‹ Leçons sur la poésie sacrée des hébreux (volume 2)Chapitre 34 sur 39 · LEÇON VINGTIÈME · texte numérisé non relu

LEÇON VINGTIÈME

Du caractère général de la Poésie prophétique.

Sommaire. Quels sont les livres prophétiques , ou les parties de ces mêmes livres , qu'on doit regarder comme poétiques. Examen du caractère propre à cette espèce de poésie , d'après la nature et le but de la prophétie. Exemples.

IMous venons d'exposer les motifs qui nous portent à mettre les prophéties au nombre des monumens poétiques des Hébreux ; ce qui doit s'entendre de la majeure partie , et non de la totalité des écrits des prophètes. Car , dans ces écrits, il se trouve quelques portions qui ne sont pas de véritables prophéties , et d'autres qui , quoiqu'étant de véritables prophéties , n'ont cependant rien de poétique. De ce nombre , retranchons donc d'abord les récits purement historiques des évènemens qui ont donné lieu aux prophéties , et dont l'exposition sert à les amener, à les éclaircir , à les expliquer. On rencontre quelques morceaux de ce genre dans Isaïe, et un plus grand nombre encore dans Jérémie. La prophétie de Jonas n'est que la narration d'un fait ; elle n'offre rien de poétique , à l'exception de la prière du prophète , qui doit être rangée parmi les odes. Il faut excepter encore certaines prédictions pleines de grandeur et d'élévation , mais qui , dans leur style et la disposition de leurs périodes , ne présentent point

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le caractère poétique. On en voit beaucoup de semblables dans Ezéchiel , qui devrait plus souvent être compté parmi les orateurs que parmi les poètes. Nous excluons encore de la classe des livres poétiques tout celui de Daniel , par les mêmes motifs; c'est-à-dire, parce que ce n'est qu'un simple récit en style ordinaire d'événemens déjà arrivés, ou qui doivent avoir lieu dans la suite des temps. A la vérité , Daniel fait un usage fréquent d'images paraboliques ; mais il s'en sert seulement en prophète , annonçant l'avenir par des visions, et sous le voile de l'allégorie , sans y joindre aucun emploi du coloris poétique. Les Juifs lui refusent le titre de prophète ; mais ils fondent leur opinion sur les raisons les plus frivoles ; car ce qu'ils avancent sur les conditions du don de prophétie , sur ses divers degrés , sur les différences qui existent entre la prophétie véritable et l'inspiration de l'Esprit saint (i), n'a ni fondement, ni réalité, et n'est nullement appuyé sur l'autorité de la sainte Ecriture. Ils ajoutent que Daniel ne fut point soumis, dès sa jeunesse , aux usages et aux leçons de l'éducation prophétique, et que, dans la suite, il n'adopta point la manière de vivre ordinaire aux prophètes. Nous ne voyons point en quoi cela pourrait affaiblir l'opinion que Daniel ait été favorisé de l'inspiration divine et du don prophétique ; mais nous y trouvons la cause pour laquelle peut-être son style est si différent de celui des autres prophètes , et s'éloigne si fort du caractère poétique, qu'on reconnaît presque également dans tous les autres , et qu'ils puisèrent , du moins en partie, comme nous l'avons mon-

(i) Voyez Maimon. More Neboe. II , 45.

des hébreux. 3. Part. Leçon 20. 3n tré plus haut , dans l'éducation qu'ils avaient reçue , et dans les écoles où ils avaient été élevés. (1)

On trouve encore , dans les écrits des prophètes , quelques parties , poétiques à la vérité , mais qui n'appartiennent point à l'espèce de poésie qui nous occupe en ce moment. Ce sont des poèmes parfaits d'un genre différent , tels que des odes , des élégies , dont Isaïe , Habacuc , Ezéchiel nous offrent des modèles excellens. Après toutes ces exceptions, le reste des prédictions des prophètes , dont quelques-unes se sont conservées dans les livres historiques , et dont nous avons déjà fait une mention détaillée , forme un corps qui constitue cette espèce de

