FAUSSE MEMBRANE DU CHANCRE
les, on constate qu'elle est difficile à bien délacérer et qu'elle est élastique en même temps que résistante. On ne peut pas même, après un séjour assez long de fragments d'une pareille fausse membrane dans l'alcool au tiers, en isoler tous les éléments. La fausse membrane, en effet, lorsqu'on en a enlevé les globules de pus et les cellules épidermiques libres par la dissociation, reste constituée par un feutrage serré de fibrilles. Aux bords des fragments très-petits, obtenus par la dissection, on voit des fibrilles quisedivisent et se subdivisent en prolongements rameux, courts, en forme de bois de cerf ou de buisson épineux ; parfois un fragment microscopique de la membrane tout à fait isolé montre plusieurs de ces prolongements partant d'un centre commun où se trouve un noyau ovoïde, en sorte qu'on doit penser qu'il y a là des cellules ayant subi l'altération spéciale de la diphthérie pharyngienne. La difficulté qu'on rencontre à isoler ces filaments fait qu'on ne peut pas affirmer que tous proviennent de cellules épidermiques. Les filaments se colorent facilement par le carmin : entre les mailles formées par leur indication, il existe de petites cavités contenant souvent des cellules lymphatiques .
J'ai représenté dans la figure 7 de la planche I deux fragments obtenus par la dissection de ces fausses membranes. On y voit bien les travées qui sont assez épaisses et se terminent par des filaments de forme variée et par des prolongements courts. Ces travées laissent entre elles des espaces c qui contiennent souvent des cellules lymphatiques l. En a se trouve une cellule à prolongements multiples qui a conservé son noyau ovoïde.
Une gouttelette d'acide acétique cristallisable mise entre les deux lames de verre gonfle immédiatement et pâlit les filaments, de telle sorte qu'on ne voit plus à leur place
26 DESCRIPTION ANATOM1QUE DU CHANCRE INl'ECTANT
qu'une substance pâle et transparente au milieu de laquelle des noyaux ovoïdes et petits subsistent avec leur coloration et deviennent très-apparents. Celte substance réticulée se comporte donc, au point de vue de l'action de l'acide acétique, de même que la fibrine; mais elle est beaucoup plus résistante à la dissociation que la fibrine. Quelle que soit la nature chimique de celle membrane, et on est loin d'être fixé sur ce point, elle a la plus grande analogie avec la fausse membrane dipbthériliquc du pharynx ou du larynx.
Jusqu'ici, Messieurs, nous avons examiné au microscope le liquide et les éléments libres à la surface du chancre et la fausse membrane qui le tapisse. Je vais maintenant entrer avec vous dans le détail de l'examen des préparations obtenues en coupant en tranches minces un chancre enlevé.
Pour obtenir ces préparations, on place la partie enlevée, c'est-à-dire le chancre en entier avec la portion de peau ou de muqueuse saine qui l'entoure, soit dans l'alcool, soit dans l'acide osmique pour fixer les éléments ; puis on laisse séjourner 24 heures dans l'acide picrique 014 dans le liquide de Muller ou dans le bichromate d'ammoniaque; puis on le met dans la gomme, et enfin dans l'alcool afin d'obtenir un durcissement suffisant. On en fait ensuite des coupes qu'on colore au picro-carmin et qu'on monte dans la glycérine.
Ces sections, qui passent par le grand ase du chancre, montrent, avec un faible grossissement, l'ensemble des parties qui le composent et dont je vous ai déjà présenté un schéma. La figure 1 de la planche I, dessinée à un faible grossissement (15 diamètres) représente un chancre de la grande lèvre enlevé à l'une de nos malades. Sur cette