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tout, dans l'intelligence, est électif, conditionnel et modifiable. Que d'arguments il y aurait à opposer à ce contraste! Il n'est pas exact, par exemple, de dire que l'instinct est invariable: en effet, les nids construits par de vieux Oiseaux ne sont pas disposés de la même façon que ceux qu'établissent les jeunes; et cela montre bien que, contrairement à ce qu'on a avancé, l'expérience peut exercer une influence assez notable sur les manifestations de l'instinct. Suivant beaucoup de circonstances, ces nids peuvent varier de texture. Les Moineaux, suivant qu'ils ont établi leur nid dans un vieux mur ou sur un arbre, changent leur architecture; ils le forment presque aplat et seulement avec des débris de paille ou de plumes dans le premier cas, tandis que, dans le second, ils le recouvrent, afin de protéger leur progéniture.
On ajoute que tout est inné dans l'instinct : mais les facultés intellectuelles ne sont-elles pas innées aussi? M. Flourens a bien établi l'innéité des facultés intellectuelles : ce n'est donc point dans ce caractère qu'il faut chercher une différence. Ce qu'il faut dire, c'est que non-seulement l'instinct est inné, mais que les actes qui en dérivent, suivant chaque espèce, sont innés eux-mêmes ; et c'est ce qui constitue leur uniformité et leur nécessité dans chaque espèce ; au lieu que les actes intellectuels sont conditionnels, et peuvent se produire ou au contraire ne pas se produire.
On dit encore, avec Descartes, que dans l'instinct tout est particulier, c'est-à-dire que la faculté instinctive est adaptée à un acte spécial, tandis que tout, dans l'intelligence, serait général, c'est-à-dire applicable à l'ensemble des actes que l'animal peut exécuter. Je répète que dans ces contrastes laborieusement disposés il y a toujours quelque chose d'artificiel et par conséquent d'inexact.
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, Nous avons vu déjà d'ailleurs, chez les Obeaax, des acte d'intelligence se mêler aux actes instinctîb et empêcher d'établir une distinction absolue : les exemples analogues ne manquent pas. Lorsque les Fourmis, dans leurs trama souterrains, rencontrent un obstacle pour le forage de leurs galeries, elles cherchent à tourner cet obstacle, et, si elles ne peuvent y parvenir, elles modifient leur phi générait ou bien vont plus loin recommencer de nouvctw travaux. L'Araignée ne recommence pas une toile endommagée, mais elle la répare, sans toucher à la partie qi çst restée intacte, La Chenille du hamac (Tinea karùelk, L%)» dont P, Huber a étudié l'instioct avec une admirable sagacité, agissait de même lorsqu'il détnmait m des cordages du hamac en voie de construction, peodHt qu'elle était occupée à exécuter une autre partie de son tavail. La Chenille savait réparer le dégât par le moyen k mieux approprié à cette fin. P. Huber a fait une autre observation des plus intéressantes, montrant que l'instioct . peut ne pas naître tout d'une pièce, mais qu'il peut se développer peu à peu, degré par degré, ressemblant encore jusqu'à un certain point à l'intelligence, sous ce rapport La construction du hamac peut se décomposer en neufof*» rations successives. Or, si l'on place une Chenille n'irai encore fait que trois de ces opérations, sur le hamac inachevé d'une autre Chenille qui a déjà fait six ou sept opérations, elle ne reprendra pa* le travail au point où celle* Ta laissé, mais elle reconstruira un hamac nouveau, à au contraire, on met une Chenille ayant fait six opérât*** sur un hamac moins avancé, elle continuera la construrttf de ce hamac, en repassant par les opérations qu'élit i déjà effectuées une fois. Ainsi donc, au fureta mesu*
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que son travail avance, chaque pas en amenant un autre dont la Chenille n'avait aucune idée auparavant, les opérations successives se fixent dans sa mémoire, et les souvenirs ainsi acquis peuvent être utilisés.
B. Intelligence. — Ces considérations me conduisent à vous parler do l'intelligence. Ainsi que vous le savez, un grand nombre d animaux sont doués d'intelligence. Nous en trouvons déjà des indices chez les animaux inférieurs, mais les manifestations intellectuelles deviennent évidentes chez certains Articulés et surtout chez les Vertébrés supérieurs.