(1) Note de M. Mich aïolis. — A ces causes, il faut ajouter l'altération de la langue hébraïque qui , pendant la captivité de Babylone , perdit tout son éclat poétique. Et certes , ou ne doit point s'étonner qu'au milieu de si grandes calamités, les muses hébraïques aient manqué de loisir et de génie; il est bien difficile qu'une langue qui n'est plus en usage que parmi un peuple réduit à la misère la plus affreuse , conserve sa noblesse et son élévation , et qu'elle voie naître des poètes dignes de ce nom. Que l'on compare les productions des écrivains hébreux qui ont précédé la captivité , et de ceux qui l'ont suivie , on reconnaîtra dans ces derniers une altération et une révolution aussi marquée que celle qu'a éprouvée la langue latine. Ainsi nous regardons comme dépourvue de toute vraisemblance, la supposition que les psaumes, qui respirent quelque chose de si grand et de si poétique , aient été composés postérieurement au retour de Babylone , à l'exception peut-être d'un seul , le cent trente-sixième , quoiqu'il soit de la dernière élégance. Attribuer ces poésies pleines de noblesse à Fsdras , dont le style est si bas et si dénué d'agrément , c'est imiter les rêveries du P. Hardouin , qui voulait que les odes d'Horace lussent du siècle de la plus basse latinité. Quant au psaume CXXXVI , nous aimerions mieux l'attribuera Jérémie, ou à quelqu'un de sescontem-

Eorains , qu'à un captif revenu de Babylone. Il nous semle entendre gémir dans ce psaume , la même muse qui , dans les Lamentations , a déploré d'une manière si touchante les malheurs de sa nation.

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poésie à laquelle nous donnons le nom de Poésie prophétique. Nous allons tâcher d'en retracer l'idée , de manière à la distinguer des autres espèces; nous essayerons ensuite de faire connaître en particulier le style et le caractère de chaque prophète , sous le rapport poétique.

C'est par la nature et la fin du don prophétique , qu'il faut chercher à découvrir le génie propre à la poésie de ce nom. La fin immédiate de toute prédiction est l'avantage de ceux qui existent à une époque antérieure à l'événement prédit , en portant la terreur ou la consolation dans leurs âmes. Pour faire naître l'un ou l'autre de ces sentimens , il faut des tableaux lugubres, ou gracieux ; des descriptions étendues ; des images variées, grandes , élevées. Mais l'écrivain doit faire usage de traits un peu indéterminés , et ne point s'arrêter au détail des parties et des accessoires ; ses peintures doivent plutôt être vagues et générales , et ne présenter qu'en masse la nature et la grandeur des objets. En effet, la prophétie , par essence , est toujours accompagnée d'une certaine obscurité. « C'est, comme » le dit élégamment un Apôtre , une lampe qui » brille dans un lieu sombre , jusqu'à ce que le » jour éclaire , et que l'étoile du matin se » lève, (i) » Mais de plus , la prophétie a un but éloigné, et qui se rapporte à ceux qui vivront dans un temps postérieur àl'événement annoncé: c'est la preuve de l'accomplissement de l'oracle divin. Ce dernier objet semble demander une manière de s'énoncer toute différente. Rien ne semble plus propre à la remplir, qu'un style sans figures , des images ressemblantes , l'énuméra-

(i) Saint Pierre, II. êpît. I , 19.

des hébreux. 3. Part. Leçon 20. 3l3

tion des accessoires , le détail des traits particuliers. Mais d'une part , une peinture trop claire arracherait entièrement à l'oracle ce voile d'obscurité qui lui est essentiel ; de l'autre , un usage plus modéré de ces détails particuliers paraît suffire pour le but qu'on se propose. En effet , la désignation spéciale d'une ou deux circonstances , jointe à la ressemblance de l'ensemble qui , après l'événement , brillera d'un nouvel éclat (i) , est suffisante pour y répandre la plus grande lumière , comme on pourrait le prouver par un grand nombre d'exemples. Tel est le procédé qu'emploie la Poésie prophétique : elle s'attache principalement au développement général des objets , et ne s'abaisse qu'avec précaution et retenue aux détails minutieux et au dénombrement des circonstances.

