LEÇON DIX-NEUVIEME
Que la Poésie prophétique a adopté le style sentencieux.
Sommaire. Usage que suivaient les Hébreux clans le chant de leurs hymnes. Chœurs alternatifs, cause première de la forme observée dans la période poétique. Parallélisme des phrases; ce qu'on doit entendre par ce mot ; trois sortes de parallélisme. Exemples pris d'abord dans les livres poétiques , et ensuite dans ceux des prophètes. Opinion du Juif Azarias à ce sujet. Utilité de l'étude de la période poétique.
Il est constant que la Poésie hébraïque reçut la naissance et prit ses accroissemens successifs au service de la Religion , puisque, dès l'origine , elle fut spécialement chargée du soin de célébrer par des hymnes les louanges du Très-Haut ; de rendre , par son union avec la musique , le culte en quelque sorte plus saint et plus auguste ; et d'imprimer ainsi à la piété des fidèles une activité plus puissante et une ardeur toute céleste. Il est probable que cette destination primitive des hymnes aux cérémonies religieuses , ne contribua pas peu à donner à ce genre de poésie son caractère général , et à le revêtir de cette forme , qui , spécialement en rapport avec cet objet particulier, ne s'est pas moins conservée partout. Pour développer ce point avec plus de clarté , quelques courtes remarques sur la manière dont les anciens Hé-
breux chaulaient leurs hymnes , deviennent nécessaires.
Quoique nous ayons peu de notions sur le mode qu'ils suivaient dans le chant des hymnes, et que la question de la musique sacrée soit semée de difficultés et d'obscurité , cependant une foule de passages montrent clairement que c'était une coutume reçue parmi eux , de chanter les hymnes sacrés , en chœurs alternatifs (i); et tel était le procédé qui était observé quelquefois : l'un des chœurs chantait l'hymne, et l'autre, à des intervalles déterminés, répétait un distique intercalaire , ou refrain. C'est ainsi qu'on nous raconte que Moïse , réuni aux Israélites , chanta son ode sur les bords de la mer Rouge. « Marie la prophétesse , est-il dit dans » l'Exode (2) , portait un tambour, et était sui- » vie de toutes les femmes , qui , tenant aussi « des tambours , formaient des danses, et Marie » leur répondait; » c'est-à-dire , que Marie , avec toutes les femmes , interrompait de temps en temps le chœur des hommes , par ce refrain :
« Chantez en l'honneur du Très-Haut , parce qu'il a
» signalé sa puissance , » Parce qu'il a précipité dans la mer , le coursier et
» celui qui le montait, (a) »
• C'est ce qu'on remarque encore dans quelques psaumes , qui sont disposés en cette même forme. D'autres fois , l'ordre du chant était qu'à
(i) Voyez Néhcm. XII , a4, 3i , 38 , 4o , et le titre du Ps. LXXXVll.
(2) Exod. XV , 20. Voy. aussi Philon , dans ses traités de l'agriculture y et de la Vie contemplative. Textb dk M. Lowtit.
(a) Cantate Jehovœ, quia magnifiée sese extulit; Equum equitemqtte in mare dejecit. Kxod. XV. 1
des hébreux. 3. Part. Leçon 19. a85 chacun des versets que chantait le premier des deux chœurs , le second répondît par un refrain qui ne variait pas. Nous avons un exemple de cette pratique dans ce distique connu :
« Célébrez le Seigneur, parce qu'il est bon , y> Parce que sa miséricorde est éternelle, (a) »
Esdras nous apprend que c'était d'après l'ordre établi par David (1) , que les prêtres et les lévites le chantaient en chœurs alternatifs , comme on peut aussi le conclure de ce psaume même , où le second membre de ce distique , parce que sa miséricorde est éternelle , répété à la fin de chaque verset , forme un refrain invariable. (2) Telle est aussi la forme de ce chœur de femmes Israélites , au sujet de Saùl et de David. « Elles se répondaient, en jouant entre » elles , » dit le texte sacré (3) ; c'est-à-dire , qu'elles chantaient en chœurs alternatifs.
« Saùl en a tué mille , »
disait le premier ; le second répondait :
« Et David , dix mille, (b) »
C'est encore de la même manière qu'Isaïe nous peint les Séraphins chantant le trisagion. (4)
« Ils s'écriaient l'un à l'autre , dit le prophète ; » c'est-à-dire , qu'ils chantaient tour à tour :
TiXTB DE M. LOWTH.
(a)Celebrate Jehovam , quia bonus , Quia œterna est ejus benignitas.
Esdr. III, 11.
(1) Esdr. III, 11.— (2)Ps. CXXXV.— 13)1. Rois,XVIII,7. (b) Percussit Saulus milita sua ,
Et David suas myriadas.
(4) Is. VI , 3. Voyez aussi ce que dit Socrates , sur l'origine du chant aUcrnatifd.es hymnes , Histoire ecclésia&t. liv. VI, paragr, 8.
» Saint , saint , saint , le Dieu des années ; » Tout l'univers est rempli de sa gloire, (a)»
Dès les premiers siècles , l'Eglise chrétienne emprunta de la Religion judaïque l'usage des chœurs alternatifs, (ij On appelait cette sorte de chant , antiennes ou répons , lorsque les versets du psaume étaient chantés à l'alternative par une moitié du chœur. Mais lorsque le verset était partagé en deux , et que le second chœur chantait la dernière moitié , le chant recevait alors une dénomination particulière, caooç-tyja, cbcpoTe^euTia, Oxo^aXXetv. (2)
Si", comme tout doit porter à le croire , tel fut l'usage primitif ohservé dans le chant des hymnes , nous y découvrons la cause immédiate pour laquelle cette sorte de poème était artistement disposée en strophes égales , presque toujours en distiques , et ces distiques formés en quelque sorte de vers parallèles. Cette disposition se trouvant très-propre à la modulation musicale , qui , dès le commencement fut soigneusement cultivée , et ayant d'ailleurs le plus grand rapport avec le caractère de la langue et la nature de son rhythme, elle s'étendit facilement aux autres espèces de poèmes , quoiqu'ils ne fussent pas destinés à être chantés de lu même manière ; et c'est ainsi qu'elle devint d'un usage général dans la Poésie des Hébreux : de sorte
Texte db M. Lovvth.
