SIXIÈME LEÇON
SYPHILIDES CUTANÉES PRÉCOCES.
Sommaire : Fièvre syphilitique. - Névralgies. - Douleurs ostéoscopes et rhumatoïdes. — Chlore-anémie.
Roséole diffuse, maculeuse et papuleuse. - Variations de l'éruption suivant son siège.
Syphilide papuleuse à petites papules. — Histologie de la papule récente et superficielle.
Syphilide papuleuse lenticulaire. — Description histologique.— Epanchements sanguins dans les papules. — Diagnostic avec le psoriasis vulgaire. — Variations de la syphilide papuleuse suivant sort siège.
Onyxis et alopécie.
Syphilide maculeuse.
Messieurs,
Les syphilides cutanées précoces apparaissent peu de temps après les premières plaques muqueuses, ou avant elles, ou en même temps.
Vous savez que la période secondaire de la syphilis présente, pondant les deux, trois ou quatre ans qu'elle dure, des poussées successives de plaques muqueuses et d'éruptions cutanées, et vous vous rappelez que nous divisons, avec tous les auteurs , les syphilides en précoces et tardives, les premières généralement confluenles et superficielles, les secondes plus localisées d'habitude et plus profondes, à tendance ulcérative.
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Après la cicatrisation du chancre, lorsque les muqueuses sont envahies par les papules humides, lorsque la peau est couverte d'éruptions disséminées depuis le cuir chevelu jusqu'à la plante des pieds; lorsque tous les ganglions sont tuméfiés et atteints, on peut dire que l'économie toute entière est infectée : le sang est virulent et la syphilis est dans toute sa force. Elle est en pleine efflorescence.
Très souvent, au début de cette éruption ou quelques jours avant, les malades ont une fièvre spéciale, la fièvre syphilitique. Les femmes, et surtout les jeunes femmes anémiques, affaiblies par le séjour de la ville, par les fatigues ou par les excès, notre clientèle deLourcine par exemple, est plus souvent atteinte que les hommes, qui résistent mieux et qui sont moins impressionnables. La fièvre syphilitique s'accuse par des accès qui surviennent le soir ou pendant la nuit, qui sont plutôt marqués par le stade de chaleur que par le frisson, qui donnent lieu à une augmentation du degré de la chaleur interne et à une élévation du chiffre des pulsations. Il est rare, que la température axillaire atteigne 39°: elle reste entre 38° et 38°,5. Les phénomènes généraux, le malaise, l'anorexie, l'abattement, sont incomparablement moindres que lorsqu'il s'agit d'une fièvre intermittente et, à plus forte raison, d'une fièvre typhoïde; la langue en effet est bonne, le malaise est nul ou léger et l'appétit est généralement conservé, quelquefois même il y a de la boulimie. Ces accès, qui sont loin d'être aussi réguliers que ceux de la fièvre intermittente, car les stades de frisson, de chaleur et de sueur ne se succèdent pas avec leur ordre constant et le frisson manque même le plus souvent, ne sont nullement justiciables du sulfate de quinine. La durée de cette fièvre spéciale est très -variable, se bor-
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riant à un ou deux accès précurseurs d'une éruption ou durant, au contraire, pendant huit, dix jours ou même pendant plusieurs septénaires. D'après la statistique de M. Fournier, le tiers des malades de Lourcine aurait une fièvre syphilitique pendant la période secondaire. Je vous avouerai franchement, Messieurs, que, d'après mes souvenirs, elle serait beaucoup moins fréquente. Il est vrai que je n'ai pas spécialement noté cet accident, et il est de ceux qu'il faut chercher, car il peut échapper au médecin qui ne voit ses malades que le matin.
Les autres symptômes généraux qui accompagnent les éruptions cutanées syphilitiques sont les douleurs, les névralgies de siège varié, frontale, occipitale ; la névralgie intercostale et les phénomènes nerveux d'hypéresthésie, d'anesthésie ou d'analgésie. Il est vraisemblable que ces derniers symptômes nerveux, observés seulement chez la femme, doivent être rapportés uniquement à l'hystérie. Les névralgies et les douleurs ostéoscopes ou rhumaloïdes, venant le longdès os, même dans la période des accidents précoces, doivent être rattachés à des troubles matériels du côté du pér rioste, des articulations, des tissus fibreux et des os. Nous avons pu constater en effet de véritables périoslites et ostéites dans la période secondaire et M. Mauriac a publié des observations de périostoses apparaissant dès le début de cette période.
