SYSTÈME NERVEUX DBS POISSONS
scrite par uoe enveloppe propre. Les flbres nerveuses sont contiguës les unes aux autres, ou plutôt elles ne laissent entre elles que de bien Taibles intervalles remplis par des éléments conjonctifs fibrillaires. Ces derniers éléments émanent de la pie-mère spinale et s'étendent jusqu'à l'amas central de tissu conjonctif, en s'insinuant entre les fibres nerveuses dans tous les sens: ils sont peut-être plus rares encore relativement que les éléments analogues de la moelle des Mammifères.
On trouve enfin dans toute retendue des coupes de nombreux vaisseaux, pour la plupart capillaires.
Je n'ai pas étudié par moi-même la moelle épinière des Sturioniens. Mais la figure que M. Owsjannikow a donnée d'unecoupe transversale de la moelle de l'Esturgeon, montre que cette moelle ne ressemble entièrement ni à celle des Poissons osseuXy ni à celle des Sélaciens. Toutefois, elle me paraît offrir une analogie plus grande avec celle de ces derniers qu'avec celle des premiers. Chez l'Esturgeon, les cellules sont situées, comme chez les Sélaciens, dans deux amas bien délimités de substance grise, situés chacun dans une des moitiés latérales de la moelle, et reliés Tun à l'autre par un prolongement qui gagne, par un trajet un peu courbe, le voisinage du canal central, se confondant là avec le tissu conjonctif qui entoure ce canal. Il faut bien dire pourtant que par leur petit nombre et par leurs formes les cellules nerveuses de la moelle de l'Esturgeon se rapprocheraient plutôt de celles des Poissons osseux que de celles des Sélaciens. Par la structure de leur moelle épinière, les Sturioniens seraient donc, comme ils le sont par la disposition de leur encéphale, intermédiaires à ces deux groupes de Poissons.
806 PHT8I0L00IE DU STSTAMB NERVEUX.
M. Owsjannikow a tracé une description tellement nette de la structure de la moelle épinière de la Lamproie, que je ne puis guère que résumer en quelques mots les résultats de ses recherches, en vous disant que mes propres études les confirment sur presque tous les points.
M. Owsjannikow a examiné d*abord des tranches minces de la moelle, faites parallèlement aux faces de Torgane, et il a représenté une partie d'une de ces tranches» prise au milieu de l'épaisseur de la moelle. On y voit, à partir du bord interne de la tranche, au voisinage du canal central, d'abord de très laides fibres, les fibres de Millier, séparées par du tissu conjonctif, et entre lesquelles od aperçoit par transparence des cellules assez grandes, arrondies, munies d'un noyau et d'un nucléole, et pourvues au moins de deux prolongements, Tun dirigé vers l'extrémité céphalique, Tautre vers l'extrémité caudale, et allant, d'après M. Owsjannikow former les fibres de Millier. Plus en dehors se voit un amas allongé de cellules nerveuses très-nombreuses, allongées transversalement, entourées d'un tissu conjonctif pourvu de nombreux corpuscules plasmatiques. Ces cellules auraient chacune quatre pôles, quelquefois cinq. Deux iraient, l'un dans la racine antérieure, un autre vers la racine postérieure, un troisième se porterait vers le cerveau, un quatrième se dirigerait de dehors en dedans, traverserait le milieu de la moelle et servirait de commissure entre deuxcellules situées Tune dans la moitié droite, l'autre dans la moitié gauche. Un cinquième enfin, qui n'existerait pas toujours, unirait peut-être les cellules de l'amas latéral aux grosses cellules dont nous avons parlé tout d'abord. En dehors des cellules nerveuses de Tamas latéral (représentant la substance grise des
STSTÂMB NBEYBUX DBS POISSONS. 807
Mammifères), se voient des fibres nerveuses beaucoup plus petites que les fibres de Millier. 11 y a enfin des vaisseaux. Avant d'aller plus loin je dois dire qu'il y a lieu de modifier quelques traits de cette description. Je n'ai pas examiné, comme M. Owsjannikow, des tranches minces pratiquées parallèlement aux faces de la moelle ; mais je suis parvenu à rendre le tissu de la moelle assez transparent pour que Tétude des cellules puisse se faire sur la moelle intacte. Il suffit, pour obtenir ce résultat, de prendre un petit segment d'une moelle ayant macéré dans Talcool, de rimbiber de solution alcoolique de fuchsine, puis, lorsque Ton juge que la matière colorante a pénétré partout, de placer sur le segment ainsi traité quelques gouttes de glycérine. Au bout de quelques heures, la transparence est devenue assez grande pour permettre de distinguer les principaux détails de la structure de la moelle (i). On voit alors très-bien les différentes particularités que je viens d'indiquer ; mais on aperçoit de plus d'autres cellules dont M. Owsjannikov^ n'a pas fait mention. Ces cellules sont placées dans le voisinage des bords latéraux de la moelle, plusieurs même sont presque au contact de ces bords. Elles sont plus petites que les cellules des masses latérales et que celles qui sont disséminées à une petite distance en dehors
(4) Ce procédé de préparation ne donne aucun résultat satisfaisant pour la moelle des Poissons osseux et des Sélaciens, après macération dans la solution aqueuse d'acide chromique. Un des meilleurs modes de préparation dans ce cas^ consiste à imbiber les tranches minces de solution alcoolique de fuchsine, i les laisser dessécher, puis à les couvrir de quelques gouttes d'essence de térébenthine vieillie. Ce mode de préparation, qui est très-bon aussi lorsqu'il s'agit de la moelle épinière des Mammifères, durcie par Tiicide chromique, ne peut point servir pour la moelle de la Lamproie, après macération dans l'alcool.
808 PHYSIOLOGIE nu SYSTÈME NERVEUX.
du canal médian (1). Quelques-unes d'entre elles sont triangulaires, d'autres sont fusiformes, très-allongées, bipolaires ou multipolaires, et sont placées obliquement ou transversalement, un des prolongements terminaux se dirigeant veis le centre, et les autres vers le bord latéral. Quand ou comprime un peu, on peut voir même parfois ces derniers prolongements faire saillie hors de ce bord. Ces cellules sont munies d'un noyau contenant un nucléole, et les diverses parties constituantes de la cellule se teignent, sous rinfluence de la fuchsine , comme les parties correspondantes des autres cellules (noyau plus faiblement teint que la cellule ; nucléole plus fortement coloré que la cellule) (2).
D'autre part, sur ces préparations, j'ai pu suivre les prolongements internes des cellules des masses latérales jusqu'auprès de la ligne médiane, vers laquelle ils se rendent par un trajet transversal ou oblique d'arrière en avant; mais je ne les ai vus la traverser que tout à fait exceptionnellement: le plus souvent, arrivés à une faible distance de la ligne médiane, ils se courbent d'arrière en avant après s'être divisés, et on les perd bientôt de vue au milieu des fibres qui ont la même direction.
Enfin j'ai vu que beaucoup de cellules des masses latérales ont plus de quatre prolongements. C'est, du reste, une
(4 ) Les cellules des masses latérales ODt O"'',^ 2de longueur sur O"",0i de largeur. Leur noyau, qui est un peu elliptique, a O'^'yOd dans soo grand axe; le nucléole est arrondi el a 0"'"',005 à 0"*"',007 de diamètre.