{a) Sanctus,sanctus, sanctus , Jehova exercituum! Plena est gloriâ ejus universa tellus,
(1) Pline le jeune, lettre 97e, liv. 10 : « Ils sont dans » l'usage de chanter en chœurs alternatifs, des hymnes en » l'honneur du Christ, comme en l'honneur d'un Dieu. »
(2) Voyez Bingham. Antiq. eccl. Christian. XIV , 1.
des hébreux. 3. Part, Leçon 19. 287 que l'on a pu dire avec plus de raison , des Muses Hébraïques , que de celles d'aucune autre nation : Les Muses se plaisent à chanter tour à tour. A ce sujet , on peut remarquer encore que le mot hébreu qui signifie répondre , s'applique dans une acception plus étendue, à toute espèce de chant (1) ; soit que cette dénomination de l'espèce principale ait été étendue à toutes les autres ; soit que , parmi les Hébreux , presque tous les poèmes aient eu cette forme alternative. Telle est l'origine , tels sont les progrès que paraît avoir eus chez les Hébreux la disposition de la période poétique. Qu'elle ait été admise dans la Poésie prophétique, de même que dans l'ode et le poème didactique , avec lesquels , par sa nature , elle a la plus grande convenance, c'est ce qu'on peut reconnaître dans ces exemples si anciens de prophéties poétiques , que nous avons rappelés un peu plus haut. Il ne nous reste plus qu'à montrer qu'on la retrouve également dans celles que renferment les livres des prophètes ; et pour le faire avec plus d'évidence , après avoir distingué les diverses formes dont est susceptible cette disposition de phrase, nous tacherons de les éclaircir , d'abord par des exemples que nous emprunterons des livres universellement reconnus pour poétiques , et ensuite par d'autres semblables que nous puiserons dans les écrits des prophètes.
La disposition poétique des phrases consiste principalement dans l'égalité des membres de chaque période , et dans une sorte de similitude ou de parallélisme qui existe entre eux; de telle manière , que le plus souvent , dans deux
(1) Exod. XXXII, 18. — Num.XXI, 17. —Os. II, i5. — Vs, CXLIU. 9,7.
û88 DE LA POÉSIE SACRÉE
de ces membres , les objets répondent aux objets , les expressions aux expressions , avec la plus exacte symétrie. Cette correspondance admet divers degrés et une grande variété; elle est tantôt plus rigoureuse et plus marquée , tantôt plus libre et moins frappante. Il semble qu'on peut la réduire à trois espèces.
Les parallèles synonymes formeront la première ; lorsqu'une pensée étant énoncée , elle est exprimée de nouveau en d'autres termes, ayant à peu près la même signification. Ce genre d'ornement est peut-être celui qui est employé le plus fréquemment ; et très-souvent on y remarque la disposition la plus soignée et la plus élégante. Ici les exemples se présentent en foule, et le choix n'en est pas difficile. C'est pourquoi nous rapporterons, de préférence, les passages qui, pour d'autres motifs, sont généralement connus. Premier exemple :
« Lorsqu'Israël sortit de l'Egypte ,
» Et la maison de Jacob , du milieu d'un peuple
» barbare; y> Juda était le domaine saint du Seigneur , » Et Israël son empire.
» La mer le vit et s'enfuit :
» Le Jourdain retourna en arrière :
» Les montagnes bondirent comme des béliers , » Et les collines , comme les petits des brebis. » O mer , pourquoi as-tu fui ?
» Jourdain , pourquoi es-tu retourné en arrière ? » Montagnes , pourquoi avez-vous bondi comme des
» béliers; » Et vous , collines , comme les petits des brebis ? » O terre , tremble à l'aspect du Seigneur , » A l'aspect du Dieu de Jacob , » Qui change les rochers en lacs, » Et la pierre , en sources d'eaux vives, (a) »
Textr dk M. Lowth.
(a) Cùm ex Ire t Israël ex /Egypte ,
des hébreux. 3. Part. Leçon 19. 289 La poésie prophétique n'observe pas moins de régularité dans sa marche :
« Lève-toi , Jérusalem , revêts-toi de splendeur , car
» la lumière qui doit t'éclairer, paraît, » Et la gloire du Seigneur se lève sur toi. » Voilà qu'en effet les ténèbres couvriront la terre , » Et une épaisse obscurité , les peuples. » Mais sur toi se lèvera le Seigneur , » Et sa gloire se montrera au-dessus de toi ; » Et les nations marcheront à ta lumière , » Et les rois , à la lueur de ton aurore, (a) »
Il en est de même de cet oracle célèbre , sur l'abaissement et les souffrances expiatoires du
Messie.
« Qui a pu croire à notre parole ?
» Et à qui le bras du Seigneur s'est-il manifesté ?
» Il s'est élevé devant lui , comme un rejeton ,
» Et comme une tiçe , du sein d'une terre desséchée.
Domus Jacobi è populo barbaro ; Erat illi Juda in sanctam ditionem , Israël illius imperium.
Vidit mare , etfugit ; Jordanes conversus est rétro :
Montes subsiluerunt ut arietes; Colles , utfilii ovium.
