‹ Leçons sur la syphilisChapitre 9 sur 17 · SEPTIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

SEPTIÈME LEÇON

DE l'jROCULATION PRATIQUÉE AVEC LE SAKG DE SYPHILITIQUES.

Dans la dernière leçon, j'ai posé quatre règles extrêraenoenl simples concernant la manière de vacciner, savoir :

i° On doit se servir d'une lancette très propre;

2° Le liquide vaccinal ne doit pas têre pris sur le vaccinifère passé le huitième jour.

5° On doit surtout éviter le mélange de ce liquide avec le sang ou toute sécrétion.

4" Le ûuide vaccinal doit être pris sur un sujet bien portant.

Ces précautions sont d'ailleurs tellement simples qu'elles doivent naturellement venir à l'esprit de tout vaccinateur. La troisième règle présente une importance beaucoup plus grande que les autres eu ce qu'elle a rapport à la transmission de la svphilis — Dans tous les exemples qui nous ont été rapportés d'inoculation simultanée de la vaccine et de la syphilis, un peu de sang ou de fluide sanguin était mélangé avec la lymphe vaccinale. D'après nous, si la troisième règle est observée avec soin, les autres, bien qu'importantes sous d'autres rap ports, offrent peu de valeur au point de vue de la transmission de la syphilis. Il est bien évident que la pure lymphe vaccinale, produira seulement la maladie vaccinale, qu'elle soit prise sur un syphilitique ou sur un malade affecté de la petite vérole.

Pour cette raison, la loi posée par Hunterquc deux actions morbides ne peuvent marcher simultanément dans la môme

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partie du corps cl dans le môme leinps, celle loi, dis-je, semble trouver sa condrmalion. Les exemples rapportés dans le cours actuel uous déinoulrcul d'une manière évidenlc que deux actions morbides peuvent marcber de front lorsqu'elles se passent dans des points très rapprocbés, ou bien qu'elles pcuve:il se succéder l'une à l'autre sur le même endroit. Ainsi a|)rès une double inoculation syphilitique, nous pouvons avoir dans le môme point d'abord un chancre mou, et après la période naturelle d'incubation un chancre induré; ou dans les mêmes circonstances nous pouvons constater que la surface superficielle d'un chancre est aiïcclée d'inOammalion suppuralive, tandis que la couche la plus profonde cSlC le siège d'une inflammation spécifique cl adhésive. Ces deux actions morbides peuvent marcher eu même temps, l'une étant le résultat d'un travail local de suppuration, l'autre de la forme infectante de la s;yphilis. Bien qu'elles se passent en des points si rapprochés que leurs sécrétions peuvent èlre mélangées , cependant il est probable, comme Hunier l'a dit , que la même partie ne peut cire aflectée dans le même Icmps de deux actions morbides différentes.

Ce sujet a été dernièrement éclairé par un cas rapporté dans le médical Times américain du 19 mars dernier.

Du gentilhomme, sa femme et leur petite fille âgée de trois ans, quitièrenl leur hôtel à cause de l'apparition de la petite vérole. Us allèrent à Détroil, où l'enfant fut vacciné avec de bon vaccin. La vésicule vaccinale parcourut ses phases avec une telle régularité que l'ou put supposer que l'eufaul était à l'abri de la petite vérole. A la prière d'un ami intime de la famille, on prit un peu de lymphe de la vésicule vaccinale du bras de la petite fille, et on l'inocula au bras d'un autre enfant. Le second jour après cette vaccination, la petite vérole apparut sur la petite fille primitivement vaccinée. Toutes les personnes présentes devinrent alors très inquiètes et très désireuses de savoir quel serait le résultat de la vaccination sur l'autre eufant. « A notre grande satisfaction, dit le vaccina- 'eur, nous n'observâmes chez lui qu'un cas 1res beuia de ma-

AVEC DU SANG DE SYPHILITIQUES. 85 hiflic vaccinale, qui agil même rùgulicremoat el faiblement sur d'autres personnes. »

Dans ce cas la vésicule vaccinale se développa pendant l'incubaliou de la vraie fièvre varioleuse, cl cependant le produit de celle vésicule alors itioculée produisit soulenient la maladie vaccinale. Or, comme le virus syphilitique n'est certainement pas plus contagieux que le virus varioleux, nous pouvons conclure que si le premier malades'ôlail trouvé sous l'influence de lasvphilis, en même temps que se développai! la vésicule vaccinale, et si le fluide vaccinal avait été seulement pris de celle vésicule, et inoculé sur l'autre malade, la maladie vaccinale seule lui aurait été communiquée.

