‹ Leçons sur la syphilis [electronic resource]Chapitre 26 sur 149 · LÉSIONS DES NERFS · texte numérisé non relu

LÉSIONS DES NERFS

tubes nerveux étaient également normaux. Je dois dire toutefois que, dans ces examens, je n'ai pas cherché la terminaison ultime de ces nerfs clans les papilles.

L'inflammation, la dissociation de la gaine médullaire des faisceaux nerveux par les cellules de nouvelle formation dans le tissu du chancre ne s'accompagnent pas de douleur. Le chancre du malade de M. Mauriac, chez qui la lésion était très-intense, était absolument indolore.Cette névrite sans douleur est un fait assez curieux pour être noté.

Jusqu'ici, Messieurs, dans la description qui précède, je me suis tenu à des généralités qui peuvent s'appliquer aussi bien à la peau qu'aux muqueuses et aux diverses parties qui sont le siège des chancres; mais il y aurait une série de détails à ajouter concernant les altérations d'organes qui peuvent être compromis par la petite tumeur, par exemple les poils, les glandes sébacées, les glandes sudoripares, les glandes muqueuses, etc. Je ne veux pas compliquer cette description : aussi me suffira- t-il de dire, d'une façon générale que, dans tous ces organes, on observe une multiplication et une hypertrophie par excès dénutrition de toutes leurs cellules épithéliales, en même temps qu'une infiltration de leur tissu conjonctif périphérique par déjeunes cellules ou cellules lymphatiques. Ainsi les tubes des glandes sudoripares sont augmentés de diamètre et leurs cellules épithéliales sont plus grosses' qu'à l'état normal, en même temps que la périphérie des tubes glandulaires est entourée d'une zone de petites cellules pressées les unes contre les autres. Les glandes sébacées annexées aux poils, ou ces glandes isolées telles qu'on les observe dans la petite lèvre, sont altérées de la même

façon : ces glandes, en effet, présentent d'autant moins de cellules sébacées qu'elles siègent dans un tissu plus enflammé. Dans certains chancres, comme par exemple, celui qui fait le sujet de l'observation II, il n'y avait plus de cellules sébacées dans les glandes situées au milieu du chancre (voyez fig. 6 de la planche III). Le revêtement et le contenu de ces glandes consistait alors en cellules épithéliales pavimenteuses et en globules de pus. De même les cellules du corps muqueux qui entrent dans les follicules pileux forment des couches épaisses et montrent des cellules cavilaires ou des nids de petites cellules rondes.

En rapprochant le fait de l'hypertrophie et de la nutrition exagérée des cellules épithéliales de ces différentes parties, de ce qui se passe dans le corps muqueux et dans les couches cornées de l'épiderme, nous pouvons conclure que les modifications de Pépilhélium sont consécutives à l'inflammation scléreuse du tissu dermo-papillaire ; les cellules des glandes sudoripares ?ont tuméfiées parce que le tissu voisin est congestionné et enflammé ; la graisse disparaît sous l'influence de. l'inflammation dans les cellules sébacées , les cellules du corps muqueux sont gonflées de liquides nutritifs, parce que les papilles sont enflammées et congestionnées ; les prolongements du corps muqueux entre les papilles sont plus longs que d'ordinaire, parce que les papilles sont hypertrophiées et allongées.

Pendant sa période d'augmentation et d'état, le chancre détermine toujours autour de lui des lésions de voisinage qui consistent dans une tuméfaction œdémateuse de la peau et dans une lymphangite qui le relie à un ou plusieurs ganglions quisetuméfientbientôt; la lymphangite et la tuméfaction ganglionnaires sont constantes.

LYMPHANGITE 47

Le chancre du prépuce et celui de la rainure glandopréputiale s'accompagnent toujours d'un œdème dur du prépuce, œdème inflammatoire analogue à celui de l'éléphantiasis. De même, le chancre de la grande lèvre est toujours suivi d'un œdème de cette partie. Cet œdème imflammatoire et comme érysipélaleux, avec des traînées rouges de la surface cutanée, s'étend jusqu'à la région de l'aine. Il est unilatéral parce que le chancre ne siège habituellement que sur une seule des grandes lèvres.

