‹ Leçons sur la structure et les maladies du système nerveuxChapitre 11 sur 19 · II. Système des flores convergentes · texte numérisé non relu

II. Système des flores convergentes

Comme celles qui constituent le système commissurant, les fibres du système convergent supérieur possèdent des caractères communs et des caractères propres suivant qu'on jette sur elles une vue d'ensemble, ou qu'on examine le détail des régions auxquelles elles appartiennent.

Comme disposition générale, elles affectent la forme

de rayons irradiés de la périphérie d'une sphère creuse vers son centre, qui n'est autre que la couche optique. Elles convergent des régions corticales périphériques aux régions centrales correspondantes en se resserrant de plus en plus, à mesure qu'elles tendent vers leur point d'arrivée.

Mais, avant d'atteindre la couche optique, la plupart d'entre elles rencontrent le corps strié : elles traversent donc en grand nombre la substance grise qui le constitue. De plus, une partie d'entre elles, comme nous le verrons dans la suite, sont destinées au corps strié lui-même et se perdent dans sa masse.

Comme disposition spéciale, il convient d'examiner successivement ces fibres en arrière, à la partie moyenne et en avant, comme nous l'avons fait, du reste, pour le système commissurant.

En arrière, les fibres convergentes sont dirigées, en général, d'arrière en avant. Celles qui viennent des circonvolutions les plus postérieures sont antéro-postérieures; celles qui émanent des circonvolutions internes ou externes de la région, sont obliques en dehors ou en dedans.

Dans les régions médianes les fibres convergentes affectent encore différentes inclinaisons sur leur point d'origine.

Celles qui viennent des circonvolutions inférieures sont obliques en haut, verticales en dehors, puis obliques en haut et en dedans à partir des points les plus internes.

Celles que fournissent les circonvolutions externes, circonvolutions sphénoïdales et de l'insula sont détournées de leur direction par la présence du noyau extra-ventriculaire du corps strié. Quelques-unes pénètrent dans sa masse, mais la plupart se réfléchissent sur ce noyau, et forment, ce tractus de substance blanche qui constitue la capsule externe des auteurs. Les fibres convergentes

venant des circonvolutions supérieures sont obliques en bas, directement pour les médianes, en dehors ou en dedans pour les fibres internes ou externes.

Dans les régions antérieures, les fibres convergentes offrent les rapports les plus étendus avec le corps strié. Au lieu d'être disposées en rayons, comme dans les autres parties du cerveau, elles se trouvent plutôt disposées ici suivant un plan d'alignement commun, toutes d'avant en arrière. Chacun des plans de fibres représente un éventail qui se superpose à l'éventail formé par les fibres du plan inférieur.

De ces fibres, les unes traversent directement le corps strié pour se rendre à la couche optique, d'autres se perdent immédiatement dans le corps strié.

Pour terminer l'histoire des fibres convergentes, il nous reste à décrire le trajet spécial qu'affectent celles qui proviennent de deux circonvolutions particulières, l'hippocampe et le corps godronné.

Les unes et les autres décrivent autour de la couche optique un trajet curviligne de telle façon que, nées aux environs de ses parties postérieures elles passent au-dessus de sa résion dorsale et se dirigent vers sa partie antéroinférieure.

Les fibres qui viennent de l'hippocampe constituent les piliers de la voûte ; leur direction bien connue est antéro-postérieure, on les suit facilement jusqu'aux tubercules mamillaires qui font partie comme deux véritables tubérosités gemminées de la masse même de la couche optique.

Les circonvolutions rudimentaires que représente le corps godronné ont aussi des fibres convergentes : seulement la minceur du faisceau qui les constitue est en rapport avec la réduction considérable qu'ont subie les circonvolutions-mères. Ces fibres constituent ce qu'on a appelé les traclus longitudinaux du corps calleux ou nerfs de Lancisi.

Telle est la disposition du système convergent supérieur.

Voyons maintenant comment ses fibres se comportent au voisinage des ganglions centraux du cerveau. Elle les abordent en faisceaux isolés, comme 4es troncs nerveux distincts venant des régions périphériques, et nous ne savons pas encore si les fibres de différents ordres, motrices, sensitives, végétatives, sont réparties en des faisceaux distincts ou confondus dans la totalité des troncs.

Arrivées au contact des parties centrales, une partie des fibres pénètre dans la couche optique, une autre se perd dans les réseaux du corps strié.

Ces dernières seront étudiées ultérieurement avec leur point d'arrivée. Nous ne nous occuperons que des fibres allant à la couche optique.

