‹ Leçons sur la syphilisChapitre 16 sur 17 · M. DEVERGIE · texte numérisé non relu

M. DEVERGIE

Séance du 19 Mai 1863

iSypIiills tabcrcnlense généralisée cliez nn enfant cic 15 ans, avec des prcsemptious d'infection par la vaccine, inoculée bras à liras à l'iiôpital l§te- Cugénic.

Voici un résumé sommaire de l'observation :

S... (Désiré-Alfred), 15 ans, ébéniste, entre le 11 mars 1863 à l'hôpilal Saint-Louis.

Père mort d'une blessure; mère très-bien portante. Sept mois auparavant, le malade avait été reçu dans le service de M. Harlhez, à l'hôpital Sainte-Eugénie, pour une pleurésie. 11 élail sorli guéri au bout de vingt-trois jours, pour se rendre à la Maison de convalescence. Huit ou dix jours après son entrée à Sainte-Eugénie, on lui inoculait, par deux piqûres, du vaccin pris sur le bras d'un enfant à la mamelle. Un certain nombre d'enfants fut vacciné le même jour avec le vaccin de la même provenance.

La lancette dont s'était servi M. Frilz, interne du service, pour pratiquer l'inoculation, était exclusivement affectée à cet usage. Trois jours après, une petite croûte brune se forme sur les piqûres. La croûte s'élargit, la peau devient un peu rouge, mais l'enfant ne s'en préoccupe nullemenl et ne fait pas examiner son bras avant la sortie de l'hôpital, ni pendant son séjour à la Maison de convalescence ; et cependant, durant ce temps, non seulement la rougeur primitive avait persisté, mais elle s'étail ét(Midue sans que rcufanl en éprouvât d'ailleurs de l'incommodité.

Cinq ou six semaines après, éruption de boulons au bras et

INOCULÉE PAR LA VACCINE H5 aux cuisses. Épaississeraent de la peau au niveau de la plaque colorée du bras. Deux nouvelles poussées de boutons plus étendues que la première; enrouement vers le troisième mois; douleurs ostôocopes et rhumatoïdes.

A l'entrée du malade à Saint-Louis, le H mars dernier, éruption papuleuse ou tuberculeuse généralisée ; impétigo do forme elliptique de la lèvre supérieure ; trois tubercules assez récents et indurés sur le prépuce; quelques ganglions au pli de l'aine, à gauche; au voisinage des piqûres, au bras droil, existe une surface arrondie où la peau est épaissie, dure, inégale, d'un rouge sombre; ganglions de l'aisselle, volumineux et indurés à droite seulement. L'anus est parfaitement sain, et ne présente aucun des signes caractéristiques de la pédérastie.

Traitement antisyphilitique (iodure de potassium, pilules de Dupuytren).

Après six semaines de traitement, l'impétigo des lèvres est guéri, tous les tubercules sont réduits à une tache rouge som bre; la peau, au niveau de la plaque vaccinale, est souple, un peu décolorée à sa circonférence, et revenue à son épaisseur. L'enrouement a disparu, la santé générale est excellente.

Le diagnostic de la maladie, ajoute M. Devergie, n'a jamais été douteux un seul instant. Aujourd'hui que les symptômes sont notablement atténues, ils n'ont cependant pas encore soulevé la moindre incertitude de la part des membres de l'Académie auxquels l'enfant a été montré. Quel est le point de départ des accidents? là est la difficulté. Nous n'avons pas le certificat d'origine; peut-être pourrons-nous l'obtenir, car j'ai donné connaissance du fait à M. Husson, directeur de l'Assistance publique.

Ou n'a trouvé aucune trace de chancre sur la verge, et l'évolution de tous les accidents syphilitiques s'est faite dans 1 ordre habituel, à partir de Hnoculation vaccinale.

M. Ricord: Je réclame l'indulgence de l'Académie pour une réponse improvisée.

116 s \'PIIIL1S TUBERCULEUSE

Messieurs, j'ai d'abord repoussé ce mode de (ransinission do la vérole par la vaccination . l.es faits se reproduisant et paraissant do plus en plus coufirinaiifs, j'ai accepté la possibilité de ce naode de transmission, je dois le dire, avec réserve ; si vous le voulez, avec répugnance. Mais, aujourd'hui, je n'hésite plus à proclamer leur réalité. Durant ma longue carrière, je n'en avais pas vu.

Les personnes chargées du service de la vaccine, n'en avaient pas vu non plus.

Les réserves étaient naturelles.

DernicremenI, dans le service de M. Trousseau, il y a eu un fait de ce genre, à propos duquel j'ai fait des leçons qui ont été publiées.

Ce fait était identique à celui dont vient de parler M. Devcrgie. On pourrait changer les noms, l'observation resterait la même.

