‹ Leçons sur la syphilis [electronic resource]Chapitre 25 sur 149 · LÉSIONS DES VAISSEAUX · texte numérisé non relu

LÉSIONS DES VAISSEAUX

lation d'éléments ainsi que cela s'observe dans les cirrhoses chroniques du foie.

Les capillaires des papilles cependant sont assez souvent dilatés sous la fausse membrane et dans la partie centrale exulcérée du chancre, mais leurs parois ne sont pas épaissies. Dans ce cas, lorsqu'on les examine sur des sections, on les trouve remplis de globules rouges et de globules blancs. Cette dilatation coïncide parfois avec des extravasations de globules rouges et de globules blancs autour d'eux. Elle vous rend compte aussi de la facilité avec laquelle la surface du chancre saigne lorsqu'on enlève par le grattage la fausse membrane qui le recouvre.

Dans les parties où le chancre est exulcéré ou ulcéré, les papilles sont infiltrées de cellules lymphatiques, et celles-ci deviennent libres à la surface des papilles où elles sont en quelque sorte sécrétées avec une petite quantité de liquide contenant de la fibrine qui vient du sang comme les cellules lymphathiques.

Dans certains chancres dont le noyau d'induration est considérable comme étendue et comme densité, les vaisseaux, veines et artérioles dont les parois sont enflammées et épaissies, dont la tunique interne est surtout altérée, sont souvent complètement ou presque complètement obstrués par une accumulation de cellules endothéliales tuméfiées et de cellules lymphatiques. Lorsqu'on les examine sur des sections après le contact des liquides coagulants employés pour durcir la pièce (acide chromique, liqueur de Millier, alcool), on voit, sur les sections transversales et longitudinales des vaisseaux, une coagulation de fibrine englobant des cellules rondes et des cellules endothéliales. La fibrine s'est-elle coagulée aussitôt après la mort de la partie ou pendant la vie? Nous ne le savons

42 DESCRIPTION ANATOMIOUJï pu CHANCRE INFECTANT

pas : ce qu'il y a de certain, c'est que ces coagulations remplissent complètement, par places, certains vaisseaux. Dans les examens du chancre de l'observation V, nous avons observé, dans presque tous les vaisseaux compris dans l'induration, des cellules remplissant leur lumière étroite et, dans plusieurs d'entre eux, une coagulation fibrineuse complète analogue à celles qui sont représentées dans les figures 7, 8 et 9 de la planche V, figures qui se rapportent à une gomme cutanée. Ces coagulations se colorent en rouge orange très-intense par le picro-carmin. Que la fibrine se soit concrétée avant ou après la mort, il est certain que la circulation sanguine avait été arrêtée plus ou moins complètement dans ces vaisseaux enflammés et que les éléments cellulaires de la région alimentée par ces vaisseaux avaient dû souffrir dans leur nutrition.

C'est, en effet, ce qui a lieu dans ces cas, et les cellules rondes ou cellules lymphatiques des parties du chancre où la circulation est impossible ou fort gênée, deviennent granulo-graisseuses,caséeuses. Nous n'avons observé bien nettement ces lésions, l'oblitération complète de certains vaisseaux, l'état caséeux des cellules de la partie centrale du chancre que dans un cas, celui de l'observation V. Le siège du chancre n'est pas sans importance pour expliquer ces inflammations internes des parois vasculaires et ces oblitérations. Dans l'observation V, en effet, le chancre avait envahi un des sillons profonds du prépuce : les tiraillements dont la petite tumeur ulcérée était l'objet pendant des érections très-fréquentes, les fendillements du tissu induré qui en ont été la conséquence ont dû contribuer à augmenter l'inflammation locale.

L'épaisissement scléreux des artérioles et des veinules

LXPLICAÏIUN ANA'IWIQUE DE l/jNQUJUïW» ^

est important, Messieurs, non-seulement au point de vue anatomiquc, comme un caractère essentiel du chancre que vous ne trouverez que très-rarement dans certaines plaques muqueuses et jamais dans aucune autre syphihde ou bouton cutané, à l'exception de certaines gommes, mais il est aussi d'une grande importance au point de vue sympto-

matique. , C'en la sclérose vasculaire qui vous rend compte de l'induration. Elle s'unit en effet à la conservation généralement complète de la charpente solide du derme, à l'état normal de la plupart des faisceaux du tissu conjonctif et du tissu élastique pour donner au chancre infectant son caractère clinique essentiel, l'induration.

L'induration est tantôt superficielle, tantôt profonde en même temps que superficielle, et cela est en rapport avec la disposition des vaisseaux. Vous savez, en effet, que les vaisseaux forment dans la peau deux réseaux horizontaux, l'un superficiel au-dessous des papilles, l'autre profond, composé de vaisseaux plus volumineux, à la base du derme. Lorsque la sclérose a atteint seulement le réseau vasculaire superficiel, on a affaire à une induration superficielle; si la sclérose a envahi en même temps les vaisseaux superficiels, le réseau vasculaire profond, les branches intermédiaires étant également prises, on a un noyau dur d'une épaisseur plus considérable, variable, du reste, suivant la

région de la peau.

Dans le premier cas l'induration est foliacée ou parcheminée, dans le second elle est ligneuse et donne la sensation du cartilage. Presque constamment la sclérose se poursuit sur les tuniques vasculaires plus profondément que l'induration elle-même et alors les vaisseaux dont la paroi est enflammée sont entourés d'un tissu conjonctif

normal, tandis que, dans la partie indurée, ce tissu était enllammé lui-môme.

Celte induration, cette sclérose des' parois artérielles l'infiltration du tissu conjonctif par des cellules, sont des lésions qui ne peuvent pas évoluer très-rapidement ni dans leur période de formation et d'augment, ni dans leur période de résolution : aussi connaissant bien les modifications intimes des tissus, vous ne serez pas étonné de la durée du chancre, ni de la persistance du noyau de l'induration, lorsque celle induration est épaisse et considérable.

Les faisceaux nerveux qui passent dans le tissu induré du chancre et qui sont entourés par un tissu conjonctif infiltre de petites cellules rondes, sont enflammés dans leur gaine lamelleuse et dans le tissu conjonctif qui accompagne les vaisseaux entre les tubes nerveux dans l'intérieur des faisceaux. Ainsi, dans l'examen d'un chancre enlevé par M. Mauriac et qui fait le sujet de l'observation V, j'ai pu étudier plusieurs faisceaux nerveux sectionnés en travers ou en long. La gaîne lamelleuse était dissociée; les cellules plates qui séparent les lamelles étaient ou plus grosses, plus tuméfiées qu'à l'état normal, ou remplacées par de nombreuses cellules allongées ou rondes et alors petites. La figure 2 de la planche V représente une partie de la section d'un faisceau ainsi altéré ; les lames, m, l, de la gaîne lamelleuse g, sont séparées par des cellules allongées ou rondes. On voit aussi entre les tubes nerveux de petites cellules. Quant à ces tubes, o, b, ils sont normaux, leur substance médullaire et leurs cylindres d'axe ne sont pas modifiés. Dans un autre examen de chancre qui avait été traité par l'acide osmique, aussitôt après son ablation faite par M. Heurteloup, les

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