‹ Leçons sur la physiologie et la pathologie du système nerveuxChapitre 93 sur 136 · SES FONCTIONS · texte numérisé non relu

SES FONCTIONS

vement et du sentiment, puisque les deux ordres de racines viennent s'y insérer.

Charles Bell, qui avait à priori établi théoriquement quelles devaient être les propriétés et les fonctions des faisceaux médullaires, était arrivé à des vues qu'on a abandonnées. Ch. Bell croyait que des trois faisceaux de la moelle , le faisceau postérieur, en rapport avec les racines postérieures, était seul conducteur du sentiment. Quant au mouvement, il avait distingué le mouvement involontaire du mouvement volontaire. Les faisceaux antérieurs en rapport avec les racines motrices étaient pour lui les conducteurs du mouvement volontaire, tandis que les mouvements involontaires, mouvements réflexes, mouvements respiratoires, se transmettaient par le faisceau latéral auquel aboutissaient le pneumo* gastrique et l'accessoire de Willis.

I.es vues de Ch. Bell devaient être soumises à l'expérience qui les a démenties, et ici qu'il me soit permis de m'arrêter sur la nécessité qu'il y a de distinguer ce qui est relatif aux racines de ce qui est relatif à la moelle épinière, afin de ne pas aller croire, ainsi qu'on l'a fait, qu'on ait, en renversant les propositions de Ch^Bell sur les propriétés de la moelle, anéanti les données que Texpérience a confirmées sur les fonctions des racines.

Si les faisceaux postérieurs étaient les organes exclusifs de transmission du sentiment; si les antérieurs conduisaient les excitations motrices volontaires, et les latéraux les excitations motrices involontaires, on devrait, en coupant chacun de ces faisceaux, empêcher les manifestations dont on le regarde comme le conducteur.

33& MOBILE ÉPimÈaE.

Un grand nombre d'expérimentateurs ont annoncé des faits qui sont contraires à ces assertions de Ch. BeU.

En coupant, sur une grenouille, la moelle épînière d'un côté seulement, toute la moitié correspondtate du corps située au-dessous de la section devrait avoir perdu le mouvement et le sentiment. Or, Stilling, Yan Deen, Brown-Sequard , Ludvvig Tiîrck et d'autres cmt vu qu'après cette opération ces parties n'ont perdu ni la sensibilité ni le mouvement.

Plus tard, M. Brov^n-Sequard constata, et à peu près au même moment aussi M. Ludwrig Tiirck, que dans les conditions que je viens de vous signaler, non-seulement la sensibilité persistait, mais qu'elle était exagérée. C'est là un fait parfaitement étudié et dont la preuve est aujourd'hui très nette.

Cette expérience peut être faite sur des grenouilles, des lapins, des chiens, etc. M. Tiîrck a imaginé un procédé très ingénieux qui permetd'apprécier d'une manière très exacte chez les grenouilles le degré d'hyperesthésie des parties, qui après la section d'une moitié de la moelle, se montre du côté correspondant dans les parties qui reçoivent leurs nerfs du bout inférieur de la moella coupée.

M. Tiirck a, dans ses ex[iériences sur des grenouilles, pour reconnaître le degré de sensibilité aux excitations, eu recours non à la pression du mors d'une pince, mais au contact d'une solution très faible d'acide sulfurique.

Voici une grenouille chez laquelle nous avons coupé la moitié gauche de la moelle. Nous trempons successif vement ses deux pattes postérieures dans de l'eau à peine

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aeîde, et la différence de temps qui s'écoule dans les deux cas, entre Timmersion et le retrait du membre, damne une idée de Texagération de la sensibilité du c6té ou la moelle a été coupée. Vous voyez que la différence est très facilement appréciable.

n arrive quelquefois que normalement il y a une légère différence entre la sensibilité des deux pattes. Afin de se mettre à Tabri de cette cause d'erreur, M. Tiîrck ûiisaitd^abord une épreuve d'essai avant l'opération qu'il pratiquait, en choisissant pour Topérer le côté où lasendMlité se montrait la moins vive. Quelle que fût la différence observée à l'état normal , c'était toujours le côté eorrespoodant à la section qui accusait après la sensibilité la plus grande.

