‹ Leçons sur la physiologie générale et comparée du systéme nerveuxChapitre 7 sur 49 · SIXIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

SIXIÈME LEÇON

18 juin 186/1.

Fonctions des racines des nerfs. — Notions antérieures au xix* siècle. — Alexandre Walker. — Cli. BelL — Magendie.

Après avoir étudié les propriétés des Derfs considérés en eux-mêmes, indépendamment de leur mode d'origine et de leur mode de terminaison, il nous faut maintenant aborder l'étude de ces deux points de Tbistoire des nerfs. Nous commencerons par le mode d'origine apparente.

Je vous rappelle que les nerfs constituent d^s paires symétriques, et sont divisés en nerfs crâniens et nerfs rachidiens. Les premiers naissent directement de Tencéphale et sortent par les trous du crâne; les seconds naissent de la moelle épinière. On sait depuis longtemps que Torigine des nerfs rachidiens a lieu par deux racines qui ont reçu le nom de racine antérieure et racine postérieure, parce

que Ton a pris l'homme comme type. Ces racines sont formées chacune par plusieurs filaments qui se rapprochent les uns des autres à mesure qu'ils s'éloignent de la moelle épinière, et forment deux cordons, Tun pour la racine antérieure, l'autre pour la racine postérieure, cordons qui se réunissent, entremêlent leurs fibres, et constituent ainsi un nerf mixte. Un peu avant le point de coalescence des deux racines, l'une d'elles, la postérieure, traverse un ganglion nerveux, le ganglion spinal, et présente dans l'intérieur de ce ganglion une disposition particulière dont nous aurons à parler plus tard. Ces notions avaient également été, pour la plupart, indiquées déjà avant notre siècle ; mais, même au point de vue anatomique, on n'a étudié avec soin les racines des nerfs que depuis les découvertes physiologiques qui ont déterminé leurs fonctions.

Depuis que Ton observe des maladies, on avait remarqué que la paralysie du mouvement peut se rencontrer dans une r^ion plus ou moins étendue du corps, dans une moitié latérale par exemple, et que cependant la sensibilité peut rester intacte dans cette région : on avait observé aussi que la sensibilité peut être abolie dans une partie, dans un membre par exemple, alors que les mouvements y sont encore plus ou moins libres. On avait même sans doute constaté qu'il est rare de rencontrer simultanément la paralysie du mouvement et celle du sentiment dans une même partie du corps. Il n'est donc pas étonnant que Ton ait depuis longtemps imaginé des hypothèses pour expliquer ces faits.

Érasistrate admettait l'existence de deux sortes de nerfs, les uns destinés à la sensibilité, les autres au mouvement.

RACmËS DES NERFS. 107

Ceux-là tirent, suivant lui, leur origine des méninges ou enveloppes de l'encéphale; ceux-ci, du cerveau ou du cervelet. Galien étudia aussi cette question. Pour lui, il y a trois sortes de nerfs, lesquels différeraient, non-seulement par leur lieu d'origine et leurs fonctions, mais encore parleur consistance : les uns, nerfs durs, destinés au mouvement, naîtraient de la moelle ; les autres, nerfs mous, destinés à la sensibilité, viendraient du cerveau ; enfin, il y aurait des nerfs de consistance moyenne, émanant des parties du cerveau qui sont les plus rapprochées de la moelle. Ces vues sur la physiologie des nerfs, quelque imparfaites qu'elles fussent, auraient pu conduire Galien lui-même ou quelqu'un de ses successeui^s à la découverte des fonctions des racines; mais il n'en fut rien, et il faut en venir au siècle dernier, à moins qu'on ne veuille citer Dulaurens, pour trouver de nouveau une allusion à l'existence probable de nerfs différents, les uns destinés au mouvement, les autres à la sensibilité. C'est dans un des ouvrages de Boerhaave que nous la trouvons. « De cette moelle, dit-il, sortent deux sortes de nerfs, les uns servant au mouvement, les autres au sentiment, et qui jamais ne communiquent entre eux. » Mais comment naissent ces nerfs? Dans quelle relation sont-ils avec la moelle épinière, et entre eux? Boerhaave n'en a aucune idée ; aussi ajoute-t-il plus loin : Quis dicet hic : hoc movet, hoc sentit ? Willis partageait ces idées ; mais Haller ne les accepta pas et chercha à expliquer d'une autre façon les faits de paralysie isolée du mouvement. 11 ne fut guère heureux d'ailleurs dans ce cas. Pour lui, les faits d'abolition du mouvement, avec conservation de la sensibilité, lesquels étaient alors les plus connus,

s'expliquent par le peu d'étendue ou de gravité de la lésion des centres nerveux. Les parties lésées peuvent encore suffire aux manifestations de sensibilité, car la sensibilité n*exige, dit Haller, qu'une force nerveuse peu considérable, tandis que le mouvement, qui réclame un plus grand degré de force nerveuse, ne peut plus s'exécuter.