Quid tibi , 0 mare , quodfugeris; Jordanes , conversas fueris rétro :
Montes, subsilueritis.ut arietes; Colles , ut jilii ovium ?
A conspectit Dominx contremisce , tellus ; A conspectu Dei Jacobi !
Qui vertit rupem in stagnum aquarum, Petram infontem aquarum. Ps. CXIII, 1. (a) Surge , effulge , nam venit lux tua ; Et gloria Jehovx super te oritur.
Eccè enim tenebrx operient terram; Et densa caligo populos :
Super te autem exorietur Jehova; Et gloria ejus super te conspicua erit. Et incedent génies in luce tua ; Et reges in splendore ortûstui. Is. LX, 1.
» Il n'avait ni beauté, ni éclat, pour attirer nos
» regards ; » Il n'avait aucun attrait , pour exciter nos désirs » Il a été méprisé , et n'a plus été compté au rang
» des hommes ; » C'est l'homme de douleurs; il a éprouvé la souf-
» france; » Il semblait nous cacher son visage ; » Il a été méprisé ; et nous n'en avons fait aucun cas. » II a véritablement supporté toutes nos infirmités , » Et pris sur lui toutes nos douleurs. » Cependant nous l'avons regardé comme blessé , » Comme frappé et tourmenté de la main de Dieu. » Mais il a été blessé à cause de nos péchés , » Et frappé à cause de nos iniquités : » Le châtiment qui lui est imposé , fait notre salut , » Et c'est à ses meurtrissures que nous devons notre
» guérison. (a) »
Isaïe excelle en ce point ; mais il n'est pas le seul , et les exemples de ce genre abondent chez les autres prophètes. Nous n'en ajouterons qu'un
(a) Quis credidit prxdicationi nostrœ ?
Et brachium Jehovœ cuinam patefactum est ?
Ascendit enim coram eo ut surculus ,
Et ut stirps è terra siticulosâ ;
Nulla illi forma y nirflus décor, ut aspiceremus
eum ; Neque erat aspectus ejus , ut eum cuperemus. Contemptus , neque ampliùs inter viros habitus; Vir dolorum , et œgritudinem expertus ; Et veluti quifaciem à nobis absconderet , Contemptus , neque eum œstimavimus.
Certè infirmîtates nostras ipse pertulit ; Et dolores nostros ipse sustinuit ; Nos tamen eum œstimavimus plagâ affectum ; Percussum divinitùs , et afjlictum.
Illeautem vuhieratus estpropterpeccata?wstra; Contusus oh nostras iniquitates ; Pœna nobis salutaris ei imponitur ; Et per ejus Uvoremût nostra curât io.
Is. LUI, t-5
des hébreux. 3. Part. Leçon 19. 291 seul , pris d'Osée , et qui par surcroît est plein du plus vif pathétique :
« Comment consentirai-je à te livrer à tes ennemis ,
» ô Ephraïm !
» A t'abandonner à leur pouvoir , ô Israël ! » A te rendre semblable a Adama ; » A te traiter comme Séboïm !
» Mon cœur change au-dedans de moi , « Et mes entrailles sont émues de repentir. » Non , je ne suivrai point l'ardeur de ma colère ; » Je ne perdrai point Ephraïm une seconde fois : » Parce que je suis Dieu , et non un homme ; » Parce que je suis le saint qui réside au milieu de
» toi , quoique je n'habite point les villes, (a) »
Ces parallèles synonymes offrent une grande variété de formes , et nous ne croyons point inutile d'en faire remarquer quelques-unes en particulier. Le parallélisme est produit quelquefois par la répétition du premier membre de la période , ou en totalité , ou en partie :
« Depuis ma jeunesse , mes ennemis m'ont souvent
» attaqué; » Que tel soit le cri d'Israël :
» Depuis ma jeunesse , mes ennemis m'ont souvent
» attaqué , » Cependant ils n'ont pas prévalu contre moi. (6) »
Texte de M. Lowth.
(a) Quomodo dedam te, 0 Ephraïm !
Addicam te , 0 Israël !
Quomodo reddam te Adamse similem ;
Faciam te instar Zeboïmorum !
Intùs convertitur cor meum ;
Simul sestuant viscera mea pœnitentiâ.
Non exsequar irse mese fervorem ;
Non iterùm perdam Ephraïmum :
Quia Deus ego sum , et non homo ;
In medio tai sanctus , quanquam urbes non habito Os. XI , 8 et 9.
(6) Multùm opugnaverunt me ab adolescentiâ meâ;
Dicat nunc Israël :
» Dieu des vengeances , Seigneur ;
» Dieu des vengeances , montrez-vous dans tout
» votre éclat.
» Jusqu'à quand les impies , Seigneur , » Jusqu'à quand les impies seront - ils triom-
» phans. (a) »
« Armé de la mâchoire d'une âne , j'ai porté le trouble
» parmi eux ; » Armé de la mâchoire d'un âne , j'ai abattu mille
» guerriers, {b) »
C'est ainsi qu'Isaïe dit :
« Ar-Moab est ravagé pendant la nuit ; ii est ruiné
» de fond en comble.
» Kir-Moab est ravagé pendant la nuit ; il est ruiné
» de fond en comble, (c) »
Ainsi s'exprime encore Nahum, dès le commencement de sa sublime prophétie :
» Jéhova est un Dieu jaloux , un Dieu vengeur, » Jéhova est un Dieu vengeur , et facile à s'irriter ; » Jéhova se venge de ses ennemis , » Et il conserve le souvenir des injures qu'il a reçues « d'eux, (d) »
Multùm oppugnaverunt me ab adolescentiâ ?neâ, Non tamen mihi prxvahierunt.
