VULPIAN. — PHYS. DD SYST. NERV
s PHYSIOLOGIE DU SYSTÈME NERVEUX.
naturaliste, auquel revenait de droit cette suppléance, et que sa vive amitié pour moi a poussé à s'effacer pour me laisser asseoir à cette place qu'il eût pourtant si bien tenue.
L'objet du cours de cette année est la physiologie comparée du système nerveux. Or, avant tout, il nous faut bien déterminer quelles sont les parties du corps des animaux que Ton réunit sous le nom de système nerveux, et quelles sont, d'une façon très-générale, les attributs physiologiques et les fonctions de ce système.
Lorsqu'on étudie les êtres placés dans les rangs inférieurs du règne animal, on voit que les plus simples d'entre eux ne consistent qu'en une masse limitée d'une substance homogène, ne contenant aucun élément anatomique figuré. Toutes les fonctions s'exécutent chez eux au moyen de cette substance homogène, uniforme, de ce sarcode^ pour employer le nom que lui a donné Dujardin. Ces animaux se nourrissent sans tube digestif, respirent sans organes respiratoires, ont une sorte de circulation sans organes circulatoires, se meuvent et sentent sans système nerveux, sans muscles et sans organes des sens. Parmi ces Protozoaires, il en est cependant quelques-uns chez lesquels commencent à se dessiner, sous la forme la plus rudimentaire, des organes particuliers, soit pour la locomotion, soit pour la circulation. Mais ce n'est là qu'une ébauche de ce qu'on trouve en gravissant quelques degrés de l'échelle animale. Bientôt on rencontre des animaux dont le corps est entièrement composé par des éléments anatomiques distincts. Ici apparaissent des cellules accolées les unes aux autres; ce n'est plus une matière amorphe.
LBÇOK d'oUYBRTURE. â
n est yrai que ces animaux sont encore composés par des cellules à peu près semblables, et destinées presque toutes au même usage. Tels sont les Polypes d'eau douce célèbres par les expériences de Trembley.
On sait, en effet, que la cavité digestive chez les Hydres est constituée par un simple enfoncement de la substance du corps, communiquant à l'exlérieur par une seule ouverture qui sert à la fois de bouche et d'anus. Trembley, en renversant ces polypes comme un doigt de gant, en substituant la paroi extérieure à la paroi digestive, a vu la vie persister et les phénomènes digestifs s'accomplir par cette paroi extérieure devenue intérieure. Bien plus, Trembley mutilait ces animaux, les segmentait en tous sens, et chacun des segments, loin de périr, se développait et reproduisait un animal complet. Vous le voyez, les fonctions sont encore diffuses chez ces animaux ; toutes les cellules ont la même structure, les mêmes aptitudes physiologiques, et elles peuvent ainsi se suppléer les unes les autres.
Faisons quelques pas encore, et, parmi les éléments anatomiques qui constituent Tanimal, nous en distinguons qui ont des formes particuhëres et des destinations fonctionnelles spéciales. La division du travail physiologique, celte grande loi de perfectionnement mise en évidence par M. Milne Edwards, commence à s'effectuer. Certains éléments vont s'unir sous des formes déterminées pour constituer des appareils de digestion, de circulation et de respiration. D'autres éléments de forme, de structure, de composition chimique distinctes, seront chargées de la motilité : ce seront les éléments musculaires formant les muscles. D'autres éléments, enfin, non moins distincts par
h PHYSIOLOGIE DU SYSTÈME NERVEUX.
leurs divers caractères, le seront tout autant par leurs fonctions : ce seront les éléments nerveux. Des cellules particulières, une matière granuleuse spéciale, et des fibres différentes de tous les autres éléments anatomiques se grouperont en offrant une disposition qui leur est propre, et le système nerveux sera constitué.
