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Preuves cliniques

Ce sont surtout les faits de l'ordre clinique qui tendent à démontrer, d'une façon irréfutable, que les couches optiques servent de lieu et d'élaboration de passage aux impressions sensorielles , avant leur irradiation définitive vers la périphérie corticale.

Nous avons ici à considérer deux catégories de faits. Dans les uns , la sensibilité des différents sens a été abolie en totalité, et l'autopsie a montré une destruction progressive et bilatérale des deux couches optiques, coïncidant avec la disparition progressive des impressions sensorielles.

Deux observations sont à citer sous ce rapport :

La première est la célèbre observation de Hunier, rapportée par divers auteurs, et que l'on peut lire tout au long dans la thèse de Ritti (1), à laquelle nous renvoyons, du reste, pour les détails des observations que nous ne pouvons reproduire ici intégralement.

Il s'agit d'une jeune fille de 17 ans, chez qui, dans l'espace de trois ans, on remarqua, outre de la céphalalgie et des troubles gastriques, une perte successive de la vue, de l'ouïe, de l'odorat, de la sensibilité et enfin du goût. A l'autopsie, on trouva une destruction complète des deux couches optiques par un fongus hématode. Les corps striés (Hunter insiste spécialement sur ce point) n'étaient pas touchés, non plus que les nerfs optiques, etc.

(1) Sur la théorie physiologique de V hallucination , 1874, p. 37.

La seconde observation, due à Treviranus (1), quoique d'une grande valeur, est moins probante que la précédente, parce que la couche optique n'était pas seule lésée. Elle a trait à un enfant de deux ans, idiot, aveugle, sourd. Le goût manquait; on n'a pas de renseignements sur l'odorat. Le corps calleux, les corps striés et les couches optiques ne formaient qu'une seule masse homogène.

Dans une seconde catégorie de faits, nous avons recueilli des observations de troubles fonctionnels isolés, coïncidant avec des lésions limitées de la couche optique, dévoilées à l'autopsie.

Les lésions optiques sont, de toutes, celles qui ont été observées le plus fréquemment. Sur 33 cas d'altérations limitées de la couche optique, il se trouve que vingt et une fois, c'était le centre moyen qui était lésé. Tantôt (6 observations) les régions homologues sont intéressées : la perte de la fonction est complète, l'amaurose est bilatérale, aussi bien que la lésion. On peut citer parmi ces observations le cas de Serres, dont nous avons déjà parlé, et un autre fait de Bail.

Tantôt, au contraire, et c'est ce qui a lieu le plus souvent, le centre optique, d'un seul côté, est atteint. Ces lésions sont accompagnées de troubles fonctionnels de l'œil du côté opposé, qui se traduisent généralement par une amblyopie ou une amaurose complète. D'autres fois, c'est une hémiopie que l'on remarque ; il est, en outre, des cas où les troubles de la vision ont déterminé, par action réflexe sans doute, du strabisme.

Enfin, dans une troisième catégorie, on peut ranger les cas d'illusions, d'hallucinations de la vue, dépendant de lésions matérielles du centre optique. On trouvera ces faits relatés avec détails dans la thèse de Ritti.

Les lésions auditives ou du centre postérieur sont plus rares. On les a observées deux fois simultanément avec

(1) Journal complémentaire du Dictionnaire des Sciences médicales, t. XVII, p. 27. — Ritti, loc. citât., p. 39.

la perte de la vue. De plus, nous avons eu occasion d'observer deux cas de lésions limitées exactement au centre postérieur.

Dans le premier cas, il s'agit d'un jeune homme de 14 ans, atteint de surdi-mutité depuis la naissance, chez lequel le centre postérieur était notablement amoindri.

Dans le deuxième cas, chez un sourd-muet âgé de 74 au s, j'ai rencontré une dégénérescence amyloïde de la même région, beaucoup plus avancée que dans le cas précédent, avec atrophie des fibres convergentes postérieures.

Les lésions de la sensibilité, liées à diverses altérations de la couche optique, sont de trois ordres.

Tantôt, la sensibilité est augmentée, il y a hyperesthêsie. Dans d'autres cas, l'altération des impressions sensitives est variable : elle peut être ralentie, ou bien pervertie de diverses manières. Dans un cas cité par Bright, par exemple, les objets explorés par le toucher semblaient mous et comme gélatineux.

Enfin, deux cas, que j'ai recueillis et dont je vous fais passer sous les yeux les dessins photographiques, le centre médian étant complètement détruit sans lésion des parties voisines, il y avait une anesthèsie complète de la moitié opposée du corps.

Ces exemples seront ultérieurement publiés avec détails.

Les lésions de Vol faction et du goût ont été notées dans deux observations qui m'ont été communiquées par le Dr Voisin.

