‹ Leçons sur la syphilis [electronic resource]Chapitre 132 sur 149 · ACTION PHYSIOLOGIQUE DU MERCURE · texte numérisé non relu

ACTION PHYSIOLOGIQUE DU MERCURE

D'après M. Rabuteau, le mercure agirait à ces faibles closes de la même façon que l'arsenic, comme modérateur des combustions et de la nutrition, comme un médicament d'épargne. M. Rabuteau, expérimentant sur lui-même, a constaté une diminution très-notable de l'urée excrétée dans les vingt-quatre heures. Mais ces expériences ont besoin, croyons-nous, d'être répétées.

L'examen du sang a donné des résultats très-Yariables et même opposés. Ainsi, tandis que Bretonneau, Trousseau, etc., parlent d'une diffluence remarquable du sang et de l'absence de sa coagulation, MM. Lemaire et Gélis concluent, d'expériences faites sous les yeux de M. Bouillaud, que le traitement mercuriel augmente la plasticité du sang.

Nous avons déjà dit (page 165) que le traitement mercuriel, adminislré aux syphilitiques, modère'la décroissance du nombre des globules rouges, causée par la syphilis, et l'arrête même d'abord; mais au bout d'un certain temps, malgré l'administration du mercure ou à cause de lui, le nombre des globules rouges diminue. Ces expériences, faites par M. Wilbouchewitch à l'hôpital du Midi, ont été répétées par M. Keyes en Amérique. Cet auteur conclut que le mercure donné à petites doses, même longtemps continué, augmente le nombre des globules, et qu'il agit comme tonique, en augmentant le poids du corps, même chez les sujets vierges de syphilis. Au contraire, donné en excès, il diminue le nombre des globules.

Lorsque le mercure est administré à forte dose, on sait, d'après les recherches de Gûbler, confirmées par M. Wilbouchewitch, que le nombre des globules diminue trèsrapidement.

Suivant M. Hallopeau, qui a publié récemment une mo-

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ppgraphip très -complète sur l'action physiologique et thérnpcutiquc du mercure (Thèse d'agrégation, 1878), les phlogoses, hypcrcrinies et troubles nutritifs qu'on observe dans rinioxicalion mcrcurielle, seraient probablement dus à deux causes : 1° à la présence dans le plasma sanguin d'un oxyde de mercure en combinaison solublc avec l'albumine et le chlorure de sodium ; 2° à la destruction rapide des globules.

Lorsque le mercure est donné à une dose plus considérable ou lorsqu'on emploie des méthodes d'administration qui rendent son absorption très-rapide, les frictions nirrcurielles, les fumigations, le calomel à doses réfractées et l'attouchement des muqueuses ou des plaies par le nitrate acide de mercure, il survient très-rapidement delà stomatite et de la salivation.

C'est un accident que nous ne recherchons pas, à l'inverse de ce que faisaient les anciens : nous croyons que ses inconvénients, sa gravité dans certains cas, car il peut amener rapidement la mort, sont tout à fait en disproportion avec ses avantages. Mais nous en voyons ici de temps en temps des exemples atténués : c'est une rougeur et un gonflement des gencives, un enduit épais de la langue, un peu cle salivation. A un degré plus avancé, les gencives sont turgides ; on observe des plaques blanchâtres dues à l'imbibition et à la desquamation des couches superficielles de l'épi thélium, et des ulcérations plus ou moins profondes des gencives ou de la face interne des joues, avec salivation abondante, ébranlement des dents, gonflement et enduit épais de la langue, glossite, fétidité de l'haleine. Nous avons vu se développer une stomatite assez intense ces jours-ci, chez une femme enceinte que nous traitions par les frictions mercurielles.

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L;i grossesse y prédispose en effet. C'est vin accident extrêmement rare dans notre service, et quelquefois il offre une certaine gravité.

Sans remonter aux ravages du mercure pendant le XV0 et le XVI0 siècles, dont Jean de Vigo, Ulrich de Hutten, etc.,' nous ont laissé la description, j'ai assisté moi-même, un jour, pendant mon internat, à l'hôpital Saint-Louis, à la cautérisation d'une série de lupus par le nitrate acide de mercure. Le lendemain, tous les malheureux qui avaient été touchés avaient une stomatite : deux d'entre eux moururent en quelques jours de cet empoisonnement!

Le contre-poison assez actif, mais qui cependant doit être employé avant que la stomatite ne soit intense, c'est le chlorate de potasse, qui est administré à la dose de 4 à 10 grammes par jour en solution.

Nous ne parlons ici que pour mémoire de l'intoxication chronique par le mercure pris à assez hautes doses,, comme on l'observait autrefois chez les ouvriers employés à l'étamage des glaces, à la fabrication des chapeaux, comme on la rencontre encore chez les mineurs d'Almaden. La cachexie, les tremblements, les convulsions, les troubles nerveux, l'albuminurie, l'anurie même (Bouchard) qui s'observent dans ces conditions, ne se présentent jamais chez les syphilitiques soumis à un traitement.

En outre de l'action générale du mercure que nous venons d'étudier sur la composition du sang et sur les excrétions, nous devons dire un mot de son action locale et parasiticide. En contact avec la peau, il produit souvent une éruption artificielle vésiculeuse et même son absorption peut être la cause de cette éruption. Il tue très-rapidement les pediculi et leurs œufs : il agit de même à

l'égard des œufs de tous les insectes et organismes inférieurs et contre les parasites végétaux cutanés.

Enfin, l'action locale du mercure comme caustique est excellente dans beaucoup de plaies et d'inflammations qu'elles soient ou non syphilitiques.

Maintenant que je vous ai exposé brièvement ce qu'on sait du mode d'action général du mercure, nous devons nous demander comment il agit dans la syphilis. Il est d'abord hors de doute qu'il agit efficacement, qu'il fait pâlir et disparaître des syphilides cutanées qui mettraient un temps très-long à se résorber si elles étaient abandonnées à elles-mêmes, qu'il éloigne le retour des éruptions ; qu'il éloigne indéfiniment l'apparition des accidents tertiaires dans nombre de cas.

Eh bien! son action générale est-elle débilitante ou dénutritive? Agit-il, par exemple, comme le feraient les saignées, comme le traitement par la faim? Les expériences, il est vrai, récentes, que nous avons citées, établissent qu'à la dose thérapeutique le mercure n'est pas dénutritif. Doit-il donc être considéré comme un tonique, comme un médicament d'épargne? Faut-il dire que le mercure diminue l'intensité de la circulation et de la nutrition des néoplasmes syphilitiques ?

Admettrons-nous avec M. Jullien^ qu'il favorise les résorptions en stimulant l'action des lymphatiques? En réalité, Messieurs, nous ne possédons pas les éléments suffisants et nécessaires pour nous prononcer. Énoncer que le mercure est l'antidote de la syphilis, c'est exprimer un fait sans l'expliquer; on n'explique rien de plus en le donnant comme le spécifique de la syphilis. Si on le regarde avec M. Hallopeau, comme agissant en tant que parasiticide dans la syphilis, il faut admettre que celte

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