Or, le système nerveux, dès qu'il apparaît, va jouer le plus grand rôle, non-seulement dans les fonctions de la vie animale, mais encore dans celles de la vie organique. Vous savez que depuis Bichat, qui a emprunté l'idée et les éléments principaux de cette distinction à Buffon^ on appelle vie animale l'ensemble des fonctions qui appartiennent exclusivement aux animaux, et vie organique l'ensemble des fonctions qui, avec des modifications variées, souvent profondes, appartiennent également aux animaux et aux végétaux.
Nous adopterons cette distinction, qui offre de grands avantages pour l'exposition des faits, mais qui ne doit pas être acceptée comme Texpression absolument exacte de la vérité, puisque les fonctions dites animales peuvent exister, à un degré évidemment très-inférieur, chez les végétaux, et qu'on les voit d'autre part s'effacer peu à peu chez certains animaux inférieurs, au point qu'elles semblent même disparaître chez quelques-uns d'entre eux. Mais laissons de côté pour le moment ces difficultés, et contentons-nous pour le moment de ce groupement systématique des fonctions que nous venons d'indiquer.
Quelles sont les fonctions animales? La sensibilité, la motilité, l'instinct et Tintelligence. L'animal entretient, pour ainsi dire, un commerce continuel avec le monde exlérieurj en reçoit des impressions et réagit. Tantôt ces
LEÇON d'ouverture. 5
impressions déterminent un phénomène de sensibilité, une sensation, à l'occasion de laquelle l'animal exécutera des mouvements variés, souvent adaptés à un but, et il y aura phénomène seusitivo-moteur et automatique, sans délibération préalable. Tantôt les impressions venues du monde extérieur ne produiront pas de sensations, et cependant il y aura encore une réaction constituée par de& mouvements en général peu compliqués relativement, mais qui parfois présentent aussi une adaptation bien déterminée à un but; il se produira là ce que l'on désigne sous le nom d'action réflexe.
Dans les conditions dont je viens de parler, il y a véri* tablement relation entre le monde extérieur et l'animal. Le monde extérieur fournit les excitations, et l'animal réagit; mais voici un autre ordre de phénomènes dans lequel le rôle du monde extérieur, comme agent excitateur, n'est plus aussi direct. On voit chez les animaux se manifester des mouvements qui ne paraissent déterminés par aucune provocation extérieure. L'excitation natt ici dans l'animal lui-même: une sorte de tendance impérieuse le pousse à exécuter divers actes souvent très-compliqués et qui sont en rapport avec la conservation de l'individu ou de l'espèce. Ce sont les phénomènes de l'instinct dont je veux parler, vous le comprenez bien.
Enfin, au lieu de sensations brutes pour ainsi dire, l'animal aura des perceptions, et à Toccasion de perceptions actuelles ou de perceptions anciennes exhumées par la mémoire et fixées par l'attention, il pourra se livrera une sorte de délibération, à des jugements suivis d'ordinaire d'une décision ; et alors des mouvements pleinement volontaires pourront se produire. Ce sont là les phénomènes
de Tintelligence qui se montreDt à l'état d'ébauche chez les Invertébrés, et offrent déjà une importance beaucoup plus grande chez un grand nombre de Vertébrés. Chez les Mammifères supérieui*s, ces phénomènes se manifestent d'une façon remarquable, se compliquent chez quelques-uns d'entre eux de phénomènes aflFectife, et ils prennent chez l'Homme un développement tellement considérable, un caractère tellement élevé, que des naturalistes ont pu être entraînés à voir là des raisons suffisantes pour faire de l'Homme un règne à part : le règne Hominal. Singulière illusion scientifique! Pour moi, c'est le dernier terme de l'admiration de l'homme par l'homme.
Chez tous les animaux doués d'un système nerveux, c'est lui qui préside à tous ces phénomènes de la vie animale^ depuis la plus simple action réflexe jusqu'aux opérations les plus complexes de l'intelligence ; ou plutôt tous ces phénomènes d'innervation ne sont que les produits et tes manifestations de l'activité des diverses parties de ce système. Tel est le tableau rapide que j'avais à vous présenter sur les fonctions de la vie animale.
