‹ Leçons sur la syphilis [electronic resource]Chapitre 44 sur 149 · OBSERVATION V · texte numérisé non relu

OBSERVATION V

Chancre infectant du limbe du prépuce, enlevé au 30° jour de sa durée. — Examen hislologique du chancre.

M. L... H..., 23 ans, employé de commerce, entré le 12 juillet salle 8, n° 14 (service de M. Mauriac).

Après une continence de deux mois, ce malade eut commerce deux fois, à huit jours de dislance, avec une fille de brasserie du quartier latin. Quarante jours après, le 1er août, il s'aperçut d'un petit bouton situé sur le bord du prépuce. Peu à peu, ce boulon s'élargit en se développant surtout du côté de la muqueuse, l'ouverture préputiale se rétrécit et au bout de dix jours, il existait un phimosis complet.

Ce chancre a débuté vers les premiers jours du mois de juin 1878; il a été indolent depuis son origine jusqu'au moment oii la circoncision a été pratiquée. Des pansements très-simples avaient été faits. L'adénopathie était multiple et bi-latérale. Il n'y avait pas d'inflammation de la muqueuse préputiale, ni aucune autre complication.

C'est le 13 juillet, vers le 20 ou 25° jour après le début du chancre, que l'ablation du prépuce sur lequel il reposait a été faite. Il y eut une hémorrhagic abondante par plusieurs artérioles difficiles à lier au milieu du tissu conjonctif sclérosé. Il en résulta que la réunion des lèvres de la plaie, contrariée

du reste par de fréquentes érections, ne se fit pas immédiatement. Mais la plaie consécutive a élé de bonne nature et s est comportée comme chez un sujet non syphilitique.

Le 31 juillet, on commence à apercevoir les premières lâches de la roséole érythémateuse (45° jour environ de l'accident primitif! - Aucun trouble de la santé générale. - Adénopal ue inguinale très-volumineuse. - Commencement d'adenopatlue cervicale. — Aucune autre manifestation.

Examen hislologique du chancre. - M. Mauriac, médecin de l'HÔpHal du Midi, nous donne à examiner, le 13 juillet, un chancre du prépuce qu'il avait enlevé en circoncisant l'individu qui en était porteur. Ce chancre siège au niveau du bord libre du prépuce et la peau du prépuce présente un enfoncement très-profond une sorte de cône à angle très-aigu au centre même du chancre. Le tissu conjonctif chancreux est extrêmement dur et dense li-ueux, et il a la forme d'un sphéroïde légèrement aplati. La partie indurée ne mesure pas moins de 12 millimètres dans son plus grand diamètre.

La pièce a été examinée après durcissement dans la liqueur de Millier la gomme et l'alcool. Voici ce que nous avons observé sur les préparations microscopiques, c'est-à-dire sur les sections perpendiculaires à la surface de la peau au niveau du chancre.

Les sections qui passent au milieu du chancre montrent, comme disposition générale, les deux moitiés de la section du chancre séparées par un espace clair en forme d'infundibulum ou d'angle très-aigu qui pénètre profondément dans le tissu chancreux. La surface des bords du chancre est recouverte d'un épiderme épais qui se termine en biseau au niveau de la partie rétrécie de l'infundibulum. Là où cesse l'épiderme, dans la partie la plus rétrécie de l'infundibulum, le tissu conjonclif qui forme les bords de la perte de substance y déverse des cellules rondes ou cellules lymphatiques qui sont, pour la plupart, granulo-graisseuses, grosses et contenant un ou plusieurs noyaux.

La figure 1 de la planche Y représente à un grossissement de 15 diamètres une section de ce chancre dont le tissu est divisé en deux parties par une dépression en infundibulum e. Les couches épidermiques superficielles s'arrêtent en g. Les parois des vaisseaux v, v\ m,d paraissent très-épaissies à ce faible grossissement. On voit en s une fente ou fendillement au milieu de la partie la plus centrale du tissu induré dont les cellules sont en dégénérescence caséeuse.

Au fond de cette perte de substance centrale, le tissu chancreux présente une fente qui la prolonge, fente qui est dans le sens des fibres du tissu conjonctif et qui nous paraît artificielle, probablement parce que le tissu induré a été tiraillé et tendu, dans les érections, peut être aussi parce qu'il a été comprimé fortement entre les doigts après l'ablation du prépuce pour constater l'induration.

Au-dessous de l'épiderme, les papilles comprises dans le chancre sont hypertrophiées et très-vascularisées, infiltrées de petites cellules rondes.

Le tissu dermique est très-enflammé et bourré d'éléments ronds, cependant on distingue bien les faisceaux de fibres du tissu conjonctif ; mais ces faisceaux paraissent étoufiés au centre du chancre au-dessous et sur les côtés de la perte de substance et de la fente précédemment indiquée. Là, les cellules sont pour la plupart granulo-graisseuses.

Dans toute la portion indurée, les vaisseaux, artères, veines et capillaires sont altérés à des degrés variés. Les vaisseaux des papilles sont simplement remplis de sang et il y a des cellules rondes autour d'eux, mais les artérioles et les veinules de la profondeur, dans toute la partie indurée, présentent des parois épaissies par la formation de cellules entre les couches de leurs tuniques externe et moyenne. La membrane interne est, en effet, toujours beaucoup moins atteinte que l'externe et que la moyenne. C'est l'exemple le plus remarquable que nous ayons observé de cette artérite et de cette phlébite du tissu chancreux.

