux, celle qui a perdu la sensibilité, restera étendue; l'animal ne la ramène pas volontairement contre le bassin. S'il fait un mouve* ment qui doive la ramener, le mouvement semble commencer par l'autre patte, qui a conservé la sensibilité. Si les deux pattes postérieures étaient insensibles , les mouvements auxquels elles se livreraient prendraient encore leur point de départ dans les mouvements d'une partie restée sensible, dans les mouvements des membres antérieurs, par exemple. Il semble que les mouvements d'un membre privé de sensibilité soient détenmnés, entraînés par ceux du membre opposé.
Voici une autre grenouille chez laquelle les* racines postérieures lombaires ont été coupées des deux côtés. Vous la voyez encore mouvoir ses membres quand on pince une partie restée sensible. Mais ces mouvements sont bien moins nets, moins précis que quand la sensi* bilité y existe. Les membres s'agitent comme sans but,
convulsivemeot. Nous plaçons maintenant cette grenouille sur un plan, les pattes étendues, dans une position qui ne leur est pas ordinaire : l'animal ne fait aucun mouvement pour les ramener à la flexion.
Le fait qui a appelé mon attention sur cette influence qu'exerce la sensibilité d^une partie sur les mouvements dont elle est le siège, mérite d'être indiqué. Il fournit d'ailleurs une preuve expérimentale assez satisfaisante d6 Timportance du rôle de la sensibilité dans les mouvements.
Lorsque je tenais par le tronc entre deux doigts les grenouilles sur lesquelles je voulais expérimenter, ces animaux faisaient, pour se débarrasser de l'étreinte qu'ils subissaient, des efforts dans lesquels les pattes pos* térieures pendantes se soulevaient pour venir s'arc-bouter contre les doigts et pour les repousser. Or, chez les grenouilles que la section des racines lombaires postérieures d'un côté avait rendues partiellement insensibles , une patte seulement se relevait pour écarter mes doigts: c'était la patte qui avait conservé sa sensibilité ; l'autre s'agitait comme sans but. Voici de quelle manière ces expériences nous ont fourni leurs résultats.
Ectp. — Sur une grosse grenouille on a découvert avec soin la moelle épinière , et on a coupé les racines rachidiennes postérieures du côté droit.
Lorsqu'on touche très légèrement les cordons posté-» rieurs de la moelle épinière mis à nu, l'animal éprouve une espèce de contraction subite, de soubresaut dans les membres postérieurs correspondants.
L'ouverture du rachis a été faite, du reste, très
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convenablement et sans aucune contusion de la moelle.
Trois racines postérieures ont élé clairement diyiséeB (il en reste peut-être encore une, la plus élevée). Avasitôt après le membre a perdu sa sensibilité, et il reste flasque et étendu quand la grenouille est suspendoe, par exemple ; mais il a pourtant conservé sa mobilité. Si Ton remet la grenouille en liberté, elle saute et nage en apparence aussi bien avec ses deux membres postérieurs. La patte droite , quoique tout à fait inseoable, ne paraît avoir rien perdu de Tagilité de ses mouvements. Lorsqu'on saisit la grenouille par la tète, et qu'on la maintient suspendue , elle cherche à accrocher avec ses pattes postérieures les doigts qui la tiennent et cherche à s'en débarrasser. Mais ce qui est remar* quable, c'est qu'elle n'atteint les doigts qu'avec le mem^ bre postérieur, qui possède ses racines de sentiment, bien que l'autre membre se meuve et s'agite, mais sans but aussi bien déterminé.
Sur cette même grenouille on divise les racines pos* térieures de l'autre côté , du côté gauche. Aussitôt la faculté motrice se montre beaucoup plus affaiblie dans les deux membres postérieurs. Il semble ne plus y avoir d'harmonie dans leurs mouvements. Dans l'eau , les mouvements de natation sont irréguliers ; à terre, l'animal rampe en quelque soite avec les membres posté* rieurs et saute difficilement.
Quand on pince les membres antérieurs , l'animal exécute, pour fuir, des mouvements auxquels prennent part les membres postérieurs.
Eœp. —Sur une autre grenouille on a ouvert le radiis
SUR LE MOUVEMENT. S5i
dans toute son étendue , pois on a coupé les racines postérieures des quatre membres. Dans Veau , Tanimal resle immobile et ne se meut pas spontanément. Quand on Fexcite en piquant la tète qui est restée sensible , ranimai fait des mouvements désordonnés de ses quatre membres; mais ces mouvements ne sont pas en harmonie les uns avec les autres pour déterminer un mouvement commun, celui de natation par exemple.