Dans notre siècle, et avant le premier écrit de Cb. Bell, Lamarck s'exprime d'une façon très-nette sur ce sujet : « A l'égard des animaux qui ont une moelle épinière, dit-il, il part de toutes les parties de leur corps des filets d'une extrême finesse qui, sans se diviser ni s'anastomoser, vont

se rendre au foyer des sensations Quant aux nerfs

qui sont destinés au mouvement musculaire, ils partent vraisemblablement d'un autre foyer, et constituent, dans le système nerveux, un système particulier distinct de celui des sensations, comme ce dernier Test du système qui sert aux actes de l'entendement» (l). Il est clair, d'ailleurs, que Lamarck, pas plus que ses devanciers, n'était sorti du domaine des hypothèses, et n'avait pensé à localiser dans tels ou tels nerfs la sensibilité et le mouvement.

Le premier auteur qui eut l'idée d'attribuer à chacune des deux racines des nerfs un rôle fonctionnel différent, est Alexandre Walker : mais il ne chercha pas à contrôler son hypothèse par l'expérience, et il ne put pas, par conséquent, reconnaître l'erreur qu'il avait commise dans la détermination des fonctions des racines. Il avait, eu effet, assigné aux racines et colonnes antérieures de la

{^) Philosophie zoologique, 4 809. (Citation empruntée à M. Loiiget^ Traité d' Anatotnie et de Physiologie du système nerveux y t. I, p. 25.)

moelle les fonctions de sensibilité, et celles du mouvement aux postérieures.

Charles Bell, en 18H, publia un petit écrit, tiré à cent exemplaires, et intitulé : An idea ofanew anatomy ofthe Brain. C'est dans ce travail qu'il expose le résultat de ses méditations et de ses expériences ; et c'est là, assurément, que se trouvent les seuls titres qu'il puisse invoquer à Tappui de ses prétentions à la découverte des fonctions distinctes des racines des nerfs. Aussi est-il nécessaire d'en donner une courte analyse.

L'idée dominante de ce mémoire, c'est que les nerfs possédant plusieui*? fonctions ne sont pas des nerfs simples, mais bien des faisceaux formés par la réunion de plusieurs nerfs doués chacun d'une fonction distincte. Et cette réunion n'a lieu que pour la commodité de la distribution. Ainsi, dit-il, les nerfs de sensibilité, les nerfs du mouvement, et les nerfs vitaux sont distincts durant tout leur trajet quoiqu'ils paraissent unis parfois en un faisceau.

Pour bien comprendre la manière de voir de Ch. Bell, il faut savoir qu'il était nourri des idées de Willis sur la physiologie du système nerveux. Pour lui, comme pour Willis, le cerveau proprement dit est le centre de la sensibilité et du mouvement; le cervelet préside aux actions vitales (circulation, nutrition, sécrétions, etc.). Après avoir admis ces principes, Ch. Bell constata qu'il existe dans la moelle deux sortes de faisceaux : les uns, antérieurs, qui sont la continuation des cuisses ou pédoncules du cerveau ; les autres, postérieurs, qui sont la continuation des pédoncules du cervelet. Comme il lui paraissait très-diflBcile d'agir sur le cerveau ou sur le cervelet eux-mêmes aGn de vérifler les hypothèses relatives à leurs fonctions, il pensa

qu'on pourrait plus aisément expérimenter sur les faisceaux de la moelle qui en sont la continuation, et qu'on serait en droit d*appliquer les données obtenues ainsi aux diverses parties de Tencéphale. De plus, considérant que les nerfs naissent par deux racines, Tune qui vient des parties antérieures de la moelle, et Taulre des parties postérieures, il pensa que chacune de ces racines était chargée de conduire, aux parties qu'elle anime, l'influence émanée de la région de l'encéphale avec laquelle elle est en rapport par l'intermédiaire des faisceaux de la moelle. Ainsi, la racine antérieure transmettrait l'influence du cerveau, et la racine postérieure l'influence du cervelet. Théoriquement, pour Ch. Bell, la racine antérieure était donc le cordon conducteur de la sensibilité et de la volonté (fonctions du cerveau proprement dit) ; et la racine postérieure servait à conduire Tinfluence vitale (fonctions du cervelet). Il faut bien avoir ces points de départ présents à l'esprit ; sans cela il est impossible de rien comprendre aux premiers travaux de Ch. Bell; et, je le répète, tout cela n'est guère que la reproduction des idées de Willis.

Jusqu'ici il n'y avait qu'une hypothèse assez séduisante, mais qui n'avait rien de bien neuf au fond, puisque la base de cette hypothèse était empruntée à Willis, et que l'idée d'attribuer des fonctions différentes aux racines avait déjà été exposée par Walker. Il fallait une démonstration quelconque. Or, Ch. Bell, le premier, tenta des expériences sur les racines et sur les faisceaux de la moelle. Dans une première expérience, il met la moelle à découvert sur un lapin mort récemment : il remarque que Texcitation de la partie antérieure de la moelle , c'est-à-dire des faisceaux antérieurs, produit des convulsions, tandis qu'en irritant la

