PLAQUES MUQUEUSES DE LA LANGUE
cornée à une très-grande longueur, un demi, un millimètre et plus, sans compter les algues qui y végètent; que ces énormes prolongements épidermiques tombent, et ils tombent en réalité au niveau des plaques muqueuses que nous éludions, vous aurez une surface lisse, plane, recouverte simplement par les couches stratifiées du corps muqueux, mais privée de ses prolongements filiformes de l'épiderme corné. La plaque paraît dans son ensemble d'autant plus lisse, d'autant plus déprimée, qu'autour d'elle les prolongements cornés des papilles filiformes sont conservés avec leur longueur accrue encore par l'inflammation linguale, en sorte qu'on peut la comparer à un cercle fauché dans une prairie. Il n'y a rien d'étonnant à ce que l'épiderme corné superficiel se desquame sur le dos de la langue qui est incessamment frotté par le passage des aliments et des boissons, et par les mouvements de la parole. C'est d'ailleurs le même phénomène que vous observez presque partout, sur la surface lisse des papules, sur les grandes lèvres, à l'amygdale, etc. Et si la plaque muqueuse du dos de la langue parait plane parce qu'elle est entourée des papilles filiformes, soyez certains, Messieurs, qu'il n'y en a pas moins une tuméfaction inflammatoire du tissu conjonctif des papilles filiformes à son niveau, et un véritable épaississement du chorion, comme on peut, du reste, s'en assurer facilement par la palpation. J'ai insisté précisément sur cet exemple qui paraît s'écarter de la règle afin de l'y faire rentrer et pour que vous soyez bien convaincus que les phénomènes essentiels du processus des plaques muqueuses sont les mêmes partout.
Les plaques muqueuses de la face externe et interne de l'épiglotte peuvent s'observer en même temps que celles de l'amygdale et de la paroi postérieure du pharynx. Elles
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sont communes suivant les uns, très-rares suivant les autres. Je vous avouerai que je n'ai pas d'opinion à ce sujet ne les ayant pas observées spécialement.
30 (vpe> — Plaques muqueuses érosives. — Ce troisième type que nous avons admis ne nous arrêtera pas longtemps. Le mot d'érosion, de chancre érosif, de papules érosives n'est pas anatomiquement bien défini par les auteurs. Cependant, en se reportant aux caractères symptomatiques qu'ils donnent des lésions érosives, et en examinant histologiquement ce qui en est, on constate que d'habitude il s'agit simplement, dans l'érosion, de la chute de l'épithélium corné dans toute son épaisseur, la couche intermédiaire ou granuleuse et la couche du corps muqueux de Malpighi restant en place et n'étant pas desquammées. Par conséquent, pour conserver la valeur des termes admis par la majorité des médecins, je vous proposerai d'accepter comme définition de l'érosion la chute des couches de l'épiderme corné. Cette desquamation s'effectue, comme vous le savez , à l'état normal, mais alors ce sont des cellules ou des plaques de cellules qui s'en vont isolément tandis que, dans l'érosion, ce sont toutes les couches épidermiques superficielles ou cornées qui ont disparu à la fois. La perte du revêtement superficiel est, dans le cas de papule syphilitique, d'autant plus sensible â la vue que la couche conservée à la partie périphérique de la papule ..est plus épaisse qu'à l'état normal. L'érosion est très fréquente dans l'accident local que nous analysons. Le corps muqueux conservé forme à la surface du corps papillaire congestionné un vernis transparent, de telle sorte que la surface de la papule, lorsqu'elle siège à la peau de la grande
lèvre, par exemple, paraît rouge et vernie, brillante, luisante et humide.
4e type. — Plaques muqueuses a dase indurée. — Nous rangeons dans cette catégorie les plaques muqueuses qui siègent sur une partie modiliôe par la présence d'un chancre antérieur et qui est restée œdématiée et scléreuse. Par exemple, lorsque le chancre siégeant sur la grande lèvre est en voie de réparation, la grande et la petite lèvre sont souvent encore dures, tuméfiées, scléreuses, atteintes, en un mot, d'un œdème inflammatoire. Vous savez de plus que les vaisseaux sanguins sont sclérosés, non-seulement au niveau du chancre, mais tout autour de lui, et je vous ai dit aussi que les vaisseaux lymphatiques sont engorgés dans tout leur trajet entre le chancre et les ganglions. L'induration inflammatoire de ces derniers est également une gêne à la circulation de la lymphe dans toute la partie située au-dessous d'eux et dans laquelle les produits inflammatoires du chancre, les cellules lymphatiques épanchées entre les fibres de tissu conjonctif doivent nécessairement stagner. Ces conditions multiples vous expliquent la permanence de l'œdème de la grande lèvre et de la petite lèvre du côté où siégeait l'induration primitive. Sur ces parties les plaques muqueuses se conduisent souvent d'une façon spéciale que nous avons observée plusieurs fois et que j'ai eu l'occasion de vous montrer.