Le système nerveux, vous ai -je dit, prend encore une grande part aux fonctions de la vie organique chez les animaux. En effet, chez eux, et ils sont en cela pour la plupart bien différents des végétaux, les fonctions organiques ne s'exécutent qu'à la condition de certains mouvements plus ou moins étendus, plus ou moins énergiques des organes où saccompUt la fonction, mouvements dont le plus grand nombre échappent complètement à la connaissance de l'animal. Ainsi la fonction préparatoire de la nutrition , c'est-à-dire la digestion, fonction qui n'existe du reste que chez les animaux, exige pour s'accomplir un
LEgON D^OUTBRTURE. 7
oertaÎD nombre de mouvements dont quelques-uns sont wlontaires, ou sont au moins provoqués par l'instinct, mais dont le plus grand nombre sont le résultat d'actions excito-motrices, sont en un mot des mouvements réflexes. Ainsi encore la circulation a lieu le plus ordinairement sous l'influence d'un organe de propulsion, et est souvent gouvernée dans les régions éloignées de cet organe par la mise en jeu de la contractilité des parois des vaisseaux. Citons enfin, comme dernier exemple, les mouvements respiratoires soumis en partie au contrôle de l'animal et les mouvements purement réflexes des canaux des glandes. Or, ai- je besoin de vous le dire? tous ces mouvements impliquent r intervention du système nerveux.
Quelle est donc, envisagée d'un point de vue général, la disposition de ce système qui joue un si grand rôle dans la vie des animaux?
Le système nerveux se compose de deux ordres d'organes : des organes centraux et des organes périphériques. I^ organes centraux, ainsi nommés parce que ce sont des centres de réception et de réaction, se présentent soit sous la forme de petits renflements, dont nous étudierons la structure plus tard, et que Ton nomme ganglions nerveux, soit sous la forme d'une masse plus ou moins considérable constituée de parties distinctes mais continues, c'est Vaœe cérébro-spinal des Vertébrés que l'on peut appeler le myéleneéphale. C'est vers ces centres que vont se rendre les excitations produites dans un point quelconque delà périphérie, et c'est de ces centres que partent les réactions motrices pmvoquées par ces excitations. C'est aussi \k le point de départ des manifestations instinctives et intellectuelles.
La transmission des réactions se fait par les organes conducteurs, par les nerfs. On les distingue, suivant le sens de la transmission qu'ils opèrent, en nerfs centripètes ou afférents et en nerfs centrifuges ou efiFérenls. Des nerfs centripètes, les uns sont appelés surtout seositifs, parce que la mise en jeu de leur activité détermine des sensations dans Télat ordinaire; ce sont surtout les nerfs de Tenveloppe cutanée, ceux des organes des sens, des membranes muqueuses. Les autres sont appelés nerfs excito-moteurs, parce que leur excitation provoque des mouvements sans qu'il se manifeste habituellement aucun phénomène intermédiaire de sensibilité.
Quant aux nerfs centrifuges ou efférents, ils se rendent presque tous aux muscles, soit de la vie animale, muscles des membres entre autres, soit aux muscles de la vie organique, cœur, vaisseaux, glandes, etc. A cette classe on doit cependant joindre des nerfs qui, bien qu'ayant la même direction d'action, ne sont pas moteurs, comme ceux de l'appareil électrique de la Torpille. On pourrait aussi se demander si certains nerfs centrifuges, ceux des glandes, par exemple, n'ont pas une action sur d'autres éléments que les vaisseaux et les nerfs de ces glandes, à savoir, sur les éléments anatomiques de ces glandes, et, par suite, sur les actions intimes de sécrétion ; mais je ne fais que poser cette question sans chercher à la discuter dans ce moment.
