‹ Leçons sur la poésie sacrée des hébreuxChapitre 14 sur 27 · IV · texte numérisé non relu

IV

des hébreux. 3. Part Leçon 29. is5 de l'hymne que l'on y lit en l'honneur de Bacchus , contient les indigitamenta de ce dieu , c'est-à-dire, renonciation solennelle de ses noms et de ses titres; la suite comprend le récit de ses actions et ses louanges.

Il est un autre psaume que l'on peut mettre au nombre des psaumes historiques ; c'est le CXXXYe. Il est consacré à célébrer la gloire de Dieu, ainsi qu'à publier sa puissance et sa bonté infinie , en commençant par les œuvres de la création , et passant de là aux prodiges qui accompagnèrent la sortie d'Egypte , et dont les circonstances principales sont rappelées presque dans un ordre régulier. Le psaume s'ouvre par ce distique connu :

« Louez le Seigneur , parce qu'il est bon , » Parce que sa miséricorde est éternelle, (à) »

Nous apprenons, par le témoignage d'Esdras, que l'on avait coutume de le chanter à deux chœurs. (1) Mais il est surtout remarquable, en ce que le second vers du distique que nous venons de citer , est répété à certains intervalles par un des chœurs , ou plutôt ajouté à chaque verset, et qu'il forme ainsi un refrain constant ; pratique dont on ne trouve pas un second exemple. Elle nous fait connaître d'une manière bien évidente, la nature et la forme du vers intercalaire , qui est destiné à présenter en une phrase courte , simple et claire , le sujet de la composition , et qui est répété à des distances déterminées par l'ordonnance du poème , afin

Texte de M. Lowth.

(a) Laudate Jehovam, quia bonus est:

Quia xterna est ejus benigndtas.

(1) Esdras, III , 10 , 12.

d'imprimer plus fortement ce même sujet dans les esprits. L'autorité de Théocrite , de Bion 5 de Moschus , et de Virgile , démontre assez combien le vers intercalaire est convenable à l'idylle, et avec quel avantage elle peut en revendiquer l'emploi. Nous ajouterons quelques exemples pris dans la Poésie sacrée : ils peuvent entrer sans crainte en parallèle avec ce que les compositions de ces grands génies ont de plus parfait. Mais pour mettre dans tout leur jour l'élégance du poème entier , ainsi que l'effet et la grâce du refrain , il faut faire connaître l'ordonnance des idées et la disposition de l'ensemble.

Le psaume CVIe mérite incontestablement d'être compté parmi ceux qui offrent le plus d'élégance , et cette élégance est due en trèsgrande partie à l'arrangement et à la forme générale de l'ouvrage. Il est consacré à célébrer la bonté et la miséricorde que Dieu fait éclater en faveur des hommes , au milieu même des maux cruels qui peuvent les atteindre; et cette bonté est prouvée par les secours puissans qu'il leur accorde quand ils l'invoquent , soit qu'ils errent dans les déserts , soit qu'ils souffrent de la faim, qu'ils soient plongés dans les cachots, qu'ils aient à lutter contre la maladie , ou enfin qu'ils soient exposés à la tempête. Le poète rappelle ensuite quelques exemples de la sévérité de Dieu à l'égard des médians , et de sa bienveillance pour les hommes pieux ; et il finit en recommandant ces grandes idées à la méditation de ceux qui ont de la sagesse. Ainsi le poème, par la nature même du sujet , se divise en cinq parties à peu près égales , dont les quatre premières sont terminées par un vers intercalaire y qui exprime le dessein et le but de cet hymne :

des hébreux. 3. Part. Leçon 29. 127

« Louez le Seigneur à cause de sa miséricorde , » Et des merveilles qu'il a opérées en faveur des » hommes, {a) »

Mais ce premier distique est constamment diversifié par l'addition d'un second , dans lequel sont résumées les pensées qui viennent d'être exposées. Ainsi , la première fois , on trouve le distique suivant :

» Car il a rassasié l'ame qui succombait de détresse , » Il a comblé de biens l'ame que la faim consu- » mait. {b) »

A la seconde reprise on lit celui-ci :

« Car il a brisé les portes d'airain ,

» Et il a mis en pièces les leviers de fer. {c) »

Ou bien encore, le refrain est répété et amplifié par l'addition de nouvelles images :

« Louez le Seigneur à cause de sa miséricorde , » Et des merveilles qu'il a opérées en faveur des »T» hommes.