Au pourtour de cette couche optique, ces fibres se dissolvent, se tamisent pour ainsi dire à travers la substance grise, comme les fibres'du nerf optique dans leur passage à travers la sclérotique. Elles se réduisent à l'état de minces filaments blanchâtres et suivent leur direction première, pour se perdre dans les centres de la couche optique ou dans la région grise centrale. — Les connexions ultimes se fontpar fusion insensible avec le réticulum gris de ces points divers dont l'étude constituera la leçon suivante.

CINQUIÈME LEÇON Couche optique.

La couche optique est l'un des deux ganglions situés vers la base du cerveau. Recouverte en partie par le corps strié, qui est situé en avant et en dehors, elle re-

présente bien la partie centrale du cerveau, et se trouve au point de rencontre du système de fibres blanches que nous avons précédemment décrit sous le nom de système convergent supérieur.

Formée par la coalescence de plusieurs noyaux distincts de substance grise, elle représente,, au point de vue physiologique, un appareil servant à la réception et au passage des impressions sensorielles.

La forme de la couche optique est sensiblement ovoïde : sur une coupe horizontale, elle se présente plutôt comme un rectangle à angles arrondis, et à grand axe antéropostérieur.

Située, comme nous l'avons dit, au centre du cerveau, elle représente assez fidèlement le moyeu d'une roue, dont les différentes fibres convergentes constituent les rayons. Si l'on vient à mesurer ces rayons au moyen d'un compas, on voit qu'ils sont tous égaux sensiblement, dans quelque direction qu'on les examine.

Au point de vue de ses rapports, on remarque que la couche optique est libre en dedans et en haut, où elle proémine dans la cavité ventriculaire ; en dehors, elle est en rapport avecl'arrivée des fibres convergentes supérieures, et aussi avec le noyau extra-ventriculaire du corps strié. En dessous, elle touche au noyau rouge de Stilling ou olive supérieure, et par son intermédiaire, elle reçoit l'expansion des fibres du pédoncule cérébelleux supérieur; plus bas encore, aboutissent les fibres du système convergent inférieur, qui forment à ce niveau les pédoncules cérébraux.

Si l'on considère la structure de la couche optique, on voit qu'elle est constituée en majeure partie par des agglomérations de substance grise disposées d'une façon indépendante,

On peut distinguer, à ce point de vue, deux régions dans la couche optique. A la partie la plus intense, se trouve un amas de substance grise spéciale d'une coloration particulière, qui peut être considéré comme la continuation

et l'aboutissant supérieur de la substance grise de la moelle; elle constitue la paroi ventriculaire, et doit à sa situation le nom de substance grise centrale.

La partie externe de la couche optique se compose de quatre noyaux isolés, que l'on peut facilement distinguer sur une coupe horizontale. Ils sont situés à peu près à la suite les uns des autres suivent un alignement antéropostérieur.

Ces noyaux, ou du moins trois d'entre eux, étaient déjà connus des anatomistes. C'est ainsi que Arnold donne le nom de : corpus album subrolundum, nucleus internus, nucleus poslerior, aux premier, deuxième et quatrième noyaux, ceux que j'ai appelés centres antérieur, moyen et postérieur.

A ces noyaux déjà connus, mes recherches en ont ajouté un quatrième : le noyau médian. De plus, ces recherches poursuivies dans le triple champ de l'anatomie normale et pathologique, de la physiologie expérimentale et de la clinique, m'ont conduit à déterminer d'une façon plus précise qu'on ne l'avait fait jusqu'ici, les connexions anatomiques de ces différents centres, et par conséquent le rôle physiologique qu'il convient d'assigner à chacun d'entre eux.

En tenant compte, soit de leur position, soit de leurs fonctions, j'ai été conduit à leur donner un double nom.

Le premier, centre antérieur, est en rapport par ses connexions avec le tœnia semi-circularis , avec les impressions olfactives , d'où aussi le nom de centre olfactif.

Le deuxième, centre moyen, reçoit les fibres du nerf de la deuxième paire, d'où le nom de centre optique.

Le troisième, centre médian, représente plus particulièrement l'arrivée des fibres sensitives du système convergent inférieur, ce qui l'a fait nommer centre de la sensibilité générale.

Le quatrième, centre postérieur, joue un rôle important dans la perception des sons, d'où le nom de centre acoustique.

Nous allons examiner successivement les rapports particuliers de chaque noyau, ainsi que l'origine, le trajet et l'arrivée des fibres qu'il reçoit ou qu'il émet.

Le centre antérieur ou olfactif, par sa position spéciale, est pour ainsi dire hors rang. Il fait saillie dans la cavité du ventricule latéral, sur la face inférieure duquel il repose. Sa forme est allongée ; il est situé dans le tiers antérieur de la couche optique. Il a reçu de Vieussens le nom de corpus album subrotundum, et de Yicq d'Azyr celui de tubercule antérieur de la couche optique.