Le même auteur qui relate le cas ci-dessus mentionné, donne aussi le suivant :

Un jour, un pensionnaire derhôpilalSainte-Marie fut exposé cà la contagion de la petite vérole ; deux jours après avoir appris cette parlicuinrilé, je le lis vacciner. Le dixième jour, la vésicule vaccinale était bioi développée. Au douzième jour, alors que l'éruption variolique était bien sortie sur toute la face, la vésicule vaccinale était piquée, et la lymphe qui en coula était inoculée sur le bras d'un adulte bien portanl. Les effets produits par l'inoculalion de celle Ij uiphe furent identiques à ceux que nous observons quand la matière employée est prise sur un adulte d'une bonne conslitulion et d'une vigoureuse sauté. D'aulres personnes furent vaccinées avec le liquide ainsi produit et n'offrirent aucun symptôme particulier.

De môme nous pouvons supposer que, si l'on inoculait le pus d'une pustule syphilitique née sur un sujet déjà syphilitique, sur une personne iudemne.de tout accident vénérien, on ne verrait apparaître qu'une simple pustule, suivie bientôt d'un chancre local suppurant ; mais que si le pus d'inoculation était mOléàune petite quantité de sang ou d'un liquide de sécrétion desaccidenls secondaires, une double inoculation s'en suivrait. La transmission de la syphilis par le sang ou par les sécrétions des accidenls secondaires est un sujet d'un trop grand intérêt pour ne pas nécessilcr quelques considérations spéciales.

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LeDrGalligo, savant el éclairé 6(1itcur de Y Imparziale.'x public dernic romenl quelques expérioncos inléressanles failos dans le but de jeter la lumière sur le premier de ces deux points.

Le professeur Pelizzari inocula en 1860 deux étudiants en médecine avec le sang d'un malade affecté de syphilis constitutionnelle. Les résultats de ces expériences furent négatifs. Le 6 février 1862, il inocula de nouveau les docteurs Borgioni, Ixosi et Passagli avec le sang d'une malade nommée A. T., âgée de vingl-cinq ans, affectée de syphilis constitutionnelle et qui n'avait encore été soumise à aucun traitement mercuriel. Le sang fut recueilli de la veine céphalique avec une lancette neuve. La malade présentait de nombreuses plaques muqueuses sur la lèvre gauche, vers la commissure inférieure, c'est-àdire au point on avait apparu l'accident primitif. A la place de ce chancre induré se voyait également une plaque muqueuse qui s'était développée sur la cicalrice, ou était duc à la transformation in situ du chancre en plaque muqueuse. Autour de l'anus existaient aussi des plaques muqueuses; les ganglions inguinaux étaient engorgés. Il existait une éruption syphilitique confluente,un engorgement des ganglions cer/icaux postérieurs et des pustules sur le cuir chevelu. Le sang fut pris d'une partie du bias de la malade où il n'y avait aucune trace d'éruption. — On lava ce bras, et le chirurgien se lava luimême les mains. La bande et le vase destiné à recevoir le sang n'avaient jamais servi. Au moment où le sang coulait bien de la veine céphalique, on en reçut un peu sur de la charpie que l'on plaça ensuite à la partie supérieure du bras gauche du docteur Borgioni, partie dont l'épiderme avait été enlevé et où trois incisions transversales avaient été faites : cette partie correspondait à l'insertion inférieure du muscle deltoïde. On répéta cette opération sur les docteurs Rosi et Passagli ; mais lorsqu'on appliqua le sang sur le bras du premier de ces médecins il était froid, et quand on le plaça sur le bras du second,

il était coagulé.

On enleva le pansement du docteur Borgioni vingt-quatre

AVEC DU SANG DE SYPHILITIQUES. 87 heures après l'opération cl ou n'observa au siège de l'inoculation qu'une petite croûte formée par du sang coagulé. On enleva ensuite les pansements des doux autres médecins, mais on ne constata aucun fait digne d'être mentionné. Quatre jours après cette inoculation, toute trace de l'opération avait disparu.