Une autre qualité de la prophétie, c'est que souvent elle a en vue plusieurs événemens , différens par leur nature et par l'époque à laquelle ils doivent avoir lieu , et quelle ne parvient que par degrés, pour ainsi dire, à son dernier et principal accomplissement. C'est là un nouveau motif pour lequel elle affecte les idées générales , se contentant d'exprimer Ces idées par des traits généraux, qui sont propres à embrasser l'ensemble des desseins de Dieu , et à se prêter à la marche progressive des choses et des événemens , et qui peuvent se rapporter au fait le plus prochain , comme à un terme convenable , mais qui sont bien mieux disposés et bien mieux mesurés pour atteindre toute la grandeur et toute l'importance de l'événement qui doit être la fin de tous les autres.

(2) Voyez la Leçon onzième , vers la Cn.

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Si tel est le caractère de la prophétie ; si elle s'attache de préférence à ne rendre que les traits principaux des objets , à ne décrire et à ne développer que des sentimens généraux , il est facile de concevoir , en premier lieu , avec quel avantage elle peut emprunter l'aide et le secours de la Poésie , et combien elle trouve de convenances , pour le but qu'elle se propose , dans le style parabolique , qui , par sa nature même , ainsi que nous l'avons exposé en détail , peut fournir une grande abondance et une extrême variété d'images générales propres à parer un sujet des couleurs les plus brillantes ; et en second lieu , il est aisé de reconnaître quel doit être le caractère distinctif de la Poésie prophétique.

Cette espèce de poésie , entre toutes celles que nous offrent les livres saints , sera donc la la plus ornée , la plus éclatante , la plus fleurie. Plus riche et plus féconde en images qu'aucune autre , elle préférera celles qui , dans le style parabolique , sont, pour ainsi dire , de droit commun ; et qui , empruntées d'objets fixes et déterminés , s'appliquent à des idées générales et indéfinies , en observant une analogie constante. Entre ces images , elle fera l'usage le plus fréquent de celles que lui fourniront l'histoire et les objets physiques. Plus que nulle autre, elle abondera en métaphores, en comparaisons, en allégories, en descriptionë étendues : redevable à sa nature même , d'un enthousiasme véritable et pur, elle se distinguera par la noblesse et l'éclat de ses conceptions , sources du sublime le plus élevé. De là encore le succès avec lequel elle saura peindre les passions , quoique plus constamment appliquée à les émouvoir; car c'est là le but qu'elle se propose toujours , et la fonction principale qu'elle a à remplir.

des hébreux. 2. Part. Leçon 20. 3i5 Pour ce qui concerne l'ordre et la disposition du sujet, ainsi que la forme constitutive du poème prophétique , il est impossible d'établir aucune règle générale. Presque toujours libre et exempte d'entraves, comme il était convenable, la Poésie prophétique s'abandonne à l'impétuosité de ses sentimens , sans s'astreindre à aucune loi , sans suivre d'autre ordre que celui que lui dicte la nature du sujet , et l'inspiration de l'Esprit saint. Cependant, combien d'exemples de la plus grande beauté n'offre-t-elle pas sous ce rapport ? Telles sont , parmi les prophéties d'une moindre étendue, celles de Balaam, qui, chacune en particulier , ont un plan régulier et une juste proportion dans leurs diverses parties. Elles commencent par un exorde élégant ; un enchaînement convenable d'idées en forme le corps ; une conclusion les complète , et y met le dernier sceau. Il en est beaucoup , dans les écrits des autres prophètes , et surtout d'Isaïe , qui méritent des éloges au même titre, et qui doivent être mises au nombre des poèmes réguliers. Nous allons choisir, parmi les prédictions de ce prophète plein d'élégance , un exemple de ce genre , qui est orné de toutes les richesses de l'élocution et de la composition poétique; non-seulement pour montrer avec quel soin la Poésie prophétique observe Tordre et la régularité dans la disposition des parties , mais encore pour développer avec plus de clarté ce que nous avons déjà dit sur la nature et le caractère du génie prophétique. C'est même là notre but principal ; car nous craignons que les observations générales que nous avons proposées sur une matière si délicate et si peu connue , n'aient conservé quelque obscurité.