Dans le premier cas, il y avait absence complète de l'odorat, du goût et de la vue. A l'autopsie, on trouva une atrophie des nerfs olfactifs, des lobes sphénoïdaux et de la couche optique droite.

Dans le deuxième cas, absence de l'odorat. A l'autopsie, lésion du centre antérieur de la couche optique droite et des noyaux sphénoïdaux.

Enfin, il est certains cas où la lésion n'est pas exacte-

ment limitée à la couche optique. Vient-elle à dépasser ses limites et à atteindre les régions excito -motrices sous-jacentes, aussitôt apparaissent des lésions de la motricité qui compliquent les données du problème et viennent donner le change sur le véritable rôle de la couche optique.

Enfin , disons que dans deux cas de lésions de la couche optique, on avait noté des troubles cataleptiques.

Tels sont les différents faits qui ont attiré notre atten^ tion sur le rôle physiologique de la couche optique et nous ont porté à considérer les couches optiques comme jouant un rôle prépondérant dans l'organisation du cerveau. Jusque dans ces derniers temps, rien n'avait encore été formulé sur ce sujet si neuf et si ancien à la fois. Si bien que les fonctions de la couche optique pouvaient, en fin de compte, être considérées comme une énigme.

C'est l'anatomie seule, c'est l'étude des rapports du tœnia semi-circularis avec le ganglion olfactif de la corne sphénoïdale, qui nous a mis sur la voie du système qui vient de vous être exposé et a été le trait de lumière qui nous a éclairé dans toutes nos investigations sur ce point spécial de l'anatomie des centres nerveux.

A l'aide des preuves multiples accumulées plus haut, nous arrivons donc à dire :

Les couches optiques, ganglions conglomérés, servent de lieu de passage et d'élaboration aux impressions sensorielles et à celles de la vie végétative.

A partir de ce point de convergence, les impressions sont irradiées vers la corticale, chacune dans des directions différentes.

Ce sont les fibres blanches qui les exportent, comme de gros troncs nerveux, en formant les divers radiations de la couronne rayonnante de Reil.

On peut citer à l'appui de cette théorie :

Les expériences de Flourens, qui, en levant par tranches successives la substance nerveuse des hémisphères, abo-

lissait en même temps tel ou tel ordre d'impressions sensorielles.

Celles de Veyssière qui, à l'aide de lésions expérimentales de la substance blanche rayonnante, parvint à produire de l'hémianesthésie du côté opposé.

Enfin, la thèse de Virenque rapporte deux cas d'hémianesthésie de cause cérébrale, cités par Tùrck. Les deux malades présentaient de l'hémiplégie, de l'hémianesthésie de la sensibilité générale avec anesthésie du goût, de l'odorat et de la vue. L'autopsie, chez l'un, montra un ramollissement très-étendu du centre blanc, ayant détruit les deux tiers externes de la couronne rayonnante ; chez l'autre, un foyer d'hémorrhagie situé à la partie externe de la couche optique gauche , intéressant aussi la capsule interne.

Charcot et Maç/nan ont rapporté, de leur côté, des cas semblables.

En résumé, les impressions sensorielles arrivent de la périphérie dans la couche optique, et de là dans les réseaux de la corticale.

Au point de vne du fonctionnement intellectuel, l'activité des couches optiques commande les divers processus de l'activité mentale, en ce sens qu'elles reçoivent, conservent et transforment les diverses impressions qui nous sont fournies par le monde extérieur, avant de les transmëttre aux réseaux de la couche corticale. Elles sont, au point de vue de l'alimentation intellectuelle, comme la bouche qui reçoit et prépare le bol alimentaire avant son passage dans l'estomac.

A chaque instant du jour, les réseaux cellulaires de la couche optique, dans un perpétuel éréthisme, par suite de l'arrivée incessante des impressions, les transmettent immédiatement, après une première élaboration, aux réseaux homologues de la corticale, leur destination

,1) Archives de physiologie, 1874, p. 288.

ultime. C'est au niveau de la couche optique que se différencie le trajet de ces impressions, les impressions venues de l'extérieur se modifiant dans la partie externe (centres) tandis que celles de la vie viscérale subissent leur première transformation à la partie la plus interne (substance grise centrale).

Cette association fonctionnelle, au point de vue de la perception, est si intime entre l'activité de la corticale et celle de la couche optique, que, dans les cas où cette dernière vient à être lésée, on cesse de recevoir pour une cause quelconque les impressions périphériques; aussitôt on voit les fonctions des circonvolutions subir une dépression parallèle, d'où des troubles marqués dans les facultés mentales.

Dumonl dit que sur 120 aveugles, en laissant de côté les lésions cérébrales appréciables il y en a 27 qui présentent des désordres intellectuels, dont le moindre degré est l'hypochondrie, et le plus élevé, la manie et la démence.