Lorsqu'on vient à palper soigneusement, soit la grande lèvre, soi t la peau de la région médiane du dos de la verge, on trouve, dans ces cas,des cordons durs, sinueux, qui peuvent être suivis jusqu'aux ganglions. Ce sont les inflammations des vaisseaux lymphatiques. Chez l'homme on voit assez souvent des exulcérations et indurations secondaires au niveau de la région dorsale delà verge et de ces indurations péri-vasculaires. Mon excellent collègue, M. Heurteloup, m'en montrait dernièrement un exemple dans son service.

Que se passe-t-il, au point de vue anatomique, au niveau de ces lymphangites et dans ces indurations secondaires ? Vous le comprendrez facilement: dans la partie indurée du chancre primitif, les vaisseaux lymphatiques, les fentes lymphatiques du derme sont remplis et distendus par des cellules lymphatiques : le tissu cellulaire qui les entoure est induré et infiltré d'éléments cellulaires. La même altération imflammaloire du conlenu des vaisseaux lymphatiques et du tissu conjonclif périphérique se poursuit le long de ces vaisseaux, sur le dos de la verge et dans la grande lèvre. Lorsqu'il y a exulcération d'un noyau secondaire induré sur la verge,c'esl que, là, le tissu conjonclif est épaissi sur une plus large étendue et que les vaisseaux sanguins sont sclérosés. Ce qui précède résulte de l'examen histo-

logique que M. Verson (1) a faite dans une de ces indurations secondaires.

Avec le chancre, avec la lymphangite secondaire, vous trouvez toujours un ganglion d'abord, puis toute une pléiade de ganglions dans l'aine, si le chancre siège sur les organes génitaux. Ces ganglions sont gros comme une noisette allongée, ils roulent sous le doigt, ils sont durs ; celte pléiade est caractéristique de la syphilis, et vous devez toujours la chercher pour affirmer le chancre infectant.

Nous vous dirons bientôt en quoi consiste cette adénite syphilitique.

Aujourd'hui nous nous bornons à terminer l'anatomie du chancre induré.

Lorsque le chancre se répare, il a peu de chose à faire pour se cicatriser et guérir : vous savez, en effet, que la perte due à l'érosion est minime. Les papilles ne sont généralement pas détruites par l'ulcération, les couches épidermiques seules ont disparu : que les papilles se débarrassent des cellules lymphatiques qu'elles contiennent, le corps muqueux et l'épiderme se reformeront rapidement à leur surface. On est étonné parfois de la rapidité de cette réparation, de cette néoformation des couches de l'épiderme. Un chancre, une plaque muqueuse qu'on a vus un matin exulcérés avec une pseudo-membrane grise à leur surface, se montreront le lendemain avec une couche épidermique nouvelle. La cicatrice est loin d'être toujours apparente,

(1) Verson.— In Virchom's ArcMv. fier path. Anat.~ Vol. 45; 1869.

surtout dans les chancres de la grande lèvre. La cicatrice est du reste très-variable. Ainsi, nous voyons revenir ici souvent une nourrice qui a eu un chancre du sein. Elle porte encore une macule cuivrée, mais sans induration, et l'apparition du chancre remonte bien à quatre ou cinq mois. Je vous ai montré, il y a huit jours, un chancre en voie de réparation de la grande lèvre, aujourd'hui vous n'en trouverez plus la trace. Lorsque le chancre du prépuce ou de la rainure du gland s'est accompagné d'une induration intense, l'induration peut au contraire persister des mois et plus d'une année après la cicatrisation. Sur le prépuce, la cicatrice qui résulte de la réparation du chancre est parfois enfoncée, déprimée comme l'ulcère chancreux lui-même. Là, en effet, le chancre peut siéger dans le fond d'un des plis de la peau du prépuce, et de plus les érections peuvent agrandir l'ulcération : telle est l'origine des ulcères chancreux enfoncés, profonds du prépuce, semblables au chancre à sa période d'état représenté fig. 1, planche V, et des cicatrices déprimées analogues à celles des figures 2 et 3 de la planche III.

Nous avons ainsi terminé l'anatomie du chancre infectant (1); dans notre prochaine leçon nous étudierons le chancre mou et les symptômes comparatifs du chancre induré et du chancre mou .

(t) Nous avons placé à la fin de la troisième leçon les observations relatives à l'anatomie pathologique et aux symptômes du chancre induré.

Cornil. 4

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