Les cellules arrondies, voisines du milieu, ont 0'"'",06 de diamètre; leur noyau et leur nucléole ont à peu près les dimensions de ceux des cellules précédentes.
(2) M. Reissner, qui a fait aussi des recherches sur la structure de la moelle épinière de la Lamproie, ne paraît pas non plus avoir signalé nettement Texistence de ces cellules.
remarque que j'ai pu faire aussi en examinaut soit des tranches longitudinales, coupées perpendiculairement aux surfaces de la moelle, soit des coupes transversales.
Sur les coupes longitudinales passant par les amas latéraux de cellules, on constate facilement que ces cellules sont situées dans une gangue formée de tissu fibrillaire et de substance amorphe finement grenue; et Ton reconnaît bien les corpuscules plasmatiques de cette gangue. Ces coupes ont l'avantage de faire voir qu'outre les pôles que Ton aperçoit en regardant à plat des segments intacts de la moelle, il en est d'autres qui partent des cellules pour se diriger vers les deux faces, supérieure et inférieure, de la moelle. Je n'ai jamais pu voir d'union entre des cellules plus ou . moins voisines les unes des autres, au moyen de leurs prolongements polaires. Jen'aipasété plus heureux en examinant des segments complets de la moelle. J'ai bien- vu quelquefois un pôle d'une cellule qui paraissait aboutir à une autre cellule; mais lorsque j'examinais bien attentivement si cette communication avait lieu en réalité, j'arrivais toujours à me convaincre que le pôle parti d'une cellule, et semblant se terminer dans une autre cellule, poursuivait sa route audessous ou au-dessus de celle-ci.
Les tranches transversales très-minces, traitées comme je l'ai indiqué, montrent d'une façon très-distincte la structure de la moelle. Ces tranches sont fusiformes, mais un peu courbées dans le sens de la face abdominale de la moelle, de telle sorte qu'elles ont, en définitive, un bord supérieur convexe, un bord intérieur légèrement concave, et deux extrémités terminées par des angles mousses. On voit, au milieu de la coupe, le canal médian, qui est tapissé de cellules cylindriques pressées les unes contre les
autres, et qui a, vers la région moyenne de ranimai, 0"'"*yO*2 de diamètre. À une certaine dislance du canal médian, à peu près au milieu de l'espace qui le sépare da extrémités de la tranche, un peu plus loin cependant du milieu que des extrémités, se voient des cellules nerveuses. Sur la coupe représentée par M. OwsjannikovY, il y en a quatre de chaque côté, mais cette coupe est faite près du quatrième ventricule. Sur les coupes pratiquées plus m arrière, au milieu de la longueur delà moelle par exemple, on no voit souvent qu'une seule cellule de chaque côté, et jamais plus de deux. Ces cellules sont entourées de matière granuleuse et fibrillaire. C'est sur ces préparations qu'il est le plus facile de compter les pôles. J'ai vu des cellules qui en avaient cinq, six, jusqu'à dix. Ces pôles eut une grosseur variée au niveau de leur origine. Les plus gros ne tardent pas à se diviser en deux ou même parfois en trois branches. Je n'ai jamais pu, sur ces coupes, suivre jusque dans la moitié opposée de la moelle, les prolongements polaires qui se dirigent de dehors en dedans. En dedans de ces cellules, et au-dessous du niveau du canal médian, se voient les coupes des fibres de Mikller. La substance formant ces fibres est revenue sur elle-même dans l'alcool, de telle sorte qu'elle n'occupe plus tout l'espace qu'elle remplit sans doute lorsque la moelle est fratcbe : elle constitue des filaments assez gros, tout à fait analogues aux filaments axiles dés fibres nerveuses des Vertébrés supérieurs, et qui sont chacun au milieu d'une lacune tout à fait arrondie. Entre ces filaments et le bord de la lacune est un espace absolument vide. Ces filaments ont la même apparence que les pôles des celluli3s nerveuses et n'en sont peut-être que les prolongements, comme le pense M. Ows-
STSTàHB IfBEVBUX DES POIS90I9S. 811
jannikow; toutefois, ils sont certaiDement plus gros que ces pôles examinés à cette distance des cellules. Ces filaments sont assez résistants, et lorsqu'on a comprimé un peu un segment intact de la moelle et qu^il est revenu ensuite sur lui-même par élasticité, ces filaments deviennent onduleux, probablement parce qu'ils ne sont pas élastiques, comme le reste du tissu, et qu'ayant participé à rallongement produit par la compression, ils n'ont pas pu reprendre leurs dimensions primitives. J'ai examiné avec beaucoup d'attention si la lacune, dont le milieu est occupé par la fibre axile, est limitée par une membrane propre, et je n'ai jamais pu constater l'existence de la paroi membraneuse admise par M. Owsjannikow. Jusqu'à la limite de la lacune, ou ne voit que la gangue conjonctive.
Sur quelques coupes, on distingue une des cellules voisines du milieu de la moelle ou une de celles qui sont voisines des bords. Dans le reste de la coupe on aperçoit de très-nombreuses fibres, beaucoup plus grêles que les fibres de Millier et séparées les unes des autres par de faibles intervalles remplis par la gangue conjonctive.
Ces notions sommaires suffisent pour vous donner une idée des analogies et des différences qui existent entre la structure de la moelle épinière des Poissons et la structure de la moelle des Yeriébrés supérieurs. Et, en somme, les analc^ies me paraissent l'emporter de beaucoup sur les dissemblances.
Nous n'avons pas fait d'expériences spéciales sur la physiologie de la moelle épinière chez les Poissons; mais ce que nous savons des fonctions de leurs racines nerveuses rachidiennes est tout à fait d'accord avec ce qui existe chez les autres Vertébrés, et par conséquent, nous pouvons
8t2 PHYSIOLOGIE DU STSTÉME NERVEUX.
admettre, par une iuduction très-légitime, que les diverses parties de la moelle ont, chez les Poissons, les mêmes fonctions que les parties con*espondantes chez les Mammifères, Oiseaux, Reptiles et Batraciens.
Encéphale des PoinsABii.
Pour étudier rencéphale'des Poissons, nous examinerons d'abord celui des Poissons osseux {Ostéoplérygiens ou Ostichthes)^ puis nous comparerons à Tencéphale de ces Poissons celui des Sélaciens, celui das Slurioniens et c^lui des Cyclostomes {Lamproie).
A. Encéphale des Poissons osseux. — Chez ces animaux, Tencéphale offre une configuration et une disposition assez constantes. Il y a toutefois des variations plus ou moins importantes dont je vous dirai quelques mots.
Prenons pour type Tencéphale de la Carpe. Vous pourrez voir sur les pièces que je mets sous vos yeux les diverses parties dont je vais vous parler. Nous examinerons d'abord Vencépbale par sa face supérieure.
En avant de Tencéphale, à une distance assez grande de la masse nerveuse qui le constitue, se trouvent deux petits corps spbéroïdaux, grisâtres, manifestement composés de matière nerveuse. Ce sont les lobules olfactifs ^ lesquels sont reliés à Teucéphale par deux tractus blanchâtres que vous reconnaissez immédiatement pour les analogues des pro* cessm olfactifs des Vertébrés supérieurs.