La «hloro-anémie joue aussi un rôle important clans cette période d'éruption delà syphilis. Il paraît constant, d'après les numérations des globules rouges faites à l'hôpital du Midi par M. Wilbouchewilch, que le nombre des globules rouges diminue progressivement sous l'influence de la syphilis et que l'usage du mercure arrête cette déglobulisation. Nous reviendrons sur ce point en étudiant l'ac-
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tion du mercure. Le nombre des globules rouges étant à l'état normal de 4,260,000 à 0,447,000 par millimètre cube, le chiffre moyen des globules chez les sujets syphilitiques observés par M. Wilbouchewitch était de 4,321 ,000, c'est-à-dire un nombre voisin de la limite inférieure de l'état normal. Une cause certainement très-importante de cette anémie consiste dans la congestion et dans les inflammations de la peau sur une grande surface; les éruptions suintantes et suppuralives des organes génitaux et, chez les femmes, les pertes blanches, toujours assez abondantes, sont aussi des causes d'affaiblissement ; le col de l'utérus, en effet, qu'il soit ou non le siège de plaques muqueuses, est généralement congestionné et atteint de catarrhe. La chloro-anémie se manifeste par un sentiment de faiblesse, par l'inaptitude au travail, par les lassitudes qui suivent le moindre exercice.
Je vous ai donné, dans ma quatrième leçon, une classification des syphilides cutanées. Nous allons décrire successivement ces diverses variétés en vous donnant l'anatomie pathologique de chacune d'elles. Ces variétés sont nombreuses, mais vous auriez tort de vous en effrayer, car, le plus souvent, les lésions élémentaires sont mélangées sur le même sujet, et leur mélange même, joint à l'aspect caractéristique de l'éruption dominante, et aux accidents concomitants tels que les ganglions et les plaques muqueuses, fait qu'on ne peut hésitera formuler le diagnostic.
Prenez par exemple une des malades que je vous ai montrées et qui offre un type d'éruptions syphilitiques précoces : elle présente sur le cou, sur la poitrine, sur les bras et sur les cuisses une roséole maculeuse diffuse qui devient papuleuse sur la partie inférieure du tronc et sur les avant-
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bras; à la paume des mains on voit de petites papules au niveau desquelles l'épiderme est squameux ou absent; autour des ailes du nez, à la racine des cheveux, sur le front et à la nuque, il existe quelques petites papules croûteuses, et même de véritables pustules avec une croûte brune dans les cheveux. Dans le dos, jusqu'à la chute des reins, la roséole et les papules, les unes rosées, de la couleur du jambon, les autres, rouges, cuivrées, se mêlent, et, par leur abondance et par la diversité de leurs couleurs, donnent l'aspect de la peau truitée. Ajoutez à ces éruptions les ganglions du cou, de la nuque, des aines, les plaques muqueuses de la vulve, de la bouche, des lèvres et de l'amygdale, et vous aurez le tableau complet d'une éruption syphilitique précoce telle que vous la rencontrerez habituellement.
1° Syphilide érythémateuse. — Roséole. — Elle présente trois variétés : la roséole diffuse, la roséole maculeuse et la roséole populeuse.
La roséole diffuse se caractérise par des marbrures rosées de la peau, par des lignes rosées, des taches et des rougeurs diffuses et très-superficielles disparaissant sous la pression du doigt lorsque la roséole est à son début, et ressemblant beaucoup alors à la rougeur de la poitrine et des épaules produite par l'impression de l'air lorsqu'on vient à les découvrir. Mais celte roséole syphilitique, pour peu qu'elle dure, est suivie de taches jaunâtres ou grisâtres dues à la présence de la matière colorante du sang dans le corps muqueux de la peau et qui ne disparaissent pas par la pression.
La roséole maculeuse est caractérisée par des taches rosées ou rouges,, tantôt arrondies, lenticulaires, à bords
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quelquefois assez nets, le plus souvent mal délimités et irréguliers. Ces taches, qui n'ont pas à leur début la coloration cuivrée, et qui disparaissent complètement par la près ■ sion du doigt, présentent bientôt une teinte ecchymotique jaunâtre qui ne s'efface plus par la pression et qui est alors tout à fait caractéristique. Elles siègent, comme la roséole diffuse, sur le cou, le devant de la poitrine, les épaules, les bras, le ventre, le dos, les cuisses et les jambes, sur presque toute la surface du corps en un mot. La face n'est pas toujours atteinte, cependant on l'observe assez souvent au front et au pourtour de la bouche. En s'effaçant,ces taches deviennent jaunâtres, ou jaune-verdâtres, ou grises, comme de petites taches ecchymotiques.
Ces taches rubéoliques peuvent revêtir des formes trèsrégulières, circulaires, circinées (roséole circinée), en croissant, etc.
La roséole papuleuse est formée par des macules semblables aux précédentes pour la forme et pour la couleur, mais plus régulières, et ne disparaissant pas complètement sous la pression du doigt. La roséole papuleuse forme le passage entre la syphilide érythémateuse et la syphilide papuleuse ; elle se mêle souvent aux deux autres formes de roséole et elle apparaît un peu après la première poussée.
Tandis que la lésion de la roséole diffuse et maculeuse consiste simplement dans la congestion superficielle d'un territoire vasculaire limité de la peau, congestion qui s'accompagne de l'extravasation de quelques globules rouges et de leur matière colorante en dehors des vaisseaux, la lésion de la roséole papuleuse est plus intense, le corps papillaire est un peu épaissi, d'où les saillies légères que