partie postérieure, il ne provoque pas de mouvement. Après avoir mis à nu les racines des nerfs spinaux, il coupe les racines postérieures et ne remarque i)as de contractions, tandis que l'excitation des racines antérieures, avec la pointe du scalpel, faisait immédiatement entrer les muscles en convulsions. Telles sont les premières expériences de Ch. Bell. Ce sont, en réalité, les premiers faits expérimentaux qui aient démontré que les deux racines de chaque nerf ont des fonctions différentes. Aussi conçoit- on que ces expériences l'aient vivement frappéet l'aient conduit à dire : c'est alors que je compris le but de la double connexion d'un nerf rachidien avec la moelle, eu que tout nerf exerçant une double influence devait ce privilège à deux racines. Ch. Bell fit encore une autre expérience non moins remarquable. 11 met la moelle à nu sur un lapin vivant, et constate que la section des racines postérieures laisse aux muscles leur raotilité. «Après cette section, dit-il, la douleur accompagnant l'opération nous empêcha de juger du degré de sensibilité de la partie à laquelle se distribuaient ces racines. y>

Telles senties expériences de Ch. Bell, et nous avons vu aussi les idées que ces expériences étaient appelées à contrôler. Or, il est bien singulier de voir quelle signification on a donnée plus tard à ces idées et à ces expériences. On a vu là une preuve que Ch. Bell avait découvert la véritable fonction des racines, alors que tout devait éloigner d'une pareille interprétation. On a cru que Ch. Bell, en parlant de la double influence de tel ou tel nerf, entendait parler de la seusitivité et de la motricité du nerf; mais il est évident qu'à ce moment du moins, le physiologiste anglais donnait un tout autre sens aux mots qu'il employait. Pour lui, la

double influence ne se rapportait pas au mouvement et à la sensibilité. Il s'agissait certainement de la double influenoe du cerveau et du cervelet. Les racines antérieures, continuation des pédoncules cérébraux par l'intermédiaire des faisceaux antérieurs de la moelle, servaient en même temps à la sensibilité et aux mouvements volontaires, fonctions dévolues au cerveau ; tandis que les racines postérieures qui émanaient des pédoncules cérébelleux par l'intermédiaire des faisceaux postérieurs, participaient aux fonctions du cervelet, aux fondions vitales: et c'est dans ce but que cbaque nerf naissait par deux racines, a6n de transporter dans .tout le corps cette double influence nécessaire à l'organisme. Les résultats expérimentaux s'expliquaient du reste parfaitement en parlant de cette hypothèse. En excitant les racines antérieures sur un animal immédiatement après la mort, on devait naturellement déterminer des mouvements, puisque la motricité persiste alors encore pendant plusieurs minutes; mais la sensibilité que l'on attribuait à ces mômes racines ne pouvait pas se manifester, puisque l'animal était mort. D'autre part, lorsqu'on excitait les racines postérieures, on ne devait rien observer, puisqu'on opérait sur un cadavre, et que les actions vitales auxquelles présidaient ces racines étaient éteintes. L'expérience semblait donc confirmer parfaitement les vues théoriques de Gh. Bell. Il en était de même de l'expérience faite sur l'animal vivant. En effet, d'après l'hypothèse, la section des racines postérieures ne devait abolir que les actions vitales, et devait laisser intacts le mouvement et la sensibilité : or, après cette section, on constate que les muscles, auxquels se rend le nerf mis en expérience, conservent leurs mouvements. Quant à lasensi*

RACINES DES NBEFS. 113

bilité» Ch. Bell nous dit que la douleur causée par l'opération ne permit pas déjuger du degré de sensibilité des parties auxquelles sedistribuaient les nerfs.Cette phrase me paraît ne pouvoir laisser aucun doute sur la manière de voir de Cb. BelL II croyait évidemment à la conservation de la sensibilité après la section des racines postérieures; et, si Ton ne pouvait pas en apprécier le degré, c'est à cause des difficultés provenant de la douleur produite par l'expérience.

C'est là, en analyse, la substance du premier travail de Ch. Bell. Il n'y a pas la moindre mention de la sensibilité des racines postérieures ; et tout se borne, en un mot, à une confirmation expérimentale de vues théoriques analogues à celles de Willis, mais appliquées à la physiologie des racines des nerfs et des faisceaux de la moelle épinière. Quiconque abordera cette étude sans prévention, sans parti arrêté d'avance, arrivera à la même appréciation .

Après ce premier mémoire, dix années s'écoulent, et en 1821, Ch. Bell communique à la Société royale de Londres un nouveau mémoire sur Tarrangement des nerfs, en particulier des nerfs de la face. Dans ce mémoire, il insiste surtout sur les fonctions du nerf trijumeau et de la portion dure du septième nerf, c'est-à-dire du nerf facial. Il relate diverses expériences qui lui paraissent jeter un jour nouveau sur ces fonctions. Et, en efiet, elles montrent de la façon la plus nette que ces nerfs, dont Taction était plus ou moins confondue jusque-là, ont un rôle différent. Ce travail, bien que très-remarquable, ne contient pas la moindre proposition tendant à démontrer que Ch. Bell ait démêlé alors les fonctions véritables de chacun de ces deux nerfs. Tout au contraire, on y voit la preuve raani-