En résumé, le système nerveux est constitué par des parties centrales, myélencéphale et ganglions^ et par des parties conductrices, les nerfs.
Je dois vous dire encore un mut d'une distinction que l'on
LEÇON d'ouverture. 9
a établie entre les parties centrales, suivant qu'elles sont destinées d'une façon spéciale aux fonctions de la vie de relation ou qu'elles concourent plus particulièrement aux fonctions de la vie organique. Les premières avec leurs nerfs afférents et efférents constituent le système nerveux de la vie animale, les dernières également avec leurs nerfs afférents et efférents constituent le système du grand sym^ pathique.
Or, on trouve ces deux systèmes, non -seulement chez les Vertébrés, mais aussi chez les Invertébrés, comme nous le verrons plus tard. Chez ceux-ci, les parties centrales des deux systèmes sont constituées paiement par des ganglions, tandis que, chez les animaux Vertébrés, les parties centrales du grand sympathique sont seules composées exclusivement de ganglions ; les centres nerveux de la vie animale sont, chez eux, formés surtout par cette masse nerveuse considérable que nous avons nommée le myélencéphale. Cette différence est d'ailleurs plus apparente que réelle ; car, avec la plupart des anatomistes et des physiologistes, nous serons conduits à considérer l'axe cérébro-spinal des Vertébrés comme le résultat de la fusion de ganglions qui corresponddent à ceux de la chaîne ganglionnaire des Articulés ou Entomozoaires.
Telles sont, envisagées d'un point de vue général, les fonctions et la disposition du système nerveux dans le règne animal. Ces notions préliminaires étaient tout à fait indispensables pour justifier le plan que je désire suivre.
Le cours se composera de deux parties: l'une, consacrée à l'étude de la physiologie générale du système nerveux ;
10 PHTSI0L06IB DU STSTÈME NERVEUX.
Tautre, dans laquelle nous nous occuperons de la physiologie comparée de 6e système.
Nous commencerons la première partie par l'examen d'une question importante de physiologie générale, et qui nous servira d'introduction. Je vous ai dit que, dès que le système nerveux apparaît chez les animaux, à l'instant les fonctions animales, le mouvement, la sensibilité, rinstinct, se concentrent plus ou moins complètement dans ce système. Mais dans les bas-fonds du règne animal se trouvent un assez grand nombre d'espèces dénuées de tout indice de système nerveux. Beaucoup de Zoophytes, la plupart des Infusoires^ et les animaux qui ont été réunis avec eux sous le nom de Protozoaires, nous présentent cette disposition. Comment comprendre l'existence de fonctions semblables à celles de l'innervation sans système nerveux? D'autre part, dans un certain nombre de végétaux se manifestent des phénomènes très-apparents de mouvement et d'excitabilité. En quoi ces phénomènes ressemblent-ils au mouvement et à la sensibilité chez les animaux? En quoi en diflFèrent-ils? Telles soni les questions préliminaires que nous examinerons tout d'abord.