Si, au lieu d'être faite sur une grenouille, cette expérience est faite sur un lapin, la rétraction de la patte est accompagnée d'un cri, ce qui montre que l'animal a conscience de la douleur ; c'est donc une byperesthésie perçue et non une byperesthésie inconsciente.

Une question importante a été soulevée à ce sujet par M. Brown-Sequard, qui s'est demandé si dans ce cas il y avait réellement exagération de sensibilité d'un côté, ou si cette byperesthésie n'était que relative et ne serait pas plutôt une diminution de la sensibilité du côté opposé , diminution qui pourrait s'expliquer par les entrecroisements qui s'observent entre les faisceaux de la modle.

Cette question doit être résolue négativement : il y a bien réellement exagération de la sensibilité dans le côté qui correspond à la section.

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Nous venons de dire que celte hyperesthésie était perçue par l'animal dans le cas de section incomplète de la moelle : elle devient inconsciente lorsqu^on coupe la moelle complètement; mais elle ne disparaît pas pour cela et est toujours accusée par des mouvements réflexes, survenant à la suite d'une excitation moindre qu'avant la section.

Voici une grenouille dont nous trempons les deux pattes postérieures dans l'eau acidulée, elle ne les retire que quelque temps après. Si maintenant nous lui coupons en travers toute la moelle, un peu haut , et que nous replacions quelque temps après ses pattes postérieures dans l'eau acidulée , vous la voyez les retirer bien plus vite. La sensibilité est donc augmentée, mais elle est inconsciente.

En opérant à différentes hauteurs, M. Tiirck a vu que les choses se passaient ainsi, quel que fût le pcipidelà moelle sur lequel fût opérée la section.

Nous vous avons dit tout à l'heure que lorsqu'il existe encore une moitié latérale de la moelle, l' hyperesthésie est transmise au sensorium commune. Cela peut s'ex{diquer par l'entrecroisement des fibres sensitives, entrecroisement qui est très réel.

Maintenant, par quelle partie de la moelle se transmet donc cette sensibilité exagérée?

Pour le savoir, procédons toujours par exclusion. Nous avons détruit une moitié de la moelle : il reste, pour transmettre les impressions, la seconde moitié de cet organe qui est composé de trois faisceaux. Si l'oû vient alors à couper le faisceau postérieur restant, la

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sensibilité est encore perçue et les réactions de Thyperesthésie se retrouvent comiiio avant. Le faisceau postérieur n'est doue pas l'organe conducteur de la sensibilité, bieû qu'il soit lui-même très sensible. Cette expérience de M. Brown-Sequard a été faite par M. Schiff, qui a pu enlever un morceau du faisceau postérieur sans empocher la sensibilité d'être encore perçue.

Enfin, le même résultat s'obtient lorsqu'on agit sur le faisceau antérieur, ou sur le faisceau latéral.

Que reste-t-il donc des éléments qui constituent la moelle? La substance grise.

C'est elle qui transmet en effet dans ce cas la sensibilité. Mais ) fait qu'on serait bien loin de soupçonner à firiarij la substance grise qui est ici le conducteur de la sensibilité est elle-même complètement insensible.

Quand on interroge à l'aide d'excitants mécaniques lés différentes parties du bout de la moelle qui tient au cerveau, on voit que le faisceau postérieur est très sensible; que les faisceaux latéral et antérieur sont encore sensibles, quoiqu'à un d^ré moindre , et que la substance grise est complètement insensible.

Les fibres des racines postérieures destinées à transmettre la sensibilité pénètrent dans la substance grise et s'y. perdent, conservant jusque-là, mais jusque-là seulement, les propriétés des racines postérieures.

Si nous restons dans les faits sans chercher pour le moment à les expliquer, nous voyons que :

Lorsqu'on coupe une moitié de la mœUe, il y a hyperestbésie, et la transmission des sensations au cerveau est conservée.

838 MOELLE ËPimÈRE.

Lorsque l'on coupe toutes les parties blanches de la portion restante, la sensibilité persiste.

Lorsque l'on irrite la substance ^ise respectée par les coupes précédentes, l'animal ne sent rien. Les parties blanches qui ne transmettent pas la sensibilité sont donc seules sensibles.