Un cas cité par Bouisson est excessivement instructif à cet égard. Il s'agit d'un homme de 50 ans, atteint de cataracte double, qui présentait en même temps des symptômes de démence confirmée (incohérence des idées, défaut de spontanéité).

L'opération de la cataracte fut faite par abaissement, dans la même séance pour les deux yeux. Le 10mo jour, l'appareil fut enlevé et aussitôt le malade s'écria : « J'y. vois. » — Ce fut la première parole raisonnable qu'il eût prononcée depuis longtemps. A mesure que la vue se fortifiait, il devenait en même temps plus docile; la mémoire s'affermissait et le cercle des idées s'élargissait ; un mois après, il put regagner son domicile et pourvoir à sa subsistance.

. D'autres faits du même ordre se rencontrent dans le champ de la sensibilité cutanée . L'abolition de cet ordre de sensibilité n'est pas sans influence sur les facultés mentales.

Une femme que j'ai eue en traitement disait que le néant était autour d'elle; cette femme était anesthésique. Un militaire, cité par Foville, était dans le même cas ; il disait qu'il était mort.

Tel est le cas du colonel Lambert, qui prétendait être mort et ne voulait point démordre de son idée fixe, quoi qu'on fit pour le convaincre du contraire. Il avait simplement perdu toute sensation tactile.

Théorie physiologique des hallucinations. — Puisqu'il est démontré que les cellules corticales ne reçoivent les impressions extérieures que par l'intermédiaire de la couche optique, il en résulte que si la transmission vient à être coupée, si ces cellules sont privées de l'apport incessant de matériaux que leur fournissent les ganglions cérébraux, elles se mettront à travailler molu proprio, et deviendront un foyer d'incitations autogéniques qui ne seront plus d'origine externe et seront sans rapport avec la réalité. De là des illusions, des déviations du processus intellectuel normal.

C'est sur ces connaissances relatives au rôle associé de la couche optique et des circonvolutions, que Ritti a développé la théorie physiologique des hallucinations que j'ai précédemment exposée (1). Sans entrer dans le détail de cette théorie, nous pouvons dire qu'elle explique:

Comment les hallucinations persistent après la destruction des nerfs périphériques ; —

Comment se fait la propagation des hallucinations qui se juxtaposent, s'imbriquent et gagnent d'un sens à l'autre; —

Comment sont fondées les hallucinations viscérales ; — Enfin elle montre la nocuité des processus hallucinatoires au point de vue de la démence, terme ultime du fonctionnement erroné des circonvolutions privées de communications avec le monde objectif.

(1) Voir J. Luys, Recherches sur le système nerveux, 1865.

Pour nous résumer, les couches optiques sont des foyers de concentration et en même temps un lieu d'élaboration pour les impressions d'origine tant interne qu'externe. C'est dans leur sein que le simple ébranlement nerveux dépouille en partie ses caractères, pour devenir plus assimilables par les cellules corticales, et en quelque sorte plus spiritualisé.

SEPTIÈME LEÇON Corps strié

Après avoir étudié la couche optique, sa structure, ses fonctions, ainsi que les symptômes cliniques par lesquels se traduisent les lésions dont elle peut être le siège, nous avons, pour terminer, la description du cerveau proprement dit, à nous occuper du second ganglion situé à sa base, c'est-à-dire du corps strié.

Le corps strié est un amas de substance nerveuse grise, indépendant de la couche optique en dehors et en avant de laquelle il est situé, et dont il englobe la partie externe, depuis les régions antérieures jusqu'aux régions postérieures. Comme, d'autre part, la couche optique est située en arrière, il en résulte que les fibres qui vont à la couche optique, venant de tous les points de la périplexie corticale (système convergent supérieur) doivent, avant de se perdre au sein de sa masse, traverser les réseaux du corps strié. Ces fibres convergentes forment l'ensemble de la couronne rayonnante de Reil, qui sépare en deux noyaux, extra-ventriculaire ou lenticulaire, inlra-ventriculaire ou coudé, la masse même de substance grise qui constitue le corps strié.

La situation du corps strié, par rapport à la couche optique est, nous l'avons dit, antéro-latérale. Il se trouve

séparé en dehors des circonvolutions de l'insula, qui en sont si voisines, par une série de fibres blanches (fibres convergentes des circonvolutions latérales) qui constituent ce que l'on désigne sous les dénominations de capsule externe. Cette disposition toute spéciale du corps strié qui se trouve comme noyé de tous côtés dans la substance blanche, qui l'isole des parties grises du voisinage, a valu à cette dernière l'appellation significative de capsule.