Le 3 mars, au matin, le docteur Borgioni annonça au professeur Polizzari qu'au centre de la surface inoculée existait une élévation très légère el accompagnée de quelques démangeaisons. Le professeur Polizzari, avant examiné le bras, constata la présence d'une petite papule arrondie el d'un rouge sombre. II li'cxistail pas d'induration de la base de la papule ni d'engorgement dos ganglions axillaires correspondants. On c&uvril cotte papule de charpie sèche et do diachylon pour éviter les frollements. Le professeur Pelizzari examina le bras chaque jour ; au huitième jour la papule avait acquis les dimensions d'une pièce de vingt centimes, le douzième jour elle était couverte d'une écaille mince, adhérente el ressemblant ù du papier d'argent, écaille qui devint, les jours suivants, moins adhérente, mais plus épaisse et commença à se détacher au centre. Au quatorzième jour les ganglions axillaires s'engorgèrent, acquirent les dimensions d'une noix et restèrent indolents el mobiles sous la peau. La papule devint un pou plus sensible, el le 19 mars, on pressant sur la croûte, on fit sortir do dessous ses bords une petite quantité de matière séro-purulente et on détermina une légèredoulour. Les ganglions axillairesélaienl plus développés et plus durs, mais toujours indolents. La papule ne présentait pas à sa base d'induration appnrenlc, le vingt-cl-unième jour, l'écaillé était transformée on une véritable croûte, qui commença à se détacher à ses bords et laissa voir un ulcère sous-jacent. Alors apparut une légère induration; an vingt -deuxième jour, la croûte se détacha el on put constater rexislence d'un ulcère taillé en entonnoir, à bords résislauls, élastiques et formant une induration annulaire. — Ces bords étaient saillants, adhérents et légèrement inclinés vers la base do l'ulcère qui était recouverte d'une petite quantité de matière sécrétée. La douleur était légère.; on appliqua seule-

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monl de la charpie sèche. Le vingl-sixième jour, l'ulccTalion nvail acquis les dimensions d'une pièce de cinquante centimes, était le siège d'une sécrétion plus abondante et pi éscntail une induration plus considérable ; le 4 avril cet ulcère resta sla- (ionnaire et sa base commença à bourgeonner. — Les ganglions correspondants restèrent engorgés, durs et indolents. Alors commencèrent à se manifester de légères céphalées nocturnes, et les ganglions cervicaux s'accrurent un peu. Le 12 avril apparurent à la surface du corps et parliculiôremenl sur la poitrine et les régions hypochondriaques des taches rouges, irrégulicres et ne déterminant aucune douleur au malade.

L'engorgement ganglionnaire du cou était considérable. — Celte éruption devint plus conQucnte les jours suivants, s'accrut pendant huit jours environ et ne fut accom[ agnre ni de malaise général, ni de chaleur de téguments ni de démangeaisons. Le 20 avril on constatait encore une augmentation du volume des ganglions cervicaux, et l'état slationnaire du chancre qui présentait ses caractères spécifiques et n'offrait aucune tendance à se cicatriser. — Le 22 avril, la couleur de l'éruption était nettement cuivrée, et au milieu des taches se voyaient des papules de la grosseur d'une lentille. Les bords du chancre commençaient à devenir granuleux. On donna alors du mercure.

Le Dr Galligo fait justement remarquer que le cas du docteur Bargioni est plus important que celui de Waller, nonseulement parce qu'on a pris plus de précautions, mais encore parce que dans le cas de Waller on prit le sang sur une femme dont la peau était littéralement couverte de taches syphilitiques, tandis que pour le Dr Bargioni on le prit dans une partie du corps qui ne présentait pas d'éruption.

Dans le cas de Waller, la personne inoculée présentait un lupus, une affection cutanée; dans le cas précédent, le sang fut introduit dans l'économie d'une personne bien portante.

Dans le cas de Bargioni on a signalé rengorgement caractéristique des ganglions axillaircs, tandis que dans le cas de Waller ou ne signale pas l'apparition de l'eugorgemeut des

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ganglions cruraux, conséculivemoni ;\ l'cxisloncc de la papule cl flo l'ulcéralion.