Que de discussions a soulevées cette question de l'intelligence des botes ! Il y a des traités écrits sur ce sujet. Il y en a uu de Rorarius, nonce du pape Clément VII, qui tend à prouver que les animaux se servent de leur intelligence mieux que l'Homme. Sans doute cet écrivain a confondu l'intelligence avec l'instinct. Lactance et Arnobe accordent aux animaux toutes les facultés, excepté la religion ; cependant Pline comptait la religion au nombre des facultés de l'Éléphant. Au contraire, nous voyons les partisans et adeptes de Descartes refuser toute espèce d'intelligence aux animaux, et un cartésien, Régius, dit que les partisans de l'âme des bêtes ne peuvent pas se défendre d'ôtre eux-mômes des bétes et des athées. Voila un argument sans réplique ! Ne vous étonnez pas trop, du reste : on voit encore de nos jours des arguments de ce genre, — arguments misérables! — reparaître, plus ou moins déguisés, dans des discussions purement scientifiques.
Aujourd'hui, tous les naturalistes admettent que bon nombre d'animaux jouissent de facultés intellectuelles. En quoi consistent donc ces manifestations intellectuelles de l'activité cérébrale chez les animaux? Ils ont évidemment
de la mémoire. Ai-je besoin de vous citer des exemples ? Chaque jour nous en rend témoins; chaque jour nous voyons des Chevaux reconnaître le chemin qu'ils ont suivi la veille; on sait aussi qu'ils se vengent de mauvais traitements subis à une époque souvent assez éloignée. Et tous les animaux intelligentsque nous pouvons observer facilement, les Chiens, les Chats, parmi les Mammifères, beaucoup de Passereaux parmi les Oiseaux, ne sont-ils pas manifestement doués de mémoire? Môme chez les Invertébrés, n'y a-t-il pas encore, du moins chez quelques-uns d'entre eux, des indices non douteux de mémoire? Dire que les animaux ont de lamémoire, c'est dire qu'ils peuvent avoir des idées ; et les auteurs qui ne veulent pas qu'ils aient cette dernière faculté se perdent uniquement dans une question de mots. Il ne faut pas être un Homme de génie, un inventeur illustre, pour avoir des idées. À ce compte-là, combien compterions-nous d'Hommes s'élevant au-dessus de la brute? Nonseulement les animaux ont de la mémoire et des idées, mais encore ils peuvent comparer et juger; ils peuvent, jusqu'à un certain point, réfléchir et se décider à telle ou telle action après délibération. Qui pourrait refuser aux animaux la faculté de faire des raisonnements, ébauchés si l'on veut, mais non douteux. Voyez le Chien : il comprend, en voyant son maître s'apprêter à sortir, que le moment de la promenade est arrivé ; il va, il vient, il bondit impatiemment, et il pousse de joyeux aboiements. Le Chien de chasse en fait autant en voyant son mattre préparer son fusil, et, une fois en plaine, il s'arrêtera de préférence à l'endroit où déjà il a fait lever du gibier. Je ne préteuds pas que le Chien soit conduit à agir ainsi par un Syllogisme en forme ; mais il fait alors des raisonnements analogues à
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la plupart des nôtres. Chez les Singes, la ressemblance des raisonnements avec les nôtres est manifestement bien plus grande encore, surtout chez les Singes anthropomorphes. F. Cuvier a observé, dans la ménagerie du Muséum, un Orang-Outan, dont la sagacité émerveillait les visiteurs. Si on lui enlevait la chaise qui lui servait à ouvrir la porte de sa cage, il allait immédiatement en chercher une autre. Dans ses jours d'humeur, il secouait son arbre avec rage pour effrayer ceux qui en approchaient ; et, volontaire comme un enfant gâté, il se heurtait la tète sur les dalles de sa cage, lorsqu'on lui refusait ce qui avait excité sa convoitise.
Chez certains animaux on observe des rêves : ainsi le Perroquet, pendant son sommeil, prononce des mots entre* coupés; le Chien de chasse croit encore, en dormant, poursuivre du gibier et lance des éclats de voix nuancés suivant le gibier qu'il croit poursuivre. Rappelez-vous pour ce dernier fait les vers de Lucrèce :
Venantumque canes in molli sœpe quiète Jactant crura tamen subito, vocesque repente Mittunt et crebras redducunt naribus auras, Ut vestigia siteneant inventa ferarum.