Les processus olfactifs prennent origine à la face inférieure des premiers renflements de Tencéphale. Ces renflements sont les lobes cérébraux. Ils n'ont pas été déterminés ainsi par tous les auteurs. Quelques-uns ont voulu y voir des lobes olfactifs; mais il n'est pas douteux que la véri-
ENCËrilALE DES POISSONS. 81 0
table déleniiination ne soit celle que je viens d'indiquer. Tiedemann, tout en Tacceptant, la modifiait cependant, car il voyait dans ces renflements les lobes cérébraux réduits aux corps striés. Cette panière de voir ne me paraît pas suffisamment justifiée. Ces deux lobes sont reliés Tun à l'autre par une commissure représentant la commissure antérieure. C'est à ces lobes que viennent se rendre les pédoncules cérébraux ; quelquefois on observe des circonvolutions rudimentaires et des rudiments de ventricules latéraux, analogues h ceux des Oiseaux; enfin, comme je vous Tai dit, c'est de là que naissent les processus olfactifs. Ces diverses raisons nous autorisent complètement à considérer ces lobes comme de vrais lobes cérébraux.
En arrière des lobes cérébraux, nous trouvons la glande pinéaley munie de pédoncules grêles, lesquels vont s'insérer sur la face supérieure des pédoncules cérébraux. La présence de ce petit corps en arrière des renflements dont nous venons de dire quelques mois donne un appui des plus solides à la détermination que nous en avons faite.
Toujours en régardant l'encéphale par sa face supérieure, on aperçoit encore, en arrière des lobes cérébraux, les lobes optiques, qui sont les analogues des tubercules bijumeaux des Oiseaux et des Reptiles. Tous les auteurs ne sont pas de cet avis : pour Camper, ce seraient les lobes cérébraux ; pour Leuret, ces lobes représenteraient à la fois les tubercules bijumeaux et certaines parties intégrantes du cerveau proprement dit, à savoir, le corps calleux, la voûte H trois piliers, la cloison transparente, les corps striés. Ce qui nous montre que ce sont là les lobes optiques, c'est leur position en arrière de la glande pinéale, en avant de la quatrième paire des nerfs crâniens (nerfs pathétiques), dont
rorigine, chez tous les Vertébrés, se trouve en arrière des tubercules bijumeaux ou quaiirijumeaux. Enfin, ces tubercules donnent naissance aux nerfs optiques. Une circonstance qui a pu contribuer à écarter certains auteurs de la véritable signification anatomique de ces lobes, c'est qu'ils sont rapprochés l'un de l'autre et accolés sur la ligne médiane, tandis que chez les Oiseaux, par exemple, ils sont déjà rejetés sur les côtés. Mais un simple coup d'œil jeté surTencéphale des Reptiles et des Batraciens montre que leurs lobes optiques ou tubercules bijumeaux sont accolés aussi Tun à l'autre sur la ligne médiane. De plus, chez les Oiseaux eux-mêmes, une disposition tout à fait semblable se montre pendant la période embryonnaire. On pourrait objecter aussi contre la qualification de tubercules bijumeaux, le volume considérable de ces parties comparé à celui des lobes cérébraux ; mais vous pouvez voir encore en examinant cette série de pi6oes anatomiques, que les tubercules bijumeaux chez Tembryon de Poulet, à uo certain moment du développement, sont plus gros que les lobes cérébraux.
Mais ce qui pourrait surtout faire hésiter sur la dénoniination à donner à ces renflements particuliers, c'est la complication considérable de leur contexture, comparée à la simplicité apparente de la constitution des tubercules bijumeaux.
Les tubercules optiques des Poissons sont creux, et la cavité de chacun des tubercules communique librement avec celle de l'autre tubercule. Les parois de ces cavités sont reliées Tune à l'autre sur la ligne médiane par des fibres nerveuses transversales; ces fibres d'ordinaire ne sont pas visibles sans préparation, à cause de raffrontemeot
KNGÉPHALE DES POISSONS. 815
exact des parois des deux tubercules sur la ligue médiane ; mais, chez la Carpe, les parois sout séparées l'une de l'autre par un intervalle de forme triangulaire, à sommet en avant, à base en arrière, et, dans cet intervalle, on voit immé* diatement les fibres commissurales dont je viens de parler. C'est Tensemble de ces fibres qui a été désigné par quelques anatomistes sous le nom de corps caUeuœ^ désignation évidemment erronée. Quand on ouvre les lobes optiques, on voit au-dessous de ce prétendu corps calleux, deux petites bandelettes unies quelquefois Tune à Tautre sur la ligne médiane, quelquefois s' écartant angulairement l'une de l'autre, d'avant en arrière, et lorsqu'on les suit en avant, CD les voit aller se mettre en rapport avec une commissure blanche très-nette qui repose sur le fond de la cavité des tubercules et qui a une direction transversale. Les bandelettes en question ont été nommées, à tort aussi, voûte à trois piliers: elles ne sont en définitive que des prolongements de la commissure dont nous venons de parler. Chez les autres Vertébrés, nous avons d'ailleurs retrouvé une disposition semblable, plus ou moins masquée par la soudure des prolongements membraniformes avec la substance des lobes optiques. Quant à la commissure d'où partent ces prolongements, et qui est située au devant de l'ouverture supérieure de l'infundibulum, c'est la commissure des notes chez les Mammifères.
Au-dessous de ces bandelettes on rencontre deux fortes saillies accolées latéralement l'une à l'autre sur la ligne médiane. Ces saillies sont en relation en arrière avec le cervelet, et elles reçoivent par leur base un faisceau assez volumineux, détaché des pédoncules cérébraux. Que sont ces sailliesîOn ne les retrouve pas nettement chez les autres Ver-
tébrés. Toutefois, nous avons vu des renflements du même genre, et très-développés aussi, chez le Caïman. J. Millier dit qu'on en trouve chez le Crocodile el chez la Grenouille. Chez ce dernier animal, je n'ai pas trouvé de saillies comparables à celles dont il est ici question. Lorsqu'on ouvre les lobes optiques à leur partie supérieure, on voit bien une sorte de bourrelet dans chacun des lobes, mais ce bourrelet est formé par la paroi elle-même du lobe. Ne pouvant pour le moment déterminer avec précision la signification anatomique de ces saillies de la base des lobes optiques, nous les désignons sous le nom de renflements médians intérieurs des lobes optiques. Leur forme la plus ordinaire est celle d'S couchées lêleà tête sur le fond de la cavité des lobes optiques. Ces deux renflements sont circonscrits à leur base, en dehors, par deux saillies grisâtres, réniformes, que Haller a nommées tort semi'Circulares. Du bord externe et convexe de cha« cune de ces saillies partent en rayonnant des expansions fibreuses du pédoncule cérébral correspondant, lesquelles vont former eu partie la couche interne de la paroi des lobes optiques. Du milieu même de la face supérieure delà même saillie, et sur toute sa longueur antéro-postérieurc, sort une autre lame fibreuse qui va également se rendre à la couche interne de la paroi du lobe, en traversant obliquement de dedans en dehors vX de bas en haut la cavité qu'elle subdivise en deux chambres. Ces tori semi-circvlares ont été comparés aux corps striés; mais cerlainemeot c'est encore une détermination fautive. Nous sommes, du reste, contraints de conserver le nom donné par Haller, car nous ignoions à quelle partie de Tencéphale des autres Vertébrés correspondent ces saillies.
