‹ Leçons sur la syphilis, faites à l'Hôpital de LourcineChapitre 12 sur 148 · CONTAGION ET INOCULATION DE LA SYPHIUS · texte numérisé non relu

CONTAGION ET INOCULATION DE LA SYPHIUS

se tmduira par ud ebancre du mamelon de la nourrice, si celle-ci était auparavant vierge de syphilis. De même des papules syphilitiques du mamelon d'une nourrice syphilitique, donneront un chancre delà lèvre à un enfant sain.

Les accidents secondaires de la syphilis durent longtemps. Nous voyons ici nos malades revenir pendant deux, trois, quatre et mémo cinq ans avec des plaques muqr.euses de la vulve; il en est de même des plaques muqueuses delà langue, de la bouche, etc., chez l'homme. La syphilis peut donc se transmettre par un sujet syphilitique pendant trois, quatre et même cinq ans, à partir du début du mal. D'où la nécessité, pour un individu syphilitique, de ne pas se marier, si ce n'est cinq où six ans après le début de la syphilis. En se mariant plus tôt, il risquerait de donner la vérole à sa femme et d'avoir des entants infectés, car, dans la syphilis héréditaire, le rôle de la femme parait prédominant, et il est rare qu'un père syphilitique ait un enfant atteint de syphilis si la mère est restée saine dans le mariage.

Il n'existe pas de fait avéré de contagion syphilitique par le sperme, ni d'inoculation par ce liquide. Les larmes, la salive, provenant d'individus syphihtiques, ont été inoculés à des personnes saines sans qu'on ait observé de syphilis.

Si le sang est contagieux et inoculable, sans que les liquides de sécrétion le soient, il est probable que le passage de la sérosité du sang à travers les membranes glandulaires et cellulaires arrête les particules du sang contagieuses, et rend les liquides sécrétés innocents.

Quel que soit l'accident ou le liquide qui a servi de point de départ à la transmission de la syphilis, nous venons de voir que le résultat est toujours le même, et que c'est un chancre infectant précédé d'une période d'incubation.

Googk

Période d'incubation de la syphius.^— Nous devons maintenant nous demander ce qui se passe entre le moment de rinoculation el Tépoque de l'apparition du chancre.

La plupart des auteurs pensent que Tabsorption qui a lieu immédiatement au point contaminé a pour résultat d'entraîner le viru3 dans la circulation lymphatique et sanguine de tout le corp^, et que la vérole a passé dans le sang, que Tinfection de l'économie est complète, avant que le chancre n'ait apparu.

A un moment donné, plusieurs semaines après le contact impur, le chancre paraît au point qui a été touché, mais, dit-on, depuis le premier jour l'individu était fatalement infecté par la syphilis. M. Cusco a même été plus loin, et il a soutenu qu'après le contact on pouvait devenir syphilitique par l'absorption du virus, sans qu'il y ait eu de chancre. Nous ne sommes pas de cet avis, et nous croyons que si, dans un assez grand nombre de cas, surtout chez la femme, on n'a pas vu le chancre initial, c'est qu'il était indolore, petit, placé dans un point inaccessible à la vue ; c'est, en un mot, qu'il a passé inaperçu.

Les auteurs qui soutiennent que le virus a été absorbé et qu'il a infecté toute l'économie avant l'apparition du chancre, peuvent s'appuyer, pour justifier leur opinion, sur \e^ expériences physiologiques faites par Renault, d'Alforl, sur la morve, en 1848. Renault inocula la morve à treize chevaux : chez tous la piqûre fut cautérisée au fer rouge à des époques de plus en plus rapprochées du moment de rinoculation, de vingt-quatre heures à une heure après l'inoculation. Tous devinrent morveux (Aimé Martin et Belhomme, Traité de la syphilis^ 2* édition, 1876, p. 51).

Ces expériences peuvent-elles être appliquées au virus syphilitique ? Il serait téméraire de conclure de ce qui se

Googk

PÉRIODE d'incubation DB U SYPHILIS 15

passe dans la morve à ce qui doit être dans la syphilis : pour celle-ci on n'a rien fait de semblable.

A Texpérience de Renault qui a trait àlamonre^on paît répondre par une expérience de Conheim relative à la tu* bercnlose. Gonbeim instille dans l'œil d'on lapin une gouttelette liquide provenant d'un tubercule. 11 la place dans la chambre claire^ derrière la cornée transparente, de manière à suivre jour par jour ce qui se passe. Or, la partie inoculée reste absolument sans variation pendant une hui* laine de jours, mais vers le huitième jour et tout à coup, on observe une congestion et une poussée, une formation nouvelle de tissu analogue au tubercule dans l'iris et dans les membranes de Toeil. Dans ce cas la période d'incaba^ tion a été une période de sommeil du virus : au bout d'une semaine seulement les parties voisines de la substance inoculée ont réagi et ont reproduit un tissu semblable à celle-ci. Ce premier phénomène est suivi plus tard par une formation de tubercules dans les poumons et dans les autres organes.

Pendant la période d'incubation de la syphilis, le viruft reste-t-il localisé comme dans l'expérience de Conheim, et par conséquent sans danger au point de vue de llnfectioB générale comme cela a lien pour le tubercule?

Nous ne le savons pas d'une façon directe et absolue, mais sans être aflirmatif sur ce point, nous pouvons pensera titre d'hypothèse, que le virus syphilitique, Inséré dans un point de la peau, reste là un certain temps sans autre action que de modifler de proche en prodie les cellules qui sont en relation de voisinage avec lui et de les préparer lentement à Thyperplasie qui constituera bientôt le chancre.