* Qu'ils lui offrent des sacrifices de louange , » Et qu'ils racontent ses bienfaits avec des chants de » joie, (d) »

Ou enfin :

« Qu'ils le célèbrent dans l'assemblée du peuple , » Et qu'ils le louent dans le conseil des vieillards, (e) »'

Texte de M. Lowth.

(a) Laudent Jehovam ob ejus misericordlam , Et miracula in hominum gratlam édita.

{b) Nam satlavit animam fat is cent eut , Animamque esurientem implevit bonis.

(c) Nam f régit portas aheneas , Et vectes ferreos discidit.

(d) Laudent Jehovam ob ejus misericordiam , Et miracula in hominum gratiam édita:

Et offerant sacrificia taudis ,

Etfacta ejus Izeto cantu enarrent.

(e) Et exaltent eum in cœtu populi,

Et in concilio senior um eum célèbrent.

Partout la transition de la description des maux à celle de la délivrance est ménagée avecla dernière élégance, par la répétition du distique suivant :

» Et ils invoquèrent le Seigneur dans leur détresse , « Et il les délivra des maux qui les accablaient, (a) »

Celui-ci cependant ne paraît pas avoir le caractère du vers intercalaire. La dernière partie, où le poète se livre à de plus riches développemens , est terminée par deux autres distiques remplis de préceptes moraux , aussi graves qu'utiles , et qui ne dérogent en rien à la beauté de toute la composition, (i)

Il reste bien encore , parmi les psaumes , quelques autres exemples de ce genre , mais peutêtre n'offrent-ils pas la même perfection. C'est pourquoi le second que nous allons citer sera emprunté d'Isaïe , et nous nous y déterminons d'autant plus volontiers , qu'ici , comme en plusieurs autres occasions , l'élégance singulière des compositions de ce prophète a été altérée par la division ordinaire des chapitres, qui a séparé en deux parties un seul et même poème , et a réuni ces parties à des sections avec lesquelles le sujet se trouve n'avoir aucune liaison. Si, au contraire , on réunit la fin du neuvième chapitre avec le commencement du suivant, on

Texte de M. Lowth.

(a) Et invocârunt Jehovam in rébus afjlictis ; Ex eorum angustiis eos libérât.

(1) Note do Traducteur. — Pour mettre le lecteur à portée Je saisir plus facilement l'ordonnance de cette composition pleine de beautés , et ce que dit M. Lowth à ce sujet, nous croyons devoir en donner la traduction entière , faite sur lo texte du P. Houbigant. ( Voyez à la fin de la Leçon , ci-après page i36. )

des hébreux. 3. Part. Leçon 29. 129 aura une prophétie entière, dirigée contre les Israélites qui occupaient le royaume de Sainarie : prophétie majestueuse , terrible , menaçante , distinguée par une force et une élévation à laquelle parvient rarement l'idylle ; mais qui présente la forme caractéristique de ce genre , avec une perfection si marquée, qu'on peut à juste titre la ranger dans cette classe. Le poème est divisé en quatre parties , dont chacune contient la menace de la vengeance divine contre un peuple rebelle , le reproche d'un crime grave, et l'annonce du juste châtiment dont ce crime va être puni. C'est d'abord l'insolence et l'orgueil des Israélites : en second lieu , leur endurcissement, et la dépravation générale des mœurs : troisièmement, l'audace de leur impiété, qui , telle que la flamme et l'incendie , atteint et dévaste tout : enfin l'iniquité qui règne dans les jugemens, et l'oppression du pauvre. Pour chacun de ces crimes , le prophète leur prédit un châtiment inévitable et terrible , et chaque fois il termine par une formule menaçante qui forme le vers intercalaire : refrain merveilleusement propre à redoubler la terreur , en leur annonçant que des punitions encore plus sévères leur sont réservées , sans que ce surcroît de peine puisse expier leurs forfaits et satisfaire à la justice divine.

« Après tous ces fléaux , l'indignation du Seigneur ne

» s'est pas détournée , » Mais sa main est encore étendue, (a) »

Texte de M. Lowth.

