‹ Leçons sur la physiologie et la pathologie du système nerveuxChapitre 65 sur 136 · INFLUENCE DE LA SENSIBILITÉ · texte numérisé non relu

INFLUENCE DE LA SENSIBILITÉ

En coupant les rameaux cutanés d'un membre, chet on animal , on peut rendre la peau parfaitement insen* sible j quoique l'animal marche alors fort bien , probablement parce que la sensibilité musculaire est conservée. Mais quand chez l'homme la paralysie est profonde et atteint les rameaux sensitifs des muscles , les malades ne semblent pouvoir faire agir leurs membres qu'avec difficulté et en regardant ces membres pour en diriger te mouvements.

Lorsque sur les animaux, au lieu de couper les rameaux cutanés , on opère la section des racines postérieures, il n'en est plus de même : les mouvements ont beaucoup perdu de leur assuraace , comme on peut le voir encore par les expériences comparatives suivantes, qui nous montreront en outre quelles sont les altérations de nutrition que la soustraction des racines postérieures peut amener dans les membres.

Eœp. — Sur un épervier on fit la section des filets cutanés de la serre. La section fut faite en haut et en dehors du niétatai^se; là, le nerf se trouve logé entre le tendon des muscles et Tarière qui se trouve au-dessous. En soulevant le nerf avec un petit crochet, on en fit la section et on évita de blesser l'artère.

Avant Topération, Tanimal avait naturellement les deux serres sensibles et les retirait lorsqu'on les pinçait. Aussitôt après Topération, il y eut insensibilité complète des griffes et de toutes les parties situées au-dessous de la section du nerf. Cependant l'animal saisissait énergiquement les objets avec les serres de cette patte, et il se tenait également bien avec les deux pattes sur le barreau

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de n cage. Quand on pinçait la patte opérée sans qu'il le ?tt, il ne faisait aucun mouvement.

Ecop. — Sur un chien chez lequel j'avais coupé les nerfs cutanés qui se rendent aux quatre pattes , on pou* nil voir les mouvements de la marche s'exécuter parfaitement, les muscles n avaient pas perdu leur sensibilité, comme dans le cas qui suit.

Eœp. (Sâaoût 18ft2.)— Sur un jeune chien àgéd*un mois et demi , on ouvrit le rachis largement dans la région lomt)aire ; puis après Taninml fut délié et mis en liberté; il marchait , se tefiait bien sur son train posbTieur, qui paraissait seulement un peu plus faible depuis Topératîoo. I-^s deux membres postérieurs se mouvaient également. On coupa du côté droit les racines postérieures qoi se rendaient au membre; apri»s cpioi celui-ci devint insensible. On délia de nouveau l'animal, et on reconnut que les mouvements étaient restés les mêmes qu'avant dftos la patte gauche, qui avait conservé sa sensibilité, tandis que la patte droite insensible était devenue traînante. Elle n'était plus agitée que par des mouvements incertains et sans but. Lorsipie l'animal était arrêté et qnMl se soutenait sur ses membres , la patte droite ne touchait pas à terre ; elle était relev(Hî et un ijcu fléchie. Lorsque l'animal courait, le membre droit, ne pouvant phis suivre dans ses mouvements C4îlui du côté gauche , restait traînant apW's lui. Lorsipie l'animal faisait des mouvements moins rapides, la patte droite suivait mieux les mouvements du membre gauche.

L'animal mourut le huitième jour. Dans les derniers temps, le membre insensible était devenu complètement

immobile, tandis qu'à gauche, dans la patte saine, le mouvement et la sensibilité avaient persisté.