Quelle que soit la complication des lobes optiques, nous ne voyons pas qu'il faille abandonner une détermination qui nous est indiquée d'une façon pour ainsi dire impérieuse par les connexions et les rapports de ces corps. La position de laglande pinéale au devant d'eux, l'origine des nerfs pathétiques à leur partie postérieure, et enfin leurs relations avec les nerfs optiques dont elles sont les vrais noyaux d'origine, ne sauraient nous laisser le moindre doute à cet égard.
Les nerfs optiques naissent bien de ces lobes comme vous pouvez le voir. Ils proviennent des fibres blanches qui forment la couche superficielle des parois de ces lobes. Une couche de substance grise, située entre cette couche blanche superficielle et la couche blanche profonde constituée par les irradiations pédonculaires qui émanent des tort semi-circulares, complète la structure de ces parois.
En arrière des lobes optiques, toujours sur la face supérieure, nous voyons le cervelet. Il offre la forme d'un mamelon grisâtre, à sommet postérieur, adhérent par sa base en avant, libre en arrière. On reconnaît sur sa face supérieure un sillon médian antéro-postérieur. Lorsqu'on examine le cervelet sur une coupe médiane antéro-postérieure de l'encéphale, on constate qu'il est constitué par une masse bien plus allongée qu'elle ne le paraissait sur l'encéphale intact, masse qui est repliée sur elle-même d'arrière en avant et de haut en bas, de telle sorte que le sommet du cervelet, tel qu'on le voit avant toute préparation, n'estque le sommet du pli de la lame épaisse de substance nerveuse qui forme cette partie de l'encéphale.
Enfin, tout à fait en arrière, au-dessousdu cervelet et sur
VULPUN. ^ PHYS. DU SYST. MKAV. 52
818 * PHYSIOLOGIE DU STSTÉOIB NERYEUX.
les côtés de la moelle allongée, vous pouvez voir, sur la face supérieure de celle-ci, des renflements grisâtres de forme et de dispositions toutes particulières. Ce sont les hbes «tipérieurs de la moelle allongée, lesquels ne sont autre chose que les noyaux d'origine de certains nerfs crâniens, entre autres des nerfs trijumeaux et pneumogastriques. Ces foyers d*origines nerveuses, inclus dans les parties centrales du bulbe rachidien chez les Vertébrés supérieurs, sont devenus ici extérieurs.
Si nous considérons maintenant l'encéphale des Poissons par sa face inférieure, nous voyons la face inférieure des lobes cérébraux, puis les nerfs optiques qui, au lieu de présenter un cbiasma, une décussation fasciculée comme chez les animaux supérieurs, ne font ici que se croiser en se super* posant. En arrière des nerfs optiques, vous apercevez un petit renflement grisâtre et globuleux, supporté par ud pédicule assez court, grisâtre aussi, qui vient se fixer à la base de Tencéphale, entre deux renflements dont nous allons parler. Ce corps est le corps pituUaire, et le pédicule qui le soutient est la tige pUuikiire. De chaque côté de la tige pi* tuitaire, se trouvent deux renflements volumineux, que leur position a fait désigner par quelques auteurs sous le nom de tubercules mamillaires^ Mais ces corps, si remarquables par leur volume relativement considérable, ne sont évidemment pas les analogues des tubercules mamillaires des Vertébrés supérieurs. Us sont creux, leur cavité paraît communiquer avec rinfundibulum ; et l'on ne sait pas encore s'ils correspondent à des parties existant chez les autres Ver* tébrés (1).
(4 ] La cavité de ces renflements est très-petite chez les Poissons osseus, du moins thez ceux dont noas afons examiné l'bncéphale. Ghex la GarpCr
ENGÉPHilLB ras POISSONS. 8i9
Pour terminer cette description abrégée , disons que Tencéphale des Poissons présente des commissures assez nombreuses. Pai déjà indiqué la commissure qui unit l'un à l'autre les deux lobes cérébraux, et la commissure qui se voit sur le plancher de la cavité des lobes optiques. On trouve encore une commissure transversale en avant des lobes inférieurs de la moelle allongée, en arrière du croisement des nerfs optiques, c'est la commissure transverse,
par .exemple, chacun des renflements est creusé d'une cavité très-étroite, aUoDgée d'avant en arrière, et un peu courbée dans ce sens en forme d*S. Il paratt y avoir un canal transversal, extrêmement grêle» allant du conduit infundibuiaire à la partie antérieure de ces sortes de ventricules.
Les lobes inférieurs delà moelle allongée ont été considérés par M. Natalis Guillot comme représentant les couches optiques des Vertébrés supérieurs {Exposition anatomique de V organisation du centre nerveux dans les quatres classes d^animaux Vertébrés^ Paris, 4 844, pi. II). Tout récemment, H. Holiard a cm pouvoir y reconnaître les corps striés de ces mêmes Vertébrés {Acad. des Sciences, 4 865). Ces déterminations ne me paraissent nullement fondées. D*abord elles supposent un déplacement bien considérable des couches optiques ou des corps striés chez les Poissons. Puis elles ne tiennent aucun compte des cavités qui se trouvent dans ces renflements inférieurs de la moelle allongée. Ces cavités, il est vrai^ n'existent pas ches certains Sélaciens, la Raie, par exemple ; mais^ chez d'autres animaux de cette même sous-classe, chez la Roussette, entre autres, ces cavités deviennent très-grandes , et enfin , chez TAnge y les renflements tout entiers sont transformés en sacs vasculaires. La connaissance de ces particularités n'aurait-elle pas détourné les auteurs^ que nous venons de citer, de la manière de voir qu'ils ont émise. M. Holiard invoque surtout, comme argument à l'appui de son opinion, les rapports des pédoncules cérébraux avec ces renflements. Le faisceau blanc de ces pédoncules proviendrait de ces masses nerveuses. N'est-ce pas attacher trop d'importance à un caractère anatomique isolé ? Et d'ailleurs, ce caractère existe-t-il en réalité. Chaque pédoncule cérébral est composé d'un faisceau blanc trèsdistinct et d'un amas plus ou moins épais de substance grisé, situé en de-
OU commissure de Haller (1) ; et Ton en trouve uoe autre, non moins évidente, en arrière de ces mêmes lobes (tubercules mamillaires de quelques auteurs) : c'est la commissure en anse (commissura ansulata) de Goltsche. En réalité, il n'y a pas là de fibres en anse, ou, du moins, s'il en existe, elles sont peu nombreuses. Dans une note communiquée à la Société philomathique, nous avons démontré, M. Philipeaux et moi, qu'il y a là un entrecroisement trës-remar-
dans de ce faisceau et traversé par quelques stries blanches. J'ai soÎTi k faisceau blanc au travers du renflement inférieur correspondant : cetle dissection, qui est assez difficile^ m*a permis de constater que la plupart des fascicules qui constituent ce faisceau ne font que traverser le renflement en question, et viennent en définitive des parties blanches de h moelle allongée. Peut-être même le faisceau a-t-il tout entier cette origine. Une autre considération parle dans le même sens que le résultat de cette dissection. C'est que, chez les Mammifères, les fibres qui naissent des corps striés, pour se rendre dans Técorce grise des hémisphères cérébraui, ne sont plus excitables, et qu'on peut les couper ou les dilacérer sans déterminer de convulsions ; tandis que chez les Poissons osseux {Carpe, Barbillon, Gardofiy etc.), la section des pédoncules qui vont des renflenienls inférieurs de la moelle allongée aux lobes cérébraux provoque invariablement une convulsion générale plus ou moins violente.
