‹ Leçons sur la poésie sacrée des hébreuxChapitre 13 sur 27 · LEÇON VINGT-NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LEÇON VINGT-NEUVIÈME

De F Hymne et de V Idylle des Hébreux.

Sommaire. Sorte de Poésie des Hébreux qu'on peut comparer à l'Idylle des Grecs. Raisons de cette dénomination. Nature de ce genre. Exemples. Du vers intercalaire ou refrain. Réflexions à ce sujet. Autres exemples.

Parmi les cantiques désignés chez les Hébreux par une dénomination commune , il en est qui s'éloignent, en quelques points, de la nature de la Poésie lyrique , et qu'il ne serait pas convenable de comprendre dans l'espèce qui porte le nom d'Ode. Nous avons cru qu'il fallait plutôt en former une classe particulière, que nous distinguerons par celui à' Idylle. Mais nous devons auparavant faire connaître la nature de ces poèmes, et le motif qui nous engage à les appeler de la sorte.

Nous apprenons que les Grecs désignaient certaines compositions poétiques , par le titre général de Ei^V) , sans que nous puissions affirmer positivement , si ce titre était l'ouvrage des poètes eux-mêmes , ou celui des grammairiens qui avaient revu leurs écrits. Cette dénomination n'indique autre chose que certaines espèces de poésies , ou certains poèmes différens , sans aucune désignation précise ni de leur forme , ni de ce qui en fait le sujet. Les Odes de Pintlare^ conservent encore aujourd'hui ce titre. Lorsque ces poésies semblaient avoir un sujet ii. ii

IiO DE LA POESIE SACRÉE

moins noble , être écrites d'un style moins élevé , en un mot , appartenir à un genre moins distingué , et que la dissimilitude des sujets ne permettait pas de leur donner un titre commun, on les/lésignait par le diminutif EtSuXXiflT. C'est celui que portent les petits poèmes de Théocrite, c'est-à-dire , ses pastorales mêlées à d'autres pièces d'un genre différent. Les latins préférèrent la dénomination d'églogues ; comme pour désigner des compositions choisies parmi un grand nombre d'autres ; ou bien encore , mais par un motif différent , ils firent usage d'un titre plus modeste , leur donnant le nom de silves , comme voulant indiquer une réunion de morceaux improvisés , et qui pouvaient devenir le sujet d'un second travail , ou d'un choix pareil à celui dont nous venons de parler. Mais quoique le nom d "idylle soit une expression vague et générale , qui par elle-même ne détermine rien à l'égard du poème auquel on l'applique , cependant un usage constant semble lui avoir attribué un caractère fixe et particulier ; et peutêtre la définira-t-on avec assez de justesse , en disant que c'est un poème d'une médiocre étendue , dont le style est tempéré , égal , et principalement dirigé vers la douceur et l'élégance , et dont le plan simple et naturel peut être facilement saisi. Les poètes hébreux possèdent en ce genre quelques modèles achevés ; il ne sera pas sans intérêt d'en examiner et d'en faire connaître plusieurs avec quelque détail.

Et d'abord se présentent à nous les psaumes historiques , destinés à célébrer les louanges de Dieu , par l'exposition des événemens et des miracles qu'il avait opérés en faveur de son peu-

des hébreux. 3. Part. Leçon 29. 1^3 pie. Le premier (1) porte en titre le nom d'Asaph, et contient l'histoire des Israélites , depuis la sortie d'Egypte jusqu'au temps de David ; on n'y offre et on n'y célèbre qu'un choix des faits principaux ; le style est simple , tempéré , relevé cependant par la construction poétique de la période et par certains ornemens. L'ordre historique n'y est pas exactement suivi : en effet, de peur qu'une exposition régulière de tant d'événemens qui s'étaient succédés pendant une si longue suite d'années ne fît naître l'ennui , le poète, par une digression aussi élégante qu'heureuse, y a introduit, en forme d'épisode , le récit des merveilles qui signalèrent la sortie d'Egypte. Le même sujet a encore fourni matière à deux autres psaumes, savoir, au CIVe et au CVe : le premier conduit le récit des événemens depuis le temps d'Abraham jusqu'à la sortie d'Egypte, et le second s'étend depuis cette dernière époque jusqu'aux âges postérieurs. L'un et l'autre sont semblables à celui dont nous avons d'abord parlé , soit par la couleur générale du style, quoique peut-être un peu plus simple dans ceuxci, soit par le naturel et l'élégance de leur exorde , qui méritent bien d'être rappelés en particulier à l'attention du lecteur.

Or , les psaumes dont nous venons de faire mention , ont un rapport parfait , pour la forme de l'ensemble et pour le caractère , avec les hymnes des Grecs ; et , pour le remarquer en passant , ceux qui traduisirent en grec les livres saints , auraient peut-être mieux fait de donner ïiu livre des psaumes, le titre d'Hymnes, dénomination qui aurait été bien plus conforme à

(a) Le Ps. LXXVII.

celle qu'il porte en hébreu. Ce genre de poésie fut en usage chez les Grecs depuis la naissance de l'art , et ils l'employaient à célébrer les objets de leur croyance religieuse. Le plus souvent ces hymnes contenaient l'exposition de l' origine , de la naissance , des actions de leurs divinités , et de tout ce qui pouvait avoir rapport à leur histoire. C'est ce que nous remarquons dans les monumens de ce genre qui sont parvenus jusqu'à nous , dans les hymnes si élégans de Callimaque , et dans ceux qui sont attribués à Homère,. Telle est encore la marche du poème de Théocrite , intitulé , les Dioscures ; hymne véritable et de la plus grande beauté , qu'on a rangé avec raison dans la classe des Idylles , laquelle peut embrasser avec beaucoup de convenance toutes les pièces de ce genre. Virgile, imitateur fidèle de l'antiquité , a parfaitement rendu la forme véritable et le caractère primitif de l'hymne, dans ce double chœur de Saliens, qi i < célébraient dans leurs cantiques les louan- » ges d'Alcide et les hauts faits de ce héros, (i) » Les hymnes anciens attribués à Orphée sont plutôt des chants destinés aux initiations et aux mystères , ou bien ce que les Latins appelaient ii((ii<ritamenta. « Us ne contiennent , dit Joseph iiger (2) , que les invocations qu'adressaient 1 x dieux , ceux qui se faisaient initier. » Ovide, poète dont on ne sait ce qu'on doit le plus admirer , de son érudition ou de son élégan< e, a réuni et marié avec le plus grand talent ces deux formes de l'hymne , au quatrième livre de ses Métamorphoses. (3) Le commencement

(0 Fnéid. VIII, 2S.5.

(2) Annot. in bymn. Orph.

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