Ps. CXXVIII ,1,2.
(a) Deus ultionum , Jéhova ■; Deus ultionum , effulge.
Quousquè impii , o Jéhova ,
Quousquè impii triumphabunt. Ps. XCIÏI , 1-3.
(b) Maxillâ asini , acervum, acervos duos ; (1) çMaxillâ asini , percussi mille viros. Jud. XV, 16 .
{c) Profectè noctu vastatur Ar Moabi , exscinditur, Profectà noctu vastatur Kir Moabi, exscinditur,
Jud. XV, 1.
(c?) Deus'zelotes , et ultor Jéhova ;
(i) Note du Traducteur. — Nous avons suivi , dans la traduction de ce premier vers , une autre interprétation qui est proposée en note dans le texte de M. Lowtli , et suivant laquelle ce passage est ainsi rendu :
Maxillâ asini , lurbando tarbavi 60$,
des hébreux. 3. Part. Leçon 19. 293 Souvent, dans le second membre , il manque quelque chose qu'il faut emprunter du premier, pour compléter la pensée :
« Le Roi envoya (vers Joseph) , et rompit ses fers; » Le dominateur des peuples ( suppl. envoya ) , et le » délivra, (a) »
De même dans Isaïe : '
« Les rois le verront , et ils se lèveront ;
» Les princes ( suppl. le verront ) , et ils l'adoreront ,
» A cause du Seigneur qui est fidèle dans ses pro-
» messes , » Du saint d'Israël , ( suppl. qui ) t'a choisi, (b) »
Dans beaucoup d'autres passages , la totalité du second membre ne répond qu'à une partie du premier :
« Le Seigneur règne , que la terre se réjouisse , » Que les îles nombreuses de la mer soient dans la » joie, (c) »
« Lève-toi , revêts-toi de splendeur ; car la lumière
» qui doit t'éclairer , paraît r » Et la gloire du Seigneur se lève sur toi. (d) » -
Les périodes à trois membres renierment rarement au-delà de deux parallèles synonymes.
Ultor Jehova , et irritabilis ;
Ultor Jehova inimicorum suorum ;
Et injuriae memor ille in hostes suos. Nah. \, 2.
(a) Misit rex , et solvit eum ; Dominator populorum , et eum liber avit.
Ps. CIV , 20,
(b) Reges videbwit , etassurgent; Principes , et adorabunt :
Propter Jehovam , quijidelis est; Sanctum Israèiis , et teelegit. Is. XLVIII ,17.
(c) Jehova régnât, exullet tellus , Lxtentur insulse plurimx. Ps. XCVI, 1.
(d) Surge , effulge , nam venit lux tua ,
Et gloria Jekovx super te oritur. Is. LX , 1.
Le membre impair commence la période, ou en forme la conclusion , et peut souvent se rapporter également à chacun des deux autres membres :
n Les flots ont élevé , Seigneur , » Les flots ont élevé leur voix , » Les flots ont fait entendre leurs mugissemens. » Par les accens des grandes eaux , » Par le bruit majestueux de la mer , » Le Seigneur se montre avec plus de magnificence , » au haut des cieux. {a) »
« Allons, revenons au Seigneur;
» Car c'est lui qui nous a déchirés , et qui nous gué-
» rira ; » Qui nous a blessés , et qui fermera nos blessures. » Après deux jours il nous rendra à la vie : » Le troisième jour , il nous ressuscitera ,| » Et nous vivrons en sa présence. (6) »
Dans les périodes à cinq membres , dont l'ordonnance est à peu près pareille , le membre impair est quelquefois placé entre deux distiques :
« C'est ainsi que rugit le lion ,
» Et le lionceau , sur sa proie ;
» Les bergers se rassemblent en foule contre lui ;
» A leur voix il ne s'épouvantera point ,
Texte de M. Lowth.
(a) Sustulerunt jluctus , oJehova, Sustulerunt jluctus vocemsuam; Usquè sustulerunt jluctus jremitus suos.
Vocibus aquarum multarum ,
Magni fiels maris jragoribus ,
Magnljicentior in excelso Jehova. Ps. XCI1 , 3.
(b) Agite, redeamus ad Jehovam ; Nam ipse laceravlt , et sanabit nos ; Sauclavlt , et nos curablt :
Vitdd nos restituet post blduum ;
Die tertio nos suscltablt ,
Et in conspectu ejus vlvemus. Os. V I, 1 .
des hébreux. 3. Part. Leçon 19. 2g5
» Et à leurs cris tumultueux son courage ne sera » point abattu, (a) »
« Ascalon le verra , et sera saisie de crainte ;
» Gaza de même , et elle éprouvera la plus vive dou-
» leur ; » Accaron de même , parce qu'elle a été confondue
» dans son attente ; » Et le roi de Gaza périra , » Et Ascalon ne sera plus habitée. (6) »
Les phrases à quatre membres sont formées ordinairement de deux distiques : mais quelquefois un art particulier se fait remarquer dans la distribution de leurs parties.
« Le Seigneur abaisse ses regards du haut du ciel ; » Il voit tous les enfans des hommes : » Du lieu où est établie sa demeure , il contemple » Tous les habitans de la terre, (c) »
« J'enivrerai mes flèches de sang....
» Et mon glaive dévorera la chair....
» Du sang des blessés et des captifs.... » La tête des ennemis , qu'ombragent de longs che- » veux. (d) »
Texte de M. Loyvth.
(a) Quemadmodùm rugit leo ,
Et catulus leonis super prgedam suam , In quem cogitur pastorum turba ; Ad vocem eorum nonpavebit, Neque ad tumultum eorum animum dejiciet. Is. XXXI , 4.