ÂTautopsie, on vit que toutes les racines postérieures qui se rendent au membre droit étaient bien coupées. Seulement les deux premières racines lombaires anté* rieures avaient été lésées dans Topération. Il faut toutefois remarquer que ces racines entrent pour une très faible part dans la formation du plexus qui fournit les nerfs au membre ; de sorte que cette lésion n'aurait pas pu expliquer le^ troubles si considérables des mouvements. Â Tautopsie , on rechercha avec soin si dans le membre il n'y avait pas eu des altérations de nutrition, et ou n'y reconnut rien d'appréciable, ce qui montre qu'au bout de trois jours il n'était pas survenu de lésion de nutrition à la suite de la section des racines postérieures pratiquée entre le ganglion et la moelle.

Sur un autre chien , deux ou trois racines lombaires postérieures étant coupées, l'animal tenait aussi la patte dans un état de rétraction.

Exp. (28 août 1842.) — Sur une grosse grenouille on coupa à droite les racines lombaires postérieures. Après l'opération , le membre se mouvait parfaitement, quoiqu'il eût perdu entièrement sa sensibilité. La plaie du dos fut recousue, et l'animal, placé dans un vase, s'échappa dans le laboratoire, et resta perdu jusqu'au 15 octobre 184'2. On retrou va alors la grenouille dans un coin, sous une pierre, la plaie du dos étant parfaitement cicatrisée. L'animal était bien portant ; seulement la patte postérieure droite, insensible, était considérablement (Bdématiée. Il semblait qu'ici la destruction des racines

postérieures eût amené une lésion de nutrition consécutive. 11 faut ajouter cependant que la grenouille ayant été remise dans Tcau, au bout de quelques jours, Tœdème du membre droit avait complètement disparu.

Exp. (5 septembre iSMl). — Sur uu jeune chien de un mois et demi on ouvrit largement le canal vertébral dans la région lombaire, après quoi Ton remit ranimai en liberté. Les mouvements du train postérieur étaient presque aussi libres qu'avant. Ils étaient également conservés dans le membre droit et le membre gauche.

On coupa alors les racines postérieures des six dernières paires lombaires et des paires sacrées. Après cela, ranimai remis en liberté se soutenait encore assez bien sur sa patte ; mais, en pinçant celle-ci, on remarqua qu'elle avait conservé encore beaucoup de sensibilité dans différents points, ce qui tenait, comme on le vit, à ce que la racine posUhûeure de la dernière paire lombaire n'avait pas été coupée. Alors on divisa cette racine et aussitôt la sensibilité disparut complètement du membre; mais on remarqua que les mouvements furent aussitôt considérablement troublés. Si Tanimal voulait se tenir sur sa patte, il tombait et la jambe fléchissait. Lorsque Tanimal marchait plus vite, il ne marchait réellement que sm* trois pattes , et ne se servait pas du membre postérieur droit.

La section de la dernière racine postérieure lombaire, en faisant disparaître toute la sensibilité qui persistait dans le membre, a donc sufli pour amener immédiatement un grand trouble dans les mouvements.

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Or, la section de cette racine , préalablement mise à découvert, a pu être faite sans ajouter aucune complication nouvelle à l'opération , soit du côté de la moelle épinière , soit du côté des racines antérieures , de sorte que ce résultat est aussi concluant que possible, et prouve que tant qu'il reste un peu de sensibilité, les mouvements conservent une certaine régularité qu'ils perdent à l'instant môme où cette sensibilité est enlevée.

Une demi-heure après cette opération, la palte droite était toujours à peu près inerte, et quand l'animal marchait il la traînait flasque après lui.

Le quatrième jour de l'opération , l'animal se portait bien, il mangea bien. Le membre postérieur droit était toujours complètement insensible et toujours privé de mouvement volontaire. L'animal ne pouvait se servir de son membre pour se soutenir. Cependant , lorsque le chien étant couché faisait des efforts pour se lever, il y avait des mouvements en même temps dans les deux membres.

Le sixième jour de l'expérience , l'animal mourut épuisé par la suppuration. Les membres postérieurs étaient toujours restés dans le môme état, savoir: membre droit insensible et privé de mouvement volontaire, il y avait parfois des mouvements désordonnés et sans but déterminé. Au repos, ce membre droit restait toujours dans Textension ; le membre gauche jouissait toujours de toute sa sensibilité et de tous ses mouvements.