La forme du corps strié est ovoïde ou plutôt pisiforme : sa grosse extrémité est située en avant, tandis que la petite va s'effilant en arrière. Sa coloration varie suivant les points où on la considère. D'un gris rougeàtre en avant, elle devient jaunâtre à la partie postéro-inférieure. Sa consistance présente une mollesse spéciale, surtout dans les points où la coloration est rougeàtre. En arrière et en bas, à l'endroit où la couleur tire sur le jaune, le tissu devient, au contraire, un peu plus ferme. Cette consistance molle du corps strié, jointe à sa richesse en vaisseaux, le prédispose singulièrement à l'hémorrhagie, ainsi que nous le verrons dans la suite.

Si l'on considère ses rapports, on voit qu'à sa partie supérieure et interne (noyau intra-ventriculaire), le corps strié est libre et forme la paroi inférieure du ventricule latéral correspondant.

La paroi anlèro-exlerne est contenue dans une loge limitée par l'arrivée des fibres convergentes, qui présente à ce niveau une disposition toute spéciale, que nous avons déjà décrite dans une précédente leçon (fibres de la capsule externe).

Quant à la paroi inférieure, elle se trouve à nu en avant, à la base du cerveau. A ce niveau pénètrent dans le sein du corps strié de nombreux rameaux artériels venant de l'artère sylvienne (espace perforé de Vicq d'Azyr). En bas et en dedans le corps strié reçoit,

comme nous le verrons, l'expansion du pédoncule cérébelleux supérieur.

Sous le rapport de sa structure, on peut considérer au corps strié deux parties : le tissu propre du corps strié et le noyau jaune.

A. Tissu propre. — Les éléments qui le composent sont de trois ordres : éléments du tissu nerveux, substance conjonctive unissante, vaisseaux.

Les éléments nerveux sont ceux de la substance grise en général, c'est-à-dire des fibres fines, pâles, sans myéline, formant un réticulum complexe et délicat et des cellules. Sous le rapport de ces dernières, le corps strié diffère sensiblement de la couche optique ; celle-ci, en effet , ne renferme que des cellules nerveuses de petite dimension. Les éléments du corps strié, au contraire , présentent une grandeur variable, et, sous ce rapport, on peut les diviser en trois classes.

On trouve d'abord de grosses cellules polygonales, à prolongements multiples anastomosés, soit ■ entre eux, soit avec les prolongements similaires des cellules plus petites.

Puis viènnent de petites cellules triangulaires, avec un prolongement à chaque sommet.

En troisième lieu, viennent des cellules minuscules, rondes, disséminées par groupes autour des grosses cellules, auxquelles elles forment comme autant de satellites et qui me paraissent très-nettement être distinctes des corpuscules de la névroglie.

La substance conjonctive unissante, ou névroglie, se compose d'une substance amorphe dans laquelle se ramifie le plexus formé par les prolongements des cellules nerveuses et l'expansion ultime des fibres grises, ainsi que les nombreux vaisseaux.

Ces derniers présentent, pour la plupart, une direction ascendante; ils sont situés principalement sur les parois latérales (paroi externe surtout) du corps strié, ce qui

explique la prédisposition de cette région aux embolies et au ramollissement consécutif.

B. Noyau jaune. — Dans les régions internes et inférieures des corps striés, se trouve de chaque côté un amas de substance nerveuse, auquel sa coloration spéciale a fait donner le nom de corps jaune. Le noyau jaune correspond à l'épanouissement des fibres des pédoncules cérébraux, d'une part, et d'autre part à celui des fibres antéro-latérales de l'axe spinal, dans l'angle desquelles il est situé.

Cet angle forme sa limite inférieure ; en avant, il est terminé par une série d'arcades emboîtées les unes par les autres, qui s'avancent plus ou moins en avant et en dehors.

Sa coloration, comme nous l'avons dit, est jaune; mais cette coloration varie d'intensité suivant les sujets, et se trouve plus ou moins foncée, de façon à suivre les variations de couleur du cervelet, et notamment du corps rhomboïdal de cet organe. Le noyau jaune se trouve en effet relié, nous le verrons plus loin, à l'olive cérébelleuse par l'intermédiaire du pédoncule cérébelleux supérieur.

La structure du noyau jaune est différente de celle du corps strié proprement dit. Outre un réticulum fin de fibres nerveuses, de couleur jaunâtre, on y trouve, en nombre infini, de petites cellules rondes, aussi de couleur jaunâtre, disséminées dans les mailles de ce réseau.

Après avoir étudié les rapports, la forme et la structure du corps strié, passons à ses connexions avec les parties voisines.

Elles s'établissent au moyen de deux ordres de fibres, afférentes et efférentes.

Les fibres afférentes au corps strié ont deux origines luys 5

distinctes : les unes viennent des circonvolutions cérébrales, les autres du cervelet.

