LEÇON DU 27 MARS IS^S
Syphilis hérbditairb tardive .
Messieurs,
Je vous entretiendrai aujoard'hui d*un fait attristant qui t M pDflP moi et qui peut être pour tous les médecins d'un grand «ih sei^nement. Ceux d*entre vous qui assistent régdUèrèinêiit t la visite des malades peuvent se rappeler quelles ont Até mes in^A* Gisions persistantes en présence de ce jeune honune qui était couché au n* 9 de la salle Saint-Jean de Dieu. Sans pouvoir formuler un diagnostic précis, nous avons successivement aduiis comme probables, tantôt la fièvre typhoïde, tantôt la méningite tuberculeuse, tantôt la maladie de Bright avec ses complications orémiques, et chaque fois que nous nous sentions entraînés vers Fun de ces diagnostics, Tanalyse symptomatique nous empêchait
SYPHILIS Q^RÉDITAIRE TARDIVB HS
de Tftdopler formellemenl, el \$ malade est mert avant que le diagsostio (Ùi oonfirmé ; Taulepaie seule a révélé la nature de la maladie.
Ce qu1l y a de plus Irisle dans oette îneerlilude* ou mieux dans eette ignorance^ c/est que si le mal avait été recoanui il eût vraisemblablement pu être guéri, ie ne mets, dans eette eonfession, ni humilité ni effronterie. Si je regrette cette erreur^ je ne crois pas avoir à en rougir, ie ci*ois être resté fidèle au devoir du médecin qui est d'appliquer son attention et son intelligenee à faire bénéficier le malade des avantages qui peuvent résulter pour lui de la science telle qu'elle eiiste au moment où il réclame nos soins.
Dans l'état actuel de la science, je ne pouvais pas faire autre cbose que ce que j ai fait. Mais cette observation porte avec elle ses enseignements i elle me paraît capable de modifier la science» Dans un cas semblable, il pourrait m'arriver encore de me trom^ per ; mais je n'aurais plus les mêmes excuses.
C'était un jeune bommé de 18 ans ; il était ouVrifer c^iapelier ; son apparence chétive s'expliquait Suffisamment par les misères de son enfance^ il était enfant trouvé. Lers de son entrée, Ip M décembre 187S, il ressentait, depuis une bilitaine de jours, du malaise, de la courbature avec céphalalgie et anorexie ) nous pûmes constater dé plus un aspect typhoïde. Le ventre n'était ni ballonné ni rétracté i il n'y avait ni constipation ni diarrhée ) la langue était blanche, saburrale , il n'y avait pas de taches^ pas d'épistaxis \ une toux légère, qui datait déjà de quelque temps, provoquait une rare expectoration muqueuse i rauseultation ne révélait rien de particulier ; le pouls, peu fréquent, battait 10 fois à la minate, la température rectale était de W" 5; Notre première impression avait été qu'il s'agissait là d'un cas de fièvre typhoïde an huitième jour de la maladie; l'absence de taches, de ballonne^ ment, de diarrhée, de râles sibilants ne pouvait infirmer ce diag* Boslic ; mais l'état fébrile nous paraissait trop modéré, aussi peuvea^vous vous rappeler que j'ai disou té devant vous plusieurs autres hypothèses : la synoque que j'ai rejetée en raison de la température trop basse i l'embarras gastrique fébrile qUe j'ai déclaré possible malgré l'état typhoïde i l'angine latente que Tinspeetion de la gorge a bien vite fait repousser, quelque phlegmasie eaohée im l'examen attentif du thorax et de l'abdomen ne parvint pas à révéler.
Cependant, malgré les résultats liégatifs de l'ausculUtien, ei va l'apparence ohétive du malade et la toux déjà ancienne, je fis dès
Googk
le premier jour une réserve en faveur d'une phlhisie pulmonaire au début avec complication d'embarras gastrique fébrile, on en faveur d'une tuberculisalion générale aiguë à forme typhoïde insidieuse. Enfin, pour que rien ne fût livré au hasard, les veines furent examinées, elles étaient normales. Le diagnostic rigoureux semblait donc impossible le premier jour; mais qu*il s'agit d'un typhus ou d'une tuberculose, une indication dominante nous semblait être fournie par l'état de la langue : je prescrivis une dose d'ipécacuanba. Le lendemain, il y avait une amélioration sensible, la température descendait au-dessous de 38o. Sans doute les vomisscmcnis peuvent abaisser la température, cependant la fièvre typhoïde nous paraissait plus improbable. Nous nous bornons à l'expectation, ou prescrit la limonade et des potages ; l'amélioration continue, l'état typhoïde se dissipe, l'appétit renait, la langue redevient nette, la température rectale oscille enu*e ^1^ 2 et 37* 8. Au bout de quelques jours, le malade demande à aller en convalescence à Yincennes et je signe Vexeat.
Le jour fixé pour le départ, le malade est pris subitement de fièvre avec prostration. La céphalalgie reparaît, le pouls est fréquent, la température rectale dépasse 39^. Nous cherchons vainement quelque affection intercuri*ente et nos perplexités renaissent. Ce n'était pas une récidive de fièvre typhoïde, car la première maladie n'était pas une fièvre typhoïde, on eut pu, tout au plus, la qualifier de typhus abortif. Or, ce n'est pas habituellement à la suite de cette forme atténuée dq typhus abdominal que surviennent les récidives. Nous n'avions pas à faire davantage à tme variété des autres affections typhoïdes ; ce n'était pas la fièvre à rechute : car la première attaque avait eu trop peu d'intensité. Rien ne nous portait à penser que nous étions en présence des phénomènes d'invasion d'une fièvre éruptive, et i'évé* nement d'ailleurs devait démontrer bientôt que cela n'était pas. En tout cas, il ne pouvait plus être question ni de synoque ni d'embarras gastrique. Nous nous trouvions ainsi rejetés vers l'an des diagnostics qui avaient été agités en premier lieu, celui de tuberculisation générale aiguë. Nous avions, en effet, une reproduction suffisamment exacte de cette maladie dont le tableau symptomatique a été tracé, puis complété par Louis, Carswell, Andral, Waller, GuU , Fournet, Rilliet et Barthez , Lendet , Clemens, Stockes, Gosset, Trousseau, Charcol, fiouchut, Wunderlich, Colin, Empis , Hérard et Comil. Vous remarquerez peut-être comme moi, que cette longue série de noms français est coupée seulement par quatre noms anglais et trois noms allemands. Nous