VULPIAN. — PHÏS. DU StST. HIRT. 8

ll/i PUYSI0L061B DU SYSTÈME KERVËUX.

feste qu'il ignorait encore ces fonctions. La même année, John Shaw, son parent et son élève, vint en France et répéta ses expériences, en présence de Dupuy, Spurzheim et Magendie, et celui-ci en rendit compte dans son JourntU de physiologie (1). Après avoir coupé le nerf facial d'un côté sur divers animaux, Ch. Bell avait montré que les mouvements de la narine du côté corraspondant cessaient, tandis que de Taulre côté, le facial étant intact, la narine était animée de mouvements alternatifs de dilatation et de resserrement, qui correspondaient aux mouvements respiratoires du thorax : il y avait de plus un changement d'expression dans la face, du côté correspondant à la section ; et, enfin, d'après lui, les lèvres et les joues continuaient à exécuter les mouvements normaux pendant la mastication. Ch. Bell attribuait la persi^ance de ces derniers mouvements à l'influence du nerf trijumeau. En couput, ches d'autres animaux, les rameaux sus-orbitaire et sous-orbitaire du nerf trijumeau, d'un côté, il produisait, disait-il, une abolition de la sensibilité de la peau de la face et des mouvements de mastication de ce côté ; mais les mouvements de la narine correspondante étaient parfaitement conservés.

Ainsi, Ch. Bell avait été conduit par ses travaux antérieurs à s'occuper des nerfs de la face, et il semble que ses nouvelles expériences auraient dû lui ouvrir les yeux et le mettre sur la trace de la vérité. Mais il n'en fut rien. U oonsidérele nerf trijumeau comme représratant, àlui seul, un nerf mixte radiidien : ce fut là certainement une vue des plus ingénieuses, déjà émise d'ailleurs avant lui (i), et

(4) Journal de physiologie expérimentale, U 1, n^ de décembre, 4 822. (2) Prochaska avait déjà fait cette assimilation de la façon la plus nette :

que les recherches ultérieures ont pleinemeut confirmée ; mais il appliqua aux nerfs de la cinquième paire les idées inexactes quMl s'était faites sur les nerfs rachidiens. Le nerf trijumeau naît par deux racines, comme un nerf rachidien: Ch.Bell fait provenir Tunè des racines du cerveau, et Tautre du cervelet; la première sert, par conséquent, suivant lui, aux fonctions cérébrales, c'est-à-dire au mouvement voloo* taire et à la sensibilité ; la seconde, aux actions vitales dont le cervelet est le foyer. Le nerf trijumeau est donc un nerf complet, et c'est, ajoute le physiologiste anglais, le seul de tous les nerfs crâniens qui soit ainsi en rapport avec le cerveau et avec le cervelet. Il n'y a pas un seul mot qui fasse la part fonctionnelle de chacune des racines du nerf trijumeau, telle que nous la faisons aujourd'hui. Considérant le nerf trijumeau dan» son ensemble, Ch. Bell en fait le nerf de la sensibilité de la face, des mouvements volontaires de la face et des muscles masticateurs, et enfin des actions vitales, car il montre qu'il fournit aux glandes salivaires. Mais le nerf facial? Quel vtAe lui attribue-t-il,Ch. Bell? Il ne faut pas s'y méprendre ;'ce n'est pas pour lui le nerf qui préside aux mouvements volontaires de la foce. Non: c'est aux mouvements involontaires qu'il sert. Il tient sous sa dépendance les mouvements respiratoires et les mouvements expressifs. Il fait partie de la classe des nerfs que Ch. Bell appelle nerfs surajçutés, nerfs qui ont des fonc-

V Qaîs rationem dabit quare omnium cerebri nervorura solum quin-

itim per optuin suum more nervorum spinalium ganglion seminulare dîctaoi focere débet, sub quo peculiaris funiculorum fascicuias ad terlium qmaii paris ramuin, œaxi'larem inferiorem dictum, prospérât insafiitato gaoglio semilunari ad similiiudinem radicuiu aateriorum «ervoru» spùifiiîiim? » (G. Procbaska, De étrwiura nervorum, Viadobonçe, 4 779, p. 94 .)

1 16 PHYSIOLOGIE D13 SYSTKMt: NERVEUX.

lions particulières, différentes de celles des nerfs ordinaires. Il suffit de lire avec la moindre attention le mémoire de Ch. Bell, pour se convaincre sur ce point. La section du nerf facial n'abolit, d'après lui, que les mouvements de la face qui sont en relation avec ceux qu'exécute le thorax pour la respiration, el, d'autre part, les mouvements d'expression ; mais les mêmes muscles qui ont perdu cette partie de leurs fonctions répondent encore librement aux incitations volontaires^ tant que le trijumeau reste intact.

Telle était, à cette époque, la théorie de Ch. Bell sur les nerfs de la face.

