‹ Leçons sur la syphilis, faites à l'Hôpital de LourcineChapitre 94 sur 148 · SYPHILIS HÉRÉDITAIRE TARDIVE · texte numérisé non relu

SYPHILIS HÉRÉDITAIRE TARDIVE

pouvions retrouver chez notre malade la période prodromique de la tubercuUsatîon générale aiguë, de ce que M. fiouchut appelle la période de germination, l'apathie, la tristesse, l'inaptitude intellectuelle, les rêvasseries, l'anorexie, la langue blanche, la fièvre légère. Il se trouvait cependant que, entre la maladie confirmée et la période prodromique, il y avait eu un temps d arrêt ou au moins de répit et je dus reconnaître que c'était là une chose insolite. Je puis dire plus, la maladie n'a jamais été confirmée. Quels sont, en effet, les symptôuies habituels de la tuberculisation générale aiguë si on les dégage des signes qui appartiennent aux diverses complications organiques? Ce sont l'état typhoïde, le subdelirium, la dépression des forces, les fuligiuosités, la fièvre continue, rémittente, irrégulière, souvent la tache méningitique qu'a signalée Trousseau, quelquefois le gonflement de la rate qu'ont noté Louis, Waller, Bmpis, queli|uefois aussi le purpura signalé par Wuller, Charcot, Leudet, et dont j'ai vu deux exemples, quelquefois encore les taches rosées indiquées par Leudet et par Gosset. Chez notre malade, nous avons constaté l'état typhoïde, le subdelirium, la dépression des forces, la langue sèche fuligineuse ; nous avons constaté aussi la tache méningitique; la fièvre a rarement dépassé 39^ et elle a été trèsirrégulière.

Mais la maladie, au lieu de s'acheminer rapidement vers une terminaison fatale, présenta de nouveau une période de répit. Aux accidents violents qui avaient marqué le début de la rechute succéda bientôt un apaisement graduel pendant lequel le malade resta languissant sans recouvrer l'appétit et sans reprendre d'embonpoint.

Après quelques semaines de rémission , alors que nous ne parvenions pas à comprendre cette amélioration mieux que nous n'avions pu interpréter les phases ascendantes du mal, la toux jusqu'alors insignifiante, s'exagère. L'expectoration plus abondante devient bientôt striée de sang, puis purulente ; des râles muqueux à bulles moyennes se font entendre dans les deux poumons, surtout dans les sommets ; la respiration devient un peu rude au sommet gauche et s'accompagne d'un léger degré de broncbophonie ; enfin, les urines qui étaient normales au début contiennent maintenant de l'albumine.

Pour un instant, il nous sembla qu'il n'y avait plus de doute. Nous pensâmes qu'une tuberculisation générale aiguë, après une première période de répit, avait eu un retour aigu, puis après une seconde période de répit passait à l'état chronique. Nous pensâmes que, pendant les phases actives de la maladie, des gra-

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nulations avaient été déposées surtout ou oxclusivemont dans les poumons et qu*une phthisie plus lente succédait à la tubtMHiulosé typhoïde* A partir de ce moment, en effet, les choses se passent régulièrement el semblent confirmer ce diagnostic; l'amaigrissement et la faiblesse augmentent ; la diarrhée survient de temps à autre ; l'albuminurie s'accentue ; la toux est plus fréquente, l'expectoration plus abondante ; les rftles mnqueax sont plus gros, plus nombreux, sans que toutefois on constate de si* gnes d'excavation.

Ce malade nous ménageait d'autres surprises. Le 42 mars 1973, quatre-vingt-six Jours après le début de la maladie, alors que rien à la visite du matin ne nous ftiisait présager pareil accident, an accès convulsif éclate subitement vers la fin de la Journée. Nous n'avons pas assisté à cette attaque dont la description imparfaite nous a été donnée par un voisin de lit. Le corps était roidi en opisthotonos, des mouvements saccadés entraînaient les bras en arrière ; il n'y eut ni cri, ni ronflement, ni écume à la bouche ; la crise paratt avoir été accompagnée de perte de connaissance : elle avait été précédée de quelques instants par un vomissement alimentaire ; elle fût suivie de coma ; le lendemain, nous trouvons le malade dans un état semi--comateux ; nos ethri» pour le tirer de sa torpeur n'obtiennent que des grognements ou de l'agitation ; la langue n'a pas été mordue ; il n'y a pas eu depuis la veille d'autres convulsions et pas de nouveaux vomissements. Le faciès est contracté et présente une ride verticale interseurcillère. L'impression de tous les assistants était qu'il s'agissait là d'accidents méningitiques et que, vu les oommémoratif^ et l'état actuel des poumons, nous étions en présence d'une méningite tuberculeuse. Ce diagnostic avait quelque vraisemblance ; toutefois, ce début subit, inopiné, sans accidents prémonitoires, cette convulsion unique suivie d'un coma aussi prolongé, tou cela me paraissait bien étrange ; les pupilles étaient modérément, contractées ; il n'y avait ni paralysie localisée, ni contracture, ni strabisme ; les vomissements n'avaient pas reparu ; il n'y avait pas de contracture des sphincters ; le pouls était assez fréquent. Pour ces motifs, je vous fis remarquer que si l'on voulait flaire des suppositions, il en était une que l'on ne pouvait se dispenser de discuter, c'était celle de l'urémie convulsive et comateuse : car, si nous pensions que cet homme était tuberculeux, nous savions quil était albuminurique. Je vous fis observer, toutefois, que le malade n'avait jamais eu d'anasarque, que l'urémie est rare chez les phthtniqnes, que l'aspect de souffrance que nous

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