Puis nous passerons à l'étude des propriétés et des fonctions du système nerveux. Nous nous occuperons en premier lieu des nerfs, et cette étude nous fournira immédiatement l'occasion de faire ressortir, par un exemple, la différence, peu comprise généralement, qui existe entre les propriétés et les fonctions des diverses parties du système nerveux. Un grand nombre de physiologistes admettent que les nerfs moteurs et les nerfs sensitifs diffèrent les uns des autres, non-seulement par leurs fonctions, ce qui est incontestable, mais encore par leurs propriétés:
LEÇON d'ouverture. 11
ils entcDdent ainsi que les éléments anatomiques de ces nerfs, les Bbres nerveuses, ont quelque chose de spécial dans leur constitution et leurs aptitudes fonctionnelles, et que, conséqueminent, les unes ne peuvent servir qu'à la transniission des excitations sensilives, les autres qu'à la transmission des excitations motrices. Certains physiologistes poussent même les choses plus loin encore et admettent d'autres ordres de nerfs : les nerfs excito-moteurs et les nerfs vaso-moteurs. Dans cette voie, pourquoi s'arrêter? pourquoi ne pas faire des nerfs spéciaux pour toutes les sortes d'organes animés par des nerfs, le canal digestif, l'appareil respiratoire, etc. î
Nous verrons ce qu'il faut croire à cet égard ; je vous rapporterai les faits invoqués par les partisans de cette manière de voir, je vous montrerai les expériences qui semblent en leur faveur ; d'autre part, je vous exposerai les objections qui peuvent leur être présentées, et je mettrai sous vos yeux les faits expérimentaux qui conduisent à une doctrine opposée. J'espère vous convaincre que tous les éléments anatùmiques des nerfs sensitifs^ moteurs, vasthmoleurs et autres ont les mêmes propriétés et ne sont distincts pie par leurs fonctions. Cette question est de la plus haute importance pour la physiologie générale. C'est celle qui domine toute la physiologie des fibres nerveuses.
Je vous ai dit que je désire mettre des expériences sous vos yeux. C'est qu'en effet je me propose de faire des expériences devant vous toutes les fois que le sujet l'exigera. le sais que bien des gens ne comprennent pas la nécessité des expériences et poursuivent de qualifications injustes ceux qui les instituent.
Oui, je dis que ce sont là des appréciations injustes et
qui dérivent d'un défaut de réflexion. Ce qu'il faut psoscrire et stigmatiser, ce sont les cruautés inutiles; mais nous pouvons le dire hardiment, elles ne sont pa3 commises dans le domaine de la physiologie. Ce qu'il faut au contraire, je ne dirai pas tolérer, mais encourager, ce senties expériences à Taide desquelles le physiologiste, sous sa responsabilité morale, interroge la nature vivante pour la contraindre à livrer ses secrets. C'est ainsi que se sont faits tous les grands progrès en physiologie. Ce que nous savons de plus précis et de plus utile sur la nutrition, sur la circulation, sur la respiration, sur l'innervation, sur la contractilité musculaire, en un mot sur la plupart des notions qui constituent la physiologie, nous le devons à rexpérimentatiou.
La question dont je vous ai parlé ne sera pas la seule qui nous occupera dans la première partie de ce cours. Relativement à la pbysiolc^ie générale des nerfs, nous nous étendrons quelque peu sur l'influence des centres nerveux et celle de la circulatioû sur la nutrition et sur les propriétés des nerfs, ce qui nous amènera à vous montrer en dernière analyse que Y excitabilité particulière des nerfs^ ou plutôt la neurilité:^ n^est pas une émanation des centres nerveux, mais que c'est leur véritable propriété physiologique^ comme la contractilité est la propriété phy^ siologique des muscles.
Après la physiologie générale des nerfs, nous étudierons celle des centres nerveux. Nous verrons d'abord avec quelques détails la physiologie de la moelle épinière, physiologie déjà étudiée avec une rare sagacité par Galien. Nous verrons que la moelle n'est pas seulement, comme le croyait ce physiologiste, et comme on l'a répété depuis lui pendant un grand nombre de siècles, un gros nerf rassemblant tous
LEÇON d'ouverture. iâ
les nerfs du corps pour les conduire à l'encéphale; mais • qu'elle est en même temps un véritable centre nerveux doué de fonctions très-remarquables. Nous constaterons qu'elle est en effet préposée à la dispersion des irritations, fonction dévoilée par M. Flourens;et que, de plus, comme Pont démontré les travaux de R. Whytt, deProchaska, de Legallois, de M. Flourens, de Marshall Hall, deMiîUer, elle est le grand centre des actions rétiexes. Je vous exposerai aussi les travaux modernes et entre autres, ceux de H. Brown-Séquard sur la direction suivant laquelle se font, dans la moelle, la transmission des excitations sensi^ tives et celle des excitations motrices.