On a d'abord opposé à ces faits que les enfants contaminés pouvaient être sous l'influence d'une vérole constitutionnelle, mais, jamais, chez un sujet sj'phililique, une plaie, une blessure, une piqûre, une solution de continuité quelconque, ne revêt le caractère du chancre, quand on n'inocule pas directement du pus cliancreux sur celle solution de continuité.

On a dit encore que, après la vaccination, la contamination directe peut êlre admise. Mais ce n'est pas probable, surtout dans les faits de M. Tiousseau et de M. Devergie. Je ne répéterai pas ici les raisons sur lesquelles je me fondais pour repousser, moi aussi, celle transmission, j'étais convaincu de sa non réalité; j'ai combattu énergiquement contre elle, et, — pour le dire on passant, je ne conçois la résistance énergique que lorsqu'elle est déterminée par des convictions profondes- — J'ai repoussé le fait de M. Waller, qui semblait démontrer la transmission de la vérole par le sang inoculé, parce que, dans ce fait, il s'était produit une chose absolument anormale. En même temps qu'un accident primitif se développait à la cuisse, sous la charpie imbibée de sang, un tubercule également S)j)hililique, mais appartenant aux accidents secon-

INOCULÉE PAR LA VACCINE 117 daires, se développait au niveau d'une des omoplates. Les deux manifcstalious, l'une primitive, l'aulre secondaire, partaient ensemble, pour évoluer simultanément. Or, c'est là, Messieurs, un phénomène tellement extraordinaire qu'il m'avait mis en déBance, et je pense encore qu'on ne doit pas accepter, à cause de cela, l'observation à laquelle je fais allusion.

Maintenant, Messieurs, étant admise la réalité de cette transmission, permettez-moi de me demander, de vous demander quelles sont les conditions à Taide desquelles on peut se piémunir contre le danger de transmettre, par la vaccinatiou, la vérole à un enfant sain ?

L'enfant sur lequel on prend du vaccin peut avoir toutes les apparences de la plus belle santé, et cependant avoir aussi la vérole constitutionnelle à l'état d'incubation. Il en est de même des parents, des parents légaux tout au moins, car, Messieurs, en syphilograpbie, le vieil adage de droit peut subir la variante que voici : Is pater est quem morbus demonstrat, 11 peut y avoir un tiers caché, et les parents qu'on voit ne sont pas une garantie toujours suffisante.

Au beut de combien de temps peut-on pratiquer sans risques la vaccination? il n'est pas possible de le dire. Pendant les six premiers mois, on peut toujours s'attendre à voir apparaître la vérole ; c'est la règle; non qu'elle ne se montre jamais tout de suite; mais, dans le plus grand nombre des cas, il se passe cinq ou six mois avant les premières manifestalions. Il n'y a donc aucune sécurité avant le sixième mois.

Maintenant, il serait important de savoir d'où vient précisément le danger? du vaccin pur, du pus vaccinal, ou du sang. C'est une question extrêmement grave. Malgré mes réserves de tout à l'heure contre l'observation de M. Waller, je dois reconuiiîlre que les faits observés en dernier lieu paraissent démontrer que le sang des syphilitiques peut ê're inoculé.

En résumé, aucune précaution ne peut mettre sûrement un médecin à l'abri du danger de transmettre la syphilis en vaccinant.

Il y a là, je le crains, de quoi donner une grande force aux

préventions, déjà si no-iibrcuses, si exploitées, contre la vaccine. Ces considérations me pnraisseni graves, et elles paraîlronl telles, sans doute, à tous les médecins.

M. Gosselin : Je suis disposé à admettre la réalité de la transmission de la syphilis par la vaccination, mais, dans les faits qu'on a présentés à l'appui de cette opinion, il existe des lacunes que je regrette.

Pour le fait de M. Trousseau, auquel M. Ricord vient de faire allusion, pas plus que pour celui dont nous entretient aujourd'hui M. Devergic, nous n'ivons d'observations sérieuses. Nous ne savons rien des antécédents do l'enfant contaminé ; nous ne savons pas ce qu'il est devenu ; nous ne savons pas non plus si les autres enfants, vaccinés le même jour que lui, ont été infectés comme lui, etc., etc. Cependant, il faudrait que, sur des faits de cet ordre la moindre hésitation ne fût pas possible. Ces faits sont tellement rares que, lorsqu'ils se produisent, et surtout quand ils se produisent entourés de tant d'obscurités, on est tenté do les mettre en doute. Je demanderais donc qu'ils ne fussent pas livrés à la publicité tant que manquent les renseignements que j'appelle.

M. Devergie : Il y avait deux conduites à tenir : ne pas faire connaître ce fait; mais il a, loul incomplet qi^'il est, une certaine valeur, n'étant pas isolé; — ou bien remonter aux sources; mais cola m'était impossible. A l'hôpital Saint-Eugénie, on vaccine un grand nombre d'enfants à la fois; on estampille leurs [tancartes ; on paie les femmes à qui appartiennent ces enfants. Userait donc, à la rigueur, possible de retrouver leurs traces, si l'Administration le voulait. Mais, personnellement, je ne pouvais me mettre à la recherche de tous ces enfants v'accinés. Ils sont de la classe indigente et changent fréquemment de domicile. Les visiteurs de l'Administration, je le répète, pourront retrouver leurs pistes et donner les renscignemenls qui cembicraicnt nécessaires ultérieurement.

