‹ Leçons sur la syphilis [electronic resource]Chapitre 67 sur 149 · OPÉRATIONS CHIRURGICALES DANS LA SYPHILIS · texte numérisé non relu

OPÉRATIONS CHIRURGICALES DANS LA SYPHILIS

beaucoup de chirurgiens el des plus éminents, M. Verneuil en particulier, pour les opérations chez des malades atteints d'une affection générale comme la syphilis. Le sang, les liquides, les solides de l'économie sont imprégnés en effet par le virus syphilitique, et nous devons nous demander s'il y a ou s'il n'y a pas danger à toucher à ces malades, à leur faire subir des opérations, si les plaies qui en résultent n'auront pas des caractères particulièrement mauvais. À cette question du danger ou de l'innocuité des opérations chez les syphilitiques, je réponds d'abord par ma pratique, qui est celle de tous les médecins et chirurgiens de cet hôpital, qu'il n'y a aucun inconvénient à faire les opérations de peu d'importance, il est vrai, qui se présentent journellement à nous, sur les malades qui sont dans la plénitude de l'éruption des accidents secondaires. Les chancres indurés des grandes et petites lèvres que j'ai enlevés ; ceux que mes excellents collègues, MM. Horteloup et Mauriac ont opérés, les amygdales, au nombre de quatre, que j'ai enlevées, pareilles opérations faites par M. Théophile Anger, l'ablation des plaques muqueuses de la petite lèvre, les très-nombreuses opérations de végétations énormes que nous faisons très-souvent, les ablations de ganglions ont toujours été suivies d'une plaie de bonne nature. Si le tissu entamé par la section était œdémateux, induré, la cicatrisation ne pouvant se faire par première intention, la plaie suppurait quelques jours, mais c'était tout, et nous n'avons observé ni décollement, ni coloration anormale des bords de la plaie.

Il est nécessaire de vous entretenir de ces faits afin que vous n'hésitiez pas en face d'une petite opération qui peut être utile à vos malades.

Cependant je dois vous exposer ce qui a cours concer-

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nant le danger de pareilles opérations. Dans une thèse faite sous l'inspiration de M. le professeur Verneuil, M. Petit (1) a réuni une série de faits empruntés à divers auteurs ou observés par lui-même et d'où il conclut que les lésions traumatiques peuvent présenter un aspect particulier et suivre une marche anormale chez les syphilitiques.

Parmi ces observations il faut éliminer tout d'abord celles qui se rapportent à une époque où on ne faisait pas la distinction du chancre induré et du chancre mou et qui paraissent se rapporter à ce dernier accident. Telle est, par exemple, cette observatiun de Cazenave que chez certains individus atteints de syphilis, les morsures de sangsues se changent en autant de chancres ulcérés de forme arrondie. Il est évident qu'il s'agit ici de chancres mous, car le chancre infectant n'est pas auto-inoculable.

Il n'y a pas lieu non plus d'attribuer une grande valeur à ce fait que des éruptions syphilitiques sont venues à la suite d'une application d'huile de croton, d'un vésicatoire ou d'un traumatisme, car les éruptions syphilitiques se font souvent en plusieurs poussées pendant la période secondaire et peut-être seraient-elles survenues spontanément.

Pour ce qui est de certaines opérations difficiles, qui sont loin de réussir toujours, comme les autoplasties, doiton mettre leur insuccès sur le compte de la syphilis ?

M. Ricord (1), dont assurément l'expérience est grande

(1) Henri Petit. De la syphilis dans ses rapports avec le traumatisme. Thèse de Paris. — Dercnne, éditeur, 1875. (1) Bulletin de la Société dé chirurgié, t. II, 18d1-52. p. kl.

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en ce qui louche les opérations chez les syphilitiques, soutenait contre Hugtuer, à là Société de chirurgie, que ces opérations marchent comme dans les cas ordinaires, pourvu que ces plaies ne soient pas souillées après coup par du pus virulent. C'est évidemment aussi du pus do chancre mou que M. Ricord parlait en cette occasion.

Parmi les faits rapportés à l'appui de la thèse de M. Petit nous ne pouvons pas non plus tenir grand compte de ce que des gommes anciennes, ouvertes et traitées comme des abcès, ne se cicatrisent pas. L'iodure de potassium est là aussi puissant que le bistouri est inutile.

11 est certain, toutefois, que les opérations d'autoplastie ne réussissent pas habituellement quand on opère sur des tissus qui sont enflammés, même à un faible degré et modifiés par des cicatrices de chancres, par des tubercules ou par des gommes syphilitiques. Et cependant il y a des cas de guérison, surtout si l'on a eu soin de donner au préalable le traitement mercuriel et iodique.

Si Ton met de côté dans la thèse de M. Petit un grand nombre d'observations douteuses, il en reste d'autres où la syphilis a été certainement une cause d'insuccès dans les opérations et où un traumatisme a déterminé des accidents syphilitiques. Ces faits empruntent une grande partie de leur valeur à ce qu'ils ont été observés par M. Verneuil. Nous sommes d'autant plus disposés à admettre la réalité du traumatisme comme cause efficiente de certaines manifestations syphilitiques tertiaires que nous en avons souvent observé des exemples frappants pour ce qui est des lésions osseuses et des exostoses (Voyez la 9° leçon).

Mais le remède est à côté du mal en ce qui concerne les grandes opérations : l'iodure de potassium et le mercure

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