Le chancre apparaît toujours, en effet, au point primi-

Googk

tivement contaminé. Si Ton suppose que le virus syphilitique soit tout d'abord porté partout dans l'économie, il est difficile d'admettre qu'il n'y ait pas pendant un ou deux niois d'accidents ailleurs que dans le point d'entrée de la syphilis. Le chancre, l'accident primitif se montre constamment dans la partie touchée, jamais ailleurs; de plus^ et consécutivement, un ganglion se tuméfie après son apparition, puis plusieurs ganglions et ces glandes arrêtent pendant un certain temps, comme on le sait, la diffusion^ la généralisation des produits morbides et des tumeurs.

Cette conception de l'inocuilé du virus au début de la contamination est, comme vous le comprenez de suite, trèsimportante au point de vue pratique : il en découlerait que la destruction du chancre au moment de son apparition supprimerait la syphilis. Ribes en 1820, Ricord en 1845 ont soutenu avec une grande énergie que la cautérisation ou l'excision des chancres pratiquées assez tôt arrêtaient complètement les accidents ultérieurs.

Mais à l'époque où Ricord était partisan de la cautérisation du chancre, il confondait le chancre mou avec le chancre infectant et on peut penser que ses succès se rapportaient uniquement à des chancres mous.

Depuis MM. Auspitz et Paul Unnaont pratiqué une série d'excisions du chancre.

Sur 33 cas, dont il faut retrancher dix faits en raison de circonstances spéciales, c'est-à-dire sur vingt-trois, quatorze malades n'ont présenté aucun signe d'infection générale pendant un examen suffisamment prolongé. Les neuf autres malades ont été atteints de syphilis constitutionnelle.

Lori^qu'il ne survenait pas d'induration après Texcision, Im malades u'avaient pas d'accidents secondaires. Ceux-ci

Googk

PÉRIODE d'incubation hEUt STPtSUS Vt .

ont pu ne pas paraître dans des cas d'exctsiM du chancre» bien que les ganglions de Faine fussent déî& toméfiés. De pins, les accidents secondaires ont paru retardés, diez les sujets soumis à Texcision de Taccident primitif.

Aussi HM. Âuspitz et Unna (1) conseillent-ils Texcision du chancre lorsque Tinduration existe depuis peu de temps^ lorsqu'elle n*est pas accompagnée d'une tuméfaction indolente des ganglions inguinaux et lorsque le siège du chancre rend l'opération facile.

Ces résultats de l'excision du chancre induré doivent être notés et enregistrés avec soin : ils appuient l'opinion que la syphilis n'est pas d'emblée généralisée à toute l'économie ayant toute manifestation apparente. Cependant si cette théorie me parait le mieux concorder avec les faits^ nous ne pouvons pas, dans l'état actuel de la science^ la regarder comme certaine.

Dans notre prochaine leçon nous étudierons l'anatomie pathologique du chancre.

BIBUOGRAPmB. — TRAITÉS GÉNÉRAUX SUR LA STPmUS.

Jolm Hunter. — A treatise on ihe venereal disetse. London 1S76. An* noté par BaLiogton et traduit en français par Richelot avec not^ par Ph. Ricord, dans la collection des œavres complètes. Paris, 1839.

Ph. Ricord. — Traité des maladies vénériennes, recherches critiques et expérimentales sur Tinoculation. Paris, 1838. — Lettres sur la syphilis. Paris, 1856. 2^ édition. — Clinique iconographique de lliôpital des Yéné« riens, in-folio. Paris, 1851.

Casenave. — Annales des maladies de la peau et de la syphilis. Paris, 1844-1851

(1) ZoTt Pathologie der syphilitischen MMlial-Sclerose — in Tierteljahresschrift fiir Dermatologie und Syphilis, 1877. Wien.

CORIOL. ^

Googk

18 PATROIOGIE GÉNÉRAÉÂ DE là STPHIUS

Mâi0Oini6Qyé o( MonlÉBlof • ^^ Ttéiw pfétKpié des iMli08B yêËétwoiiès» ParM,1853.

l)idaj. — Exposition critique et pratique des nouvelles doctrines sur la sypIdEs. PtttiB, 1SS8. — Histoire diturdls de la sjpbilis. Parts, 1863.

Vidal de Cassis. — Traité des maladies vénériennes. Paris, 2® édition, 1855.

RoUet. — Redkercltes diniqcres et expérimentales sur la syphifis. Paris, 18«1.

I^elchior Robert. — Nouveau traité des maladies ténériennes, 2® édition. Paris, tast.

Alpb. Guérin. — Maladies des organes génitaux de la feosme, Paris, 1864.

L. Belhomme et Aimé MatlTn. — Traité pratique et élémentaire de pathologie syphilitique et vénérienne, 2® édition. Paris, 187ft.

Bavasse. — La syphilis, ses formes, son unité. Paris, 18C5.

Ph. R cord. — Leçons sur le chancre, publiées par AU. Foumier, 2* édition 1860.

Cuscc.f — - Leçons cliniques sur la syphilis* — Oatttte des ItApiiaux, 1862.

B. Laoglebert. — Traité théorique et pratique des maladies vénénmaes, Paris, 1864.

CuUerier. — Précis icooographique des maladies vénériennes.

Yirchow. — La syphilis constiiuiionnelle, traduit en français par J.*P. VU card, 1860. — Pathologie des tumeurs, traduit en français par P. Aronssohn.

Basaereau.— Traité des maladies de la peao symptomatiques de la syphilis. Paris, 1852.

Després. — Traité thérapeutique et pratique de la S3rpbilis. Paris, 1872.

Lancereaux. — Traité historique et pratique de la syphilis. Paris, 1873, f^ édition, in-8®.

A. Foumier. — ^ Leçons sur la syphilis étudiée plus particulièrement chez la femme. Paris, 1873. — > Leçons sur la syphilis tertiaire, 1879.

Googk

Page 1