Pourquoi, du reste, ces rapprochements forcés? Quelle nécessité y at-il à ce que les couches optiques et les corps striés existent chez les Poissons? Dans l'état actuel de nos connaissances physiologiques sur ces masses nerveuses, qui pourrait répondre d'une façon satisfaisante à i:eUe question?
(1) Cette commissure existe, d'après GoUsche, chez les Oiseaux et les Reptiles. Chez certains Mammifères, elle existe aussi. Ainsi, j'ai vu cfaei le Rat, il la base du chiasma, au devant du tuber cinereum, une bandelette blanche, transversale, qui se confond en partie avec le chiasma et qui représente sans doute la commissure de Haller. Ne peut-on pas considérer aussi comme des rudiments de celte commissure les fibres qui forment des anses à la partie postérieure du chiasma de l'Homme et des Mammifères supérieurs, et qui vont ainsi d'une des bandelettes optiques à l'autre?
ENCÉPHAT.E DES POISSONS. 821
quable d*un certain nombre de fibres des faisceaux du bulbe rachidien ; et c'est la direction des fibres, au niveau de la décussation, qui donne lieu à Tapparence d'une arcade à piliers très*rapprochés. Il y a d'ailleurs en ce même point une commissure véritable, constituée par des fibres nerveuses transversales, formant un faisceau plus ou moins compacte, suivant les genres de Poissons. On voit un autre entrecroisement au niveau du sillon médian antéro-postérieur de la face inférieure du bulbe, à une petite distance en arrière du bord postérieur des prétendus tubercules mamillaires. C'est lanalc^ue de Tentrecroisemenl des pyramides antérieures de VHomme (pyramides inférieures des autres Mammifères). On trouve encore des fibres commissu* raies formant des bandelettes plus ou moins distinctes, sur le plancher du quatrième ventricule.
Il y a enfin des ventricules encéphaliques. On trouve par* fois des rudiments de ventricules latéraux dans les lobes cérébraux ; puis il y a dans les lobes optiques un vaste ventricule qui n'est autre chose qu'un développement considérable de l'aqueduc de Sylvius; et, au-dessous du cervelet se montre un quatrième ventricule, bordé et quelquefois même recouvert (comme chez la Carpe) par les renflements de la moelle allongée.
Le type dont je viens d'esquisser la description, offre des variations plus ou moins prononcées chez les représentants des autres groupes de Poissons osseux. Je ne puis, faute de temps, vous mentionner toutes ces variations. Les principales consistent d'ailleurs: 1** dans la disparition plus ou moins complète, chez beaucoup de Poissons, des processus olfactifs, de telle sorte que les lobules olfactifs sont tout à fait eu contact avec les lobes cérébraux {Perche^
Brochet, Saumon, etc.)(l); 2^ dans l'apparence extérieure du cervelet, lequel est lisse, ou à peu près, chez la Carpe et la plupart des Poissons osseux, tandis que, chez cpielqoes autres, il offre à sa surface des sillons parfois bien marqués, transversaux, parallèles, qui divisent sa couche corticale en sortes de lamelles assez analogues aux lam^ du cervelet chez les Vertébrés supérieurs, surtout à celles du cervelet des Oiseaux {Maquereau, Echeneis^ yieûleie fner,\Mugé); 3"" enfin, dans le développement plus ou moins grand des lobes latéro-postérieurs de la moelle allongée. Ces lobes, si volumineux chez la Carpe (2), se réduisent chei beaucoup de Poissons à des lamelles grises assez minces qui bordent latéralement les parties postérieures da quatrième ventricule {Brochet^ Pleuronectes^ par ^em* pie). Chez d'autres Poissons, chez les Trigles^ ils sont encore plus développés que chez la Carpe, et ils forment sur la moelle allongée une série de cinq ou six renflements de chaque côté, accolés sur la ligne médiane. B. Encéphale des Sturioniens. — L'encéphale de YEsM*
(4 ) Plusieurs auteurs ont admis chez TAnguille l'existence de quitre tubercules olfactifs formant deux paires placées Tune derrière Ftotre : nous n'avons jamais trouvé, soit sur F Anguille [Murœna Anguilla], soit sur le Congre {Murœna Conger)^ qu'une seule paire de lobules olfiictift, comme ches les autres Poissons osseux.
(2) Chez la Carpe , ces renflements sont au nombre de cinq, l^ d'entre eux sont placés sur les c6tés de la moelle allongée et sont visibiei sans préparation : pour voir les trois autres, il faut soulever ou exciser ie cervelet. On aperçoit alors ces trois renflements, dont deux sont antérieurSi accolés Tun i l'autre sur la ligne médiane, et dont le troisième est méditf, contigu aux deux précédents. Ce dernier renflement ofire même tin triiléger sillon antéro-postérieur , lequel indique la réunion de deux i latérales en une seule.
BNCÉPHALB DES POISSONS. 82S
geùn, sous bien des rapports^ pourrait former la transition entre l'encéphale des Poissons osseux et celui des Sélaciens. On y reconnaît facilement les parties que nous avons éhumérées chez les Poissons osseux. Il y a, à la partie an* térieure de l'encéphale, deux renflements : ce sont les lobules olfactifs qui sont ici rapprochés du cerveau proprement dit^ comme chez beaucoup de Poissons osseux. En arrière de ces lobules se voit le cerveau proprement dit, dont les deux lobes, au lieu d*ôtre tout à fait disjoints et reliés seulement l'un à l'autre par une commissure blanche et grêle, sont réunis Tun à Tautre dans une grande partie de leurs faces latérales juxtaposées, mais ne sont pas cependant entièrement confondus en un seul renflement, comme ils le sont chez les Sélaciens.
Derrière le cerveau proprement dit, nous apercevons les lobes optiques ou tubercules bijumeaux, dont la cavité contient des renflements analogues aux tubercules médians que présente la cavité de ces tubercules chez les Poissons osseux. Mais ces renflements, qui se continuent en arrière avec le cervelet, ne paraissent pas recevoir par leur base, comme chez les Poissons osseux, un faisceau particulier, émané de Tisthme de l'encéphale.
Le cervelet, qui fait suite aux lobes optiques, estcertai** nement la partie la plus modifiée chez ces Poissons. Ce que beaucoup d'auteurs décrivent comme le cervelet chez ces Poissons n'est autre chose qu'une pelote de graisse traversée par quelques fibres nerveuses. Lorsqu'on a enlevé cet amas graisseux, on reconnaît quô le cervelet n'existe pour ainsi dire pas ; il n'est représenté que par de petits mamelons de substance nerveuse grise, supportés par des prolongements transversaux des renflements latén>-*
82à PHYSIOLOGIE DU SYSTÈME NERVEUX. '
postérieurs de la moelle allongée. Ces petits mamelons n'ont aucune analogie avec le cervelet des Poissons osseux: on ne trouve leurs analogues que chez les Sélaciens ; car chez ces Poissons, au-dessous du véritable cervelet, on aperçoit de petits mamelons^ reliés de même aux lames latérales de substance grise de la moelle allongée, et accolés aussi sur la ligne médiane. En un mot, enlevez le cervelet sur l'encéphale d'une Raie, et vous aurez sous les yeux des renflements qui se rapprochent beaucoup de ceui qui, chez l'Esturgeon, se voient sous la masse graisseuse prise à tort pour un cervelet.