1° Les fibres qui vont de la substance grise de l'écorce au corps strié, fibres cortico-strièes, font partie du système convergent supérieur. Leur origine, ainsi que leur point exact d'arrivée, est loin encore d'être parfaitement connue.

Néanmoins, il est probable que ces fibres possèdent des foyers d'émergence distincts dans la corticale, ainsi que le prouvent'les expériences récentes de Ferrier qui, par les excitations électriques de points limités de la corticale, est parvenu à faire contracter isolément certains groupes de muscles. Certains faits d'anatomie pathologique viennent encore militer en faveur de cette hypothèse : telles sont les atrophies limitées de certains points de la corticale, à la suite, soit d'amputations anciennes, soint d'aphasies de vieille date.

Les fibres cortico-striées semblent partir des parties profondes de l'écorce grise où elles se trouvent sans doute en rapport avec les grosses cellules (cellules motrices) situées dans les zones profondes de cette écorce. A ce niveau, elles sont accolées aux fibres sensitives, qui unissent les cellules corticales aux amas cellulaires de la couche optique ; comme cela se voit pour les troncs d'origine des divers plexus des nerfs des membres, du plexus brachial par exemple, qui renferment à la fois des fibres motrices et sensitives. De même, sans aucun doute, ces deux ordres de fibres se trouvent aussi mêlés et confondus dans les faisceaux de la substance blanche cérébrale.

Arrivées au voisinage des couches optiques, ces fibres au lieu d'aller se perdre comme leurs congénères dans la couche ainsi qu'il a été dit plus haut gagnent au contraire la masse même du corps strié et y pénètrent en formant des faisceaux distincts suivant le territoire isolé auquel elles se distribuent. Elles prennent une di-

rection spiroïde et se réfléchissent en crochets verticaux à concavité supérieure et interne. Enfin, sur des coupes horizontales, il m'a été donné de voir des fibres aussi en crochet, mais à direction horizontale et qui semblent se rendre au noyau jaune.

Dans les amputations anciennes (datant de douze, quinze ans, par exemple), du membre supérieur ou inférieur, les nerfs du membre amputé s'atrophient de proche en proche, et au bout d'un temps suffisant, l'atrophie gagne jusqu'au corps strié. On voit alors disparaître un ou plusieurs des faisceaux que nous venons de décrire, et les arcades devenir insensibles et irrégulières dans leur continuité. Dans ce cas, le corps strié subit une véritable perte de substance et s'atrophie dans toute sa masse.

En même temps , le processus altère les fibres cortico-striées jusqu'à leur point d'origine, et l'on constate en dernier lieu, si la date de l'amputation est suffisamment reculée, une atrophie de l'une des circonvolutions situées à la partie interne et postérieure de l'hémisphère du côté opposé. Nous pouvons conclure de là que les régions d'où partent les excitations motrices semblent être localisées dans les circonvolutions isolées et indépendantes du côté opposé au point où elles doivent se rendre.

2° Outre les fibres cortico-striées, le corps strié reçoit encore les fibres de l'irradiation cérébelleuse, visibles surtout sur une coupe horizontale.

On voit nettement sur une coupe de cet ordre, les fibres jaunâtres qui constituent le pédoncule cérébelleux supérieur s'entrecroiser sur la ligne médiane avec celles qui émanent du côté opposé. — De là, elles se rendent au noyau rouge de Stilling qui forme pour ces fibres un foyer de concentration, puis de diffusion : c'est de ce point, en effet, qu'elles rayonnent pour se disperser en avant ou en dehors dans les noyaux jaunes, dans le sein desquels elles prennent une direction transversale.

Il résulte de cette disposition que l'hémisphère droit du cerveau se trouve relié par l'intermédiaire du pédoncule cérébelleux supérieur du côté opposé avec l'hémisphère gauche du cervelet, et réciproquement. C'est ainsi que s/expliquent les atrophies unilatérales du cervelet, croisées avec celles du cerveau sur lesquelles les travaux de Zurner ont particulièrement appelé l'attention.

Les fibres effêrentes du corps strié sont destinées à exporter vers les muscles l'influx moteur qu'elles ont reçu par l'intermédiaire de ses fibres afférentes. Elles sont constituées par les fibres spinales antéro-latérales. — Nous les suivrons du centre à la périphérie.

Les fibres des faisceaux antéro-latéraux de la moelle, après avoir formé les pyramides antérieures du bulbe , montent vers la protubérance où elles se dissocient par l'interposition de la substance nerveuse d'origine cérébelleuse, qui est fournie par l'entrecroisement des pédoncules cérébelleux moyens. Puis, elles se ramassent pour former Tes pédoncules cérébraux ex, finalement, se tortillent en spires et s'étalent isolément en éventail pour former des expansions infundibuliformes vers les noyaux jaunes. Il est impossible de suivre plus avant dans le corps strie les fibres afférentes ; il est vraisemblable qu'elles se mettent en rapport avec les fibres cortico-striées après avoir traversé les réseaux des grosses cellules.