Le physiologiste qui devait bientôt montrer la plus grande ardeur à revendiquer pour Ch. Bell l'honneur de la découverte des fonctions des racines, J. Shaw, publie, peu de temps après le travail dont nous venons de parler, un mémoire intitulé : Expériences sur le système nerveux. Dans ce mémoire, à l'exemple de Ch. Bell, il admet que les muscles de la face ne sont pas animés seulement par le facial. Il dit, en effet, que chez un âne, après la section de la branche sous-orbitaire du trijumeau du côté gauche, les muscles de ce côté de la face étaient devenus inhabiles à la mastication et aux mouvements volontaires, car Tanimal ne pouvait plus se servir de sa lèvre pour la préhension de ses aliments : la sensibilité était en même temps abolie : mais les mouvements respiratoires de la face persistaient.

En 1822, J. Shaw publie un nouveau mémoire sur la paralysie partielle, mémoire dans lequel il cite des cas de paralysie isolée du nerf facial. Or, il est facile de constater qu'à ce moment encore, ses idées et celles de son mattre n'avaient point changé. Dans un de ces cas de paralysie fa-

ciale, il montre que la sensibilité de la face était conservée, que les mouvements respiratoires de cette partie étaient abolis, mais que certains mouvements y persistaient. « Ces circonstaneesj dit-il^ suffisent pour prouver que les mêmes muscles de la bouche qui étaient paralysés dans leur action relative à l'expression et à la respiration, ne l'étaient pas dans leur action soumise à la volonté. »

Quoi de plus convaincant que cette analyse des travaux de Ch. Bell et de J. Shaw? Comment a-t-on pu trouver dans ces travaux une preuve quelconque à l'appui des pré* tentions de Gh. Bell?

En résumé, qu'a fait Gh. Bell relativement aux fonctions des racines des nerfs ? Dans quel état était la science sur ce point, au moment où Magendie publia ses premières recherches ? Le voici en quelques mots. Pour Gh. Bell, chaque nerf rachidien était mixte, servant à la fois aux fonctions cérébrales et aux fonctions cérébelleuses : il était mis en rapport avec le cerveau par sa racine antérieure ; avec le cervelet par sa racine postérieure. La racine antérieure, que Ton aurait pu appeler cérébrale, servait au mouvement volontaire et à la sensibilité ; la racine pos- (érieure, racine cérébelleuse, servait aux actions vitales ; c'était par son intermédiaire que le cervelet gouvernait les actions vitales de la partie animée par le nerf mixte.

Voilà quelles étaient les idées de Ch. Bell en 1821, lors de son premier mémoire lu à la Société royale, et en 1822, époque à laquelle il publia un second mémoire sur les nerfs de la respiration et de l'expression. 11 y avait loin évidemment de là à la détermination des véritables fonctions des racines des nerfs. 11 y avait si loin, que Gh. Bell

dotait une seule et même racine, la racine antérieure^ de la sensibilité et du mouvement volontaire, et qu'il attribuait une fonction tout à fait chimérique à la racine postérieure. Assurément, il y avait un progrès sur les doctrines qui avaient précédé celle de Ch. Bell ; toutefois il ne con* sistait que dans une démonstration expérimentale établissant que les deux racines de chaque nerf rachidien ont des fonctions différentes, mais non dans la découverte de ces fonctions.

C'est en 1822 que Magendie (1) publia ses premiers résultats expérimentaux. Après avoir mis la moelle à nu sur des jeunes chiens, il coupe les racines postérieures des nerfs qui se rendent à Tun des membres postérieurs, et la sensibilité est abolie dans ce membre, tandis que la motilité volontaire y persiste ; faisant la môme opération sur les racines antérieures, il fait disparaitre le mouvement volontaire et laisse la sensibilité intacte; et enfin, la section des deux racines abolit, à la fois, le mouvement et la sensibilité. Il répète ces expériences sur les racines des nerfs qui vont à l'un des membres antérieurs ; il obtient exactement les mêmes résultats. Immédiatement, il tire la conclusion suivante : «11 me suffit de pouvoir avancer aujourd'hui que les racines antérieures et les racines postérieures qui naissent de la moelle épinière ont des fonctions différentes ; que les postérieures paraissent plus particulièrement destinées à la sensibilité, tandis que les antérieures semblent plus spécialement liées avec le mouvement. »

La découverte des fonctions véritables des racines des

(4) Journal de physiologie expérimentale^ t. I et II.

RAUNKS UliiS N£HFS. 119

Derlk spÂuaux était faite dès ce premier pas. C'était, eu effet, la première fois que Ton attnbuait au]c racines antérieures la fonction de la motricité, et aux moines posté* heures la fonction de la sensitivité, et la première fois qu'on démontrait par l'expérience la réalité de ces fono-

tiODS.

La même année, Hagendie publie (22 oct. 182S) un second mémoire sur le même sujet. Dans ce mémoire, il rapporte d'abord une expérience très<-ingéoieuse qu'il a instituée dans le but de contrôler les premiers résultais qu'il avait obtenus. II empoisonne, avecdela noix Tomique, des animaux dont les uns ont eu les racines postérieares des nerfs d'un membre coupées, et dont les autres ont subi la section des racines antérieures des mômes nerfs. Or, chez les premiers, les convulsions se montrent dans le membre dont les nerfs ne sont plus en communication avec la moelle que par les racines antérieures, tandis qu'elles manquent complètement chez les autres dans le membre dont les nerfs ne communiquent avec la moelle que par les racines postérieures. Puis il revient à des expériences directes sur les racines. Il &ut noter que, même dans les conclusions de scmi premier travail, il n'avait pas été autièrement absolu: or, dans ses nouvelles expériences» il arrive a des résultats bien moins précis en appa* renoe.