Il y a un quatrième ventricule vaste, de forme triaogulaire, à sommet postérieur, à base antérieure. Il ast comme encadré par les renflements latéro-postérieurs de la moelle allongée : ces renflements, sous forme de bourrelets, se rapprochent l'un de l'autre en arrière, à Tangle postérieur du ventricule ; et, en avant, ils envoient transversalement vers la ligne médiane les prolongements qui portent les mamelons de substance grise, seuls vestiga, et vestiges bien incomplets, du cervelet des autres Poissons.
Enfin, à la base de l'encéphale, se trouve un volumineux corps pituitaire, appliqué par une courte tige pituitairesnr l'intervalle des renflements inférieurs de la moelle allongée. Ces renflements sont creusés chacun d'une grande cavité. Les deux cavités communiquent laidement l'une avec l'autre et communiquent aussi avec le conduit infundibulaire.
C. Encéphale des Sélaciens. — Chez ces Poissons, les iobuks ou bulbes olfactifs^ qui ont un volume considérable» sont reUés au cerveau proprement dit par des processus dont là longueur est très-variable. Tantôt ces processus
ENCÉPHALE DES POISSOlfS. 825
sont très-longs comme chez la Raie, YAnge^ la Torpille ; tantôt ils ont une longueur moindre, comme chez le Squalenez; tantôt enfin, ils sont très-couris et les bulbes olfactifs sont presque sessiles, comme chez V Aiguillât^ YÉmissole, les Roussettes.
Les lobes cérébrauœ, chez les Sélaciens, sont souciés Tun à Tautre sur la ligne médiane, et forment une seule masse, de forme triangulaire, à base antérieure : sur la surface supérieure de cette masse se dessinent souvent des dépressions plus ou moins accusées, circonscri\'ant ainsi des circonvolutions très-rudimentaires.
Les lobes optiques, qui suivent d'avant en arrière le cerveau proprement dit, ne sont pas ici^en rapport, en avant, avec une glande pinéale véritable. On voit seulement, entre ces lobes et le cerveau, les pédoncules cérébraux, séparés par une gouttière que les membranes encéphaliques transforment en une sorte de canal, et qui sont recouverts, près des lobes optiques, par les racines des nerfs optiques. Ces racines, formant une sorte de croissant, à bord convexe antérieur, sur chaque pédoncule cérébral, ont été prises par plusieurs anatomistespour des couches optiques. Inutile d'insister pour démontrer que c'était là une erreur des plus complètes.
Les lobes optiques ne contiennent aucun des renflements dont nous avons constaté l'existence chez les Poissons osseux.
Le cervelet est séparé des lobes optiques par Torigine des nerfs pathétiques. Cette partie est celle qui variole plus chez les Sélaciens. Le cervelet est d'ailleurs toujours d'un volume assez considérable. Chez la Raie, il a la forme d'une sorte de losange allongé d'avant en arrière, à angles mousses.
826 PHTSI0L06IB DU STSTÈMB NERVEUX.
n offre un silloD crucial qui semble le partager en quatre parties. Seul, le sillon antéro-postérieur pénètre dans toute l'épaisseur de l'oigne et le divise réellement en deux moitiés latérales. D'autres dépressions se voient encore sur la fiioe supérieure du cervelet. On trouve une configuration analogue chez TÂiguillat {Squalus acarUhias) et la Torpille; mais les dépressions sont moins nombreuses et moins étendues, et le cervelet d'ailleurs est moins volumineux, surtout chez le dernier de ces Poissons. Le cervdet reprend la forme d'un mamelon (forme presque constante dans la classe des Poissons osseux) chez TAuge {Sqmtina angélus). La forme change d'une autre façon chei TËmissole {Squalus mustelus) ; là, le cervelet présente en avant des dépressions profondes transversales, partageant sa partie antérieure en grosses lames transversales parallèles. Le tiers postérieur du cervelet offre bien encore des dépressions dans le même sens, mais elles ne sont pas aussi régulièrement disposées. La division en lames transversales acquiert tout son développement dans les genres qui se rapprochent le plus de celui du Requin, et chez le Requin lui* même {Squalus carcharias). Voici des encéphales de Squalerenard {Squalus vulpes) et de Squale-nez {Squalus coi^mUeus). Vous pouvez voir combien est prononcée la division du cervelet en lames transversales.
Le» renflements postéro-latéraux de la moelle allongée sont ici sous forme de bourrelets ou de lames de substance grise, de configuration plus ou moins compliquée, bordant de chaque côté le quatrième ventricule, et se réunissant transversalement au-dessous du cervelet, en donnant naissance à leur point de rencontre à deux ou quatre mamelons analogues à ceux que nous avons trouvés chez TEstur-
ENCÉPHALE DES POISSOIffi. 827
geon. Ces renflements sont en grande partie les foyers d'origine des nerfs trijumeaux et pneumogastriques. Une de leurs parties acquiert un développement très-considérable chez la Torpille, et la rencontre sur la ligne médiane des deux parties latérales ainsi développées forme le lobe électrique de ces animaux, lobe qui a^ en général , une légère teinte jaunâtre.
 la face inférieure de Tencéphale, nous voyons les nerfs optiques qui présentent, contrairement à ce que nous avons vu chez les Poissons osseux, un véritable chiasma. Eh arrière du chiasma se trouvent les deux renflements arrondis, un peu allongés d'avant en arrière, et qui ont été à tort désignés sous le nom de ttAbercules mamUlaires. Ces renflements sont pleins chez la Raie et creusés, chez d'autres Sélaciens, TEmissole, par exemple, d'une grande cavité qui communique avec le canal de Tinfundibulum. Et entre ces renflements est l'ouverture extérieure de Tinfundibulum sur laquelle s'adapte la tige pituitaire, laquelle est en rapport avec un corps pituitaire de figure compliquée et d'un volume considérable. La cavité des lobes inférieurs de la moelle allongée communique avec le canal infundi* bulaire.
Chez la plupart des Sélaciens, on trouve en arrière des prétendus tubercules mamillaires, un peu latéralement, deux sacs membraneux extrêmement vasculaires, offrant par suite une coloration rouge très-vive. Chez l'Ange, les renflements inférieurs de la moelle allongée paraissent manquer complètement, et ils sont remplacés par une grande bourse vasculaire, arrondie, qui est en rapport par son milieu avec le lobe postérieur du corps pituitaire. Ce lobe est d'ailleurs lui-même transformé en une sorte de sac
vasculaire offrant une coloration un peu différente de celle de la bourse vasculaire qui le recouvre. On rencontre aussi chez certains Sélaciens, chez TAguillat, par exemple, deux autres sacs vasculaires analogues, situés sur les parties latérales et postérieures du cervelet, paraissant avoir leur pédicule entre le cervelet et les lames grises latérales de la moelle allongée.
D. Encéphale des Cyclostomes. — Chez la Lamproie {Petromyzon marinus), que nous prendrons comme type, Tencèphale se rapproche de celui des Poissons envisi^és en général ; mais il offre un certain nombre de caractères particuliers sur lesquels je ne puis insister. Il est extrêmement difficile de s'assurer s'il y a, oui ou non, des lobules olfactifs.
Le cerveau proprement dit est constitué par deux lobes séparés Tun de l'autre, mais reliés probablement par une commissure blanche. Le cerveau est séparé des lobes optiques par un intervalle assez long dans lequel s'aperçoivent les pédoncules cérébraux, contournés à leur partie postérieure par les nerfs optiques.