Les inocnlalions de Waller n'eurent pas lieu sur un médecin, celles du professeur Pcdizznri furent faites sur cinq médecins qui pouvaient observer les phénomènes conséculifs en pleine connaissance de cause. — En définitive, les lacunes imporlanfcs que l'on a re[)r()chées au cas du Dr Waller, sont remplies dans le cas du Dr Borgioni, et il reste maintenant êlabli d'une manii're incontestable que l'inoculation du sang d'un sujet syphilitique chez un individu bien portant peut déterminer la syphilis.

Les faits et observations empruntés à des sources diverses et aujourd'hui publiés, coïncident d'une manière remarquable avec ceux qu'a observés le Dr Pacchiotli à Rivalla; aussi pouvons-nous sans hésitation adopter les conclusions suivantes :

1" La maladie observée chez les enfants de Rivalla était certainement la syphilis. — Cette assertion est prouvée nonseulement par les symptômes syphilitiques qu'ils présentèrent, non -seulement par les résultats du traitement spécifique dont on fit usage, mais encore par la transmission de la maladie des enfants à leurs mères.

2° Il est certain que ce fut la vaccination qui fut le moyen de transmission de la syphilis, puisque tous les enfants présentèrent en môme temps la maladie. Bien qu'ils aient été vaccinés en deux fois, les mêmes phénomènes apparurent. Les pustules vaccinales se convertirent en ulcères cbez des enfants qnijusquc-làavnicnt joui d'une excellenle santé. Il est impossisible de penser que dans la môme contrée, à la même époque, quarante-six enfants naquirent de parents syphilitiques cl avec une syphilis héréditaire, et que la maladie éclata chez tous à la même époque, bien qu'ils fussent d'âges différents.

Oo Sur soixante-trois enfants vaccinés, quarante six devinrent syphilitiques, proportion très considérable pour un petit village de deux mille Ames.

4" On n'a pcut-ôtre pas observé d'exemples d'un aussi grand nombre de morts à la suite de la syphilis. Doit-on aitri-

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buer ce l'jiil au dôfaul de Irailoinonl ou à la violence de la maladie? Nous avons, c-u effet, sept nions sur qunranle-six cnfanis, et h'u^n qu'il n'y ail point eu d'autopsie, on peut cepcndani penser, d'après les récits qui ont été fails, que la mort survint à la suile de la cachexie syphilitique ou de quelque aulre maladie intéressante.

3" Le nombre des mères et des nourrices qui furent alleclécs de syphilis, nombre qui s'élève à vingl-six sur quarantesix, est très important à considérer. En effet, si on retranche du nombre total des mères celles qui ne nourrirent pas, celles dont les enfants moururent immédiatement après rinfeclion,ct enfin celles qui cessèrent de nourrir avant la vaccination, on obtient un nombre qui correspond justement à celui des mères malades. 11 est non moins digne d'observation que la mère de (Ihiabrera, comme d'ailleurs toutes les autres mères, offrit un ensemble do symptômes syphilitiques qui consistèrent d'abord on ulcères sur les seins e( ensuite en manifestalious cons'itutionnelles.

G" L'existence simullanée de deux séries d'individus qui devinrent syphiliiiques à la suite de la vaccination prouve que les pustules vaccinales parvenues à leur dixième jour d'évolulion constituaient les moyens de transmission de la syphilis cl de la vaccine. Nous avons là deux expériences simultanées qui se confirment l'une l'autre, se passent dans la même localité, à la même époque et sous l'influence des mêmes conditions.

7° Il est bon de remarquer que les deux vaccinifères Chiabréra et Manzoue transmirent chacun la syphilis aux autres enfants qu'ils servirent à vacciner, lorsque leurs pustules furent parvenues au dixième jour de leur évolution.

8° Nous avons pu retracer pas à pas le progrès de la syphilis transmise sans discontinuité de Chiabrera à divers enfants, de ces enfants à leurs mères, des mères à leurs maris.

9" La communication de la syphilis des enfants à leurs mères est une preuve manifeste, que les mères étaient bien portantes avant cet événement, c'est à-dire n'étaient pas syphilitiques et ne pouvaient par conséquent avoir transmis héréditaire-

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