(b) Videbit Ascalon , et timebit ;
Et Gaza , et vehementer dolebit;
Et .4ccaro)i,quoniampudaitexspectationis suœ;
Et peribit rex de Gaza,
Et Ascalon non habitabitur. Zach. IX, 5.
(c) De cœlo prospicit Jehova , Cernit omnes fdios hominis :
De sede domicilil sui , contemplatur Omnes incolas tellurls. Ps. XXXII , 13 et 14.
(d) Inebriabo sagittas meas sanguine , Et gladlus meus devorabit carnem 2
2g6 DE LA POÉSIE SACREE
Dans ces deux exemples , les deux derniers membres correspondent aux deux premiers dans un ordre alternatif, le troisième se rapportant au premier, et le quatrième, au second. Isaïe a dit de même avec élégance , en faisant alterner les pensées :
« Car ton créateur deviendra ton époux ; » Son nom est le Dieu des armées :
» Le saint d'Israël est ton rédempteur ; » Il s'appellera le Dieu de l'univers, {a) »
Dans le passage suivant , la forme de la construction est aussi alternative :
« Et sa terre est pleine d'argent et d'or , » Et ses trésors sont innombrables ; » Et sa terre est pleine de chevaux , » Et ses chars sont innombrables. (6) »
La disposition de la période suivante est peutêtre unique :
« Qui est comme le Seigneur , notre Dieu ,
» Qui habite dans les régions les plus élevées ,
» Dont les regards pénètrent dans les plus basses
» régions; » Dans les cieux , et dans la terre ? (c) »
Sanguine confossorum captorumque ,
De capite capillato inimici. Deut. XXXII , 42. (a) Nam maritus tibi erit creator tuus ;
Nomen Mi Jehova exercituum :
Et redemptor tuus sanctus Israëlis ;
Beus universsR terrx vocabitur. Is. LIV, 5. {b) Etplena est terra ejus argento et auro ,
Et nullus est modus ejus thesauris ;
Et plena est terra ejus equis ,
Et nullus est modus ejuscurribus. Ibid. II , 7. (c) Quis sicut Jehova. Deus noster ?
Qui altissimè habitat ,
Qui humilUmè respicit :
In cœlis, et in terra. Ps. CXII , 5.
des hébreux. 3. Part. Leçon 19. 297 Ici le dernier membre doit être divisé , et ses parties rapportées aux deux précédens , de cette manière : « Qui habite dans les régions les plus » élevées , dans le ciel ; dont les regards pénè- » trent dans les plus basses régions , dans le sein » de la terre. »
La seconde espèce de parallélisme se compose des parallèles antithétiques , qui consistent en ce que la pensée est éclaircie par l'opposition d'un contraire , ce qui a lieu de plusieurs façons. On peut opposer en effet les phrases aux phrases , les mots aux mots , soit deux à deux , soit un à un. On trouvera des exemples de ces divers genres , dans le passage suivant :
« Les blessures de l'ami sont fidèles ;
» Mais les baisers de l'ennemi sont trompeurs.
» L'ame rassasiée foulera aux pieds le rayon de miel;
» Mais pour l'ame pressée de la faim, l'aliment amer
» aura de la douceur.
» Tel feint d'être riche , tandis que tout lui manque ; » Tel autre , d'être pauvre pendant, qu'il a de grandes
» richesses.
» L'homme riche se croit sage ; » Mais le pauvre qui a de la prudence , le mettra à
» l'épreuve, (a) »
L'opposition des parties a lieu quelquefois dans la même phrase, comme nous en avons
Texte cb M. Lowth.
(a) Fidèles sunt plagx amantis; Sed mendacia oscula osoris.
Anima satura proculcabit favum ; Sed animas esurienti omne amarum dulce est. Est, qui divitem se simulât, cùm ei desint omnia; Qui pauperem se jingit , cùm ei diviiix sint
multœ.
Sapiens sibi videtur vir dives; Sed pauper prudens eum explorabit.
Prov. XXVII , 6 et 7; XIII , 7; XXVIII, 1.1-
un exemple dans le passage précédent , ainsi que dans celui qui va suivre :
» Je suis noire ; mais cependant je suis belle , ô filles
» de Jérusalem , » Comme les tentes de ceux de Cédar , comme les
» pavillons de Salomon. {a) »
Ce qui doit être divisé ainsi : « Je suis noire » comme les tentes de Cédar , et belle comme » les pavillons de Salomon. » Enfin , il en est de même de l'énigme de Samson :
« De celui qui mange est sortie la nourriture ; » Du fort est sortie la douceur. (6) »
Cette sorte de parallélisme convient principalement aux maximes et aux sentences , dont la finesse forme le caractère propre. C'est pour cela qu'on en rencontre les plus nombreux exemples dans les paraboles de Salomon , dont tout l'effet et toute l'élégance dépendent de cette opposition des parties. Elle n'est point cependant bannie entièrement des autres espèces de poésies. Anne n'a pas craint de faire usage de cet ornement dans son Cantique d'action de grâces ; et la sainte Vierge qui , dans son hymne, en a copié la forme générale , n'a pas oublié d'imiter aussi ce passage :
« L'arc des forts est brisé ;
» Et ceux qui étaient tombés , sont revêtus de force : » Ceux qui étaient rassasiés , engagent leurs bras » pour se nourrir,
(a) Nigra sum , sed tamen pulchra , 0 Hierosoly»
mitides ; Sicut tentoria Kedarensium , sicut aulœa Salomonis. Cant. cant. 1 , 4.
(b) Ex edaci prodiit edulium ;
Atque ex acri prodiit dulcedo- Jud. XIV, 14.
des hébreux. 3. Part. Leçon 19. 299
» Et ceux qui étaient affamés cessent d'avoir faim.
