‹ Leçons sur la syphilis, faites à l'Hôpital de LourcineChapitre 18 sur 148 · ALTÉRATIONS DES COUCHES ÉPIDERMIQUES · texte numérisé non relu

ALTÉRATIONS DES COUCHES ÉPIDERMIQUES

j'ai représenté^ dans la figure 4 de la planché 11^ à tin grossissement de ISO diamètres^ une section de la comche cornée et du corps nraqueux de Malpighi an Toistnage de la sortie d*un poil à la surface d*un chancre induré. Les( cellules de la surface se soulèvent et se desquamment en a; elles forment en h une couche compacte au-dessous de laquelle on observe une grande quantité de cellules cornées creuses, c, et de grandes cavités, d. remplies de globules de pus. Le réseau des travées qui séparent ces cavités est formé lui-même par des cellules cornées et par les parois de cellules creuses ouvertes les unes dans les autres. Ld couche cornée s'arrête en m. Au-dessous d'elle la couche granuleuse présente quelques cellules où Ton observe une cavité autour du noyau comme en p. Le corps muqueux de Halpighi qui est là extrêmement épais montre aussi des cellules creuses, r, et des cavités pleines de pus^ n. A la surface de la couche cornée^ on voit en s des noyaux et des cellules atrophiées entourées d'un réseau fin de fibrilles et de granulations. Dans d'autres parties de la surface du chancre^ on observe des couches en nappes de globules de pus dissociant et séparant les couches de répiderme corné, ainsi que cela est représenté dans la figure 3 de la planche L

D'après ce qui précède, vous voyez, Messieurs, que la couche superficielle et que la couche intermédiaire de Tépiderme cutané, sont, au niveau du chancre, le siège d'une véritable infiltration de cellules Iympha> 'ques. H peut y en avoir aussi dans le corps muqueux de Malpighi, mais on observe rarement dans cette partie les cellules creuses et les nids de globules de pus qui sont au contraire très-flrôquenunent observés dans les couches superficielles.

Ce mode inflammatoire des cellules épidermiques if est

Googk

pas spécial an chancre; les plaques maqneuses^ les végétalioDS et les syphilides calanées montrent habituellement la même lésion lorsqu'elles sont suintantes, humides à leur surface^ lorsqu'elles sont érosives ou squameuses.

Des lésions analogues s'observent aussi dans toutes les inflammations de la peau. On les trouve notamment au niveau des tumeurs qui^ compromettant le derme, déterminent une irritation de toute la surface cutanée. Nous reviendrons plus tard sur ces lésions à propos des plaques muqueuses et des syphilides afin d'expliquer par elles le processus des desquammations et des érosions superficielles ou de la suppuration croûteuse sans qu'il y ait de perte de substance notable des couches épidermiques. Mais pour le moment nous devons nous demander comment il se fait que des globules de pus se rencontrent dans Tépiderme. Nous nous trouvons en face de deux hypothèses : (Â) Les globules de pus viennent par diapédëse des vaisseaux des papilles^ ils cheminent entre les cellules du corps muqueux de Malpighi et viennent se réunir en petits groupes OQ petites collections dans l'une ou l'autre des couches épidermiques. Beaucoup d'anatomo-pathologistes^ en effet; pensent qu'il en est ainsi dans les inflammations superficielles des muqueuses^ et MM. Âuspitz et Unna qui ont décrit ces petites agglomérations de pus dans les couches épidermiques, au niveau du chancre, n'hésitent pas à croire que les cellules viennent des vaisseaux papillaires en écartant les cellules épithéliales et en se frayant un chemin et une place entre elles. Pour ces auteurs, les parois des cavités contenant du pus sont formées sûnplement de cellules épidermiques refoulées et aplaties par compression.

ALTERATION^ DE l'ÉPIDERHÊ 33

Cette manière de voir peut s'appuyer aussi sur ce qu'il se fait parfois^ ainsi que Ordônez l'a constaté dans le chancre induré^ un petit épancbement de sang entre les papilles et le corps muqueux de Malpighi. Il pourrait y avoir aussi, par la même raison, épancbement de globules blancs qui chemineraient ensuite vers Textérieur.

Mais, d'un autre côté, il est un fait constant dans nos préparations, c'est que la coucbe cornée est le siège habituel du pus ; qu'il y a là une grande quantité de cellules creuses et de cavités contenant du pus, tandis qu'il y en a moins et plus rarement dans le corps muqueux, en sorte qu'il semble naturel de penser que ces globules se forment dans la couche intermédiaire ou granuleuse et dans la partie profonde de la couche cornée. On peut dire, il est vrai, que les cellules lymphatiques sorties des vaisseaux, après avoir progressé facilement dans le corps muqueux dont les cellules sont molles, ou après avoir suivi simplement la poussée vers la surface cutanée en même temps que les cellules du corps muqueux, viendraient s'accumuler dans la couche cornée dont la résistance est plus grande. Les globules de pus seraient arrêtés sous Tépiderme et ne le traverseraient que difficilement.

Mais nous devrions, en tout état de cause, trouver un nombre très-notable de cellules lymphatiques entre les cellules du corps muqueux et c'est précisément ce qui n'a pas lieu. De plus, lorsqu'il existe des petites cavités pleines de pus, on trouve toujours à côté d'elles des cellules épidermiques creuses, en sorte que ces deux lésions nous paraissent les deux phases d'un même processus.