Lorsque Tanimal était mourant et étendu presque sans mouvement , on mit à nu les vaisseaux sanguins des deux membres postérieurs. A droite comme à

SUE LE MOUVEMEirr. 959

puH^he^ la veine contenait du sang noir et Tartère du laog rouge. On apercevait les battements artériels du )6té gauche, tandis qu'à droite on ne put pas les percercHT. En était-il de même quand Tanimal était bien rivant? C'est ce qu'on ne pouvait savoir.

L'animal fut laissé pour mort, ne faisant que de loin en lom quelques mouvements respiratoires. Mais une heure ^près, les mouvements respiratoires étaient devenus beaucoup plus fréquents; on examina de nouveau les vaisseaux cruraux , et on compta sur Tartëre gauche 26 pulsations à la minute , tandis qu'on n'en percevait pas à droite.

A l'autopsie de la moelle, on constata que la plaie était en voie de cicatrisation, que les bouts périphéri* ques des raciues postérieures coupées étaient légèrement renflées; qu'il n'y avait pas dans le membre postérieur droit d'altération de nutrition appréciable , que toutes les racines postérieures qui vont a ce membre étaient coupées, et qu'aucune des racines antérieures n'avait subi la moindre atteinte.

Exp. (9 septembre 1842). — Sur un jeune chien, (m opéra à droite la section des racines postérieures lombaires et celle des deux premières sacrées. Ou enleva d'abord trois racines postérieures ainsi que leurs gantions. Ensuite, un ganglion n'ayant pu être enlevé, fut contus et mâché; eniin, la première paire sacrée fut complètement enlevée, raciues antérieure et postérieure.

Aussitôt après cette expérience, le membre postérieur droit était devenu iiisensible, mais laiiimal ne pouvait plus se soutenir sur ce membre qui était main-

tenant dans un état de demi-flexion. Cependant il y survenait des mouvements d'apparence involontaires, toutes les fois que l'animal se mouvait.

Après l'ouverture du canal vertébral , on avait constaté que les deux membres étaient restés dans leur état physiologique, en ce sens que l'animal marchait et se portait sur son train postérieur d'une manière à peu près normale. Après la section des racines postérieures du membre droit, celui-ci présenta raflaiblissement de ses mouvements précédemment indiqué, tandis que la section de ces racines n'a pas eu d'influence sur le membre gauche qui est resté dans l'état où il était avant.

Le 11 septembre, deux jours après, Taniinal était mort. A l'autopsie , on ne trouva pas d'altération de nutrition dans la patte droite. Les artères dans cette patte, comme dans celle du côté opposé, contenaenit du sang rouge, et les veines du sang noir. Il n'y avait aucun œdème dans le membre , de sorte que l'ablation des ganglions intervertébraux qui avait été faite , ne paraissait pas avoir, dans les circonstances indiquées, rien changé aux phénomènes de nutrition.

Exp. (10 octobre 1842). — Sur un jeune chim de deux mois , on coupa les racines lombaires rachidiennes.

Après avoir ouvert le canal vertébral', et lorsque la moelle était à découvert, on délia l'animal et on s'assura qu'il marchait , courait , que rien n'était sensiblement altéré dans les mouvements ou dans la sensibilité du train postérieur.

La section des racines postérieures fut faite alors du

côté gauche; en opérant cette section, on prit toutes les précautions nécessaires pour que aucune racine antérieure ne fût lésée.

Après la section des racines postérieures, la faiblesse était très grande dans les mouvements de la patte postérieure gauche; l'animal ne pouvait plus s'appuyer sur son autre patte. On rechercha alors l'état de la sensibilité du membre postérieur gauche et on remarqua qu'il existait encore un reste de sensibilité qui portait l'animal à retirer la patte quand on la pinçait. On vériGa alors si toutes les racines postérieures étaient bien coupées, et on vit que la racine postérieure de la seconde paire sacrée avait été oubliée et que, chez le chien, la racine postérieure de la septième lombaire se divisait, comme cela arrive quelquefois , en deux portions dont une seule avait été coupée.