» Celle qui était stérile a enfanté sept fois ,
» Et celle qui avait de nombreux enfans , n'en a plus.
» Le Seigneur livre à la mort , et il rend à la vie ;
» Il précipite au tombeau , et il en retire ;
» Le Seigneur réduit à la pauvreté , et il enrichit ;
» Il abaisse , et il élève, {a) »
La Poésie d'un genre plus sublime use avec plus de réserve de cette sorte d'ornement. Isaïe cependant a su l'employer , sans déroger en rien à la noblesse qui lui est propre :
« Je t'ai abandonné pour quelques instans ;
» Mais je te recueillerai dans ma grande miséricorde :
» Dans un couroux momentané , je t'ai un peu caché
» mon visage ; » Mais dans une clémence éternelle , j'aurai pitié de
» toi. (b) »
« Oui , mes serviteurs mangeront ; mais vous , vous
» aurez faim :
» Mes serviteurs boiront ; mais vous , vous aurez soif: » Mes serviteurs se réjouiront ; mais vous , vous serez
» couverts de confusion :
Texte db M. Lowth.
(à) Arcus fortium conteruntur ;
Et qui lapsi sunt , accinguntur robore:
Saturi ob victum operam suam locant; Etfamelici esurire clesinunt :
Etiam sterilis septies peperit ; Et qux abundârat li-beris , orba est.
Jehova neci dat , et vitœ restituit ; Dejicit in orcum, et educit.
Jehova depauperat , et ditat ; Deprimit , idemque evehit.
I. Reg. II. 4- Comparez à ce passage , celui de l'Evangile selon saint Luc , 1,52.
(b) Pusillo momento dereliqui te ;
At miserationibus magnis te colligam :
Momentaneâ iracundiâ vultum à te paulisper
abdidi ; At sempiternâ clementiâ tuî miserebor , ait
Jehova redemptor tuus. Is. LIV , 7.
3ûO DE LA POÉSIE SACREE
» Mes serviteurs chanteront , dans la joie qui trans-
» portera leur ame ; » Mais vous , vous pousserez des soupirs , dans la
» douleur qui déchirera la vôtre ; » Vous jetterez des cris affreux , dans les tourmens
» que vous éprouverez, (a) »
La troisième espèce de parallèles se reconnaît , à ce que les membres de la phrase se correspondent mutuellement , par l'effet de la seule forme de la période , sans aucune répétion de la même idée, et sans aucune opposition d'idées contraires. Dans cette classe viennent donc se ranger tous les parallèles qui ne sont pas compris dans les deux autres : nous leur donnerons le nom de parallèles synthétiques ou de composition. En voici quelques exemples remarquables :
« La loi du Seigneur est parfaite ; elle convertit les
» âmes :
» Le témoignage du Seigneur est véritable ; il donne
» l'intelligence à l'ignorant :
» Les préceptes du Seigneur sont droits ; ils portent
» la joie dans les cœurs :
» La règle du Seigneur est pure ; elle éclaire les
» yeux:
» La crainte du Seigneur est chaste ; elle subsiste
» éternellement :
» Les jugemens du Seigneur sont la vérité même ,
» ils sont remplis d'équité ; » Ils sont plus désirables que l'or , que des amas de
» l'or le plus pur ,
Texte de M. Lowth.
\à) Eccè servi mei edent , sed vos esurietis ; Eccè servi mei bibent, sed vossitietis ; Eccè servi mei Ixtabuntur , sed vos pudore
suffundemlni :
Eccè servi mei cantabunt prx Ixtitia animi ; Sed vos lamentabimini prx angore animi , Et prx mentis cruciatu ejulabitis. Ts. LXV, 13.
des hébreux. 3. Part. Leçon 19. 3oi
» Et plus doux que le miel et que les rayons liqui- » des. (a) »
Il paraît que l'on retrouve dans le passage suivant , cette espèce de vers plus longs , dont on rencontre de nombreux exemples dans les écrits des prophètes :
« Comment s'est arrêté l'oppresseur, s'est arrêtée la
» main qui ravissait notre or ?
» Le Seigneur a brisé la verge des impies , le sceptre
» des dominateurs :
» Celui qui frappait les peuples avec barbarie , sans
» suspendre un instant ses coups ; » Qui régnait avec colère sur les nations , est frappé
» lui-même , sans que personne s'y oppose. » La terre entière se repose , et est tranquille ; on
» éclate en chants d'alégresse.
» Les sapins mêmes , les cèdres du Liban se réjouis-
» sent de ton malheur.
» Depuis que tu es tombé , disent-ils , nul ne monte
» vers nous pour nous abattre.
» La demeure profonde des morts s'émeut à cause
» de toi , pour venir à ta rencontre.
» Elle réveille tous ses habitans , tous les grands de
» la terre :
» Elle fait lever de leurs trônes tous les rois des
» nations. (6) »
{a) Lex Jehovx intégra est, restltuens animant; Testimonium Jehovx verax , sapientiam prxs-
tans imperito ; Prœcepta Jehovx recta sunt, cor exhilarantia ; Disciplina Jehovx pura^ oculos iUuminans : Reverentia Jehovx casta est , perpétua perstans ; Judicia Jehovx ipsa veritas ,justa sunt par iter; Desiderabiliora sunt auro , et obryzo plurimo, Et dulciora nielle, et f avis stillantibus.
Ps. XVIII, 8 — 11.
(6) Quomodo cessavit oppressor , cessavit auri exactrix !
Fregit Jehova virgam impiorum , sceptrum dominantium !