M. Depanl : Il y a longtemps que, pour ma part, je suis convaincu de la transmission des accidents secondaires et de la transmission de la syphilis par> la. vaccination. A l'appui de cette manière de voir, il y a des faits plus probants que

INOCULÉE PAR LA VACCINE 119 ceux qu'on a cites dans celle séance. Mais, en gén^'ral, les obscrvcrvatioiis laissent a désirer ; l'extrait de naissance manque pour la plupart, ainsi qu'on Ta dit.

Qu'est devenu l'enfant vaccinifère ? Que sont devenus les autres enfants? Ou n'en sait rien. Il faut des obsservations irréprochables, non pour me convaincre, je le suis, mais pour queje puisse, au besoin, m'appuyer sur elles.

M. Ricord dit qu'il n'y a pas de garantie, et qu'on ne peut savoir d'avance qu'on ne donnera pas la vérole. C'est aller trop loin. Les enfants, conSrairement à l'opinion de M. Ricord, ont la vérole on venant au monde quand leurs parents sont infectés. Mais quand leur mère est bien saine, que l'enfant se porte bien, on peut prendre, sans danger, du vaccin sur cet enfant.

On a dit que ces faits de transmission étaient rares; cela fait l'éloge de M. Bousquet et de moi. Nous ne prenons pas au hasard les enfants qui doivent nous fournir la matière de l'inoculation. Nous les choisissons avec soin. Les accidents seraient certainement plus fréquents si nous agissions autrement.

Mais ces faits ne sont pas aussi rares qu'on le prétend, et que le prétend M. Ricord.

Je tiens à revenir sur une assertion de M. Ricord, que je regarde comme une erreur. Mon confrère professe que l'apparition des premières manifestations de la vérole est tardive chez les nouveau-nés, ou -lu moins que la vérole apparaît très rarement dès les premiers jours. Il assimile le moment de la naissance de l'enfant, pour l'évolution de la syphilis, au moment de la contagion pour l'adulte. Je necomprends pas, cl je ne puis admctire ce rapprochement. En quoi la venue à la lumière de renfaiii resseuible-t~elle à la contamination de l'adulte? L'enfant vil ,léjà depuis neuf mois quand il naît, Cl il peut, par conséquent, avoir été infecté neuf mois avant sa naissance. D'ailleurs, le théâlrc sur lequel M Ricord a observé n'était peut-être pas aussi propice qu'il le croit pour lui permettre d'apprécier ces faits comme il convient. C'est

dans les maisons d'accouchements, dans los services de fem'

mes en couches, qu'il faut èlrc placé pour bien voir ces choses.

M. liicord : Je n'aurais pas été à même, selon M. Depaul, d'observer aussi bien que lui la syphilis chez les nouveau-nés. Il se trompe; pendant bien des années, M. Dubois me faisait appeler à la Clinique toutes les fois qu'il y avait présomption

de vérole, soit chez une femme enceinte, soit chez un nouveau-né.

A l'hôpital du Midi, nous avons eu longtemps un service de femmes en couches.

Et puis, j'ai ma clientèle.

C'est une grande erreur de croire que les enfant syphililiques naissent avec des manifestations immédiates. Je suis, à eal égard, d'un avis absolument contraire à celui de M. Depaul, et je le soutiens avec une énergie de conviction entière. Non, les choses ne se passent pas comme il le dit. Très souvent, je ne dis pas quelquefois, très souvent il s'écoule trois, quatre, cinq ou six mois avant qu'on aperçoive le moindre signe de la vérole.

J'admire la tranquillité de M. Depaul; il voit un enfant nouveau-né ne présentant aucun accident; il demande à la mère si elle n'a rien ; la réponse dans ce cas, de la part de la mère, n'est pas douteuse; et il vaccine. C'est très bien. Mais je ne partage nullement cette manière de faire ni de penser.

Si la transmission de la vérole n'a pas lieu aux vaccinations de l'Académie, cela ne tient pas aux précautions prises par INJM. Bousquet et Depaul, cela prouve simplement que ces faits sont extrêmement rares. Et c'est parce qu'ils sont extrêmement rares que j'ai pu les nier de bonne foi jusqu'à ces derniers temps ; ma bonne foi, dans tout ceci, en effet, est évidente. Tant qu'on ne me présente que des faits douteux, et qui me paraissent contradictoires avec d'autres observations bien faites, je repousse ces faits ; je les repousse énergiquement, c'est mon devoir. Vient-on, par de nouvelles observations, à me démontrer que ces faits sont réels, je les adopte alors, dusssenl-ils renverser toutes mes idées anté-

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