Son volume, chez l'homme, est moyen; mais dans les espèces animales, où le sens de l'olfaction est plus développé que dans l'espèce humaine, ce volume s'accroît en raison directe de l'acuité du sens auquel il préside. C'est ainsi que chez les rongeurs, et principalement chez la taupe, il arrive à occuper plus de la moitié antérieure de la couche optique.

Voyons maintenant quelles sont ses connexions. Les fibres afférentes représentent les conducteurs de l'impression olfactive. Par l'intermédiaire de la bandelette semi-circulaire ou tœnia seiiti-circularis, faisceau spécial qui est situé entre le corps strié et la couche optique, et qui contourne complètement cette dernière, le centre antérieur se trouve relié à un noyau de substance grise situé non loin du crochet terminal de l'hippocampe, noyau qui, chez l'homme, se trouve dans la corne sphénoïdale, caché sous les circonvolutions qui le recouvrent, mais qui, chez les reptiles et les poissons se trouve à nu sur la face inférieure du cerveau. C'est à ce noyau gris qu'aboutissent d'autre part, les fibres du nerf olfactif, qu'elles viennent du nerf du même côté par la racine externe, ou du nerf du côté opposé par la racine

moyenne. Ce noyau gris se trouve donc situé sur le trajet des fibres olfactives, et joue, par rapport à la première paire, le même rôle que les ganglions spinaux, par rapport aux racines postérieures. Nerf olfactif, noyau gris de la corne sphénoïdale, fibres du tœnia sefni-circularis, centre antérieur, tel est donc le chemin que suivent les impressions odorantes de la pituitaire à la couche optique. De là, elles vont rayonner vers la périphérie par les fibres efférentes du centre antérieur.

Le trajet de ces fibres efférentes est moins direct. Les unes forment ce mince faisceau blanc qui se porte horizontalement vers le conarium en formant ce qu'on appelle rênes (habenœ) de la glande pinéale. Les autres forment un autre faisceau qui se porte verticalement vers chaque tubercules mamillaire correspondant. Or, comme ces éminences sont le point d'arrivée des piliers antérieurs du trigone, on peut considérer le centre antérieur comme relié à la corne d'Ammon par leur intermédiaire.

Le centre moyen ou optique est situé directement en arrière du précédent.

Son volume est considérable dans l'espèce humaine et en rapport avec l'importance qu'y prend le sens de la vue. Il est juxtaposé à celui du coté opposé et se trouve relié à lui par l'intermédiaire de la commissure grise du cerveau. Les deux centres optiques de droite et de gauche sont ainsi intimement liés et comme coalescents. Il est très-probable qu'il se fait une fusion complète entre ces deux noyaux de substance grise, car, dans un cas rapporté par Serres, la commissure grise ayant été détruite par une hémorrhagie , il s'ensuivit une cécité complète.

Les fibres afférentes à ce centre sont de trois ordres.

Les unes, et ce sont les plus importantes, viennent des tubercules quadrijumeaux. On connaît depuis longtemps les rapports de ces tubercules avec les fibres opti-

ques : c'est à eux qu'aboutit en arrière la bandelette optique venant du chiasma.

Ces fibres que le centre optique reçoit des tubercules quadrijumeaux sont fines et grises.

Un deuxième ordre de fibres afférentes, plus difficile avoir, est de couleur blanche et vient des corps genouillés, qui représentent des ganglions interposés sur le trajet des fibres optiques. Les nerfs sensitifs périphériques traversent tous un ganglion ; nous voyons que les nerfs présidant à la sensibilité spéciale n'échappent pas à cette loi anatomique.

Enfin, la racine grise du nerf optique constitue pour ce centre une troisième catégorie de fibres afférentes. Les fibres qui la constituent sont minces et pâles.

En résumé, trois conducteurs aboutissent au centre moyen :

1° Fibres grises de la racine du nerf optique. 2° Fibres grises venant des tubercules quadrijumeaux.

3° Fibres blanches envoyées par les corps genouillés.

Quant aux fibres effêventes, bien que leur trajet ne soit pas complètement visible, mêlées qu'elles sont à d'autres fibres convergentes supérieures, on peut voir, sur les coupes horizontales du cerveau que je fais passer sous vos yeux, qu'elles aboutissent aux circonvolutions des régions antéro-latérales (1). Vous pouvez voir sur ces planches d'anatomie pathologique que j'ai pu recueillir deux faits d'hémorrhagie cérébrale récente, suivie d'abolition des sensations visuelles d'un seul œil. Or, dans ces deux cas d'hémianesthésie visuelle, la lésion était limitée au point où aboutissent les fibres efférentes du centre optique du même côté.

Le troisième centve de la couche optique est d'un

(1) Voir planches XVII et XVIII de Y Iconographie photographique des centres nerveux.

Page 1