DIX-SEPTIÈME LEÇON
18 FÊVB1EB 1857.
SOMMAIRE : Moelle épioièrc. — Organe condiictear et organe central* — §a strucliire. — Propriétés de la substance blanche et de la sobstance grjse. — La moelle épinlère conduit les excitations sensitiTes et motrices. — Observations de Stilling, de Van Deen. — Expériences de M. Brown-Sequard, de M. Ludwig Tijrck. — Hyperesthésie consécutive à la section de la moelle. — Hyperesthésie consciente et inconsciente , suivant que cette section est incomplète ou complète* — Transmission de la sensibilité dans la moelle épinière.
Messieurs ,
Nous devons aborder aujourd'hui l'étude de la moelle épinière, troisième élément de l'unité nerveuse, trait d'union en quelque sorte entre les deux racines que nous avons vues constituer la paire nerveuse.
La moelle épinière commence au niveau du trou occipital pour se prolonger dans le rachis à des distances variables suivant les espèces. Cette limite supérieure, toute anatomique en apparence, mérite d'être conservée. En effet, dès que la moelle entre dans le crâne, sa structure devient plus complexe, et des attributions nouvelles viennent s'ajouter aux fonctions qui sont dévolues à la portion intra-rachidienne de ce centre nenreux. Ce que
nous dirons de la moelle ne s'appliquera donc qu'à la portion rachidienne.
Deux ordres de considérations ont présidé à l'étude de la moelle épinière : tantôt on l'a comparée aux nerfs,
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et Ton a envisagé son rôle d'organe conducteur ; tantôt on Fa rapprochée de Tencéphale, et Ton a apprécié son rôle comme organe nerveux central.
Chez les anciens, la première tendance dominait, et Ton considérait la moelle épinière comme un nerf plus volumineux. Cette vue est beaucoup trop simple. Nonseulement la moelle est un conducteur, mais c'est encore mï centre avec ses propriétés caractéristiques.
Nous aurons k examiner la moelle sous ces deux points de vue, mais il importe de dire avant quelques mots de ses propriétés générales.
La moelle épinière est constituée extériearement par de la substance blanche et intérieurement par de la substance grise : àTinverse des organes encéphaliques dans lesquels la substance blanche est centrale et la substance grise plus extérieure.
La surface extérieure de la moelle est douée d'une sensibilité plus ou moins vive, tandis que la substance interne grise est insensible. Ces propriétés des substances offrent ici une disposition inverse à celle qu'elles offrent dans le cerveau^ dont les parties centrales blanches sont sensibles, tandis que les parties périphériques grises sont insensibles. Toutefois, la sensibilité n'est pas également développée dans toutes les parties de la moelle. Le faisceau antérieur est sensible par la sensibilité récurrente, et cette sensibilité disparait lorsqu'on vient à couper la racine antérieure : alors la sensibilité a disparu localement dans le faisceau antérieur de la moelle, vis-à-vis l'origine de la racine antérieure ; de sorte que pour faire disparaître la sensibilité
SâO MOELLE ÉPINIERE.
de tout le faisceau antérieur de la moelle, il faudrait couper toutes les racines antérieures.
Le faisceau latéral tient également sa senÂbilfté de la sensibilité récurrente. Cependant elle persiste encore en partie, alors que celle du faisceau antérieur a com^ plétement disparu. Enfin le faisceau postérieur est eon* stamment sensible, et c'est lui qui parait fournir la sensibilité aux autres faisceaux , non pas directetneirt par Vintermédiaire de la substance même de la moelle, mais indirectement, en passant par les nerfs.
On est tombé, relatiyement à la sensibilité des fais^ ceaux antérieurs de la moelle, dans les mêmes erreurs que relatiyement à celle des racines antérieures. Eo effet, la fatigue qui accompagne l'ouverture dû canal vertébral doit faire disparaître b sensibilité du faisoeau antérieur comme celle de la racine antérieure, et il faut attendre que Vanimal soit reposé, afin de la constater dans les conditions qui permettent d'observer la sensibilité récurrente elle-même; mais on peut, comme nous le verrons, exagérer cette sensibilité des faisGeam antérieurs en exagérant la sensibilité récurrente ellemême.