Dans cette classe de parallèles , on trouve beaucoup de phrases à trois membre* *
« Les nuées ont fondu en eau ;
» Les airs ont grondé avec fracas :
» Alors vos flèches ont volé ;
» La voix de votre tonnerre a roulé en tourbillons ;
» Les éclairs ont brillé sur l'univers ;
» La terre s'est émue , et a tremblé, (a) »
« Je serai pour Israël une rosée ; » Il germera comme un lis , » Il poussera des racines comme le Liban. » Ses rejetons s'étendront au loin ; » Sa beauté sera égale à celle de l'olivier , » Et son odeur, pareille à celle qui s'exhale du » Liban, (b) »
Souvent. le même membre renferme deux idées :
Qui cxdebat populos atrociter , plagâ nunquam
remisse , Qui iratè dominabatur gentibus , projligatur
nullo prohibente.
Quiescit , tranquilla est tota tellus , erumpunt
in cantum :
Etiam abietes Isetantur de te , cedri Libani : Ex quojacuisti , non ascendit in nos excisor. Orcus propter te commovetur subtùs, ut ve-
nienti eat obviam.
Excitât tibi defunctos , omnes primores terrse ; Surgere facit de soliis suis omnes reges regen-
tium. Is. XIV, 4 — 9.
(a) Exundaverunt aquis nubes ; Fragorem edidit sether :
Tùm sagittx tux discurrerunt ; Vox tonitrûs tui in turbine; Illuxerunt orbi fulgura ; Commota est et intremuit tellus. Ps. LXXVI , 18. (6) Ero sicut ros Israëli ; Germinabit in morem lilii , Et radiées aget instar Libani.
Procèdent ejus surculi ; Eritque decus cj;is instar ole& , Et odor ei , qualis Libano. Os XIV, 6, 7.
des hébreux. 3. Part. Leçon 19. 3o3
« Les natior > s'agitent en tumulte ; les royaumes sont » émus ;
I Dieu fait entendre sa voix ; aussitôt la terre se fond. » Arrêtez et reconnaissez que c'est moi qui suis Dieu. » Je me transporterai parmi les nations ; je me transporterai dans les divers lieux de la terre, {a) »
« Lorsque tu traverseras les eaux , je serai à tes côtés ; » Lorsque tu passeras les fleuves , ils ne te submerge-
» ront point :
» Lorsque tu marcheras à travers les feux , tu ne
» seras point brûlé »
» Et la flamme ne te consumera point, (b) »
II est en ce genre une sorte de figure , d'un usage très-fréquent , et qui paraît tout-à-fait poétique; c'est lorsque l'écrivain sacré emploie le nombre défini , au lieu du nombre indéfini ; ayant en cela , pour but principal , de conserver le parallélisme. Car quelquefois les objets dénombrés ne s'accordent pas ensuite exactement avec les nombres mentionnés :
« En six dangers , il te délivrera ,
» Et au septième , le mal ne pourra t'atteindre. (c) »
« Dieu a parlé une fois ;
» Deux fois j'ai entendu cette parole, {d) »
Texte de M. Lowth.
(a) Tumultuantur gentes , commoventur régna : Edit vocem (Deus), illico colliquescit tellus. Desistite , atque agnoscile me esse Deum : Evehar in gentibus , evehar in terra.
Ps. XLV, 7 , 10.
(6) Cùm transibis aquas , ego tibi adero ; Cùmjlumina, non te submergent :
Cùm vades per ignem, non cremaberis , Etjlamma non te comburet. Is. XLIII , 2.
(c) In sex periculis te liberabit ,
Et in septem non attinget te malum. Job. V, 19.
(d) Semel locutus est Deus ;
Bis etiam illud audivi. Ps. LXI , 12.
3o4 DE LA POÉSIE SACRÉE
On connaît cette tournure , si souvent employée par le prophète Amos :
« A cause de trois péchés commis par Damas , » Et à cause de quatre péchés , je ne rétablirai point » cette ville, (à) »
Dans ces parallèles synthétiques , on remarque une grande variété de formes , et un nombre presque infini de degrés de similitude; de telle sorte, que souvent le parallélisme devient extrêmement difficile à reconnaître , et dépend plutôt d'un certain art , d'une certaine habileté à diviser les membres de la phrase , à les couper , à emprunter de l'un ce qui manque à l'autre, que du tour apparent de la période. Un seul exemple prouvera combien est étendue l'observation que nous venons de faire , et combien le parallélisme est quelquefois peu sensible et peu marqué. La phrase suivante semble n'être et n'est en effet qu'à un seul membre , si on considère simplement la pensée toute nue :
» Je l'ai sacré , comme mon roi , sur la montagne de » Sion , siège de ma sainteté. (6) »
Mais la disposition générale de ce psaume nous avertit que cette phrase doit être coupée et divisée en deux membres , de cette manière :
« Je l'ai sacré , comme mon roi ; » Je l'ai sacré sur la montagne de Sion , siège de ma » sainteté, (c) »
C'est ce que semblent avoir fort bien aperçu
Texte dk M. Lowth.
(a) Propter tria peccata Damasci , Etpropter quatuor , eam non restituant.
Amos. 1,3.
(b) Ego vero inunxi regem meum in Sione monte
mex sanctitatis. Ps. II , 6.
(c) Ego ver à inunxi regem meum ,
Inunxi eum in Sione monte mex sanctitatis.
des hébreux. 3. Part. Leçon. 19. 3o5 les Massorettes , dans ce passage et dans plusieurs autres. (1)
Nous pensons que c'est dans cette forme particulière , dans ce parallélisme des phrases , que consistait en grande partie la versification des Hébreux. Il est à croire qu'ils y joignaient de plus, l'observance d'un certain rythme et même de certains pieds. Mais la marche qu'ils suivaient à cet égard est maintenant couverte d'une telle obscurité , que ce serait inutilement que nous nous occuperions à rechercher si l'oreille seule et la durée pareille des sons servait de règle sur ce point , ou bien si une prosodie fixe et déterminée par des lois rigoureuses en constituait l'essence.Cependant , comme ce caractère , de même que les autres indices ou traces de l'art métrique , se montre dans la plus grande partie des écrits des prophètes , aussi-bien que dans les livres poétiques , ce motif nous semble suffisant , pour nous autoriser à les ranger tous dans la même classe.