La base de la plaque muqueuse, le tissu papillaire et le derme seront plus épais, plus durs que sur une région dont la peau est saine. Si ces plaques sont exulcérées, vous aurez, comme sur plusieurs plaques muqueuses d'une de nos malades dont le début du chancre remonte à 2 mois et demi et dont on voit encore la cicatrice, des surfaces
creusées en godet. La surface de l'exulcération au centre de laquelle les couches épidermiques et le corps de Malpighi sont presque entièrement détruites, cette surface, dis-je, est recouverte d'une fausse membrane gris-jaunâtre; par la palpation de la plaque entre les deux doigts on apprécie une induration, moins sèche, moins caractéristique que celle du chancre typique. Mais vous savez que le chancre infectant de la femme est loin d'offrir toujours cette induration si nette qu'on observe sur le prépuce etdans la rainure glando-préputiale chez l'homme. Aussi,sinous nous trouvions en présence d'une seule de ces papules ulcérées à la base desquelles la dureté inflammatoire de la plaque s'ajoute à l'induration préexistante du tissu, il serait très- difficile, pour ne pas dire impossible, de faire le diagnostic entre un accident de cette nature et un chancre primitif. Mais rassurez-vous, Messieurs, le cas que je suppose n'arrive jamais.
Lorsque vous observez, en effet, de pareilles lésions, elles sont toujours accompagnées d'une éruption plus ou moins confluente de plaques muqueuses vulvaires. Ces plaques sont habituellement symétriques, si bien qu'elles se touchent d'un côté à l'autre de la vulve, sur les grandes et petites lèvres, et qu'on les dirait causées par le contact, si nous ne savions pas que les syphilides ne sont pas auto-inoculables. La malade vous dira quelquefois qu'elle a eu un autre accident antérieur, un chancre, si ce premier phénomène n'a pas passé inaperçu. De plus vous aurez, avec des ganglions disséminés partout, une roséole ou des papules cutanées caractéristiques.
Mais vous le voyez, c'est surtout par cet ensemble de faits que vous diagnostiquerez certaines plaques muqueuses d'avec le chancre infectant ; ces deux lésions, chez la femme,
CORNIL. ij
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sont très-voisines en tant que constitution anatomique et symptômes objectifs dans le cas particulier où nous nous sommes placés. J'ai eu l'occasion, en effet, de pratiquer l'examen histologique de plaques muqueuses siégeant sur la petite lèvre préalablement indurée par un chancre en voie de cicatrisation, et j'ai vu, en outre de l'infiltration profoude du derme par des cellules lymphatiques interposées entre les faisceaux fibreux, une inflammation de la tunique externe des artérioles et des veines, comparable à cette même lésion des vaisseaux à la base du chancre.
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vons maintenant à notre cinquième type de plaques muqueuses, aux plaques exulcérées à la surface desquelles on trouve une pseudo-membrane diphthéritique.
Les plaques muqueuses diphthéritiques sont assez communes chez la femme, et M. Aimé Martin en a donné une bonne description (1) d'après des faits recueillis à Saint-Lazare. Au point de vue de la clinique, elles diffèrent absolument de la diphthérie vraie en ce qu'elles donneraient par le contact et par l'inoculation, la syphilis, tandis que la diphthérie pharyngienne ou laryngée donne la diphthérie vraie, angine diphthéritique et croup. Elle diffèrent aussi anatomiquement, car je n'y ai pas trouvé les parasites spéciaux de la diphthérie vraie, les boules de Bolderew (2) ; mais à bien d'autres égards, les fausses
(1) Union médicale, août 1861, et Manuel cite, page 233.
(2) Dans la fausse membiv.ne de la diphthérie vraie, maladie qu'il est difficile de ne pas considérer comme due à des microbes parasites, on trouve de grosses boules ovoïdes ou sphériques, un peu plus grosses que des cellules, qui contiennent des micrococcus ou de petits bâtonnets.
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membranes des plaques muqueuses sont absolument comparables à la diphthérie pharyngienne. Voici, en effet, ce qu'on observe.
Une ou plusieurs plaques muqueuses exulcérées de la petite lèvre, par exemple, présentent, à la place de leur revêtement épilhélial, une pseudo-membrane blanchâtre ou grise, un peu jaunâtre parfois, opaque et adhérente. Lorsqu'on essaye de la détacher avec la pointe d'un scalpel, en la raclant, on éprouve une certaine difficulté; on apprécie l'élasticité propre de la membrane et on fait saigner la surface de la plaque. Avec un instrument mousse on ne l'enlèverait pas. Cette membrane enlevée se reproduit très-rapidement; au bout de quelques heures elle se reforma. Après avoir duré un temps variable, trois ou quatre jours, si elle est soignée avec propreté, elle finit par s'enlever facilement, l'épiderme se reforme au-dessous d'elle et elle ne reparaît plus.
En dilacérant, dans une goutte d'eau ou dans l'alcool au tiers, un fragment de cette membrane enlevée, on y trouve d'abord des cellules qui se détachent facilement par la dilacération et qui sont des globules de pus et des cellules épidermiques. Celles-ci se présentent avec un noyau atrophié, allongé, grenu, ou avec une petite cavité remplie de granulations fines à la place du noyau. La substance fondamentale de la cellule est tantôt mince , fibrillaire ou finement grenue, tantôt cornée, épaisse, à facettes multiples et à nombreux prolongements.
Mais la trame même de la fausse membrane est assez difficile à analyser, car elle est constituée par un feutrage de fibrilles denses, et elle oppose une résistance élastique aux tentatives de dissociation.