Quand on coupe, par exemple, une mmtié latente de la moelle épinière, on constate que la sensibilité récurrente des racines antérieures situées au-dessous de la section est considérablement exagérée. On constate eu même temps que le faisceau antérieur de la moeUe où finit cette racine est dans le même cas. Enfin, si Ton coupe la racine postérieure, toute la sensibilité disparaît dans la racine et dans le faisceau antérieur, oe qui
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{nrouve bien, comme nous le disions, que c'est par cette Yoie unique que la sensibilité parvient du faisceau po^ térieur dans les autres faisceaux de la moelle.
Lorsqu'on a complètement coupé en travers la moelle épinière, on constate sur la coupe inférieure, m la piquant avec une aiguille à cataracte, qu'il n'y a aucoM sensibilité ; mais, sur la coupe du tronçon supérieur, on trouve d'abord la périphérie de la moelle seiH aible partout. Peu à peu, à mesure que la sensibilité se perd, elle disparaît dans les faisceaux antérieur», dans les faisceaux latéraux où elle peut persister pendant longtemps encore après qu'elle a disparu dans les faisceaux antérieurs et latéraux, ainsi que le montre l'expé* rience suivante :
Eœp. (26 janvier 18/i6). — Sur un chien adulte en digestion, la moelle lombaire fut isolée, et l'on constata que les faisceaux antérieurs étaient insensibles. Les faiseeaux postérieurs étaient sensibles, surtout près du »11od médian postérieur. Il faut ajouter qu'avant cette opération plusieurs racines antérieures et postérieures atvaient été coupées.
On isola ensuite exactement la partie lombaire de la moelle de tous les nerfs qui s'y insèrent ; on la releva hors du canal vertébral, et Ton constata que, malgré cette section de toutes les racines qui s'ins^ent à fat moelle, la sensibilité persista dans les faisceaux posté* rieurs.
On a cité des observations desquelles il résulterait que la dure-mère peut être douée d'une certaine dose de aenâbilité. Nous avons vu nous-mème des cas où le
pincement de cette membrane déterminait de la douleur, surtout dans les cas où la section d'une des moitiés de la moelle avait déterminé de Thyperesthésie ; mais il est toujours fort difficile de se prononcer, dans ces cas, sur la question de savoir si l'on n'a pas touché ou tiraillé la moelle épinièfe dont la sensibilité se trouve exagérée. 11 pourrait même se faire que par l'application des pinces, comme nous l'avons vu à propos des nerfs de la grenouille , se développât de rélectricité qui produirait sur la moelle une irritation douloureuse.
La galvanisation appliquée sur les faisceaux de la moelle épinière donne des résultats fort variables, et Ton lie peut pas plus donner à ces résultats de signification déterminée qu'à ceux qui avaient été obtenus en opérant sur les racines elles-mêmes comparées aux nerfs mixtes.
Après ce que nous venons de dire des propriétés de la moelle épinière, nous devons maintenant nous arrêter à ses fonctions, aux usages de ses diverses parties.
Et d'abord nous examinerons les fonctions relatives à la transmission des impressions sensitives et motrices volontaires. Si, sur cette grenouille que vous voyez se mouvoir très librement, nous coupons la moelle vers sa partie moyenne, les membres postérieurs seront complètement paralysés, comme nous pouvons nous en assurer en les pinçant et les piquant sans éveiller, dans le train antérieur, qui a conservé ses propriétés, le moindre mouvement qui accuse de la douleur perçue.
Cette expérience suffit à montrer que la moelle est un conducteur. C'est d'ailleurs un conducteur du mou-