Nous aborderons ensuite Tétude des fonctions de Tencé-phale. Ce sont les fonctions les plus élevées du système nerveux et, par suite, de toute Torganisation animale. C'est M. Flourens qui a fait connaître presque tout ce qu'on sait de précis et de certain sur ces fonctions. Avant lui, on peut le dire, la physiologie de l'encéphale ne présentait qu'un chaos bizarre d'opinions contradictoires et inexactes. Les notions que Ton professait n'étaient fondées que sur de simples vues de l'esprit ou sur des expériences mal faites. M. Flourens, en créant une méthode de recherches toute différente de celle des expérimentateurs qui l'avaient précédé, est arrivé à démêler ce chaos. Il a montré que les facultés intellectuelles et instinctives ont pour siège exclusif le cerveau proprement dit (lobes ou hémisphères cérébraux). D'autre part, il a prouvé que les tubercules quadrijumeaux (ou bijumeaux lorsqu'il s'agit des oiseaux) sont les centres sensilifs des organes de la vision, et que ces centres sont bien différents des centres de perception : il a ainsi, comme du reste pour
ik PHYSIOLOGIE DU STSTÈME NERVEUX.
toutes les autres sensations, établi sur des bases inébranlables la distinction si importante, tant au point de vue physiologique qu'au point de vue pbilosophiquei qui existe entre la sensation proprement dite et la perception . D'après les travaux de M. Flourens le cervelet possède des fonctions spéciale^s, fonctions tout à fait ignorées jusqu'à lui, fonctions à Taide desquelles les animaux équilibrent leurs mouvements, et sans lesquelles la station et la locomotion sont tout à fait impossibles. Enfin^ c'est encore M. Flourens qui a remplacées indications vagues de Légallois par des données précises sur le siège du premier mobile du mécanisme respiratoire, et il a fait voir les rapports de ce point des centres nerveux avec la vie totale, rapports tels qu'une lésion de ce point détermine la mort subite: d'où le nom de nœud vital qui lui a été imposé par M. Flourens.
Pour terminer l'étude générale des propriétés et des fonctions du système nerveux, il me restera à faire l'histoire du grand sympathique, nommé encore système gan^ glionnaire: deux noms impropres, puisque l'un porterait à penser que c'est le système exclusif des sympathies, ce qui serait une erreur physiologique, et que l'autre laisserait croire que les ganglions appartiennent d'une façon exclusive à ce sysV^me, ce qui serait une erreur anatomique. Mais la réforme de ces noms serait hors de propos, puisque tout le monde les entend de la même manière. Nous nous demanderons ce que c'est que ce système, si l'on doit le regarder comme une simple dépendance du système nerveux cérébro-spinal, comme le pensaient les anciens, comme le pensaient encore récemment bien des auatomistes et des physiologistes de notre temps ; ou bien si l'on
LEÇON d'ouverture. 15
doit lui accorder une existence distincte, indépendante jusqu'à un certain point, comme le pensaient Winslow et Bichat. Nous verrons que Teicactitude de cette dernière manière de voir est démontrée par les expériences récentes de H. CL Bernard.
L'étude des fonctions du grand sympathique m'amènera à vous parler de l'influence du système nerveux sur la nutrition, sur les sécrétions, sur la calorification et sur les mouvements rhythmiques. Je terminerai cette première partie du cours en vous parlant du développement du système nerveux, et de l'influence de ce système sur le développement des autres parties du corps.
Dans la seconde partie du cours, j'aborderai la physio* logie comparée du système nerveux. Connaissant à ce moment l'organisation, les propriétés et les fonctions du système nerveux en général, nous pourrons chercher les variations que subit ce système au point de vue anatomique et physioic^ique dans la série animale. Malheureusement dans les embranchements inférieurs, Zoophytes et Mollusques, ce système nerveux n'a été soumis qu'à un petit nombre d'expériences, et nous serons obligés en grande partie de nous en tenir à des inductions fondées sur l'anatomie descriptive et histologique.