Après avoir coupé ces deux racines de sentiment, on remit l'animal en liberté. Alors, le membre complètement privé de sensibilité, présenta une faiblesse extrême. L^animal, non seulement ne pouvait s'appiiyer sur lui , mais quand il courait, il le traînait après lui comme si c'était un membre inerte. Cependant il existait encore quelques mouvements dans ce membre , mais d'apparence involontaires et sans coordination.

Le membre postérieur droit avait conservé toute sa sensibilité, et toute sa motilité.

Exp. (29 août 1848). — Sur un jeune chien de deux mois, on ouvrit le canal rachidien dans la région lombaire du côté droit, et on coupa de ce côté les racines postérieures, après quoi la sensibilité avait disparu dans

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tous l6 membre exepté peut-être dans la dernière griffe.

Les mouvements étaient à peu près abolis du côté droit, tandis qu'à gauche la patte avait conservé toute sa sensibilité et toute sa motilité.

Alors on fit à gauche la section de deux racines antérieures, en respectant les racines postérieures. On trouva après cela que les mouvements étaient affaiblis dans ce membre où ils paraissaient même plus faibles que du côté droit, mais la sensibilité était restée intacte, de sorte que l'on pouvait voir, dans cette double expérience, qu'il y avait eu une influence exercée par les racines postérieures sur le mouvement, tandis que la section des racines antérieures n'avait aucune influence sur la sensibilité.

Le lendemain, la jambe droite était étendue sans mouvement et ne pouvait se fléchir ; la sensibilité persistait toujours dans la dernière griffe. La jambe gauche était flasque et restait dans la demi-flexion ; elle possédait encore un certain nombre de mouvements. Lorsque l'animal faisait des efforts pour se soulever, c^est dans la patte gauche que se remarquaient les mouvements volontaires , insuffisants toutefois pour lui permettre de marcher.

Le 6 septembre, huitième jour de l'opération , l'animal mourut, épuisé sans doute par la suppuration. Pendant cet intervalle rien de nouveau n'avait été remarqué dans les mouvements du membre postérieur. On fit avec soin l'autopsie. Les organes abdominaux Ihoraciques ainsi que le cerveau n'offraient aucune lésion; on trouva une grande quantité de lombrics dans l'intestin.

En examinant la moelle, on trouva que la plaie avait un bon aspect et que la cicatrisation était déjà très avancée, n n'y avait aucune trace d'inflammation de la moelle ; sa substance n'était pas ramollie. La surface de la dure* naère était recouverte du côté droit par une couche pseudo-membraneuse et avait déjà contracté des adhér^çes avec la portion correspondante du canal vertébral. A la partie inférieure seulement de la région lombaire, la dure-mère était ramollie et se déchirait quand ou la pinçait ; elle était comme gangrenée dans un point qui montrait une ouverture ayant donné issue à un peu de liquide céphalo-rachidien.

Toutes les racines postérieures lombaires étaient coupées, ainsi que la première sacrée. Sans doute la sensibilité qui persistait dans la grifïo ne provenait pas de ces racines. A gauche, les sixième et septième racioe» lombaires antérieures étaient coupées. Le bout central était gonflé et renflé en forme d'une petite massue; le bout périphérique n'oflrait pas de renflement et c'était l'inverse qui avait lieu pour les racines postérieures.

En examinant s il était survenu des lésions de nutrition dans les membres, on ne trouva absolument rien d'anormal. De sorte qu'après huit jours on voit que la section des racines postérieures entre la moelle et le ganglion n'avait amené dans le membre aucun trouble apparent de la nutrition.

D'après tous les faits précédents, la sensibilité et le mouvement volontaire paraissent donc Ués physiologiquement.

On pourrait donner comme vérification de cette pro-

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