Eoop. — Sur une autre grenouille on fait la section des racines postérieures des deux membres pelviens. L'animal étant placé dans Teau. les deux membres postérieurs irat pendants et peu mobiles. Quand on saisit la f(renouille derrière les membres antérieurs , elle ne fait pas de mouvements pour se débarrasser des doigts qui la tiennent.
Cette section des racines sensitives, qui influe sur les mouvements chez les grenouilles, ne paratt pas tenir à Tinsensibilité de la peau; elle semblerait plutôt dépendre de r insensibilité des muscles.
Exp. — Sur une grossie grenouille bien vivace on a écorché les quatre membres, en laissant le tronc revêtu de la peau. L'animal, remis dans Teau, n'avait rien perdu de l'agilité de ses mouvements ; il nageait comme à Tordi* naire. Mais bientôt apn^» son immersion dans l'eau , qui était très légèrement tiède, les muscles de la grenouille se sont infiltrés; les vaisseaux sanguins s'étaient remplis d'eau et contenaient même quelques bulles de gaz. Alors les mouvements devinrent d'abord difficiles , puis dispar mrent bientôt après, ainsi que l'irritabilité musculaire et Texcitabilité nerveuse.
Nous savons que la contrActilité appartient au muscle, que la contraction est déterminée par rinfluence des nerfs moteurs ; maiscette sorte de ton musculaire en vertu duquel un muscle en repos n'est pas un muscle relâcbé, paraîtrait appartenir à l'action des racines postérieures. Lorsque la sensibilité a disparu , les mouvements sont mal coordonnés : il semble que l'animal n'ait plus conscience de ce qui se passe dans ses muscles.
J'ai voulu savoir si l'on pouvait, en détruisant la sensibilité 9 soustraire à l'influence de la volonté certains mouvements musculaires.
Nous venons de voir déjà chez les grenouilles qu'en détruisant la sensibilité dans un membre postérieur , et surtout dans les deux, les mouvements eu reçoivent une influence manifeste. 11 était intéressant dès lors de voir si , en ne laissant qu'un membre à l'animal , il pourrait encore le mouvoir volontairement.
Nous allons ici vous rendre témoins d'expériences que nous avons déjà faites hier dans le but d'élucider celte question.
Eœp. — Voici deux grenouilles auxquelles , par la section des nerfs des membres antérieurs et d'un membre postérieur, nous avons , dans ces trois membres, détruit à la fois le mouvement et le sentiment. Chez l'une d'elles, nous laissons intact le membre postérieur restant; chez l'autre, nous privons ce membre du sentiment par la section des racines postérieures qui s'y rendent.
Or, vous pouvez voir que les mouvements des deux pattes postérieures, qui sont restées capables de se mou-
voir, ne sont pas comparables. Celle qui a conservé à la fois la sensibilité et le mouvement exécute des mouvements bien déterminés, tandis que chez la seconde grenouille, dont la patte a perdu le sentiment, nous ne trouvons que des mouvements vagues et non coordonnés.
Nous plaçons sur le dos et dans l'eau les deux grenouilles. La dernière y reste dans un repos complet; Vautre fait, avec la patte qui lui reste, des mouvements volontaires dans le but évident de se retourner. A mesure donc qu'on détruit la sensibilité , il semble qu'on enlève le mouvement volontaire.
Les observations pathologiques pourraient, s'il était plus facile d'en saisir les conditions, nous fournir des éléments pour la solution de cette question. Elles nous permettraient d'arriver à savoir si, pour déterminer des mouvements volontaires, la volonté a ou n'a pas besoin de l'auxiliaire des nerfs sensitifs. Mais il fout renoncera &ire usage des observations qu'on n'a pas recueillies dans un but spécial. On cite, par exemple, des malades qui mouvaient volontairement des membres insensibles. n est bien difficile de savoir ce qu'on doit penser de cette insensibilité qui peut fort bien n'intéresser que la peau, et ne pas exister dans les pailies musculaires profondes; oela a souvent lieu chez les hystéri([ues par exemple. Dans ces cas, la perte de sensibilité n'est donc pas absolue ; quelquefois môme elle n'est que passagère. J'en ai vu un exemple chez une femme affectée de paralysie hystérique. Chez cette malade une application de sangsues éveilla une sensibilité très vive dans une partie insensible la veille.