Puis viennent les lobes optiques, formés chacun d'une mince coque hémisphérique contenant un renflement blanchâtre. Les renflements se réunissent l'un à l'autre sur la ligne médiane et peuvent se voir en cet endroit sans préparation , parce que les coques des lobes optiques restent écartées l'une de l'autre à ce niveau. En arrière des lobes optiques naissent les nerfs pathétiques qui les séparent du cervelet. Or, ce cervelet est ici encore plus rudimentaire s'il est possible que l'Esturgeon. Les lames latérales du quatrième ventricule qui sont très-minces, viennent à la rencontre Tune de l'autre en arrière des lobes optiques, et s'unissent sur la ligne médiane sans offrir le moindre ren-
flement. Ce cervelet représente parfaitement la première période du développement du cervelet chez les Vertébrés supérieurs. C'est ce dont vous pouvez bien vous rendre compte, en examinant cet embryon de poulet âgé de cinq jours. Â la base de Tencéphale de la Lamproie, on ne voit rien qui représente les lobes inférieurs de la moelle allongée.
— Telle est, faite d'une façon très-sommaire, la description anatomique de Tencéphale des Poissons. Je n'ajouterai que quelques mots, relativement à la structure des diverses parties de l'encéphale, étudiée surtout chez les Poissons osseux. Lorsqu'on examine des tranches minces d^un lobe cérébral de la Carpe, on est frappé immédiatement de la quantité considérable de vaisseaux qui s'y trouvent. Ces vaisseaux, capillaires pour la plupart, forment des réseaux assez réguliers. Je n'ai pas pu distinguer autour de ces vaisseaux la gaine lymphatique de M. Ch. Robin. Le tissu des lobes cérébraux est constitué par une matière amorphe, transparente, trèsTÛnement grenue, au milieu de laquelle se voient de nombreuses cellules ayant 10 à 12 millièmes de millimètre de diamètre. Ces cellules sont fusiformes et trèscourtes, ou bien triangulaires, oumèmequadrangulaires; on distingue les deux, trois ou quatre pôles qui en naissent. Elles contiennent chacune un noyau qui a 5 à 7 millièmes de millimètre de diamètre et un petit nucléole brillant. Lorsque le tissu est examiné à l'état entièrement frais, les cellules sont transparentes, et le noyau, qui est très-transparent aussi, ne s'aperçoit qu avec une certaine difficulté. Si l'examen est pratiqué sur un encéphale qui a subi une macération dans l'alcool pendant vingt-quatre heures, les
cellules sont devenues un peu (granuleuses, et le noyau qui n'a pas subi la même modification, au môme degré, se distingue plus aisément. De plus, les cellules semblent être revenues sur elles-mêmes, et plusieurs d'entre elles se trouvent ainsi au milieu d'une lacune qu'elles remplissaient sans doute complètement, à 1 état frais.
La paroi des lobes optiques nous a montré des vaisseaux moins nombreux que dans le cerveau proprement dit, des tubes nerveux, une quantité considérable de matière amorphe granuleuse avec petits noyaux rares, disséminés, et des cellules nerveuses peu nombreuses, multipolaires, munies d'un noyau contenant un nucléole, et à peu près de la môme dimension que celles du cerveau proprement dit
Le cervelet présente une couche corticale et une masse centrale. Celle-ci est constituée par une substance médullaire remplie d^nnombrables petits noyaux tout à fait analogues à ceux qui forment la lame rouillée de Técorce cérébelleuse des Mammifères. Quant à la couche corticale du cervelet des Poissons osseux » elle offre , comme éléments remarquables ^ d'assez grandes cellules situées dans sa r^on profonde , près de la masse médullaire ^ et rappelant pflr cette situation^ plus que par leur forme, les grandes cellules de Técorce grise du cervelet des Mammifères. Il y a dans le cervelet de nombreux vaisseaux , capillaires en général, qui viennent former des anses au niveau de I& surface de iWgane;
Les renflements intérieurs des lobes optiques sont constitués par une couche corticale tjui offre la même structure (Juc là partie centrale du cervelet, c'est-à-dire qu'elle contient d'innombrables petits noyaux tout à fait semblables i
ENGÉPUALB DES POISSONS. 831
ceux du cervelet intercalés dans une substance amorphe, finement grenue. Quant à leur partie centrale , elle est formée de la môme substance, contenant encore quelques très-rares noyaux semblables à ceux de Técorce, et des cellules nerveuses tripolaires ou quadripolaires, analogues à celles du cerveau.
L'analogie de structure qui existe entre la couche corticale de ces renflements et la partie centrale du cervelet mérite d'être remarquée. Si Ton considère, d'autre part, que ces renflements sont étroitement unis avec le cervelet ; que même, sur des coupes appropriées à cette recherche, on voit leur couche corticale se continuer sans interruption avec la partie centrale du cervelet, et enfin que, chez le Maquereau, la portion la plus interne de ces renflements est divisée superficiellement en lamelles transversales, comme le cervelet de ce Poisson, on sera conduit à rattacher ces renflements, au moins en grande partie, au système du cervelet.
Les lobes latéraux postérieurs de la moelle n^offrent aucun caractère remarquable de structure à signaler d'une façon particulière. Substance amorphe, cellules nerveuses, fibres nerveuses, vaisseaux^ tels sont les éléments qui les constituent. Chez certains Poissons, il y a des plus uncer^ tain nombre de petits noyaux analogues ou môme semblables à ceux du cervelet.
Quant aux lobes inférieurs de la moelle allongée (corps mamillaires de quelques auteurs), on y trouve aussi, chez la Carpe, non-seulement de la substance amorphe et des noyaux de substance conjonctive, mais encore de véritables cellules nerveuses allongées, bipolaires ou tripolaires en général, et asse2 petites pour la plupart.
Chez la Torpille , les lobes électriques contiennenl les grandes cellules multipolaires décrites par R. Wagner. Ces cellules ont en moyenne 0,112 de diamètre dans leur plus grande dimension, et 0,080 dans la plus petite. Elles sont munies d'un noyau peu volumineux relativement, contenant un nucléole. J'ai vu de ces cellules qui avaient plus de 6 pôles, dont plusieurs se divisaient à une petite distance 4e la cellule.
Je tenais à vous faire une description sommaire de Tencéphale des Poissons, parce qu'il s'agit là d'un point encore bien controversé de l'anatomie comparée du cerveau. Or, les recherches que nous avons faites, M. Philipeaux et moi, sur un nombre très-considérable d'espèces de Poissons, nous ont conduits définitivement aux résultats que je viens de vous indiquer. Et ces résultats, je ne crains pas de le dire, sont incontestables. Je puis d'autant plus Taffirmer, que nos premières études, faute d'une comparaison assez étendue, nous avaient conduits à des conclusions bien différentes de celles-ci. Les propositions qui résumaient notre premier travail ont été publiées il y a douze ans, et depuis lors, nous avons constamment poursuivi nos investigations. Notre conviction est bien établie aujourd'hui ; la description que nous avons donnée nous paraît la représentation exacte et définitive de la réalité.