Sur un animal vivant, Hagendie irrite les racines postérieures et observe de vives douleurs. Mais, en même temps, il se produit, presque toutes les fois, des contractions dans les musdes auxquels se distribuent les nerfs en rap-port avec œs racines. 11 coupe un faisceau de racines posté* rieures et ohserve titi mouvement de lotalité dans le mem-

bre correspondant. Puis, il excite les racines antérieures d'autres nerfs : les contractions ainsi provoquées sont trèsfortes, convulsives même, tandis que les signes de sensibilité sont à peine visibles. En face de ces nouveaux résultats, Magendie fut conduit à modifier quelque peu ses premières conclusions. « Ces faits, dit-il, sont donc confirmatifs de ceux que j'ai annoncés ; seulement 'ils semblent établir que le sentiment n'est pas exclusivement dans les racines postérieures, non plus que le mouvement dans les antérieures. » Toutefois il fait observer qu'ayant soumis à l'expérimentation les racines séparées de la moelle, il n'obtint plus aucun résultat du même genre. Magendie eut ensuite recours aux excitations galvaniques, dont les résultats parurent confirmer ceux que lui avaient donnés ses expériences précédentes. En effet, il y eut des contractions avec les deux sortes des racines; mais la galvanisation du bout périphérique des racines postérieures produisit des contractions en général beaucoup plus faibles et beaucoup moins complètes que celles qui se montraient sous l'influence de la galvanisation des racines antérieures.

Ce sont là les expériences que fit Magendie en 1822, sur les racines des nerfs spinaux. On voit que, dès lors, il avait non-seulement reconnu, comme Ch. Bell, la différence de fonctions des deux racines des nerfs, mais qu'il avait été bien plus loin que le physiologiste anglais, en montrant que les racines antérieures servent au mouvement, et les postérieures, à la sensibilité. Seulement, il avait conclu de ses expériences que ces attributs ne sont pas exclusifs : les racines antérieures, bien que plus particulièrement destinées à conduire les excitations motrices, lui avaient paru sensibles; et les postérieures, quoique

plus spécialement affectées au service de la sensibilité, lui avaient semblé quelque peu motrices. Il n'est pis sans intérêt de rechercher comment il avait été conduit à cette manière de voir, car cet examen nous montrera combien peu étaient fondés les reproches qui lui ont été adressés sur ses tergiversations.

Magendie excite une racine postérieure intacte ; il y a de la douleur, et, en même temps, il se produit un mouvement plus ou moins prononcé dans le membre correspondant. N'est-ce point là ce qui arrive constamment dans le cas où Texpérience est faite sur des racines tenant encore à la moelle? Ce mouvement peut être causé par la douleur ; et, en tout cas, il est surtout le résultat d'une action réflexe des plus simples : l'irritation de la racine postérieure met en jeu une région plus ou moins limitée de la substance grise de la moelle épinière, et de cette région part une excitation qui est conduite aux muscles du membre par les racines antérieures correspondantes. Magendie obser\ait donc un phénomène d'action réflexe ; mais, comme à cette époque, malgré les indications antérieures de Prochaska et de Legallois, l'attention n'était pas portée sur ce genre de phénomènes, il avait pu croire que l'excitation des racines postérieures déterminait directement de légères contractions (1).

Quant aux racines antérieures, Magendie a fait voir qu'en les excitant on détermine des contractions très-fortes, et ce résultat s'obtient constamment. Mais il a (ionstaté en même temps quelques signes, à peine visibles, de sen-

(4 } La lecture de son second mémoire monde pourtant qu*il doutait de ceUe action directe des racines postérieures sur les muscles.

sibilité. Ici encore il avait bien observé, car c'est là le résultat très-réel de Texpérience faite sur les racines antérieures intactes , lorsque les racines postérieures le sont elles-mêmes. Ces signes de sensibilité sont même, dans certaines conditions, non pas à peine visibles, mais très-manifestes; etMagendie constatait dès lors, sans s'en rendre compte, les premiers indices du phénomène si intéressant qu'il devait faire connaître plus tard, c'est-à-dire de la sensibilité récurrente. Gomme nous le verrons, la douleur produite dans ces circonstances est due à ce que la racine antérieure contient des fibres sensitives émanées de la racine postérieure, et qui, après avoir suivi le nerf mixte jusqu'à une certaine distance du point de réunion des deux racines, rebrousse chemin, s'accole à la racine antérieure, et remonte ainsi vers la moelle épinière.

