CONTAGION ET INOCUUTION DE LA SYPHILIS
La syphilis nait le plas souvent des rapports sexuels ; cependant^ elle est assez souvent donnée par le contact de la muqueuse buccale d'un nourrisson à sa nourrice, par exemple, ou récipi oquement, ou par Pusage commun des mêmes verres, etc. ; les sages-femmes et les médecins peuvent être contaminés au doigt par le loucher vaginal. C'est la sérosité baignant un chancre ou une plaque mu* queuse qui est le point de départ des accidents : le résultat est toujours un chancre iufectant.
Nous ne sommes plus en effet au temps où Ton croyait que la syphilis peut succéder à la blennorrhagie, aux diverses espèces de chancres, aux végétations, à tous les accidents vénériens en un mot.
Cependant cette théorie de la transmission de la syphilis partons les accidents vénériens, cette doctrine de rirfen^i^^ de la blennorrhagie et des chancres, a régné sans conteste pendant les siècles derniers. Elle est aujourd'hui complètement abandonnée, mais depuis peu d'années seulement. J'ai commencé mon internat en 1861 chez Gibert, dermatologiste fort distingué, à l'hôpital Saint-Louis. A cette époque, les médecins de cet hôpital, les hommes les plus renommés d'alors, Gibert, Cazenave, M. Devergie, défendaient encore la théorie de l'identité. Pour Gibert, par exemple, la vérole succédait à la blennorrhagie et aux végétations aussi bien qu'au chancre mou, au chancre induré et aux plaques muqueuses. Depuis longtemps cependant l'école du Midi, MM. Ricord et Cullerier avaient mis hors de cause la blennorrhagie qu'ils avaient soigneusement séparée du chancre ; mais ils ne faisaient pas la distinction du chancre simple et du chancre inrectant, ils étaient unicistes, ils pensaient que la vérole peut succéder aussi bien au chancre mou qu'au chancre induré, et que le seul acci-
Googk
deottransmissible est toujours le cbaucre, les plaques muqueuses ne pouvant pas, suivant eux, transmeltrela syphilis.
Ce n'est que plus tard que MM. Bassereau, Clerc, Diday, RoUet, etc., ont démontré que le chancre simple ou mou était tout différent du chancre dur ou infectant^ et que seul ce dernier avait le privilège de donner la syphilis constitutionnelle. Cette distinction ou plutôt cette opposition des deux chancres, ce dualisme^ car tel est le nom de la doctrine nouvelle, a été accepté par M. Ricord et par ses élèves, par M. Foumier, en particulier, dans ses dernières et excellentes publications.
Cette distmction, nous la poursuivrons^ dans le cours de ces leçons, non-seulement au point de vue des symptômesi mais aussi au point de vue de Tanatomie pathologique^car j'aurai soin de vous montrer bientôt Tanatomie comparée des deux espèces de chancre.
Aujourd'hui, je me bornerai avons les définir sommairement.
Le chancre mou inoculé sur le sujet qui en est atteint, donne lieu de suite, dès le premier jour, à une petite papulo-pustule et ensuite à un chancre mou, c'est-à-dire à un ulcère profond, fongueux, qui s'étend rapidement; il produit souvent une adénite suppurée, et il guérit sans donner lieu à la syphilis.
Le chancre induré a une longue période d'incubation, il n'est pas inoculable sur le sujet qui en est porteur ; il s'accompagne d'une pléiade de ganglions inguinaux durs qui ne suppurent pas et il est infectant, c'est-à-dire qu'il est suivi de l'apparition des syphilides.
Ced dit, je reviens à la contagion du chancre infectant :
Lorsqu'un individu s'est exposé à un contact impur, ne croyez pas que les accidents surviennent immédiatement ;
Googk
COXTAGION ET LNOCUUTION DE Là SYPHILIS 11
il restera deux, trois, quatre semaines, vingt^cinq jours en moyenne et souvent bien plus longtemps, deux mois par exemple, sans rien voir paraître.
Cette longue incubation qui précède Tapparition du chancre induré était méconnue tant qu'on confondait les deux chancres ; les syphiliographes, MM. Rollet, Fournier, Clerc, etc., Tout mise hors de doule dans ces dernières années par des observations irrécusables. Ainsi lorsqu'un marin embarqué depuis un mois et même deux mois, voit un chancre apparaître aux organes génitaux, lorsqu'un accident du même ordre arrive chez une détenue de Saint- Lazare soixante jours après sa réclusion (Aimé Martin), on a des observations aussi rigoureuses qu'une inoculation expérimentale. Les inoculations faites pour prouver la transmission de la syphilis par les accidents secondaires et par le sang, concordent avec ces observations pour ce qui est de la longue durée de l'incubation. Il est aujourd'hui prouvé par les résultats de l'inoculation suivie de résultats positifs, il est prouvé par un nombre considérable d'observations bien prises, que la période d'incubation du chancre dure en moyenne de trois à quatre semaines. C'est là un fait caractéristique du chancre infectant, car ainsi que je vous l'ai déjà dit, le chancre simple inoculé apparait presque de suite sous la forme d'une rougeur^ d'une petite pustule, puis d'une ulcération.
Les résultats positifs des inoculations faites en vue de savoir si les accidents secondaires étaient transmissibles, parlent, disions-nous, dans le même sens. Beaucoup d'inoculations ont été faites avec la sérosité des plaques muqueuses, avec le pus de pustules syphilitiques, avec le sang des syphilitiques, à des individus vierges de syphilis. Ces expériences que nous n'hésitons pas à condaomer
Googk
et qui sont passibles de peines sévères lorsqu'elles sont faites sans le consentement des sujets, n'en doivent pas moins être enregistrées précieusement; Wallace, en Angleterre, Vidal de Cassis, en France, Waller, à Prague, puis Auzias- Turenne, Gibert, Belhomme, etc., ont inoculé la sérosité des plaques muqueuses. M. Ricord, qui jusque-là avait soutenu que le chancre seul était inoculable, dut reconnaître l'évidence.
On inocula aussi avec succès le sang des syphilitiques : Waller, Viennois, l'anonyme du Palatinat, Pellizzari de Florence ont démontré cette inoculabilité. Sur trois des jeunes gens, étudiants en médecine, inoculés avec leur assentiment par Pellizzari, un seul eut la vérole, mon ami et ancien élève, M. le D*" Bargioni.
Toutes les fois qu'une inoculation faite avec la sérosité ou avec le pus d'un accident de la période secondaire, ou avec le sang, réussit, elle reproduit un chancre précédé d'une longue période d'incubation. Tout l'ensemble des accidents avec leur évolution régulière se déroule successivement en commençant par l'incubation et l'accident primitif, en se continuant par les éruptions de la période secondaire et tertiaire.
D'après les inoculations faites par Diday, il n'est pas probable que les accidents tertiaires soient inoculables, ni, par conséquent, contagieux.
De ce qui précède, vous pouvez tirer des conclusions pratiques :
Les plaques muqueuses et les papules humides sont capables de donner, par contagion, naissance à un chancre et à la syphilis. La syphilis transmise par un nourrisson syphilitique atteint de plaques muqueuses de la lèvre,
Googk