I. Troubles dans les régions psycho-inlellectuc/lo
— Dans la première catégorie, c'est l'excitation, l'usure du sensorium, la décadence des régions où elle est engendrée, qui amènent des troubles partiels et transitoires de la parole. Tels sont les deux cas cités par Trousseau. (Clinique médicale, t. II, p. 112.)
Un magistrat présidant une audience, quitta inopinément son siège, s'avança de quelques pas et prononça devant l'auditoire des propos incohérents; immédiatement
MOTILITÉ ET PAROLE. il
après, il retourna à sa place et continua à diriger les débats sans avoir conscience de ce qu'il venait de faire.
Une jeune fille atteinte de vertiges épileptiques, lorsqu'on l'interpellait avec énergie pendant son attaque, répondait d'une voix brève et en criant. Revenue à elle, elle ne se souvenait pas de ce qu'on lui avait dit et de ce qu'elle avait répondu.
La lésion est-elle permanente ? le collapsus de la sphère mentale reste aussi permanent, comme cela a lieu chez les déments, les régions automatiques continuent à fonctionner d'une manière indépendante. La parole est alors complètement incohérente (1).
H. Troubles de l'appareil fonctionnel de la parole, le sensorium étant intact.
On peut diviser les faits de cet ordre en trois classes :
1° Dans les unes, les régions psycho-intellectuelles étant respectées, la volonté restant intacte, la parole ne peut plus sortir — la communication est interrompue. Tel est le cas si souvent cité du professeur Loidat. Ce groupe d'aphasies peut être comparé aux paralysies motrices d'origine spinale, dans lesquelles, par une lésion permanente ou transitoire de la moelle, certains muscles cessent à jamais ou pour quelque temps seulement, de se contracter.
2° Dans d'autres cas, la communication, sans être interrompue complètement, nés' exerce plus d'une manière imparfaite. Il y a un désaccord entre les actes phonomoteurs et l'influx qui les commande. Tel est le cas de cette malade de mon service qui ne parvient pas à prononcer les mots, malgré sa bonne volonté, qui appelle un encrier un crayer, un œillet un yet, etc. (2).
Ce sont ces cas que Onimus a appelé si heureusement alaxies verbales.
(1) V. pour les détails d'observation, J. Luys, Etudes de physiologie et de pathologie cérébrales, Paris, 1874.
(2) Voy. l'observation, lot: citât., p. 154.
3° Enfin, dans un dernier groupe, il y a une insubordination complète des régions automatiques. On a affaire à ces malades qui disent un mot pour un autre, qui demandent par exemple leurs souliers voulant demander du pain (cas de Falret), qui disent tambour pour fromage (cas de Bouillaud), qui répondent oui à toutes les questions (Trousseau).
Tel est, en raccourci, le tableau des différents symptômes qu'on range dans le vaste cadre de Y aphasie, et qu'une étude même superficielle, basée sur l'analyse rationnelle de la fonction du langage, permet de séparer suivant l'élément du processus qui est atteint.
C'est par cette étude de la parole et de ses perturbations morbides que nous terminons les leçons de cette année. Nous avons terminé la tâche que nous devions remplir ensemble ; nous avons étudié successivement les différentes régions du cerveau au triple point de vue de l'anatomieetde la physiologie normales et pathologiques, comme nous nous l'étions proposé d'abord.