Le système nerveux des Articulés a été l'objet de nombreuses investigations anatomiques. Tout le monde connaît les travaux de Swauimerdam, de Lyonnet, de Newport, de MM. Milne Edwards, de Quatrefages, Blanchard, Leydig, Clarke, Faivre et tant d'autres, sur ce sujet. De plus, le système nerveux de ces animaux a été soumis à 1 expérimentation par plusieurs physiologistes et dans ces
dernières années par M. Yersin, et surtout par M. Faivre. Enfin on sait cqmbien d'observateurs sagaces, depuis Réaumur, se sont livrés à Pétude des instincts de ces animaux.
Nous passerons en revue ces divers travaux, puis nous aborderons l'étude physiologique du système nerveux des Vertébrés. Les expériences diverses que je ferai devant vous, vous montreront, dans chacune des classes des Vertébrés, les phénomènes principaux dont je vous aurai entretenu dans la partie du cours consacrée à la physiologie générale; et, au nombre de ces expériences, les plus intéressantes sans contredit sont celles qui sont dues à M. Flourens et qui montrent le caractère de généralité des résultats de ses recherches sur l'encéphale.
Arrivés là, nous aurons à jeter un coup d'œil rétrospectif sur la route que nous aurons parcourue et à établir un résumé des études que nous aurons faites. C'est dans ce résumé que nous pourrons établir avec fruit un parallèle entre les principaux groupes des animaux sous le rapport de la structure, des propriétés et des fonctions du système nerveux.
Nous aurons certes trouvé de grandes différences entre le système nerveux des Zoophytes, celui des Mollusques, celui des Articulés et celui des Vertébrés. Et cependant nous verrons que si la forme et la disposition du système nerveux varient, il y a une analogie bien remarquable sous le rapport de la structure intime, des propriétés et même des fonctions. Mais il n'y a qu'une analogie, et c'est sans doute parce que les éléments analogues présentent certaines modifications qui, pour paraître parfois peu prononcées, n'en sont pas moins probablement considérables au fond,
LEÇON d'ouverture. 17
c'est, dis-je, sans doule pour cela que les fonctions du système nerveux varient soit d'un embranchement à un autre, soit chez le môme animal, lorsque l'on compare telle partie de son système nerveux à telle autre. Ajoutez à cela que la variation du nombre des éléments, de leurs relations réciproques, et d'autres influences encore plus ou moins appréciables peuvent modifier profondément les phénomènes résultant de leur conflit, et, par suite, leurs fonctions.
Enfin, en terminant ce cours, j'aborderai le problème des forces du système nerveux, et je prendrai là encore pour guides les divers ouvrages que M. Flourens a publiés dans ces dernières années, ouvrages par lesquels il a jeté tant de lumière sur cette question. De même que pour tous les autres points de nos études, nous traiterons ce sujet autant que possible l'expérience à la main, et nous n'introduirons dans nos discussions scientifiques aucun argument qui ne soit fourni par la science même, car je suis persuadé que c'est ainsi seulement, c'est-à-dire en se dégageant de toute préoccupation étrangère, que Ion peut s avancer sûrement à la découverte de la vérité.
Telle est la marche que je me propose de suivre daus ce cours. Vous le voyez: le champ que nous devons parcourir est assez vaste; et cependant, combien ne serai-je pas loin d'avoir été complet? Je ne vous aurai rien dit, ou presque rien, de la physiologie particulière des nerfs; tout au plus serai-je conduit à vous parler de quelques-uns d'entre eux, du nerf pneumogastrique par exemple. Je laisserai tout à fait de côté les organes des sens, dont l'étude se lie pourtant d'une façon intime à celle du système nerveux. Et, même sur les divers points