II
rusalem î tu tends vainement tes mains meurtries par les chaînes, jusqu'au jour marqué par le ciel, où ce grand capitaine (î) vient ramener tes enfans dans la terre qui les vit naître. La douce liberté renaît avec toutes ses joies, et dit aux murailles enviées de Sion de se relever avec confiance. Toi aussi, dôme saint, tu reporteras vers les cieux ta tête sacrée. Mais , hélas , les vieillards , de leurs yeux baignés de larmes , ne voient dans le nouveau Temple qu'une faible image de l'ancien ! La gloire éclatante de ton Dieu ne prononce plus des paroles adorables , du sein de la nuée mystique ; tes autels n'étincellent plus du feu divin ; le ciel a délaissé ton sanctuaire désert. Cependant tu verras un jour la Divinité présente , la Lumière même révélée, Dieu manifesté dans ton enceinte.
Les temps conduits par le Ciel, amènent enfin l'espérance du monde , et Dieu apparaît. La Vierge-mère porte l'Enfant divin. Comme le souci maternel se peint dans ses regards pleins d: amour ! Elle tient ce doux fardeau sur son sein: penchée sur ce visage charmant, elle le contemple avec joie , l'enfant sourit, pressé contre son cœur, et avec une grâce naïve il joue sur le sein de sa mère. Cette splendeur qui l'environne révèle sa divinité ; dans l'Enfant brille déjà le Dieu.
Plus loin , quelle scène féconde de malheurs se présente à nos yeux consternés ? L'hostie volontaire qui s'offre pour l'homme , incline son humble tête : là meurt le Dieu éternel. Ses
(1) Zorobabcl.
bras pacifiques sont attachés à la croix , tandis qu'une miséricorde abondante coule de toutes ses plaies. Remarquez ces gouttes de sang qui épuisent sa vie , les tourmens rigoureux qui déchirent son ame patiente, toutes les angoisses de la mort qui triomphent et s'assouvissent avec une lenteur cruelle sur leur plus noble proie. Eh ! peux-tu , homme insensé, voir le spectacle de ces souffrances , et ne point partager les maux qu'il endure pour toi ! Son corps sacré n'est brisé que pour tes fautes : ce sont elles qui enfoncent chaque clou , qui aiguisent chaque épine. Peux-tu le voir sans frémir , quand toute la nature souffre dans chacune de ses plaies , quand ses douleurs ébranlent la terre émue de pitié? Le soleil livide recule, efface le jour, et meurt dans le ciel : la terre tremblante sent ses entrailles qui se déchirent, et les rochers fendus insultent au cœur insensible de l'homme. Les sépulcres ouverts découvrent leur région ténébreuse ; et les morts vêtus de la terre froide du tombeau , reviennent à la vie.
O tombe ! tu ouvriras de nouveau ton vaste sein ; tombe rassasiée , tu rendras toute ta proie. Et toi , terre , aux derniers soupirs de ton sein bouleversé , tu gémiras engloutie dans les flammes , lorsqu'à tes regards , le même Dieu volera sur les nuées , sans voile , tout éclatant de lumière et de majesté ; et que, sur la trace de son char , tous les cieux resplendiront inondés de sa gloire. Alors les monts fondus bouillonneront , les roches domptées couleront en fleuves de feu , un déluge impétueux grondera autour du monde, et tous les arts de l'homme , tous ses ouvrages auront péri. Alors ces vitraux animés tomberont