Ces vaisseaux, artères, veines et capillaires, examinés dans la partie centrale du chancre, montrent presque tous une oblitération de leur lumière : les capillaires présentent, par exemple, surune section transversale, un petit amas de cellules lymphatiques qui les remplissent ; les artères examinées sur des coupes transversales ou longitudinales, montrent de grandes cellules endothéliales unies les unes aux autres et avec des cellules lymphatiques par de la fibrine coagulée ainsi que cela est représenté dans la planche V, figures 8 et 9, dans les vaisseaux d'une gomme cutanée. Celte coagulation, qui n'est pas toujours adhérente à la membrane interne* s'observe aussi bien sur les coupes longitudinales des artérioles que sur les coupes transversales. Les veines ont subi une lésion analogue. Le calibre de ces vaisseaux est rétréci en même temps que leurs parois sont épaissies. La ligure 10 de la planche V, dessinée à un grossissement de 200 diamètres, montre quatre sections

de petites veines. Leur lumière a est très-étroite et remplie de cellules lymphatiques et d'endothélium qui forment un amas au centre des sections. Les parois sont d'une épaisseur considérable relativement à la lumière : des cellules rondes ou allongées sont disséminées dans la tunique interne i, dans la tunique musculeuse t et dans la membrane externe e qui est limitée par un tissu conjonctife rempli de cellules rondes.

Une artériole représentée aussi sur une coupe dans la fig. 11 (planche V) et au même grossissement montre une altération analogue de ses tuniques. La membrane élastique fse trouve immédiatement en contact avec les cellules endothéliales et lymphatiques qui remplissent la lumière du vaisseau : des cellules de nouvelle formation existent entre les faisceaux delà membrane élastique et en dehors d'eux, entre la membrane élastique et la tunique musculeuse. La membrane externe e est peu altérée dans ce point, mais celle-ci et les faisceaux du tissu conjonctif voisin sont séparés par une accumulation de cellules lymphatiques c. Dans le point où existent ces oblitérations plus ou moins complètes des vaisseaux, les cellules lymphatiques sont granuleuses et possèdent des granulations graisseuses. Il y a là en un mot une gêne de la circulation du sang et consécutivement une dégénérescence granulograisseuse des cellules.

Plusieurs faisceaux de tubes nerveux existent sur les préparations de ce chancre ; ces faisceaux sont coupés en travers ou en long. Sur les faisceaux coupés en travers, le névrilemme, ou, pour mieux dire, la gaîne des faisceaux primitifs des tubes nerveux est dissociée par des cellules fusiformes, c'est-à-dire par des cellules plates du tissu conjonctif tuméfiées par l'inflammation périphérique. (Voyez fig. 2, planche V). La gaîne est divisée en plusieurs feuillets minces m, séparés par des cellules fusiformes et par quelques petites cellules rondes a. Les tubes nerveux b du faisceau sont normaux ; mais, même dans l'intérieur du faisceau, on voit quelques cellules du tissu conjonctif ou de la gaîne de Schwann hypertrophiées, ou des cellules rondes. Cette lésion inflammatoire des nerfs est assurément consécutive à l'inflammation spécifique du tissu conjonctif du derme. Chose remarquable 1 cette altération des faisceaux nerveux n'avait pas déterminé de douleur (1).

(l) Dans un examen histologique que nous avons fait d'un chancre induré du prépuce enlevé par M. Heurteloup dans son service de l'Hôpital du Midi,

On voit, par ce qui précède, que ce chancre du prépuce était dans sa période d'état avec une transformation caséeuse ou graisseuse des éléments du centre de la petite tumeur. Cet état coïncidait avec des oblitérations vasculaires partielles. L'état des nerfs qui y passaient prouve que l'inflammation envahit tous les tissus et toutes les parties comprises dans l'induration.

Quant à ce qui concerne la forme de la perte de substance, caractérisée par un infundibulum très-profond, elle est déterminée par la disposition normale de la partie. Le prépuce présente, en effet, à son bord libre, des enfoncements et des sillons qui sont en rapport avec sa fonction, avec la facilité fonctionnelle du déplissement et du glissement de la peau lors de l'érection. Dans ces sillons, les papilles et le corps muqueux de Malpighi offrent la même disposition que sur la peau normale. Le chancre s'était développé évidemment à la partie profonde d:un de ces sillons ; il avait hypertrophié les couches épithéliales et dermo-papillaires de la périphérie, de telle sorte que l'enfoncement devait paraître encore plus profond. Si ce chancre avait été abandonné à luimême, s'il avait guéri, il aurait présenté une cicatrice de la même orme que celle qui est figurée dans la fig. 2 de la planche III.

y avait aussi des tubes et faisceaux nerveux compris dans le tissu enflammé. Les nerfs étaient conservés, bien que les gaines de Schwann et que les gaines lamelleuses fussent enflammées. Il n'y avait pas eu non plus de douleur.

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