Chez plusieurs sortes d'animaux, on trouve, à des degrès divers, la faculté d'imitation, faculté qui tient à la fois de l'instinct et de l'intelligence, et qui est si développée chez le Singe, parmi les Mammifères; chez le Perroquet, parmi les Oiseaux.
Enfin, puis-je oublier dans cette rapide esquisse les sentiments et les penchants dont bien des auteurs ont doué les animaux ? Je ne cherche même pas des exemples, car tous vous avez élé témoins de ces attachements singulière-
ment touchants que les animaux manifestent non- seulement pour leur maître, mais aussi parfois pour d'autres animaux. De plus, chez les animaux supérieurs, les divers individus d'une espèce diffèrent certainement les uns des autres par ces tendances cérébrales particulières qui constituent le caractère. Ces tendances se dégagent surtout et deviennent bien reconnaissables chez les animaux dômestiques.
Grâce à leur mémoire et à leurs autres facultés intellectuelles, les animaux sont susceptibles d'une certaine éducation. On peut ainsi les amener à accomplir divers actes qu'ils n'auraient jamais effectués d'eux-mêmes: on peut surtout développer certains de leurs instincts, et les modifier assez, pour les tourner au profit de l'Homme. Et, chose digne d'attention ! les perfectionnements ainsi obtenus dans une suite de générations finissent par devenir héréditaires, et par faire partie des qualités de la race. C'est ce qu'on voit bien nettement, par exemple, chez les Chiens de chasse. Il est certain, d'ailleurs, que cette hérédité des modifications de l'instinct et de l'intelligence n'est pas un privilège appartenant exclusivement aux animaux. Qui ne sait que des faits plus ou moins analogues, et dont quelques-uns sont bien plus remarquables encore, se retrouvent dans l'histoire psychologique de l'Homme? Que de sentiments, naturels aujourd'hui chez l'Homme civilisé, ne sont que des résultats d'une éducation continuée de générations en générations, pendant de longs siècles !
C. L'intelligence des animaux est-elle la même que celle de rHomme? — Ainsi, les animaux ont de 1* intelligence; mais cette intelligence des animaux est- elle la même que celle de l'Homme? Faut-il admettre avec Williset Buffoo.
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une intelligence corporelle ou matérielle, qui serait celle des animaux, et une intelligence tenant à l'esprit, qui serait celle de l'Homme?
Cette distinction a surgi delà répugnance que Ton éprouvait à rapporter à une même cause les facultés intellectuelles des animaux et celles de l'Homme. On peut s'étonner à bon droit que Buffon et d'autres auteurs n'aient trouvé aucune difficulté à faire dépendre de la matière les facultés intellectuelles des animaux, tandis qu'ils rattachaient celles de l'Homme à une toute autre cause. Assurément la difficulté est à peu près la même dans les deux cas: nous ne saisissons pas plus la cause première des phénomènes intellectuels des animaux que de ceux de l'Homme, et nous n'avons guère à en être surpris, car, ainsi que je vous l'ai déjà dit, cette incapacité de notre intelligence est la même relativement h la cause première de tous les autres phénomènes du monde vivant ou du monde inorganique. Que savons-nous de la cause première de l'activité de la moelle épinière,de celle de la neurilité, ou de lacontractilitéî Que savons-nous de la cause première de l'électricité, de la chaleur, des autres forces physiques, ou du phénomène initial qui , par ses transformations, donne naissance à toutes ces forces? Rien; pas plus pour les phénomènes physiques que pour les phénomènes organiques. Il faut nous résigner à cette ignorance.
Laissons donc de côté, comme impossible à connaître, la cause première des phénomènes intellectuels de l'Homme et des animaux, et attachons- nous seulement à la cause prochaine. Nous y voyons des manifestations de l'activité cérébrale dans un cas comme dans l'autre. Nous nous dégageons ainsi de préoccupations qui sont d'un tout autre
domaine et qui ne peuvent qu'égarer les recherches scientifiques, en y mêlant des passions pour le moins inutiles. Ces prémisses posées, nous admettons sans aucune restriction que les phénomènes intellectuels des animaux sont du même ordre que ceux de l'Homme.