Vous pouvez, par ces faits, voir combien Texpérience est loin de confirmer les prévisions de Ch. Bell, et combien le raisonnement l'avait trompé dans ses inductions. Mais encore une fois , ces conclusions, conséquence de l'observation, ne doivent rien changer aux notions que, grâce à l'expérimentation, nouspossédons sur les racines.

Il est donc impossible d'admettre que la sensibilité se transmette de la périphérie au centre par une fibre continue. A son arrivée dans la substance grise, la fibre sensitive s'y perd ; lescellules deviennent l'intermédiaire entre la perception et le cerveau. Cet élément conducteur est insensible ; c'est un organe nouveau.

En résumé, ces dernières expériences permettent de constater que la transmission de la sensibilité se fait dans la moelle par la substance grise qui communique nécessairement avec les fibres des racines postérieures*

On se rappelle que la section des racines postérieures amène l'altération de ces nerfs dans le bout central. Il serait sans doute possible de suivre cette altération dans la moelle épinière afin de déterminer le trajet que parcourent les racines dans la moelle, et les rapports que ces fibres peuvent contracter avec les cellules ganglionnaires. M. Tiirck a déjà constaté dans certaines paralysies, des altérations qui se transmettaient à travers la moelle depuis le cerveau jusqu'à la partie paralysée.

DIX-UUiTlÈMË LEÇON.

20 FÉYllEit 1857.

SOMMAIRE : Sensibilité perçue et sensibilité sans conscience. — Mou- Tementft volootaires et monrements réOexes. — Les détermioatlons Totontaires {Nirteot de Tencéphale. — Elles se transmettent par les condactears da sentiment. — Trajet de Timpression sensitive. — Localisation des excitations motrices et généralisation des réactions da sentiment

Messieurs,

Le premier phénomène auquel nous nous sommes arrêté dans l'étude de la moelle épinière est le fait de la transmission de la sensibilité à travers cet organe. Nous ayons vu que cette transmission pouvait se faire seulement par la substance grise, et que c^tte substance grise, ayant la propriété de conduire les impressions sensitWes, était elle-même complètement insensible.

Je vous ai rappelé, à propos de ces considérations, que les faisceaux de la moelle ne devaient pas être confondus avec les racines nerveuses, qu'elles avaient des Ibections distinctes, et que les nouvelles découvertes sur les fonctions des faisceaux de la moelle ne pouvaient modifier en rien les notions que Ton devait à l'expéneoce sur les racines.

La sensibilité, qui des racines postérieures se transmet par la moelle, peut revêtir deux formes : elle peut être sans conscience ou avec perception.

Dans le cas de sensibilité perçue, l'impression est conduite jusqu'à l'encéphale, et, après la perception, trans-

formée par une opération de rintelligence en une réaction motrice avec conscience. La volonté est, dans ce Cas, le dernier terme qui précède le mouvement.

Dans d'autres cas, la sensibilité n'est pas perçue ; il y a cependant un mouvement, réaction à laquelle l'intelligence ou la volonté n'ont pris aucune part. C'est là ce que Magendie avait appelé sensibilité sans conscience et ce qu'on a appelé depuis mouvement réflexe.

Si, chez cette grenouille qui n'asubi aucune opération, nous pinçons la patte lorsqu'elle est étendue, l'animal perçoit la douleur et retire sa patte volontairement.

Si maintenant nous lui coupons transversalement la moelle en arrière des membres antérieurs, les membres postérieurs sont paralysés, et si Ton allonge là patte et qu'on la pince, l'animal la retire par un mouvement tout à fait involontaire, car il n'a perçu aucune espèce de douleur.

Nous allons d'abord nous occuper des mouvements volontaires.

Le mouvement volontaire proprement dit est un mouvemeut dit spontané, produit sans .le concours d'aucune excitation extérieure. Alors l'excitant intérieur qui lui donne lieu prend le nom de volonté. On peut comprendre que cet excitant provienne d'une sensationantérieure conservée à l'état de souvenir, de sorte que Texcitant volontaire partirait de la surface cérébrale, de même que tous les mouvements involontaires partent de là surface extérieure ou intérieure du corps; d'où il résulte qu'un mouvement involontaire doit toujours avoir un chemin plus long à parcourir qu'un mouvement

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