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Les chapitres XXXIVe et XXXVe d'Isaïe contiennent une prophétie très-remarquable; poème simple, ayant de l'unité, formant un tout parfait, et composé de deux parties déterminées par le sujet lui-même. Ce sujet, dans sa généralité , est développé avec la dernière clarté. C'est d'abord l'arrêt d'une destruction universelle et irrévocable prononcé contre les ennemis de l'Eglise de Dieu ; c'est ensuite la promesse du rétablissement général et parfait de cette même Eglise , événement qui doit être la suite du premier. Le poète, dans un exorde plein de majesté , invite la nature entière à être attentive à ce qui intéresse tout l'univers :

« Nations , approchez pour entendre ;

» Et vous , peuples , soyez attentifs :

» Ecoute , ô terre , avec tout ce que tu renfermes ,

» Et toi , ô univers , avec toute ta race, (a) »

Aussitôt il proclame le décret d'extermination porté par le Très-Haut , contre toutes les nations impies qu'il a en horreur; et il développe l'idée de cette destruction par un heureux choix d'images extrêmement brillantes , toutes du genre de celles qu'emploient les autres prophètes dans un semblable sujet, et bien propres , par leur nature , à relever l'importance , la grandeur, l'atrocité de l'événement, mais ne présentant rien de déterminé sur la manière , le lieu , le temps où il doit s'effectuer , ni sur les circonstances particulières dont il sera accompagné. 11 le retrace d'abord sous l'image d'une

Tkxte de M. Lowth.

(a) .iccedite , gentes , ad audiendum ; Etpopuli, animum advertite:

Audiat lellus, et plénitude ejus , Orbîs , ei ornais ejus propagu.

des hébreux. 2. Part. Leçon 20. 317 défaite et du carnage qu'un vainqueur fait des ennemis :

« Leurs morts seront jetés en tas ;

» Des cadavres s'exhalera l'infection ;

» Les montagnes ruisselleront de leur sang, (a) »

Bientôt il s'élève avec plus d'audace, et empruntant du chaos de Moïse des images consacrées par l'usage , lorsqu'il s'agit de rappeler la destruction des peuples et des empires , il nous peint l'issue de l'événement des mêmes traits que la dissolution de l'univers :

« Toute l'armée des cieux séchera de crainte ;

» Les cieux eux-mêmes se rouleront comme un livre ;

» Toute leur armée tombera ,

» Comme la feuille flétrie se détache du cep ,

» Et la figue desséchée de l'arbre qui l'a portée, (6) »

Aussitôt il passe à une autre image ; c'est un immense sacrifice , une vaste immolation de victimes qui va se célébrer ; Dieu lui-même se montre en personne ; le tableau est sous nos yeux :

« Oui , mon glaive s'est enivré au haut des cieux :

» Il va s'abaisser sur l'ïdumée ,

» Sur un peuple que j'ai dévoué justement à l'exter-

» mination.

» Le glaive du Seigneur s'est rassasié de sang ; » Il s'est assouvi de graisse , » Du sang des agneaux et des boucs , » De la graisse qui couvre les reins des béliers :

Texte de M. Lowth.

(a) Occisl eorurii projicientur ; Ex cadaveribus ascendet fetor ; Montesque eorum sanguine colllquescent.

tjb) Et contabescet omnis cœlorum exercitus ; Cœll ipsi instar schedulx convotventur : Et omnis eorum exercVus decidet, Sicut cassa de vitefolia, Vtque marcida ex arbore sua ficus.

» Car le sacrifice du Seigneur s'offre à Bosra , » Et une vaste immolation en la terre des Idu- » méens. (a) »

Les boucs , les béliers , les taureaux et les autres animaux dont il est fait mention ici et dans la suite de cette prophétie , sont tous compris dans cette classe d'objets que l'usage a consacrés pour désigner les chefs cruels, les tyrans insolens et orgueilleux des nations ennemies de Dieu. Il en est de même de Bosra et de l'Idumée, ville et contrée animées de la haine la plus forte contre le peuple de Dieu. La prophétie ne semble s'en occuper que légèrement , et comme en passant. Mais ici ces dénominations s'étendent , du sens propre et individuel qu'elles présentent, à un sens général; ou plutôt, c'est une image empruntée, comme nous l'avons dit, d'un objet fixe et déterminé, et appliquée , par analogie , à une idée générale et indéfinie; et dans cette application, les mots, eux-mêmes ont une force et un effet qui leur est propre. Cependant le tableau se pare de couleurs nouvelles et plus éclatantes encore; elles sont prises de la ruine de Sodôme, fait souvent rappelé par les poètes hébreux , ainsi que nous l'avons remarqué ailleurs :

Texte de M. Lowth.