Il est bien évident, du reste, qu'il n'y a pas identité absolue. L'intelligence des animaux diffère de celle de l'homme par le degré ; elle diffère sans doute aussi par des nuances spécifiques plus ou moins tranchées ; et ce degré de l'intelligence est. lié, ainsi que les nuances, à des différences organiques intimes, pour la plupart insaisissables. Mais il ne faut pas accepter sans contrôle toutes les différences que Ton a indiquées entre l'intelligence de l'Homme et celle des animaux les plus voisins de lui, les Singes. Ainsi on a dit que, chez les Singes, l'intelligence, très-développée dans la jeunesse, décroîtrait dans l'âge adulte ; et Ton a comparé le jeune Orang qui nous étonne par sa pénétration , sa ruse, son adresse, à l'adulte, qui n'est plus, dit-on, qu'un animal grossier, brutal, intraitable. Disons très-nettement qu'il n'y a rien là qui puisse fournir un trait distinctif. Ne voyons-nous pas le même fait se produire pour l'Homme? L'enfant est vif, gracieux, caressant, tandis que l'Homme mûr a le visage plus calme, moins mobile, moins ouvert. Et si un être ne comprenant rien à notre développement intellectuel, et ne pouvant pas, par conséquent, saisir la nature des différences qui existent entre l'Homme adulte et l'enfant, sous le rapport de l'intelligence, était chargé de les juger l'un et l'autre à ce point de vue, n'est-ce pas l'enfant qu'il mettrait au premier rang îEt ce* pendant combien serait grande son erreur? Eh bienl il en est de même de l'assertion qu'on a émise sur les Singes»
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Non, l'intelligence De diminue pas plus chez eux que dans l'espèce humaine, du jeune âge à l'âge adulte : au contraire, elle se perfectionne ; mais ses manifestations se modifient, parce que le caractère change.
C'est donc surtout, par le degré, que les facultés intellectuelles que nous avons reconnues chez ranimai, diffèrent de celles qui existent chez l'Homme, Mais ya-t-ildes facultés qui existent chez l'Homme et qui n'existent pas chez les animaux? Il en est une de ce genre sur laquelle tous les philosophes, Locke, Leibnitz, Buffon, s'accordent : c'est que les animaux n'ont pas le don de faire des abstractions, de se former des idées abstraites.
Mais ici encore il faut distinguer. Il y a des abstractions relatives aux objets matériels, ou plutôt aux sensations qu'ils produisent sur nous. Ce sont, par exemple, les abstractions par lesquelles nous nous formons des idées des arbres, des chiens, du rouge, du vert, de tel ou tel son, etc. En un mot, il y a des abstractions sensibles, c'est-à-dire formées à l'aide de propriétés sensibles. Eh (bien ! il me parait difficile de refuser ces idées abstraites, du moius en partie, aux animaux supérieurs, car c'est évidemment sur ces idées que s'exercent parfois leur mémoire, leur réflexion, leur raisonnement.
Quant aux idées générales abstraites, il me parait tout à fait douteux qu'ils les aient; qu'ils aient la moindre idée abstraite de l'infini, du temps, de l'espace, des dimensions, des nombres, des rapports, etc. Ce qui me confirme dans cette conviction qu'ils n'ont pas de ces idées abstraites, c'est que je ne suis pas sûr que l'Homme les ait lui-même. Nous sommes ici exposés à une illusion sur laquelle on a trop peu insisté. Les animaux, ou cki moins certains d'entre
eux, ont une sorte de langage q^' leur permet d'eutrer en communication les uns avec les autres, soit par des variations ou des modulations de la voix, soit par d'autres bruits particuliers, soit par des contacts nuancés. Relativement à ce dernier mode, nous ne connaissons rien de plus remarquable que le langage antennal des Fourmis décrit par Huber. Mais, en définitive, ces modes de langage sont bien différents de celui de l'Homme. L'Homme seul possède le vrai langage articulé ; lui seul peut faire des abstractions très-variées à l'aide de ce langage ; lui seul, je n'ai pas besoin de le dire, peut ainsi faire des abstractions métaphysiques. Mais de ce que, par des mots convenus, on a pu représenter ces abstractions, il ne faut pas déduire, comme une conclusion nécessaire, que l'Homme possède des idées métaphysiques abstraites. Il n'y a guère d'idées possibles que dans le cas où il y a possibilité d'une représentation intellectuelle plus ou moins nette. Or, peuton se représenter, d'une façon abstractive, le temps, l'espace, etc. ? Si je ne m'abuse pas, les préteudues idées générales n'existeraient donc pas en réalité, et elles ne devraient être considérées que comme des abstractions algébriques, pour ainsi dire.