{a) Mis omnibus nondùm conversa est ejus iudignatio, Sed manies ejus adhuc est extenta.

En examinant les exemples que nous avons cités jusqu'ici, on reconnaît sur-le-champ, à leur forme et à leur apparence seule , qu'ils doivent être mis au nombre des idylles. Il en reste encore beaucoup d'autres, surtout dans le livre des Psaumes , qui , à cause de leur style et de leur caractère, doivent également y être placés. Nous voulons parler de ces poèmes , dans lesquels un sujet unique est traité avec plus d'étendue et de régularité que n'en admet ordinairement l'Ode. Tel est le psaume CIIIe, consacré aux louanges du Dieu créateur : le poète y prend pour sujet l'arrangement aussi merveilleux que sage qui éclate dans toute la nature ; il le décrit , ainsi qu'il convenait , dans un ordre élégant et surtout très-clair , embellissant son style des couleurs les plus agréables, d'images magnifiques, pleines d'éclat, de grâce, de variété, et choisies avec le goivt le plus exquis. Il n'existe rien , et l'on ne peut se former l'idée de rien de plus parfait que cette composition ; soit qu'on l'examine en elle-même , soit qu'on la considère sous le rapport d'hymne. Les prodiges ont sans doute , au premier aspect , quelque chose de plus grand , qui frappe à l'instant notre ame, et qui la pénètre de l'admiration et de la crainte la plus vive : mais cependant , le sujet le plus vrai de louanges pour l'Etre souverainement grand et souverainement bon , le plus digne de lui , le plus propre à imprimer dans le cœur de l'homme un sentiment de piété aussi ardent que durable , c'est la puissance qu'il a déployée dans la création de l'univers , la sagesse qu'il a montrée dans les ornemens dont il l'a décoré , la providence avec laquelle il le conserve et le régit , la justice et la bonté qu'il manifeste dans

des hébreux. 3. Part. Leçon 29. i3i le gouvernement des choses humaines. Les hymnes des Grecs n'étaient presque composés que de fables ; leurs sujets ne méritaient presque jamais ni admiration ni éloges. Parmi les monumens qui nous restent, nous ne pouvons citer comme d'un genre grave , que l'hymne adressé par le stoïcien Cléanthe (i) , à Jupiter , c'est-àdire, au Dieu créateur, ou, comme il se plaît à le dire , à la raison éternelle , créatrice et modératrice de l'univers. C'est sans contredit un des plus beaux monumens de la sagesse des anciens; il est plein de pensées magnifiques , solides et vraies. Tout ce que le philosophe y dit sur la puissance souveraine de Dieu , sur l'harmonie de la loi suprême et de la nature entière , sur la folie des impies et de ceux qui s'abandonnent aux passions aveugles de leur cœur , et principalement sur le besoin d'implorer le secours du ciel pour pouvoir célébrer dignement la divinité par de continuelles louanges, est animé d'un sentiment de piété si naturel et si vrai , que l'auteur semble approcher quelquefois du génie qui inspira les poètes sacrés.

Le psaume de David que nous venons de rappeler , tient à juste titre le premier rang parmi les compositions de ce genre. Mais à coté vient se placer un autre psaume du même prophète , autant à cause de la nature du sujet, que de sa beauté singulière. Il y célèbre la science infinie de Dieu , et l'industrie merveilleuse qui brille dans la structure du corps humain. Si pour

(i) Voyez Cudworth , Syst. intell. p. 432. Voyez aussi le recueil publié par M. Rrunck, sous ce titre : Gnomici poctee i^rœci. On y trouve à la p. \\\ et suiv. le texte grec de l'hymne de Cléanthe , et à la suile , la même pièce , traduite en \cis latins , français et italiens.

iment de l'ensemble et de la disposition , celui-ci cède peut-être un peu au premier , il ne lui est inférieur en aucune façon pour la noblesse et l'élégance des pensées , des images , et de lélocution. C'est le psaume CXXX VIIIe, que nous allons rapporter, et qui terminera cette longue suite d'exemples.

( Ici se trouve une imitation de ce psaume en vers hexamètres; il ne nous est permis d'offrir en dédommagement à ceux de nos lecteurs qui ne peuvent la lire , qu'une traduction en prose , faite sur la version du L\ Houbigant. )

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