(a) Nam inebriatus est in cœlls gladius meus ; Eccè in Idumxam descendet , Inpopulum à mejustœ internecioni devotum. Gladius Jehovx satiatus est sanguine , Ping ne faciles adipe ; Sanguine agnorum et hircorum , Adipe ex renibus arietum:

Siquidem Jehovx sacrificium est Botsrx , Et ingens mactatio in terra Idumœorum.

des hébreux. 3. Part. Leçon 20. 319

« Voici le jour des vengeances du Seigneur , » L'année où le vengeur de Sion va punir. » Lestorrens de cette terre se changeront en bitume, » Et sa poussière , en soufre :

» Elle sera toute réduite en bitume enflammé ; » Jour et nuit elle brûlera sans s'éteindre ; » A jamais la fumée s'élèvera de son sein ; » Pendant des âges sans fin elle restera déserte; » Pendant des siècles innombrables nul mortel ne » la traversera, (a) »

Enfin le même événement est encore représenté sous l'image d'un abandon universel , d'une affreuse solitude , à laquelle ce pays est condamné par le décret du Très-Haut. Le prophète en trace une peinture plus étendue avec autant d'élégance que de majesté, à l'aide de plusieurs accessoires, tous pris cependant dans une nature générale.

La seconde partie du poème est traitée de la même manière, et nous présente une scène qui contraste admirablement avec la précédente. Les images qui y répandent non moins de variété que d'éclat, sont toutes également générales , et d'une application très-étendue , mais d'un effet connu et d'une signification claire. La plupart de celles que nous venons de voir étaient puisées dans l'histoire ; presque toutes celles-ci sont empruntées des objets physiques :

Tbxte db M. Lowth.

(a) Agitur enim dies ultionis Je/iovœ ,

Annus pœnarum sumendarum Sionis vindici:

Et vertentur torrentes ejus in picem ,

Pulvisque ejus in sulphur ;

Et terra ejus in ardentem picem tota redigetur :

Noctes diesque inexstincta ardebit;

Fumus ejus in xternum ascendet,

In perpétuas œtates jacebit déserta ;

Per infinita secula nemo eam peragrabit.

» Les terres désertes et incultes seront dans la joie ; » La solitude se réjouira et fleurira comme la rose ; » Elle fleurira et se réjouira d'une manière merveil-

» leuse; » Elle fera entendre des cris et des chants de joie. » On lui donnera la gloire du Liban , » La beauté du Carmel et de Saron ; » Ils verront la gloire du Seigneur , » La majesté de notre Dieu, (a) »

Nous avons déjà observé plus haut (i) toute la force et toute l'étendue de cette image du Liban et du Carmel , de même que la source d'où est prise celle de la gloire et de la majesté divine , rendues visibles à tous les regards. L'image d'une terre déserte et desséchée (2) , ensuite cultivée et arrosée , est si constamment et si solennellement consacrée dans le style parabolique , pour désigner une effusion extraordinaire de la grâce et des dons célestes , qu'elle ne demande aucune explication. Il en est de même des autres qui suivent , toutes d'une nature semblable et analogue , et qui achèvent , avec autant de richesse que d'agrément , le développement de l'événement annoncé.

Une lecture du poème entier, en fera briller avec plus d'éclat l'ordonnance et le plan. Les remarques que nous venons de faire nous sem-

Textb db M. Lowth.

(a) Lxtabuntur déserta et inculta ;

Etexsultabit solitudo , etjlorebit vi rosa ;

Eximiè florebit et exultablt ;

Etiam cum jubilatione et cantu.

Dabitur ei Libani cjloria ,

Décor Carmell et Sarords ;

Hi videbunt gloriam JeJiovx,

Dei nostri majestatem.

(1) Voyez la Leçon sixième.