Si cependant il était prouvé que nous avons des idées générales abstraites, on pourrait admettre que c'est là une différence entre les facultés intellectuelles de l'Homme et celles des animaux.
D'éminents physiologistes regardent comme une différence radicale entre l'Homme et les animaux, la faculté qu'a l'intelligence de l'Homme de se replier sur elle-même et de s'étudier elle-même. « Leé animaux, dit M. Flourens, n'ont » pas la réflexion, cette faculté suprême qu'a l'esprit de
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» l'Homme de se replier sur lui-même et d'étudier l'esprit... » 11 y a là une ligne de ïmarcation profonde. Cette pen- » sée qui se considère elle-même, cette intelligence qui se » voit et qui s'étudie, cette connaissance qui se connaît, for- » ment évidemment un ordre de phénomènes déterminés, » d'une nature tranchée, et auxquels nul animal ne sau-
» rait atteindre L'Homme est le seul de tous les êtres
» créés à qui ce pouvoir ail été donné de sentir qu'il sent, » de connaître qu'il connaît, de penser qu'il pense. » Willis avait déjà dit : « Insuper meus humana actione reflexa seipsam intuetur, se cogitare cogitât. » En laissant de côlé la forme métaphysique de cette allégation, il est clair que c'est là une différence entre l'Homme et les animaux, car bien certainement ces derniers ne se livrent pas à l'étude de la psychologie. Mais ce caractère n'appartient qu'à l'état le plus civilisé de l'Homme et ce n'est l'apanage que d'un petit nombre seulement d'individus, comparativement à la masse de ceux qui ne s'occupent point des processus intellectuels dont leur cerveau est le théâtre. C'est là un simple perfectionnement de l'intelligence ; ce n'est pas un caractère fondamental.
Comme caractère distinctif, on cite également la faculté d'invention qui existerait chez l'Homme et qui n'existerait pas chez les animaux. Il est clair encore ici, que les animaux sont aussi loin que possible de l'Homme sous ce rapport. Cependant on peut se demander s'ils n'ont pas quelques rudiments de cette faculté d'invention qu'on leur refuse.
Les animaux ont-ils la liberté? Cette question est des plus difficiles à résoudre. Toutefois, on peut, avec F. Cuvier, reconnaître une certaine liberté chez les animaux les plus
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intelligents; et, d'autre part, l'on peut ajouter que l'Homme n'est peut-être pas aussi libre qu'il voudrait bien se le persuader.
Enfin, les animaux ont-ils ou peuvent-ils avoir le sentiment du bien et du mal? Question grave qui exigerait d'abord l'étude de ce sentiment chez l'Homme luimême : il faudrait examiner ses conditions d'existence chez l'Homme, et vous comprenez que je ne puis pas traiter cette question incidemment.
En résumé, on trouve chez les animaux, envisagés en général, la plupart des facultés intellectuelles de l'Homme, mais à un degré bien inférieur à celui qu'elles présentent chez l'Homme. Ainsi, tandis que les instincts sont les principaux mobiles d'action chez les animaux, c'est chez l'Homme, l'intelligence qui est le principe ordinaire d'action; et les instincts qui le dirigent encore, il les anoblit souvent et les transfigure parfois, pour ainsi dire, par son intelligence. Pour ne citer qu'un exemple, qu'est-ce que l'amour platonique, sinon une déviation intellectuelle de l'instinct de la propagation?
L'Homme, grâce à la perfectibilité extrême dont il jouit comme individu et comme espèce, est arrivé à un tel niveau de développement intellectuel, que la distance énorme qui existe originellement entre lui et l'animal le plus intelligent, est devenue incommensurable. C'est à ce développement prodigieux qu'il doit son industrie merveilleuse, ses arts, ses sciences; c'est ce qui fait de lui un être non pas hors cadre, mais tout à fait hors ligne dans la série des êtres vivants.