Reprenons en quelques mots les connexions des diflerents éléments que nous venons de passer en revue, au point de vue physiologique, cette fois.

L'influx moteur, émané des grosses cellules du corps strié est transmis directement à l'aide des fibres corticostriées dans les réseaux du corps strié, là il reçoit au niveau du noyaujaune l'influence de l'incitation cérébelleuse ; de là il passe, en changeant de côté, dans les faisceaux des pyramides antérieures et se répand a la périphérie du corps en suivant principalement la voie des régions antero-latérales de la moelle.

Leâ faits pathologiques prouvent en effet que : Des régions centrales du corps strié, le processus atrophique, dont la cause réside dans ce corps, va se continuer dans la pyramide du côté opposé et dans les régions antéro-latérales correspondantes. Réciproquement, les lésions d'origine périphérique, les atrophies ascendantes consécutives aux amputations anciennes, amènent l'atrophie d'un point limité des arcades du côté opposé ; si la lésion porte sur une moitié du corps dans le cas d'hémiplégie, le corps strié est atrophié dans sa totalité.

L'étude plus complète de ces faits pathologiques, ainsi que l'analyse du phénomène de la motricité volontaire, fera l'objet de la prochaine leçon.

Phénomènes de motilité et en particulier «le

la parole.

Un certain nombre de faits pathologiques viennent confirmer la théorie que nous avons exposée dans la précédente leçon, théorie qui tend à faire du corps strié un foyer de réception, de régularisation et d'élaboration des impressions motrices volontaires émanées des couches profondes de la substance grise corticale. Dans les uns, on a observé une destruction du corps strié, et il en résultait une paralysie plus ou moins complète du mouvement, avec conservation de l'intelligence, suivant l'étendue de la lésion ; dans les autres, les fonctions du corps strié étaient non plus abolies, mais gênées par une compression ou une dégénérescence partielle des éléments : il s'en suivait des troubles divers dans la sphère des mouvements.

Dans la première classe, on trouve d'abord trois observations de paralysies motrices, savoir : deux cas trèsnets dus à Andral, dans lesquels l'un des corps striés

était détruit par un foyer apoplectique. Il y avait une hémiplégie complète du côté opposé, sans aucun trouble ni de l'intelligence ni de la sensibilité. La troisième observation m'est personnelle : c'est celle d'une femme de 47 ans qui, souffrant depuis longtemps de céphalalgies intenses, fut atteinte d'une paralysie isolée du bras, étendue plus tard à la jambe. A l'autopsie, on trouva le corps strié détruit par un ramollissement qui avait marché d'avant en arrière.

Dans cette catégorie de faits rentrent deux observations personnelles d'aphasie. La suppression de la motricité portait ici sur l'appareil phono-moteur.

Quand le corps strié, au lieu d'être détruit, vient à être seulement comprimé, c'est à des troubles de la locomotion que nous avons à faire. On peut citer :

1° Une observation très-curieuse due à Mesnet, qui montre des troubles de locomotion par suite de perturbation de l'innervation cérébelleuse. Par suite de la compression d'un des corps striés, il y avait perte de la synergie fonctionnelle nécessaire à l'équilibration, et le côté sain, plus puissant, entraînait le corps de son côté. Le sujet de Mesnet était un homme de 42 ans, qui, à la suite d'attaques épileptiformes, vit ses forces diminuer. Il remuait encore parfaitement tous ses membres, mais avait une tendance à l'inclinaison latérale droite et à la rotation de ce côté, de sorte que la progression rectiligne nécessitait l'appui d'un mur conducteur.

A l'autopsie, on trouva le corps strié gauche aplati et refoulé sur la couche optique par une tumeur dépendant de la paroi antéro - latérale de la boîte crânienne.

2° Un autre cas analogue qui m'est personnel. Il s'agit d'une femme ayant une tendance continuelle au recul, chez laquelle on trouva une atrophie des deux

corps striés causée par une compression qui s'exerçait à travers l'écorce.

On peut rapprocher ces faits de la tendance à la rotation et à la rétropulsion qu'amènent chez les animaux les lésions uni ou bi-latérales des pédoncules cérébelleux.

3° Enfin, Aug. Voisin dans un travail que nous avons fait en commun, a noté chez les épileptiques des lésions organiques lentes, des dégénérescences diverses du corps strié ou des pédoncules cérébelleux supérieurs, lésions qui expliquent parfaitement les troubles de la locomotion par suppression de l'influx cérébelleux régulateur.