Aussi, avons-nous une grande tendance à admettre la seconde hypothèse (B), que des cellules de pus se forment dans les cellules épidermiques creuses par la division du

CORKIL. 3

Googk

^ DESCRIPTION ANATOM1QU0 DU CHANGRK INFECTANT

noyau préi»]|ii^tapt et par noa féaeration eodogËnei Im ffia- \èrmi à9 puirition Tenus dU plasma sauguiti par imbil)Hioo déterfuineraieut ya& nutrillQU aiagéréâ du no^ab qui se diviserait ; chaque division s'entourerait d'une petite quantité de subetan^îe protoplasmique dont les ma« tériaux sont également fournis par le plasma sanguin.

Nous avops représenté ce processus dans la Qg. 3 de la planche 11^ qui est d|3ssiuée trës^exactemeut sur une pré-^ paratipn de plaque muqueuse de l'amygdale» La section mince de la couche superficielle de Tépilhéhum montre des cellules qui sont tputes creusées d'une caviié; les udes^ a> sont yides ; d'autres, b^ possèdent un noyau rond ; en c, une caviié plus grande contient plusieurs cellules globuleuses qui ne sont autres que des globules de pus» La substance intermédiaire aux cavités est formée par le protoplasma solide des cellules et on voit même elitre elles leurs crénelures et la substance qui les ut)it«

Sans vouloir nier que les globules blancs» sortis des ?aisseau$) ne puissent pénétrer par effraction dans les couches de Tépiderme et se réunir en agglomérations dans l'épiderme cornée nous croyons que la génération endogène n'en joue pas moms un grand rôle dans les phénomènes que nous venons d'analyser.

Je vous 9i dit d^à qu'au niveau des bords du chancre et même spr sa surface dans un grand nombre de ëas^ la couche de Malpighi était conservée et accrue eu épais^ seur.

M. Ordônez» observateur très-conscleuGîeux, enlevé prématurément à la science, avait parfaitement constaté ce fait de la conservatiop de l'épiderme et de l'épaississemeut du corps muqueux sur le cbapçre. (Note communiquée &

Googk

LESIONS DV TISSU GONJONCTIF 35

MM. Martin et Belhomme et iosérée daûs lenr traité ûè la sjrpbilis.) Ordôoez disait que les cellules du corps mu-^ queux envoient des prolongements qui pénètrent entre les papilles. MM* Auspite et Uuna insistent aussi sur cette néorormation des cellules du corps muqueux de Malpigfai et sur les expansions qui en partent en pénétrant profondément dans le corps papillaire. Il serait plus juste de dire, croyons-nous, que ce sont les papilles du derme, constituées dans le chancre par un tissu embryonnaire, înQlir^ de jeunes cellules, qui bourgeonnent et s'allon^ gent en même temps qu'elles se tuméfient par Tinflamma'tion productive de leur tissu. De cette tuméfaction et de cette hypertrophie il résulte que les cellules du corps mu«queux forment» entre les papilles primitivement allongées, des travées plus profondes qu'à Tétat normal.

Lorsque les couches superficielles de Tcpiderme corné sont détachées et détruites, dans ce qu'on appelle l'érosion du chancre* le corps muqueux est seul conservé à la sur^ lace centrale du bouton cbancreux ; les cellules du corps muqueux peuvent elles-mêmes être désintégrées^en grande partie» ou en totalité» lia couche muqueuse est alors rem** placée par des cellules lymphatiques ou globules de pus et par la fausse membrane dont nous avons indiqué les ca* raclères. Sur une coupe mince perpendiculaire à sa suriace^ obtenue après durcisi^emcnt, cette membrane montre une substance homogène finement grenue, séparant des cellules lymphatiques. Ou trouve presque toujours des lames de cellules cornées ou de cellules du corps muqueux dans cet:e pseudo-membrane ou à sa surface.

LÉSIONS DU TISSU coNJONctiP. — NoUs ârrivonâ maintenant. Messieurs, ûux lésions du tissu conjonctif dermo-

Googk

papillaire, c'est-à-dire à ce qu'il y a de plus important dans le chancre, car ce tissu parait atteint dès le début; le plus souvent, en effet, il existe tout d'abord une papule, c'est-à-dire une élevure provenant d'un épaississement du corps papillaire.

Il y a une vingtaine d'années, M. le professeur Charles Robin, après avoir examiné des chancres indurés, donnait, sur le résultat de ses recherches, une note à l'Académie des sciences d'après laquelle l'induration était formée presque en entier d'éléments fibro-plastiques (1), et plus tard une note plus détaillée insérée dans les leçons de M. Ricord sur le chancre (2). D'après M. Robin, le tissu induré est formé d'une trame de fibres de tissu cellulaire et de fibres élastiques entre lesquelles se trouve une matière amorphe, des cellules et noyaux fibro-plastiques et des cytoblastions. Je vous dirai bientôt la valeur de ces dénominations. Quelque temps après, M. Virchow, publiait dans divers mémoires (3) et dans son livre sur la syphilis constitutionnelle (4) une description du chancre qu'il considérait comme une hyperplasie du tissu cellulaire et qu'il assimilait^ au point de vue de son anatomie, aux gommes de la période tertiaire. Dans ce livre, M. Virchow donnait, comme vous le savez, une description anatomique des gommes et de la syphilis viscérale qui a été le point de départ et la base de tous les travaux publiés depuis sur ce sujet.

(1; Mémoire présenté à rAcadémie des sciences, séance du 2 novembre I8ia (2j Leçons sur le chancre, recueillies et publiées par A. Fournier,

(3) Virchow. — Taghlatt der Naturforscher-Versammlung, Tubingen. 853, n» 6, p. 63. — Virchow's Archiv., t. XV. p. 326.

(4) La syphilu constitutionnelle, traduction de P. Picard , Paris

Googk

Page 1