Et maintenant, que dire des expériences faites à l'aide du galvanisme? Évidemment elles avaient moins de valeur que les précédentes ; mais les résultats qu'elles ontdonnés alors sont encore ceux qu'on obtiendrait, en se plaçant dans les mêmes conditions. Si la galvanisation de la racine postérieure, séparée de la moelle, déterminait des mouvements, on peut, en supposant que toutes les précautions riécessaires pour se mettre à l'abri des courants dérivés aient été prises, en donner encore une explication très-simple. Lorsque l'on emploie un courant galvanique très-fort, il se produit dans toute la longueur des fibres sensitives une modification dont je vous ai déjà parlé, un état électro-Ionique, lequel communique alors, par une sorte d'induction, une excitation aux fibres motrices accolées à ces fibres sensitives dans le nerf mixte, et provoc|ue ainsi des contractions dans les muscles correspondants.

RACINES DES NEftPS. ISS

Ainsi, les expériences de Magendie devaient nécessairement le conduire aux conclusions qu'il en a tirées, et je ne vois en rien ce qui autorisait à considérer ses assertions comme contradictoires. Il est vrai qu'en 4839, il déclarait que la section des racines antérieures abolit tout mouvement, tandis que la section des racines postérieures abolit toute sensibilité, propositions beaucoup plus absolues que les premières; mais c'est qu'à ce moment il avait pu se rendre compte des phénomènes accessoires qui compliquaient les résultats de ses premières expériences. En tout cas, il y aurait une exagération extrême à considérer cette modification de ses premières conclusions comme une contradiction, et surtout à vouloir y trouver un argument quelconque contre ses droits à la découverte des fonctions des racines des nerfs.

 peine les mémoires de Magendie avaient-ils paru en 1822, que Ch. Bell réclama la priorité de celte découverte, et peu s'en fallut qu'il ne la présentât même comme déjà connue et vulgaire, pour ainsi dire, depuis plusieurs années, en Angleterre. IlsuflRt de parcourir les publications faites dans ce pays avant 1823, pour reconnaître qu'aucune d'elles ne contient la moindre mention de ce grand progrès physiologique.

n y a plus : les publications de Ch. Bell lui-même, celles de 1821 et 1822, comme je l'ai déjà dit, n'en renferment aucune indication, pas plus que les premiers travaux de J. Shaw, et il n'y a réellement rien de plus probant que de voir des mémoires étendus, traitant des fonctions des nerfs, ne pas contenir une seule phrase, quelque courte qu'elle soit, dans laquelle il soit dit que les racines antérieures des nerfe spinaux servent au mouvement, et les racines posfté-

heures à la sensibilité. Et comment Ch. Bell aurait-it pu faire une allusion quelconque à cette détermination des fonctions de racines, puisque, ainsi que nous l'avons vu, il avait sur ces fonctions des idées entièrement inexactes! Magendie lui a rendu certainement toute j ustice, lorsque , après avoir analysé l'écrit de 1811, il ajoute: «On voit, par cette analyse d un ouvrage que je ne pouvais connaître, puisqu'il n'a pas été publié (il avait été imprimé seulement pour les amis de Tauteur), que M. Bell, conduit par ses ingénieuses idées sur le système nerveux, a été bien près de découvrir les fonctions des racines spinales ; toutefois, le fait que les antérieures sont destinées au mouvement, tandis que les postérieures appartiennent plus exclusivement au sentiment, paraît lui avoir échappé; c'est donc à avoir établi ce fait d'une manière positive que je dois borner mes prétentions.» (Note du 22 octobre 18-22.)

Je conçois que Ch. Bell, voyant lui échapper une si belle découverte qu'il avait été sur le point de faire, ait tenté de s'attribuer la part aussi large que possible, bien que Ton doive le blâmer d'avoir injustement refusé à Magendie toute espèce de droits. Je conçois encore très-bien que dans le pays de Ch. Bell on ait tout fait pour appuyer ses revendications; mais, ce qui me parait surprenant, c'est qu'en France il ne se soit élevé aucune voix en faveur de Magendie, alors que ses titres sont si évidents. Comment expliquer une pareille singularité? Cela tient certainement à ce que l'historique de la découverte en question a été tout d'abord présenté d'une façon très-inexacte, et à ce que tous les auteurs, se répétant les uns les autres, sans recourir aux textes, ont uni par donner pour ainsi dire force d'axiome à ce qui avait tant besoin d'une démonstration sérieuse.

Cela lient encore à ce que les quelques écrivains qui ont essayé de remonter aux sources ne sont pas allés assez loin et ont trouvé ces sources altérées de la façon la plus profonde et la plus habile.