Tels sont les symptômes par lesquels se traduisent les diverses lésions dont le corps strié peut être le siège. Nous aidant de ces preuves pathologiques, ainsi que des résultats que nous a fournis i'anatomie pure, nous pouvons dès à présent ébaucher une étude du rôle physiologique joué par le corps strié. Nous résumerons ce rôle dans les quelques propositions suivantes :

La moelle, en même temps qu'elle est un centre propre d'activité, est l'organe de transmission de l'influx nerveux tant sensitif que moteur. A ce titre, elle est surmontée, à son point de jonction avec le cerveau, de deux ganglions qui jouent vis-à-vis d'elle le rôle d'expansions intra-cérébrales, et dont la position même se trouve en rapport avec celle des éléments médullaires qu'ils continuent au point de vue physiologique, aussi bien qu'au point de vue anatomique. La couche optique, ganglion qui préside à l'élaboration des impressions sensitives, représente une dilatation de la substance grise de la moelle, tandis que le corps strié, qui transmet aux faisceaux blancs antéro-latéraux l'influx moteur, se trouve ainsi le point de concentration des forces nerveuses qui servent aux opérations motrices.

Il y a cependant, au point de vue physiologique, une

différence notable entre l'impression motrice et l'impression sensitive. Le processus qui règle cette dernière, ainsi que l'appareil anatomique qui la transmet, la coordonne et la reçoit, est simple, — tandis que l'influx moteur a besoin, pour arriver à l'état parfait, d'un triple appareil, dont l'un l'expédie, le second la régularise, et le troisième la transmet en l'élaborant; il procède du confluent de trois sources d'incitations : cérébrale, cérébelleuse et spinale. C'est de l'accord parfait de cette trilogie que résulte le fonctionnement harmonique de notre système musculaire.

L'appareil cérébral (grosses cellules de la couche profonde de la substance corticale, fibres corticostriées, appareil cellulaire du corps strié) est le point de départ de l'influx volontaire ; il fonctionne d'une manière intermittente, selon que l'ordonnent les manifestations, aussi bien spontanées et conscientes que réflexes et automatiques, de l'écorce cérébrale.

La seconde composante, l'action régulatrice et renforçante à la fois du cervelet est, au contraire, incons-

ciente, automatique, et fonctionne d'une façon continue' : c'est un fait suffisamment prouvé par les lésions, tant pathologiques qu'expérimentales, du système cérébelleux. L'équilibre venant à être rompu entre les moitiés droite et gauche du système, le côté sain tend à exagérer à son profit les mouvements volontaires.

Enfin, quand l'impression volontaire a dépassé le bulbe, un dernier élément, l'action spéciale des éléments médullaires entre en jeu pour lui donner l'élaboration ultime et l'approprier au but final auquel il est destiné, c'est-à-dire à la contraction musculaire.

Ainsi l'on peut dire que :

Les actions motrices sont une série de processus dans lesquels les appareils encéphaliques entrent individuelle-

ment en jeu, sans qu'un seul d'entre eux puisse refuser son concours, sous peine de faire avorter l'acte voulu.

Le stimulus de la volition, conçu à l'état d'ébranlement psychique, se propage, par une première étape, au corps strié. De là, il met en branle les éléments propres de ce ganglion, qui, chargés sans interruption par l'influx cérébelleux, représentent des appareils à l'état de tension continue.

De là, l'ébranlement va aux divers segments de l'axe médullaire qui réagissent isolément. L'incitation psychique se matérialise peu à peu par l'adjonction d'éléments étrangers , elle devient automatique dès qu'elle a dépassé les limites d'un certain département nerveux, et, finalement, finit par être une des causes multiples de la contraction musculaire. Elle a éveillé l'acte, mais devient incapable de le diriger ou de l'arrêter dès qu'elle a donné le branle.

L'incitation, qui s'écoule en dernier ressort sur une racine antérieure, est donc une synthèse dynamique complète entre des composantes successivement agglomérées.

Il ne suffit pas de suivre le processus moteur à travers cette longue chaîne d'anneaux solidarisés et distincts tout à la fois qui relient la substance nerveuse corticale à la fibre musculaire; il faut pénétrer plus avant, et voir ce qu'il y a derrière cette incitation psychique qui apparaît à un observateur superficiel comme le point de départ de cet axe complexe, dont le dernier terme est la contraction de tel ou tel muscle. Or, une étude plus attentive, une analyse plus délicate du phénomène nous montre suffisamment que les processus moteurs ne sont jamais spontanés, que toujours, sans exception, la motricité a été éveillée par une impression sensitive.

