‹ Leçons sur la syphilis [electronic resource]Chapitre 43 sur 149 · OBSERVATION IV · texte numérisé non relu

OBSERVATION IV

Examen hislologique d'un chancre induré du prépuce.

Dans le courant du mois de juin 1878, mon savant collègue M. le docteur Mauriac me remit, pour que je l'examine, un chancre induré du prépuce qu'il avait enlevé dans son service de l'Hôpital du Midi, avec un grand lambeau du prépuce. Ce chancre existait depuis plus de trois semaines et il était étendu transversalement sur la peau du prépuce qu'il entourait à la façon d'un segment d'anneau. Les parties qui avaient été les premières

atteintes étaient cicatrisées tandis qu'il restait encore environ la moitié de l'ulcère en voie de suppuration. Ce chancre était assez étendu suivant son grand diamètre; il mesurait environ deux, centimètres et demi : la partie cicatrisée était recouverte d'un épiderme normal et elle était déprimée; la partie ulcérée était à vif, couverte d'une mince couche grisâtre : celle-ci était à peu près de niveau avec la peau normale voisine. Partout on sentait sous les parties cicatrisées comme sous la portion ulcérée, une induration ligneuse tout à fait caractéristique. Cette pièce a été durcie successivement dans le liquide de Millier, la gomme et l'alcool.

Le prépuce, et surtout cette portion cutanée du prépuce est assurément la partie la plus simple comme structure qui puisse être le siège d'un chancre, car il n'y a là que du tissu conjonctif, des vaisseaux, des nerfs et un revêtement épidermique. Aussi, cette observation et la suivante peuvent-elles être regardées comme des types de l'anatomie pathologique du chancre dépouillée de tout détail étranger.

Les préparations faites à l'aide de sections perpendiculaires à la peau nous ont montré les faits suivants :

1° Dans la portion la plus ancienne du chancre complètement cicatrisée, il y avait un point où la cicatrice était un peu enfoncée, de telle sorte que, sur une section (voyez planche III, fig. 2), la cicatrice se présente suivant la forme d'un angle obtus. La surface du chancre cicatrisée montre ses deux couches d'épiderme, l'épiderme corné et le corps muqueux. L'épiderme superficiel a est en partie détaché au sommet de l'angle. Le corps muqueux de Malpighi b est assez épais, mais irrégulier. Sur cette figure qui est dessinée à un grossissement très-faible, à 8 diamètres seulement, on voit en effet le corps muqueux b très-épais à l'angle de la cicatrice qu'il comble et dans les points où il y a de grandes papilles comme cela a lieu à la gauche du dessin. Les papilles p sont, en effet, aussi très-irrôgulières mais toutes plus grosses qu'à l'état normal. Ces papilles sont cependant en grande partie délergées des cellules embryonnaires qui les remplissaient pendant la période d'état du chancre. Le tissu conjonctif du derme est fasciculé, dense, avec beaucoup de cellules rondes ou aplaties et ses vaisseaux v, v sont extrêmement épaissis.

2° La figure 3, planche III, montre une cicatrisation de chancre dans un point où il occupait une plus grande étendue que dans le point précédent. La couche cornée de l'épiderme a, a', est très-

épaisse, la couche de Malpighi b l'est également, aussi bien au pourtour du chancre qu'à son niveau. Le bord du chancre présente une couche de Malpighi extrêmement épaisse en b. Là ou l'ulcération du chancre existait, les papilles sont parfaitement visibles et grosses, au moins autant qu'au bord du chancre. Elles sont irrégulières.

Cette irrégularité et cette hypertrophie des papilles sont évidemment dues à ce qu'elles ont été atteintes plus ou moins dans la période suppuralive du chancre et à ce qu'elles on tbourgeonné pendant la période de réparation.

3° La figure l, planche III, représente la portion ulcérée en voie de réparation du chancre. Dans toute la partie centrale de la figure, c'est-à-dire dans un espace de 8 à 9 millimètres environ, l'épiderme et la couche de Malpighi font défaut. Ces deux couches a et b qui existent à côté du point ulcéré, se terminent en biseau au bord de l'ulcération. Elles sont remplacées par une couche de cellules de pus mêlées à de l'épithélium en c. Les papilles qui se trouvent ainsi à nu sont bourgeonnantes, plus grosses qu'à l'état normal, si bien que malgré la perte de leur épiderme, elles se trouvent sur le même niveau que les parties voisines qui cependant sont recouvertes d'une couche épaisse d' épiderme. Ces papilles sont très-vascularisées. Par l'examen seul de ces papilles dont les vaisseaux sont parfaitement perméables au sang et qui sont formées d'un tissu embryonnaine, on pourrait dire qu'on a affaire à une plaie en voie de réparation et non en voie de destruction et d'élimination. Dans ce dernier cas, en effet, la circulation ne se fait plus aussi bien, et les cellules qui infiltrent le tissu conjonctivo-papillaire l'étouffent,en même temps qu'elles-mêmes ont subi une modification de nutrition, la dégénérescence granulo-graisseuse. A l'examen des papilles dans le cas actuel, il n'en est pas ainsi. Leur tissu conjonctif présente des vaisseaux de nouvelle formation qui sont très-nombreux, parallèles entre eux ; on peut juger de leur distribution et de leur nombre même au faible grossissement de 8 diamètres où ils sont représentés dans la figure 1 , de la planche III.

Le tissu conjonctif profond est fasciculé, les vaisseaux sanguins sont épaissis ; il existe un grand nombre de cellules qui infiltrent ce tissu conjonctif.

Nous nous sommes demandés quelle était la cause de la cicatrisation profonde, anguleuse, en V, sur une coupe de la partie an-

DESCRIPTION DU CIIAXCRE

cienne de ce chancre. Si nous nous reportons à la figure 2, il nous paraît certain qu'il y a là une perte de substance du tissu dermopapiilaire à ce niveau. Ce qui le prouve, c'est qu'une assez grosse artériole vient tout auprès de la surface du cliorion; la forme de la perle de substance est assez curieuse aussi par sa dépression. Nous croyons que la cause de celle dépression anguleuse vient de l'exagération des plis et des saillies normales du prépuce, et de la localisation de l'ulcère chancreux au fond d'un de ces plis.

L'observation suivante complète celle-ci parce qu'elle nous montre un ebanerc du prépuce beaucoup plus rapproché de son début.

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