Qu'un auteur, par exemple, cherche à bien déterminer queb sont les titres de Ch. Bell à la découverte des fonclions des racines des nerfs, il sera d'abord forcé probablement de renoncer à consulter, dans son entier, l'écrit de 1811, car on ne le trouve que bien difficilement. Mais comme Ch. Bell a réuni dans un volume publié d'abord en 182& (1), puis sous une autre forme en 1830 (2) et dans les éditions suivantes, ses divers travaux sur le système nerveux, on sera amené à recourir à ces volumes. Or, ces volumes contiennent les deux premiers mémoires présentés à la Société royale de Londres, en 1821 et 1822 : comme le mémoire publié en 1821 traite assez longuement des nerfs de la face, on s'attend bien à y trouver quelques indications montrant que Ch. Bell connaissait à ce moment les véritables fonctions des racines des nerfs spinaux, et surtout celles des nerfs de la face. Et ces indications, on les trou\e en effet. Mais ce mémoire est loin d'être là tel qu'il a été publié en 1821 ; il a subi des modifications considérables. Les mots et les passages compromettants sont supprimés ou entièrement changés, et çà et là se rencontrent des interpolations qui dénaturent complètement le sens primitif. Ainsi, pour n'en citer que quelques exemples, Ch. Bell, dans le mémoire de 1821, parlant du nerf triju-

(4 ) An eicposition of the natural «ystem ofthe nerves ofthe human body^ with a republication to the papers delioered lo the Royal Society^ on the subjeet of the nerves. LondoD, 4 824 (în-8).

(t) The wrvous sy$tem of the human body, Londoo, 4830 (în-4).

meau, dit: «Ses branches s'éparpillent dans la peau et pénètrent dans tous les muscles, elles sont surtout nombrèmes dans les muscles qui meuvent les lèvres sur les dents. En effet, à cette époque, le nerf trijumeau était pour Gh. Bell le nerf présidant au mouvement volontaire des lèvres. Plus tard, éclairé par les expériences de Magendie, il change un peu les derniers mots de la phrase de son livre, et dit: celles sont surtout nombreuses dans b^slèvres.T» L'erreur a disparu. Ailleurs, parlant du nerf facial, il dit : a Dans cette distribution étendue, le nerf pénètre dans tous les muscles de la face, muscles qui reçoivent aussi les branches de la cinquième paire. » Dans le volume, il ajoute un mot signi6catif : «les branches sensitives de la cinquième paire.» En 1821, il a fait pénétrer les branches du nert facial dans la peau de la joue ; en 182A, il n*est pas convaincu que ces branches pénètrent dans la peau ; en 1 830, la phrase est entièrement supprimée. Un peu plus loin, à propos d'une expérience sur le nerf trijumeau, il s'exprime ainsi en 1821 : <c La perle du mouvement des lèvres dans Taclion de manger fut si évi* dente, que Ton considéra comme une cruauté inutile de couper les autres branches du cinquième nerf. » Dans le traité, Ch. Bell remplace tout simplement un mot par un autre, et la phrase n'a plus rien de défectueux : « La perte de la semibilité des lèvres fut si évidente...» Dans un paragraphe du mémoire de 1821, le nerf trijumeau est indiqué comme étant le nerf des mouvements volontaires delà face ; dans l'ouvrage, le paragraphe est supprimé. Et je pourrais multiplier ces exemples.

Vous voyez dans quelles erreurs on serait entraîné si l'on se contentait de consulter la collection des luémpires de

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Ch. Bell sans remonter jusqu'aux publications primitives; et il est certain que Ueu des auteurs auront dû s'égarer de cette façon.

Mais comment n'ont-ils pas poussé leurs recherches plus loin, alors que le physiologiste dépossédé revendiquait ses droits? Car ne croyez pas que Mageudie n'ait pas rédainé. Il l'a fait à plusieurs reprises, et de la façon la plus nette : mais le jugement était rendu, et n'a plus été mis en discussion depuis lors. Ouvrez les traités de physiologie les plus estimés, et, dans tous, vous verrez Magendie relégué tout à fait au second plan, tandis que la découverte est attribuée à Ch. Bell.

Or, c'est là une injustice, une grande injustice. Pour Ch. Bell, je veux le répéter encore, les racines antérieures étaient à la fois chargées de conduire les impressions sensitives vers les centres nerveux et les excitations volontaires vers les muscles, et les racines postérieures servaient à transmettre aux parties l'influence exercée par le cervelet sur les actions vitales. Il a eu, comme nous l'avons vu, le mérite de faire les premières expériences sur les racines, de reconnaître qu'elles ont des fonctions différentes; mais ces expériences, en définitive, l'ont conduit à une conception des plus erronées. Le premier de tous les physiologistes, Magendie a découvert par Texpérimentation que les racines antérieures ont pour fonction la motricité, et les postérieures, la sensibilité.

Telles sont les considérations historiques et critiques que je voulais vous exposer sur la découverte des fonctions véritables des racines des nerfs. Dans cet exposé, je n'ai cédé à aucune préoccupation particulière; j'ai à peine connu Magendie et je ne suis attaché à sa mémoire par

aucun lien de i-econnaissance personnelle ; je n'ai été guidé que par un seul sentiment, l'amour de la vérité. Je sais combien il est difficile de détruire des erreurs profondément enracinées ; aussi ne puis-je pas espérer que les physiologistes reviennent immédiatement à une appréciation plus équitable des faits. Mais j'en suis pleinement convaincu : rinjustice que je combats aura son terme. Dans cinq ans, dans dix ans peut-être, on s'étonnera d'avoir pu si longtemps fermer les yeux à la lumière, et alors, la gloire de celte grande découverte reviendra tout entière et définitivement à son véritable auteur, à Magendie.

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