Cela est évident pour les phénomènes de motricité involontaire qui ont leur source exclusive dans la moelle

(nous ne nous en occupons pas dans ces leçons , n'ayant pas traité de cette partie des centres nerveux). — Pour, nous convaincre qu'il en est de même pour les actes de motilité volontaire, à évolution plus complexe, que nous étudions en ce moment, il suffît de nous reporter à ce que nous avons dit, dans une précédente leçon , au sujet de la marche des impressions sensitives. L'aboutissant ultime du processus sensitif est, nous l'avons vu, dans les petites cellules sous-méningées de la corticale; le point de départ du processus moteur, nous venons de le démontrer, réside dans les grosses cellules de cette même couche nerveuse. La région intermédiaire, que l'on peut, à bon droit, appeler psychique, relie les unes aux autres, et devient un véritable réservoir de la volition, dont le trop plein se déverse sur la région motrice au bout d'un temps plus ou moins long. Il en résulte que l'acte moteur est toujours subordonné à une incitation sensitive antérieure, venue du dehors, à une émotion récente ou passée. La spontanéité de la volonté, — il suffit pour cela d'analyser le premier venu de nos actes volontaires, — est toujours subordonnée à des motifs, et la motricité n'est que de la sensibilité transformée. En un mot, la volonté est réflexe.

Il nous reste, pour remplir le cadre de ces leçons, à traiter d'un phénomène moteur plus complexe que les autres, mais particulièrement intéressant à cause de sa complexité même : je veux parler de l'action d'émettre des sons articulés.

L'acte de la parole présente de prime abord, il faut l'avouer, certaines conditions spéciales qui lui méritent une place à part entre les différentes modalités de l'expression volontaire. Voyons en quoi elles consistent.

Tout d'abord, dans les cas que nous considérons, nous

ne suivrons pas le processus dans ses périodes ultimes jusqu'à son extrémité. Lorsque nous levons les bras, par exemple, si nous ignorons à quel muscle nous devons nous adresser pour faire ce mouvement, au moins, nous ne perdons pas la conscience du mouvement opéré. — Dans l'acte du langage, au contraire, l'automatisme nous cache complètement la dernière phase, de telle sorte que ce n'est plus le mouvement même, mais le résultat du mouvement, l'émission de sons, que nous percevons et qui nous avertit que l'ordre de la volonté a été suivi.

Une seconde différence, c'est que l'appareil phonomoteur se compose de deux moitiés symétriques, comme le reste de l'appareil musculaire du corps : mais ici ces deux moitiés, distinctes au point de vue anatomique, cessent de l'être au point de vue fonctionnel. La langue, le pharynx, le larynx, sont conjugués sur la ligne médiane, d'où il résulte que les dislocations d'un côté entraîne la paralysie de la fonction, comme, dans un attelage double, la chute d'un cheval rend l'autre incapable de poursuivre. L'intégrité bilatérale de l'appareil moteur est une condition sine qua non de l'exercice parfait des fonctions verbales. A part ces deux points, l'action d'émettre des sons articulés voulus rentre dans les actions motrices générales.

Comment la parole exprime-t-elle les émotions de la personnalité, comment la personnalité entre-t-elle ici en jeu? c'est ce que nous dévoilera l'étude de l'évolution du processus aux différents âges.

Chez l'enfant, la parole est un acte purement automatique dans lequel l'élément conscient n'entre pour rien: l'enfant répète comme un oiseau les sons qui ont frappé son tympan; c'est par un pur phénomène réflexe que les influences extérieures l'amènent à émettre des mots articulés. Peu à peu, les impressions agréables sont discernées des désagréables. Chacune d'elles s'inscrit, s'imprime

dans le sensorium avec son coefficient spécial de plaisir ou de douleur. C'est ainsi que pour la première fois la personnalité est saisie et entre en jeu. A ce premier degré succède une période de perfection plus grande, où la sensation est perçue non plus seulement en qualité mais encore en quantité ; et à chaque progrès que fait en nous la connaissance des impressions sensitives, correspond un progrès parallèle dans l'expression vocale des sentiments qui leur succède. L'expression verbale exprime une synthèse des émotions totalisées dans le sensorium, et c'est des régions du sensorium que part l'étincelle qui met tout en branle. Pour parler il faut sentir, et bien sentir :

Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement. Et les mots pour le dire arrivent aisément.

a dit le poète.

État parfait de la sensibilité, fonctionnement régulier de l'appareil moteur, telles sont les deux ponditions dans lesquelles s'exerce la faculté du langage. Quelque trouble vient-il à se produire dans l'un des deux appareils, la fonction sera immédiatement anéantie ou tout au moins dérangée.

Les phénomènes morbides de l'expression verbale peuvent donc être divisés en deux grandes classes : I. Troubles survenus dans les régions psycho-intellectuelles ;

— IL Troubles de la sphère automatique.

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