(2) Voyez la Leçon huitième.

des hébreux. 3. Part. Leçon 20. 32 1 blent suffisantes pour montrer quelle est la sorte d'images que recherche de préférence la Poésie prophétique ; quelles sont les couleurs et les ornemens auxquels elle se plaît ; comment , en s'occupant à embellir un sujet , elle en développe avec clarté la nature générale , en fait ressortir la grandeur et la gravité suivant la dignité de l'objet, mais ne s'arrête point aux traits particuliers , aux accessoires peu importons , aux degrés intermédiaires qui restent cachés , s'il est permis de parler ainsi , dans les replis et les sinuosités du voile général , pour ne se déployer entièrement qu'à l'accomplissement de la prophétie. Celle qui nous occupe contient un ou deux passages auxquels cette observation peut s'appliquer (1) : quant à tous les autres , il n'est point en notre pouvoir de découvrir les circonstances et la progression des faits qui y sont annoncés ; car cette prophétie nous paraît être du nombre de celles qui n'ont point encore atteint leur dernier terme , et qui sont cachées dans le secret de Dieu.

Mais afin que le lecteur puisse considérer plus facilement sous un seul et même aspect la forme générale et l'ensemble d'un poème prophétique , nous joindrons ici une de ces prédictions de Balaam que nous rappelions il n'y a qu'un instant , et que nous ne nous lassons pas de citer , parce que la Poésie n'a rien à nous offrir, en aucun genre , de plus agréable ni de plus achevé. Celle-ci abonde en images emprun-

(1) Note db M. Lowth. — Ch. XXXV, 4 , ô , 6 , 8. Il n'y a point de doute que ces passages ne se rapportent immédiatement au premier avènement du Messie , aux miracles qu'il doit opérer, à la prédication de l'Evangile , et à l'effusion de la grâce et des dons de Dieu.

tées des objets de la nature , toutes riantes et pleines d'éclat ; elle se distingue surtout par le style le plus orné, et la plus grande variété dans les figures.

« Que tes tentes sont belles , o Israël ! Quelle est la

» Beauté de tes pavillons , ô Jacob !

» Telles sont des vallées ombragées de bois; tels, des

» jardins placés auprès des fleuves :

» Tel le lieu de délices qu'avait créé le Seigneur; tels

» les cèdres nés au bord des eaux.

» L'onde coulera de son sein ; une source intarissa-

» sable entretiendra sa fécondité.

» Toujours vainqueur de ses ennemis , son roi ne

» cessera d'étendre son empire.

» Le Seigneur l'a conduit des rives du Nil , et sa force

» est semblable à celle du rhinocéros.

» Il dévorera ses ennemis ; il brisera leurs os ; il les

» percera de ses flèches.

» Dans son sommeil , il sera pareil au lion ; et nul

» mortel n'osera le réveiller.

» Celui qui le bénira sera béni ; celui qui le maudira

» sera maudit, (a) »

Textb de la Vdlgatb.

(a) Quàm pulchra tabernacula tua, Jacob , et tentoria tuat Israël !

Ut vallcs nemorosce, ut hortijuxta fluvios irrigui , ut tabcrnacula quœ fixit Dominas , quasi cedriprope aquas.

Fluet aqua de silulà ejus , et semen illius erit in aquas maltas. Tolletur propter Agag , rex ejus, et auferetur regnum illius.

Dcus eduxit illum de SEgypto , cujus fortitudo similis est rhinocerotis. Dcvorabunt génies hostes illius , ossaque eorum cenfringent , et perforabunt sagiltis.

Accubans dormivit ut leo , et quasi leœna , quam suscitare nuit us audtbit. Qui benedixerit tibi , erit et ipse benedictus : qu'il maledixerit , in maledictione reputabitur.

Num. XXIV , 5-9.

Vees de M. Lowtit.

Tuis , Jacobe, quantus est castris décor i

Tulsque skjnls Israël!

Ut rigua vallis jertilem pandens sinum ;

Ilortl ut scatentes rlvtdis ,-

des hébreux. 3. Part. Leçon 20. 323

Sacris Edenx costi ut in silvis virent,

Cedrique pr opter jlumin a .

Illi uda multo rore stillant germina ,

Fœtusque alunt juges aqux.

Sancti usquè fines promovebit imperî

Rex usquè vicior hostium.

lllum subacto duxit ab Nilo Deus .

Novis superbum viribus ; Qualis remotis liber in jugis oryx

Fert celsa cœlo cornua.

Vorabit hostes ; ossafranget ; irritas

Lacerabit hastas dentibus.

Ut leo , recumbit; ut lexna , decubat ;

Cuis audeat lacessere ?

Qux quisque tibi precabitur , ferat bona !

Mala qux precabitur , luat !

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