Avant de passer à la physiologie du myélencéphale des Poissons, disons un mot du grand sympathique chez ces animaux. Il n'existerait pas, paraît-il, chez les Cyclostomes, au dire de MûUer, Schlemm, Daltonet Stannius, et ila été bien peu étudié chez les Chondroptérygiens. Chez les
Poissous osseux, il y a des ganglions assez volumineux, avec une disposition plus ou moins analogue à celle du grand sympathique des autres Vertébrés. Quelquefois on ne trouve pas un des ganglions d'un côté, surtout dans la région antérieure de l'animal; alors la distribution des nerfs sympathiques de ce côté est faite par le ganglion du côté opposé : c'est ce que vous pouvez voir, par exemple, sur cette préparation faite sur un Congre {Murœna conger). Il me parait certain que Tablation du ganglion cervical supérieur produirait des effets analogues à ceux qu'il détermine chez les Mammifères, car ce ganglion fournit des nerfs vaso-moteurs destinés aux vaisseaux.de la tète, et, en même temps, il donne naissance à des filets nerveux ciliaires.
Chez le Poisson-lune, dont la moelle épinière se termine dans la cavité crânienne, le grand sympathique abdominal et caudal prend un développement très -considérable, comme je Tai indiqué dans une note communiquée à la Société philomathique (1).
Physiologie. — Un des faits les plus remarquables de rétude du système nerveux des Poissons, au point de vue physiologique, c'est la petitesse relative de Tencéphale, .et surtout la réduction énorme du cerveau proprement dit, coïncidant avec une intelligence des plus restreintes.
(4) Lorsque j'ai fait une communication à la Société phiiomalhique sur le grand sympathique du Poisson-lune, j'exprimais le regret de n'avoir pas pu examiner comparativement la Baudroie à ce point de vue, à cause de Fanalogie qu'elle présente avec ce Poisson sous le rapport du peu de longueur de la moelle épinière. J'ai eu depuis lors une Baudroie à ma disposition, et j'ai constaté que le grand sympathique abdominal et caudal, loin de ressembler à celui du Poisson-lune, est tout aussi peu développé que celui des Poissons osseux ordinaires.
VULPUR,— PHYS. DU 8Y5T. HBBY. 53
8â& PHYSIOLOGIE DU STSTEMB NERVEUX.
Y a-t-il chez les Poissons^ comme chez les Vertébié supérieurs, entrecroisement d'un certain nombre des éléments de la moelle allongée? Les expériences ne nous apprennent pas grand' chose à ce sujet. L'excitation d'an des lobes optiques détermine des secousses etdesconvulsiom des deux côtés, convulsions plus marquées du côté excité; ' mais il y a une réaction générale de douleur, et il est difficile de déterminer si le mouvement du côté opposé oe fait pas partie de cette réaction générale. L'anatomie toutefois ne saurait nous laisser de doutes sur TexisteDoe de relations croisées entre Tencéphale et la moelle épiniëre. Vous vous rappelez ce que je vous ai dit il y a quelques instants: il y a au moins deux entrecroisements au niveau des faisceaux de la moelle allongée, et, par conséquent, il est bien certain que les excitations qui portent sur certaines régions de Tencéphale doivent se transmettre d'une façon croisée, du moins en partie.
Nous allons maintenant examiner les résultats deslésiona ou de l'ablation des divers renflements encéphaliques, résultats déjà indiqués bien nettement par M. Flourens. Une simple blessure des lobes cérébraux ne produit aucun trouble appréciable. L'ablation des deux lobes cérébraux détermioe au contraire une modification très*manifeste dans la locomotion de ranimai, en abolissant les actes volontaires. Je n'insiste pas sur les conséquences de cette opération; je vous en ai parlé dans une autre leçon. Je n'ajouterai qu'un mot, c'est qu'on observe un mouvement convulsif plus ou moins fort, au moment où Ton coupe les pédoncules cérébraux.
L'ablation d'un lobe bijumeau abolit la vue du cMé opposé. Lorsqu'on lèse les parties superfici^les d'un lobe
I bijumeaUy on do provoque aucun trouble des mouvement
r tandis qu'il y a des convulsions momentanées et une pe
i turbation plus ou moins durable de la locomotion, lorsquV
i blesse les parties profondes* Voici un Poisson ainsi opér
Dans ce cas, on observe des mouvements de rotation ; Tan
mal circonscrit sans cesse un cercle d*un court rayoi
Gomme nous l'avons indiqué, et comme Ta montré aus
M. Baudelot, les lésions de ce genre déterminent chez 1
Poissons, tantôt un mouvement en manège, • tantôt i
mouvement autour de Taxe longitudinal, ou bien encoi
un mouvement combiné, formé pour ainsi dire de ces dei
mouvements.
Les blessures du cervelet ne produisent, ainsi que voi le voyez, aucun effet appréciable. Quelquefois on obser des mouvements déréglés ; ils sont dus à des lésions d parties sous-jacentes. D'ailleurs le grand développemei du cervelet semblerait indiquer qu'il a des fonctions sp< ciales chez les Poissons; mais on ne sait pas encore quell peuvent être ces fonctions.
Voyons maintenant les effets des lésions des lobes supc
ro*postérieurs» Sur cette Carpe, je détruis avec une pin(
anatomique le lobe supéro-postérieur du côté gauche. II y
eu, au moment où j'écrasais ce lobe, un fort mouvemei
convulsif : vous voyez l'animal remis dans l'eau s'agitei
tourner sur lui*même, et, de plus, on remarque une aboi
tien du mouvement de l'opercule du côté correspondan
Enfin, la section du nœud vital qui se trouve, chez I
Poissons, à peu près au niveau de la limite postérieure (
cervelet, produit un arrêt immédiat de tous les mouv
ments généraux, aussi bien que de ceux des opercules
des paroisbuccales. Je faisl'expérience sur cette autre Car
836 PHYSIOLOGIE ïilj SYSTEME NERVEUX.
dont on a mis l'encéphale à découvert, comme dans \es expériences précédentes. Il y a un violent mouvement spasmodique au moment de l'opération. Je remets le Poisson dans Teau : le voilà immobile, en état de mort apparente, et bientôt cet état va être remplacé par la mort réelle, à cause de l'abolition de l'hématose branchiale.
Avant de terminer, je veux vous montrer l'action d'un poison particulier sur quelques Poissons. Je veux parler de la cyclamine, que Ton obtient d'une plante de la famille des Lysimachiées {Cyclamen europœumon Pain-de- Pourceau). Les pécheurs de la baie de Naples en connaissent fort bien les effets. Hs répandent à la merde la décoction de Cyclamen et le lendemain ils viennent ramasser les Poissons que ce poison a tués. Ce poison, du reste, n'altère en rien les propriétés comestibles des Poissons. Je fais lexpérience sur les Poissons et les têtards de Grenouilles placés devant vous: vous allez les voir mourir dans quelques instants. Ou avait cru pouvoir conclure de quelques expériences faites àl'aide de cette substance, qu'elle exerce une action spéciale sur le système nerveux, et dans une note communiquée à la Société de biologie j'ai démontré, je crois, qu'il n'en est rien. Vous allez reconnaître avec moi, en examinant ces animaux dans quelques minutes, que la cyclamine agit primitivement sur la peau et sur les branchies de l'animal comme vésicant. Vous verrez que la peau se recouvre de débris de l'épiderme soulevé «t que les branchies sont de même revêtues de pellicules épithéliales accumulées et gonflées par l'eau. La peau et les branchies ne peuvent plus servir à la respiration, et c'est là probablement le mécanisme de l'influence léthifëre de celte matière toxique.