Mais pour qu'on ne nous accuse pas d'attribuer à cette construction de phrases plus d'effet qu'on ne lui en a attribué jusqu'ici , et d'embrasser à la légère une opinion qui ne serait fortifiée d'aucune autorité convenable , nous allons citer ce qu'a pensé à cet égard le juif Azarias , auteur qui , à la vérité , n'est point ancien , mais qui jouit cependant d'une grande estime. « Il n'y a point de doute , dit-il , qu'il » n'existe dans les cantiques sacrés , des mesu- » res et des proportions déterminées. Mais elles » consistent , non dans le nombre des mouve-
(1) Note de M. Lowth. — En effet ils placent sur le troisième mot de U phrase hébraïque , l'accent particulier dont ils se servent le pins souvent pour séparer les divers membres des distiques.
3t)6 DE LA POÉSIE SACREE
» mens (c'est-à-dire, des syllabes); non dans » celui de pieds parfaits ou imparfaits , tels que » ceux de la Poésie actuelle ; mais dans le nom- » bre des choses et de leurs parties , c'est-à-dire, » du sujet , de l'attribut , et de ce qui les lie l'un » à l'autre dans chaque phrase et dans chaque » proposition, (i) *
Nous ferons observer cependant , que ces paroles d'Azarias doivent être entendues avec quelque adoucissement , et qu'il ne faut pas les interpréter d'une manière trop rigoureuse , en suivant les formules des dialecticiens. Car il continue de la sorte : « Ainsi , il y a des vers com- » posés de deux mesures ou parties de la pro- » position : si , à ce premier vers , il vient s'en » joindre un second , on aura quatre parties. » Il en est d'autres qui sont formés de trois » mesures ; si un autre vers s'y joint, on en
» aura six , Car ce ne sont ni les syllabes ,
» ni les mots qu'il faut compter, mais les idées. »
Ainsi, suivant la pensée d'Azarias, ce passage : Votre droite , Seigneur (2) , contient deux mesures , ou parties d'une proposition entière. Il en est de même de celui-ci : Est magnifique en puissance ; et leur réunion forme un tétramètre. On doit en dire autant du passage suivant : Votre droite , Seigneur, a éci asé V ennemi. Ainsi dans chacune des propositions suivantes , il y a trois mesures :
« Ma parole s'épanchera comme la pluie ; » Mon discours coulera comme la rosée, (a) »
(1) Mantissa Dissert, ad librum Cosri, pag. bi8. (a) Exod. XV , 6.
Textb db M. Lowth.
(a) Destillabit, utphwia, doctrina mea ;
Fluet , ut ros , mea oratio. Deut. XXXII , 2.
des hébreux. 3. Part. Leçon 19. 3o^ Et ces mesures ainsi réunies forment un hexamètre. Il ne faut , sans doute , ni admettre, ni rejeter en entier ces idées. Car on est forcé de recourir à d'autres moyens , dans beaucoup d'occasions où les phrases sont distribuées d'une manière très-inégale , et où les diverses parties de la proposition , ont entre elles peu de correspondance , comme il arrive souvent , même dans les psaumes ; et lors même que les phrases sont disposées et ordonnées avec le plus de régularité , il n'est pas toujours facile de les ramener aux formules qu'Azarias propose. Mais , quoique la versification des Hébreux ne repose pas sur cette unique base , nous pensons qu'on ne balancera point à croire que ces notions sont de la plus grande importance pour la distinction de la mesure de leurs vers, si l'on s'est adonné avec quelque attention et quelque soin à l'étude de leurs livres poétiques et d'une grande partie de ceux des prophètes.
Si quelqu'un regardait comme futile et sans utilité cette recherche des membres et des divisions des périodes ; qu'il songe que rien n'est d'un plus grand avantage ni d'un plus grand secours pour la connaissance intime d'un écrivain , que de bien saisir, et d'avoir toujours présens à l'esprit , le caractère général et les traits particuliers de son style ; qu'il sache encore , que la plupart des erreurs dans lesquelles sont tombés tous les interprètes , n'ont point eu d'autre cause que la négligence de ce point important, et que rien aujourd'hui ne promet une moisson plus abondante à ceux qui s'adonnent à la critique sacrée , que l'application soigneuse et attentive qu'ils apporteront à cette étude.
3o8 de la poesie sacrée
Addition du Traducteur.
M. Michaélis a placé à la suite de cette Leçon, un long article , dans lequel il développe avec beaucoup détendue , l'usage qu'on peut faire du parallélisme , pour l'intelligence et l'interprétation des livres saints. Il s'accorde avec M. Lowth sur les avantages de cette recherche , qu'il regarde non-seulement comme nécessaire pour la connaissance du génie poétique des Hébreux, mais encore comme infiniment utile , pour déterminer le sens de beaucoup de passages obscurs. Il le prouve par de nombreux exemples. Cependant , comme , d'une part , il s'attache uniquement à la simple interprétation , sans y joindre aucune observation relative à la Poésie sacrée , et que , de l'autre , il s'étend longuement sur la discussion critique du texte , nous avons pensé que la traduction de cet article nous écarterait trop du sujet principal de l'ouvrage de M. Lowth, et nous avons cru devoir l'omettre.
des hébreux. 3. Part. 3oo,